Déplacements forcés : plus de 610 000 personnes sous protection au Mali

Le Mali fait face à une pression humanitaire toujours forte, avec plus de 610 000 personnes relevant aujourd’hui des mécanismes de protection. Entre déplacements internes, accueil de réfugiés et situation des personnes sans nationalité établie, les chiffres les plus récents traduisent la persistance d’une crise qui continue de peser sur le pays.

La crise sécuritaire et humanitaire continue de marquer profondément le Mali. Selon les données les plus récentes compilées par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, le pays comptait à la fin février 2026 un total de 414 524 personnes déplacées internes, 70 050 réfugiés et demandeurs d’asile ainsi que 126 107 personnes relevant d’autres catégories de protection, notamment les personnes apatrides ou de nationalité non déterminée.
Au total, ce sont donc plus de 610 000 personnes qui se trouvent aujourd’hui dans une situation de vulnérabilité nécessitant une assistance et une protection spécifiques. Ce chiffre confirme que, malgré certaines opérations de sécurisation menées dans plusieurs régions, la question humanitaire reste l’un des principaux défis du pays.
Les déplacements internes demeurent la composante la plus importante de cette crise. Avec plus de 414 000 personnes contraintes d’abandonner leur localité tout en restant à l’intérieur des frontières nationales, le Mali reste confronté à des mouvements de populations directement liés à l’insécurité persistante dans le nord, le centre et certaines zones frontalières. Les régions de Gao, Ménaka, Tombouctou et une partie du centre continuent de concentrer une part importante de ces déplacements.
À cette réalité s’ajoute l’accueil de plus de 70 000 réfugiés et demandeurs d’asile, en provenance principalement des pays voisins également affectés par l’instabilité dans la bande sahélienne. Le Mali demeure ainsi à la fois pays d’origine de déplacés et territoire d’accueil pour des populations en quête de protection.
Le chiffre de 126 107 personnes relevant d’autres catégories de protection attire également l’attention. Il inclut notamment les personnes apatrides, celles dont la nationalité n’est pas clairement établie, ainsi que d’autres groupes nécessitant une assistance juridique et administrative. Cette situation pose des enjeux importants en matière d’accès aux droits, à la documentation civile, à l’éducation et aux services sociaux.
Ces données s’inscrivent dans un contexte régional particulièrement préoccupant. En Afrique de l’Ouest et du Centre, les chiffres du HCR font état de 14,7 millions de déplacés internes, 3,8 millions de réfugiés et demandeurs d’asile et près de 900 000 personnes apatrides ou de nationalité non déterminée. La République démocratique du Congo, le Nigeria et le Burkina Faso figurent parmi les pays les plus touchés.
Pour le Mali, cette situation rappelle que la crise ne se limite pas au seul terrain militaire. Elle se traduit aussi par une forte pression sur les communautés d’accueil, les services publics, les écoles, les centres de santé et les dispositifs d’assistance humanitaire.
Derrière ces chiffres se trouvent des familles déplacées, des enfants déscolarisés, des ménages fragilisés et des populations qui continuent de vivre dans l’incertitude. La réponse à cette crise reste donc à la fois sécuritaire, humanitaire et sociale, dans un pays où la stabilité du tissu communautaire demeure un enjeu central.

Hausse des déplacements : plus de 220 000 réfugiés recensés

Au deuxième trimestre 2025, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a publié une mise à jour opérationnelle qui dresse un tableau chiffré des mouvements de populations et de l’assistance apportée dans le pays. Le rapport, couvrant la période d’avril à juin, révèle une progression marquée des arrivées et met en évidence l’ampleur des besoins.

Entre juin 2024 et juin 2025, le nombre de réfugiés présents au Mali est passé de 96 000 à plus de 220 000. Parmi eux, 138 535 ont été enregistrés par la Commission nationale pour les réfugiés et plus de 89 000 sont encore en attente d’enregistrement, contre 64 315 trois mois plus tôt. Les nouveaux arrivants viennent principalement du Burkina Faso et du Niger, s’installant d’abord dans les régions centrales avant de poursuivre leur route vers le sud, notamment Bamako, Ségou et Sikasso.
Le rapport indique que 402 167 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis que 194 236 ont pu rentrer chez elles. À l’étranger, 334 123 Maliens sont réfugiés dans des pays d’asile. Dans le même temps, 670 réfugiés maliens ont regagné leur pays depuis le début de l’année. Entre avril et juin, 267 retours volontaires ont été enregistrés, dont 156 depuis la Mauritanie, 77 depuis le Burkina Faso et 34 depuis le Niger.
Les autorités et le HCR signalent une intensification des mouvements mixtes aux frontières. Sur le deuxième trimestre, 7 729 individus ont été recensés, soit une hausse de 61 % par rapport au trimestre précédent. La majorité provient du Burkina Faso, avec 5 996 demandeurs d’asile identifiés. L’absence de documents d’identité est relevée chez 71 % des personnes enregistrées, dont plus de la moitié exposées au risque d’apatridie.
L’assistance a concerné plusieurs volets. En matière d’éducation, 400 élèves de Tombouctou ont reçu des kits scolaires et des équipements ont été fournis à sept écoles de Gao et Haoussa-Foulane. Sur le plan de la santé, trois malades ont été pris en charge à Koro et cinq autres ont été orientés vers Médecins sans frontières. Dix foyers ont reçu des kits pour bébés et dix victimes de violences ont bénéficié de kits de dignité à Douentza. Concernant l’hébergement, 221 abris semi-durables ont été construits à Gao pour 1 105 personnes touchées par des inondations et 100 maisons ont été remises à des familles vulnérables dans la Cité Naata. Des blocs de latrines ont également été installés pour améliorer l’hygiène et la sécurité.
Le soutien matériel s’est traduit par la distribution de couvertures à 3 760 réfugiés et 750 membres de communautés hôtes, ainsi que par la remise de kits de survie à plus de 1 100 réfugiés et 1 476 déplacés internes. Mille cent dix réfugiés ont reçu des moustiquaires pour se protéger du paludisme. Une aide en espèces a été distribuée à 44 foyers réfugiés à Mopti et à 133 ménages hôtes à Tombouctou. Le Conseil norvégien pour les réfugiés a apporté une assistance financière à 3 079 réfugiés dans la région de Koro pour couvrir un mois de besoins alimentaires.
La protection des victimes de violences a constitué un axe prioritaire. Entre avril et juin, plus de 110 survivantes, dont des enfants, ont reçu un appui médical et psychosocial dans les régions de Mopti, Gao, Ménaka, Ansongo et Koro. Le rapport mentionne aussi l’adoption en mai 2025 par le Comité national de Transition d’une loi sur l’apatridie, après un processus mené avec l’appui du HCR.
Le financement reste un défi majeur. Le HCR indique avoir besoin de 85 millions de dollars pour couvrir ses opérations en 2025, mais seulement 22 % de ce montant étaient disponibles au 30 juin.