Tchad : Fermeture de la dernière base française

Lors d’une cérémonie officielle, le 30 janvier dernier, l’armée française a procédé à la rétrocession de sa dernière base militaire au Tchad, la base aérienne Sergent-Adji-Kossei, située à N’Djamena, la capitale du pays. Cette base était le dernier vestige d’une présence militaire française dans le pays, un engagement qui durait depuis plusieurs décennies. La remise de cette installation stratégique à l’armée tchadienne est l’aboutissement d’un processus de redéfinition des accords de défense entre les deux nations.

La présence militaire française au Tchad remonte à l’indépendance de ce dernier en 1960, lorsqu’un accord de défense a été signé entre la France et son ancienne colonie. Ce pacte a permis à la France de maintenir une présence militaire au Tchad pour garantir la sécurité et stabiliser le pays face aux menaces internes et externes. Au fil des décennies, cette relation s’est consolidée avec plusieurs interventions militaires, la plus notable étant l’Opération TACAUD en 1969, lancée pour soutenir le gouvernement tchadien contre les rebelles. Cette présence militaire s’est ensuite intensifiée, notamment au cours des conflits internes et des guerres civiles qui ont déstabilisé le pays.
Durant les années 1980 et 1990, la France est intervenue à plusieurs reprises pour soutenir le régime du président Hissène Habré, puis celui d’Idriss Déby, qui est arrivé au pouvoir en 1990. Ces interventions ont été essentielles pour maintenir une stabilité fragile et contrer les rebelles et groupes armés.
Au Tchad, cette présence a été renforcée par des interventions militaires à plusieurs reprises, particulièrement durant les périodes de guerre civile et de troubles internes. Un exemple marquant est l’Opération Barkhane, lancée en 2014, qui visait à lutter contre les groupes jihadistes au Sahel, avec le Tchad comme l’un des principaux contributeurs. Les troupes françaises ont utilisé le Tchad comme une base d’opérations centrale pour mener des actions contre les terroristes dans la région.
Cependant, cette relation militaire entre la France et le Tchad a pris un tournant après l’annonce, en novembre 2024, par le président tchadien Mahamat Idriss Déby, de la fin de l’accord de coopération de défense avec la France. Cet accord était jugé « obsolète » et « suranné » par le gouvernement tchadien, qui a estimé que le pays devait désormais prendre en charge sa propre sécurité. La remise de la base aérienne Sergent-Adji-Kossei à l’armée tchadienne le 30 janvier 2025 marque donc la fin d’une ère de coopération militaire étroite.
Le Tchad était l’un des derniers bastions de la France dans la région, où l’armée française a déployé ses troupes dans le cadre de l’opération Barkhane. Cette opération, qui a impliqué jusqu’à 5 000 militaires, a pris fin en novembre 2022, après près de dix ans d’engagement. La fermeture de la base de N’Djamena marque ainsi la fin d’une époque pour la France, qui a vu son rôle militaire dans le Sahel se réduire progressivement.
Le retrait des forces françaises du Tchad intervient dans un contexte plus large de retrait des troupes françaises de plusieurs pays du Sahel, notamment du Mali, du Burkina Faso et du Niger, où les gouvernements ont exprimé leur souhait de voir les troupes françaises quitter leurs territoires. Cette réorientation fait écho à un sentiment vif dans certains pays africains qui souhaitent une redéfinition de leurs partenariats de défense avec la France.
La rétrocession de la base de N’Djamena intervient après plusieurs mois de tensions diplomatiques entre la France et ses partenaires africains. Le président Déby a souligné que cette rétrocession n’indiquait pas la fin de la coopération avec la France, mais qu’elle permettait à son pays de prendre en charge de manière plus autonome sa propre sécurité. « Nous serons désormais responsables de notre propre sécurité », a précisé le ministre tchadien de la Défense.
Bien que ce geste symbolise la fin de l’ère des interventions directes, le Tchad et la France ont convenu de maintenir des partenariats en matière de formation et d’équipements militaires, pour soutenir les efforts de sécurité du pays sans une présence militaire directe.

Inondations : Au moins 71 écoles sous les eaux à Gao et Tombouctou

Le Conseil des ministres, dans sa session du mercredi  29 janvier, a abordé les répercussions des inondations dans les régions de Gao et de Tombouctou, ainsi que la mise en œuvre d’un plan d’action pour la gestion des servitudes et lits des marigots dans le district de Bamako. Cette réunion, présidée par le président de la Transition, a permis de passer en revue les mesures concrètes à prendre pour atténuer les impacts de ces catastrophes naturelles sur les populations.

Le ministre de l’Éducation nationale a présenté au Conseil des ministres une mise à jour sur la situation des écoles inondées à Gao et Tombouctou. Le pays fait face à un phénomène inhabituel de montée des eaux le long du Fleuve Niger, affectant des localités dans ces régions. Au total, 71 écoles, relevant de cinq Centres d’Animation Pédagogique des Académies d’Enseignement de Gao et de Tombouctou, ont été impactées par les inondations, perturbant ainsi l’accès à l’éducation pour de nombreux élèves.
Pour assurer la continuité des activités pédagogiques malgré cette situation, le gouvernement a mis en place des mesures d’urgence. Des tentes ont été installées pour servir d’espaces d’apprentissage temporaires, permettant aux élèves de poursuivre leur scolarité dans des conditions adaptées. Par ailleurs, un redéploiement des élèves vers des établissements voisins a été organisé afin d’éviter une rupture prolongée de l’enseignement.
Les autorités locales et nationales se sont engagées à soutenir les établissements scolaires touchés en fournissant des équipements et en facilitant la mobilité des élèves et des enseignants, afin de minimiser l’impact sur la qualité de l’enseignement dans ces régions déjà fragilisées par les aléas climatiques.
Le lendemain, jeudi 30 janvier 2025, le Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes s’est réuni sous la présidence du Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga. L’un des principaux points à l’ordre du jour était le Plan d’actions pour la libération des servitudes et des lits des marigots du district de Bamako. Ce plan vise à réduire les risques d’inondation dans la capitale en libérant les servitudes des cours d’eau. L’occupation des lits des marigots et des cours d’eau par des habitations et infrastructures est une source majeure de risques d’inondations dans la région.
Les sous-commissions créées dans le cadre de ce plan ont travaillé sur plusieurs axes. Ils ont notamment mis l’accent sur la sensibilisation et la communication auprès des populations, pour expliquer les enjeux liés à la gestion des marigots. Des mesures concrètes ont également été prises pour accompagner les personnes concernées, en prévoyant des démolitions, ainsi qu’un suivi post-démolition afin de garantir l’efficacité des opérations.
Le Premier ministre a salué les efforts des sous-commissions, soulignant notamment les progrès réalisés en matière de réhabilitation et d’assainissement. Il a insisté sur l’importance d’un financement adéquat pour garantir la mise en œuvre complète du plan, appelant à une action rapide et coordonnée pour éviter de nouvelles catastrophes liées aux inondations.

Solidarité : Canal + Mali offre des kits scolaires aux élèves de l’école de l’île Dialagoum

Dans le cadre de son programme Canal + Impact, visant à accompagner les populations démunies à travers toute l’Afrique par le biais d’actions solidaires, Canal + Mali a procédé, ce 30 janvier 2025, à la remise de kits scolaires aux élèves de l’île Dialagoum, située en plein cœur de Bamako.

Au total, 300 kits scolaires comprenant des sacs, des cahiers, des livres, des stylos, entre autres, ont été offerts aux élèves, afin de soulager leurs parents dans la prise en charge de leur éducation. En plus des kits scolaires, le personnel de Canal+ Mali a rassemblé des vêtements, qui ont également été remis aux enfants.
« Nous serons à vos côtés. Tant que cela nous est possible, nous allons vous aider. Ce n’est qu’un début et d’autres actions suivront », a promis Idrissa Diallo, directeur général de Canal+ Mali.
Pour sa part, Broulaye Konaté, directeur de l’école de l’île Dialagoum, s’est dit animé d’une joie indescriptible en raison de la sélection de son école pour bénéficier de ce don.
« Qui connaît la situation actuelle du pays sait combien un geste de ce genre est hautement symbolique et très important », a-t-il souligné, précisant que cette aide permettrait aux parents de fournir des kits scolaires à leurs enfants dans le besoin et qu’elle vient également en appui aux efforts de l’école.
La cérémonie de remise, qui a mobilisé l’ensemble des élèves de l’école dans une ambiance festive, s’est clôturée par une visite guidée de l’école, notamment des différentes salles de classes et des autres activités de formation sur l’île.
L’école de l’île Dialagoum a été créée en 2017 par l’association Karama, avec à sa tête Mme Marie Garnier, qui, lors de ses promenades sur le fleuve, avait constaté que beaucoup d’enfants, surtout ceux des riverains, passaient leur temps à pêcher, tandis que leurs semblables partaient à l’école.
Centre d’apprentissage au départ, l’école a obtenu un statut public en 2022. En plus de l’enseignement classique du programme national, les élèves bénéficient de l’enseignement dans deux autres domaines, à savoir la protection de l’environnement et la transmission des savoirs locaux.
Mohamed Kenouvi

AES/CEDEAO : Un tournant dans les relations régionales

Ce mercredi 29 janvier 2025 marque le premier anniversaire de l’annonce par les pays de l’AES de leur sortie de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette date acte également le retrait officiel du Burkina Faso, du Mali et du Niger de l’organisation ouest-africaine. Cette décision, résultant d’une série de tensions politiques et sécuritaires, modifie profondément le paysage régional.

La décision des trois pays de quitter la CEDEAO est le point culminant de plusieurs mois de détérioration des relations avec l’organisation. En 2022 et 2023, la prise de pouvoir par des coups d’État a exacerbé les divergences avec l’institution régionale. La CEDEAO, traditionnellement soucieuse de défendre la stabilité démocratique, a adopté des mesures de rétorsion, allant jusqu’à imposer des sanctions économiques et diplomatiques à l’encontre des trois pays.
Le retrait de ces États est donc perçu comme une réponse directe à la pression exercée par la CEDEAO, mais aussi comme une tentative d’affirmer leur autonomie face à une organisation qu’ils estiment ne pas répondre adéquatement aux défis internes qu’ils rencontrent, notamment en matière de sécurité et de gestion politique.
Bien que ces trois pays aient cessé d’être membres de la CEDEAO, l’organisation a opté pour une approche mesurée, prévoyant une période de transition de six mois, allant du 29 janvier au 29 juillet 2025. Durant cette période, certaines dispositions restent en place pour éviter des perturbations majeures dans les échanges régionaux.
Parmi ces mesures, on trouve la reconnaissance des documents d’identité, y compris les passeports et cartes d’identité portant le logo de la CEDEAO, pour les citoyens des pays concernés. Les échanges commerciaux entre ces pays et les autres membres de la communauté continuent sous les termes du Schéma de libéralisation des échanges (SLEC). De même, les citoyens des trois pays conservent leur droit de circuler sans visa, une mesure qui permet de maintenir un minimum de fluidité dans les relations humaines et économiques au sein de la région.
Cependant, ces mesures ne sont que temporaires. Il est clair que la CEDEAO cherche à éviter une rupture totale. L’organisation a en effet souligné sa volonté de poursuivre le dialogue avec les trois pays et d’envisager des modalités de coopération futures, bien que cela dépende de l’évolution de la situation politique et sécuritaire.
Le retrait de la CEDEAO représente un défi majeur pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger, tant sur le plan économique que social. Les sanctions économiques imposées par la CEDEAO avaient déjà perturbé les échanges commerciaux et les investissements dans ces pays. Reste à savoir si la fin de la participation à l’organisation n’entraînera pas une aggravation de ces difficultés.
La suspension des programmes d’aide régionaux et des projets d’infrastructure initiés par la CEDEAO pourrait avoir des répercussions significatives, notamment dans la lutte contre l’insécurité et le terrorisme. En 2023, l’économie du Burkina Faso a enregistré une croissance modeste de 3,2 %, après une performance particulièrement faible de 1,8 % en 2022, selon la Banque Mondiale. Toutefois, cette reprise reste fragile en raison des perturbations causées par l’insécurité, qui ont entraîné environ 8 500 décès liés aux conflits en 2023. De plus, la pauvreté reste élevée, touchant 43,2 % de la population en 2021/22. La situation humanitaire reste également critique, avec plus de 2 millions de personnes déplacées et environ 2,3 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire grave. En revanche, pour le Mali, les données de la Banque Mondiale montrent que l’extrême pauvreté a atteint 19,1 % en 2022, exacerbée par l’envolée des prix et la faible croissance économique. Bien que la libre circulation des personnes et des biens puisse aider à atténuer certains impacts économiques, elle ne compensera pas entièrement les effets de la suspension des programmes d’infrastructure avec des menaces sur l’accès aux marchés et le développement local.
En tout état de cause, ce retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger constitue aussi une épreuve pour la CEDEAO, une organisation qui prône l’intégration régionale et la coopération sur de nombreux fronts, y compris la sécurité, les échanges commerciaux et la gouvernance. Cette situation révèle en même temps les limites de l’influence de la CEDEAO lorsqu’elle est confrontée à des changements politiques internes significatifs dans ses États membres.
L’une des grandes interrogations réside dans la capacité de la CEDEAO à maintenir son rôle de médiateur en Afrique de l’Ouest. Le blocage actuel illustre les fractures qui existent au sein de l’organisation, entre ceux qui défendent une ligne plus autoritaire et ceux qui préconisent une approche plus conciliatrice. Si l’intégration économique demeure une priorité pour la CEDEAO, la gestion des tensions internes pourrait sérieusement compromettre la cohésion de l’ensemble.
Le retrait des trois pays de la CEDEAO pourrait marquer le début d’une nouvelle dynamique régionale. Bien que les discussions soient encore en cours, il apparaît que les pays concernés chercheront de nouvelles alliances pour compenser les impacts liés à leur retrait de la CEDEAO. Les relations avec des puissances extérieures, comme la Chine ou la Russie, pourraient se renforcer, notamment dans le domaine économique et militaire.
De son côté, la CEDEAO devra repenser sa stratégie vis-à-vis de l’AES, tout en tentant de rétablir un dialogue avec les trois pays, sans renoncer à ses principes de gouvernance démocratique. Le mois de juillet 2025 sera décisif pour déterminer si un rapprochement est possible ou si la séparation sera définitive.

FIGIC-AES : La première édition prévue du 25 au 28 février 2025 à Ouagadougou

La première édition du Festival international de la gastronomie et de l’identité culturelle des pays de l’AES (FIGIC-AES) se tiendra du 25 au 28 février 2025 à Ouagadougou au Burkina Faso. Pour annoncer les couleurs de l’évènement, le comité d’organisation du Festival a tenu une conférence de presse le 24 janvier dernier  à Bamako.

Avec pour objectif global de promouvoir la richesse culinaire et culturelle des pays de l’AES afin de stimuler le développement économique et renforcer la cohésion sociale et améliorer l’attractivité touristique de la région, le FIGIC-AES vise également à mettre en valeur les traditions culinaires des pays de l’AES pour leur reconnaissance internationale,  sensibiliser les professionnels de la restauration aux pratiques durables et écoresponsables et positionner la cuisine de l’ AES comme un atout majeur  de l’offre touristique régionale.

Le Festival veut par ailleurs  renforcer les compétences des acteurs locaux du secteur de la gastronomie, promouvoir la « parenté à plaisanterie » en tant que pratique culturelle pour la paix et la cohésion sociale et stimuler l’excellence et la créativité culinaire à travers une compétition dédiée.

Placée sous le thème : « Gastronomie et traditions : vecteurs de cohésion et de développement durable dans l’espace AES », cette première édition du FIGIC-AES prévoit des compétitions  culinaires, des ateliers de formation ainsi que des rencontres culturelles et artistiques.

« Le FIGIC-AES 2025 est bien plus qu’un simple rendez-vous gastronomique  et culturel . Il constitue un véritable carrefour d’échanges et de rencontres, un creuset où se tissent les liens de fraternité et de coopération à travers notre héritage culinaire et culturel commun », a indiqué Olivia Bayala, Coordinatrice du comité d’organisation du Festival qui avait à ses côtés, Mme Oumou Traoré, initiatrice du Festival international de la cuisine africaine de Bamako (FICAB) et Mme Iro Sadia Maiga, promotrice du Festival des grillades de Niamey.

Après les échanges avec la presse, le Comité d’organisation a convié les hommes de média à la dégustation de différents mets des 3 pays de l’AES, un avant-goût des plats qui seront au rendez-vous  lors du festival à Ouagadougou.

Le FIGIC-AES est né de la fusion des expertises et expériences de plusieurs évènements emblématiques tels que le Festival international de la gastronomie de Ouagadougou (FIGO), célébrant l’art culinaire burkinabé, le Festival international de la cuisine africaine de Bamako (FICAB) mettant en avant les traditions culinaires maliennes et le Festival des grillades de Niamey, soulignant la richesse des saveurs nigériennes.

Mohamed Kenouvi

Processus DDR : Une nouvelle phase pleine d’enjeux

Lors de son discours de Nouvel An, le 31 décembre 2024, le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, a annoncé une initiative majeure visant le désarmement de 3 000 miliciens d’autodéfense. Cette démarche s’inscrit dans le cadre des efforts continus pour renforcer la sécurité et promouvoir la réconciliation nationale, même si sa mise en œuvre parait très compliquée.

L’annonce du Président Goïta intervient dans un contexte où le Mali cherche à consolider la paix et à restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble de son territoire. Le processus de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR) est une composante essentielle de cette stratégie, visant à intégrer d’anciens combattants dans les structures étatiques ou à faciliter leur réinsertion socio-économique.

Selon les détails fournis, sur les 3 000 miliciens concernés, 2 000 seront intégrés au sein des Forces Armées Maliennes (FAMa) après une formation adéquate, tandis que les 1 000 restants bénéficieront de programmes de réinsertion dans la vie civile, avec un accompagnement pour la mise en place de projets facilitant leur intégration socio-économique.

Il est à noter que le chiffre de 3 000 miliciens correspond à celui annoncé lors de l’opération de DDR – Intégration accélérée mise en œuvre dans le cadre de l’Accord issu du processus d’Alger. Lors de cette précédente initiative, près de 1 800 ex-combattants issus des mouvements armés signataires de l’Accord avaient été intégrés dans les rangs des FAMa. Cette similitude numérique soulève des questions quant à la nouveauté de l’actuelle initiative et à la possibilité qu’il s’agisse d’une reconduction des objectifs précédents.

Composition et efficacité des nouvelles Commissions DDR

La mise en place de nouvelles Commissions DDR et d’intégration héritées de celles établies pour l’application de l’Accord, dénoncé par les autorités maliennes fin janvier 2024, suscite des interrogations. Le remplacement de la plupart des anciens membres, souvent expérimentés et issus des FAMa et des ex-combattants, par de nouveaux commissaires considérés comme novices dans le domaine, pose la question de l’efficacité de ces structures. Les anciens membres, ayant une meilleure connaissance du terrain et des acteurs, étaient perçus comme capables de mener à bien une mission aussi complexe.

Identification des groupes concernés

Un autre point d’interrogation concerne la nature et l’identité des groupes armés désignés comme « milices » sélectionnés. Aucune précision n’a été apportée quant à savoir s’il s’agit de groupes d’autodéfense tels que Dan Na Ambassagou, de terroristes, de mouvements armés de l’ex-Accord restés fidèles à l’État, ou encore de jeunes de Gao ayant accepté en 2013 de remettre leurs armes à l’opération Serval en son temps, moyennant une intégration dans le processus DDR, ce qui n’est jamais arrivé jusqu’ici, causant une grande frustration parmi ces jeunes. Cette absence de clarté alimente les spéculations et les inquiétudes quant à l’efficacité et à l’équité du processus.

Quid de l’accompagnement des partenaires?

Par ailleurs, la conduite d’un processus DDR est notoirement coûteuse et contraignante, comme en témoignent les expériences d’autres pays confrontés à des situations similaires. L’ancienne opération bénéficiait de l’accompagnement de partenaires internationaux tels que la MINUSMA. Le nouveau processus semble être conduit exclusivement par les autorités maliennes, ce qui pose la question des moyens financiers et logistiques disponibles pour mener à bien cette initiative, surtout dans un contexte où le pays fait face à de nombreux défis et priorités.

L’annonce du désarmement des milices a suscité des réactions mitigées au sein de la population et des observateurs. Certains saluent l’initiative comme un pas important vers la paix et la stabilité, tandis que d’autres expriment des réserves quant à sa mise en œuvre effective et à son impact réel sur le terrain. La réussite de ce processus dépendra en effet en grande partie de la transparence dans l’identification des groupes concernés, de la compétence des nouvelles Commissions DDR, de la disponibilité des ressources nécessaires et de la capacité des autorités à instaurer un climat de confiance avec l’ensemble des parties prenantes.

Plus qu’un défi logistique, ce processus représente une occasion unique de réinventer les fondements de la paix et de la réconciliation nationale. Pour qu’il soit couronné de succès, il faudra transformer cette vision en réalité, en tenant compte des leçons du passé et des attentes de l’ensemble des parties prenantes.

Massiré Diop

Donatien Kanga : « La lutte contre la désinformation, un défi urgent à relever »

Donatien Kanga, expert en fact-checking et Président du Cadre de concertation entre organisations de la société civile et médias en Afrique de l’Ouest, a partagé son analyse sur les défis posés par la désinformation à l’ère numérique. Propos recueillis par Massiré Diop

Comment évaluez-vous la lutte contre ce qu’on appelle le « Triptyque MDM »  ( Mésinformation, Désinformation et Malinformation) ?

C’est un combat complexe et de longue haleine. La technologie a transformé l’écosystème informationnel, facilitant la diffusion de l’information tout autant que celle de la désinformation. Cette lutte est devenue une urgence internationale, nécessitant des actions à tous les niveaux : individuel, communautaire, national, régional et international.

Pourquoi observe-t-on parfois une certaine réserve de la part des États dans cette lutte ?

Il ne s’agit pas de réserve, mais plutôt de prudence. Les États réagissent activement lorsque la désinformation menace leur stabilité. Cependant, il est nécessaire d’élever la prise de conscience générale pour considérer ce phénomène comme une priorité nationale indépendamment des menaces immédiates.

Quels facteurs favorisent la propagation de la désinformation dans notre environnement ?

Plusieurs facteurs contribuent à cette propagation. D’abord les évolutions technologiques rendent la création et la diffusion de contenus accessibles à tous, même sans formation journalistique. Ensuite, la viralité des réseaux sociaux permet une diffusion rapide et massive de l’information, rendant difficile la distinction entre le vrai et le faux. Enfin, dans des contextes où l’oralité prédomine et où le taux d’analphabétisme est élevé, la distinction entre information vérifiée et rumeur est souvent floue.

Quel est l’impact de la culture de l’oralité et de l’analphabétisme sur la désinformation ?

Dans des sociétés à tradition orale et au taux d’analphabétisme élevé, les individus ont tendance à considérer toute information provenant d’un écran comme véridique, sans esprit critique. Cette situation est exacerbée par l’accès généralisé aux technologies numériques.

Quelles sont les principales stratégies de lutte ?

La lutte repose sur trois axes principaux : développer des outils technologiques pour détecter la désinformation, former les citoyens à l’esprit critique et aux compétences numériques et établir des lois équilibrées qui protègent contre la désinformation tout en préservant la liberté d’expression.

Y a-t-il de l’espoir face à ce fléau ?

Malgré les défis, il y a de l’espoir grâce à l’engagement des acteurs nationaux et régionaux. Des initiatives collaboratives, comme le Cadre de consultation entre organisations de la société civile et médias, montrent que des actions concertées peuvent renforcer l’intégrité de l’information.

Lutte contre le terrorisme :   L’AES dévoile sa stratégie et interpelle la communauté internationale

Lors de la réunion publique de haut niveau du Conseil de sécurité des Nations Unies consacrée à la lutte contre le terrorisme en Afrique, tenue le 24 janvier 2025, l’Ambassadeur et Représentant permanent du Mali auprès des Nations Unies, M. Issa Konfourou, a présenté la vision stratégique de la Confédération des États du Sahel (AES). Cette entité regroupe le Burkina Faso, le Niger et le Mali, trois pays en première ligne face aux violences terroristes dans la région sahélienne.

Prenant la parole au nom de l’AES, M. Konfourou a souligné que la lutte contre le terrorisme, au-delà d’une priorité régionale, constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales. « Le terrorisme ne se limite pas à déstabiliser nos nations. Il met en péril des vies innocentes et compromet l’avenir de nos sociétés. Nous devons unir nos efforts dans un esprit de solidarité et de responsabilité partagée », a-t-il affirmé, appelant à une réponse coordonnée et ambitieuse.
L’Ambassadeur a détaillé une stratégie globale reposant sur plusieurs axes prioritaires. Il a insisté sur l’importance d’un soutien accru aux initiatives africaines, dans le respect de la souveraineté et des priorités des États sahéliens. Il a également plaidé pour une coopération renforcée en matière de renseignement et une lutte efficace contre le financement du terrorisme, soulignant le rôle des réseaux criminels transnationaux dans le trafic d’armes et de drogues. M. Konfourou a mis en avant une approche intégrée alliant développement économique et sécurité, en insistant sur la prévention, la déradicalisation et la réinsertion des populations vulnérables. Enfin, il a rappelé l’urgence de fournir des équipements modernes, des formations adaptées et une assistance logistique aux forces sahéliennes, qui se battent courageusement malgré des moyens limités.
En mettant en lumière ces axes, M. Konfourou a évoqué les succès récents de l’AES, notamment la neutralisation de chefs terroristes, la destruction de bases ennemies, la reconquête de territoires, le retour des populations et la réouverture des écoles. Ces avancées confirment la pertinence d’une approche coordonnée et souveraine, mais elles demeurent insuffisamment reconnues dans les rapports des Nations Unies, a-t-il regretté.
M. Konfourou a également dénoncé l’ingérence de certains États étrangers dans la crise sahélienne. Il a accusé la France et l’Ukraine de soutenir ou de faciliter indirectement les groupes terroristes opérant dans la région, ce qui compromet les efforts légitimes de stabilisation. Il a appelé à une condamnation ferme de ces pratiques par les Nations Unies, insistant sur l’importance du respect de la souveraineté et de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États sahéliens.
Malgré ces défis, les violences continuent de provoquer des déplacements massifs de populations. Le Mali comptait, en septembre 2024, plus de 378 000 déplacés internes, tandis que le Burkina Faso enregistre plus de 2,1 millions de personnes déplacées. Le Niger, quant à lui, fait face à 352 000 déplacés, majoritairement dans les zones frontalières. Ces chiffres traduisent une crise humanitaire croissante, en dépit des efforts des États sahéliens.
Parallèlement à la stratégie exposée par l’AES, les trois pays membres ont récemment annoncé la mise en place d’une force conjointe de 5 000 soldats. Cette initiative vise à coordonner les efforts militaires et à sécuriser les zones les plus touchées par les violences terroristes. Dotée de moyens modernes, cette force incarne la volonté des dirigeants sahéliens de prendre en main leur propre sécurité.
M. Konfourou a lancé un appel pressant à la communauté internationale. « Nous remercions nos partenaires pour leur soutien, mais nous avons besoin d’un engagement robuste et cohérent. Cette lutte est un défi commun et nécessite une réponse collective. L’AES continuera d’œuvrer pour une paix durable, dans le respect de la souveraineté de ses membres », a-t-il déclaré, tout en s’inclinant devant la mémoire des victimes du terrorisme.
Ce discours marque l’affirmation de la Confédération des États du Sahel comme acteur central dans la lutte contre le terrorisme en Afrique, tout en réaffirmant son exigence de justice et de reconnaissance sur la scène internationale.

Coly Energy Mali : Un nouveau chapitre pour le secteur énergétique malien après l’ère TotalEnergies

Le 23 janvier 2025, le Premier ministre malien, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a reçu une délégation de Coly Energy Mali, nouvel acquéreur des activités de TotalEnergies au Mali. Cette rencontre, conduite par René Hounsinou, nouveau président du Conseil d’administration de Coly Energy, visait à présenter officiellement la nouvelle direction et à confirmer la continuité opérationnelle de l’entreprise.

Coly Energy Mali, en partenariat avec Benin Petro SA, étend désormais ses opérations au Mali, au Bénin et en Côte d’Ivoire. Cette expansion stratégique vise à renforcer la présence de l’entreprise dans le secteur énergétique ouest-africain.

Coly Energy Mali se positionne comme un acteur clé dans la distribution de produits pétroliers dans la région.

Cette acquisition s’inscrit dans le cadre de la stratégie globale de TotalEnergies visant à réévaluer et à optimiser son portefeuille d’actifs. Ces dernières années, le groupe a procédé à plusieurs cessions d’actifs non stratégiques à travers le monde. Par exemple, en 2020, TotalEnergies a vendu ses activités au Libéria et en Sierra Leone à Conex Oil & Gas Holdings Ltd., représentant une valeur totale de plus de 400 millions de dollars US. En 2023, le groupe a également cédé plus de 2 000 stations-service en Europe au Canadien Couche-Tard pour un montant de 3,4 milliards d’euros.

Cependant, le retrait de TotalEnergies du marché malien s’inscrit dans un contexte particulier. Sousle actuel régime, le Mali a mis fin aux avantages fiscaux qui étaient auparavant accordés aux entreprises étrangères. Ces contrats, jugés « léonins » par les autorités, permettaient aux multinationales de ne payer leurs impôts que dans leur pays d’origine, privant l’État malien de revenus fiscaux considérables. Cette décision a poussé TotalEnergies à revoir ses opérations au Mali, menant à leur cession au profit de Coly Energy Mali.

Les détails financiers de la transaction entre TotalEnergies et Coly Energy Mali n’ont pas été rendus publics. Le montant de la cession reste donc confidentiel à ce jour.

Engagement envers les employés et perspectives d’avenir

Un point notable de cette acquisition est l’engagement de Coly Energy Mali à maintenir l’ensemble des 1 109 employés de TotalEnergies au Mali, assurant ainsi une continuité opérationnelle et sociale. Cette démarche a été saluée par le Premier ministre malien, qui y voit une initiative alignée avec les objectifs économiques du pays.

Cette situation marque une étape significative dans le paysage énergétique malien, avec l’arrivée de Coly Energy Mali en tant que nouvel acteur majeur. Les observateurs suivront de près l’évolution de cette entreprise et son impact sur le marché régional.

2025 : Le Mali en quête de renouveau culturel

Lors de son discours à la Nation à la veille du Nouvel an, le Président de la Transition, le Général Assimi Goïta, a décidé de faire de 2025 « l’année de la Culture ». Une initiative saluée par de nombreux acteurs qui espèrent ainsi faire sortir ce secteur de l’ombre.

Placée sous le signe du « Mali Kura », cette démarche entend renforcer l’unité nationale en valorisant le patrimoine culturel, facteur-clé de cohésion et de résilience face aux crises. C’est ainsi que deux activités-phares, les États généraux de la Culture et la 3ème Journée de la souveraineté retrouvée, ont été organisées. Les autorités voulaient ainsi afficher leur volonté de replacer la culture au cœur de l’identité nationale.

Cependant, pour transformer ce symbole en réalité tangible, des efforts plus audacieux sont nécessaires. Déclarer 2025 « année de la Culture » est un premier pas, mais il doit s’accompagner d’un programme culturel structuré et porté par le ministère de la Culture en étroite collaboration avec les opérateurs et acteurs culturels. Ce programme ne peut se limiter à des manifestations ponctuelles ou à des annonces médiatiques. Il doit intégrer tous les secteurs, du tourisme à l’éducation, en passant par la diplomatie et l’économie.

De plus, la culture doit devenir une priorité transversale dans les politiques publiques. Chaque département ministériel doit incorporer cette ambition dans ses actions quotidiennes. Les dirigeants doivent montrer l’exemple en adoptant un comportement qui reflète les valeurs et traditions qu’ils souhaitent promouvoir. Il s’agira ainsi d’insuffler un véritable renouveau, où la culture ne sera pas une thématique isolée, mais un moteur de transformation sociale et économique.

Si les autorités veulent que cette année soit gravée dans l’histoire, elle devra être portée par des actes forts, qui marqueront l’esprit et le cœur de chaque Malien. Pour le moment, nous n’en sommes pas encore là.

Massiré Diop

Compétitions CAF 2024-2025 : Le piètre bilan des clubs maliens

C’est une campagne africaine à oublier pour le Djoliba AC et le Stade malien de Bamako. Éliminés dès la 5ème  et avant-dernière journée, les deux représentants du Mali ont tous terminé à la dernière place de leur groupe, en Ligue des Champions et en Coupe CAF.

Dur apprentissage pour le Djoliba AC en Ligue des Champions. Pour leur toute première participation à la phase finale de cette compétition continentale, les Rouges de Hèrèmakono sont complètement passés à côté du tournoi. 2 matchs nuls, 4 défaites, aucune victoire et aucun but marqué en 6 rencontres, avec 12 buts encaissés. Tel est le bilan statistique du Djoliba AC. Largement battus lors de leur entrée en lice face à l’Espérance de Tunis (4-0), les Champions du Mali en titre ont ensuite enchainé deux matchs nuls (0-0) à domicile face au Pyramyds FC et à Sagrada. Après 2 nouvelles défaites lors des 3ème et 4ème journées, les protégés du coach Mamadou Demba Traoré ont été éliminés. Alors qu’il était attendu pour sauver l’honneur, ne serait-ce qu’en inscrivant 1 but dans la compétition, le Djoliba AC a sombré lors du dernier match, étrillé 6-0 par les Égyptiens de Pyramids FC.

Contrairement au Djoliba AC, le Stade malien de Bamako avait bien débuté sa campagne en Coupe CAF en s’imposant (2-0) devant les Sud-africains de Stellenbosch. Mais les Blancs de Bamako ont déçu lors du reste du parcours. Match nul en déplacement (1-1) face au CD Lunda Sull et défaite (0-1) à domicile contre le même adversaire, pourtant largement à leur portée. La double confrontation contre la RS Berkane a aussi tourné à l’avantage des Marocains et les Sud-africains ont pris leur revanche à domicile lors de la 5ème journée, synonyme d’élimination du Stade Malien. À l’arrivée, 1 victoire, 1 match nul, 4 défaites, 3 buts marqués et 6 encaissés.

Impréparation

Bien qu’elle soit difficile à digérer, la sortie précoce des clubs maliens des coupes interclubs de la CAF n’est pas surprenante et s’explique par certains facteurs, dont  le manque de préparation des équipes dû à un démarrage très tardif du Championnat national de 1ère division.

Par ailleurs, la différence de niveau entre les clubs maliens et leurs adversaires à l’échelle continentale est très importante. Le chemin semble encore long pour renouer avec le succès dans les compétitions africaines, à l’instar du sacre du Stade malien en Coupe CAF en 2009.

Mohamed Kenouvi

 

Assistance humanitaire : Plus de 6 millions de personnes dans le besoin en 2025

Lancé le 21 janvier 2025, le Plan de réponse humanitaire 2025 pour le Mali vise à fournir une assistance d’urgence à 4,7 millions de personnes ciblées sur les 6,4 millions au total dans le besoin. Pour atteindre cet objectif, la communauté humanitaire et le gouvernement du Mali appellent à la mobilisation de 771,3 millions de dollars.

Le plan cible principalement les personnes les plus touchées par les crises humanitaires et ayant des besoins critiques dans des secteurs-clés tels que la protection, l’éducation, la sécurité alimentaire, la santé, la nutrition, le logement et les articles ménagers de base, ainsi que l’eau, l’assainissement et l’hygiène.

Sur les 6,4 millions de personnes identifiées dans le besoin, 54% sont des enfants, 46% des femmes et 15% des personnes vivant avec un handicap. Les pourcentages sont les mêmes pour les 4,7 millions de personnes ciblées.

Objectifs stratégiques

Le Plan de réponse humanitaire 2025 vise deux principaux objectifs stratégiques. Le premier est de  sauver et de préserver la vie et la dignité des populations ayant des besoins critiques dans les zones touchées par des chocs, à travers une assistance multisectorielle d’urgence adéquate répondant à leurs besoins vitaux, avec une attention particulière aux personnes âgées, handicapées, enfants, femmes et survivants de VBG.

Le 2ème objectif stratégique est de garantir un accès minimal et équitable aux services sociaux de base aux personnes vulnérables, à travers une assistance multisectorielle adaptée à leurs besoins pour renforcer leurs capacités à prévenir, faire face et se relever des chocs.

Pour l’année 2025, les zones géographiques prioritaires pour les interventions humanitaires restent concentrées dans les régions du Centre et du Nord du pays, où la persistance des conflits continue de fragiliser les conditions de vie des populations et de complexifier les opérations d’assistance.

En 2024, seuls 38% du financement requis dans le cadre du Plan de réponse humanitaire ont été mobilisés. Malgré ce manque de financement et les contraintes d’accès, les partenaires humanitaires ont fourni une aide vitale à 1,8 million de personnes parmi les plus vulnérables, y compris celles vivant dans les zones les plus éloignées.

Khassim Diagne, Coordinateur par intérim de l’action humanitaire au Mali, espère un meilleur taux de financement en 2025. « Il est urgent que l’ensemble de la communauté humanitaire et les donateurs renouvellent leur engagement à répondre aux besoins humanitaires fondamentaux », souligne-t-il.

Mohamed Kenouvi

Bekaye Cissé : « La création de contenus numériques en langues locales reste essentielle pour favoriser l’adoption d’Internet par les Maliens ».

Bekaye CISSE est ingénieur Systèmes, Réseaux et Sécurités Informatique. Il est le président de la Commission Technique ISOC Mali. Il nous donne son regard sur la nouvelle Politique Nationale de Développement de l’Economie Numérique (2025-2029), les conditions de sa mise en œuvre et les acquis et perspectives d’internet au Mali.

 

Quel est votre  regard sur la Politique Nationale de Développement de l’Économie Numérique ?

La mise en place d’une Politique Nationale de Développement de l’Économie Numérique au Mali marque une étape importante dans la transformation numérique du pays. Ce document stratégique vise à positionner le Mali comme un hub technologique en Afrique de l’Ouest et à faire du numérique un levier de croissance économique et de développement social dans un environnement de maîtrise de la souveraineté numérique.
La PNDEN 2025-2029 présente une vision modernisée qui intègre des avancées technologiques telles que l’intelligence artificielle et la robotique. Elle met l’accent sur l’innovation, la cybersécurité et la connectivité. Cette nouvelle politique a pour objectif de construire une économie numérique inclusive, en phase avec les réalités du Mali, et de favoriser la création d’un environnement propice à l’émergence de start-ups.
Les objectifs ambitieux de la politique sont alignés avec les défis du développement du Mali et les tendances mondiales en matière de digitalisation.

 

 Quels sont les défis à relever pour sa réalisation ?
Pour que le Mali tire parti de la révolution numérique afin de construire une économie numérique forte et inclusive, la nouvelle politique nationale de développement de l’économie numérique doit être ambitieuse et inclusive, en s’attaquant à des défis clés tels que l’investissement dans les infrastructures, l’accès à l’internet haut débit, le développement du capital humain avec des compétences numériques, l’inclusion numérique avec l’accès universel au haut débit, la gouvernance, la cybersécurité, la protection des données ainsi que l’intelligence artificielle et la robotique.
La réussite de cette politique dépendra également  d’une collaboration étroite entre tous les acteurs du secteur numérique, y compris le gouvernement, le secteur privé, la société civile et les partenaires au développement

 

Quels sont les acquis et les perspectives du développement d’Internet au Mali ?

Le développement de l’internet au Mali a connu une croissance significative ces dernières années, apportant de nombreux avantages. Toutefois, il reste des défis à relever pour tirer pleinement parti de ce potentiel.
Ces dernières années, les taux de pénétration d’Internet ont augmenté régulièrement, offrant à un nombre croissant de Maliens un accès à l’information, y compris aux médias et aux services en ligne. Les réseaux sociaux jouent un rôle de plus en plus important dans la vie sociale et politique des Maliens, facilitant la communication et la mobilisation.
Les investissements dans les infrastructures de télécommunications ont permis d’améliorer la couverture du réseau, en particulier dans les zones urbaines.
Le secteur numérique est en plein essor, créant de nouvelles opportunités d’emploi et stimulant la croissance économique.

Pour l’avenir, l’objectif reste d’étendre la couverture Internet à l’ensemble du pays, en particulier dans les zones rurales, afin de réduire la fracture numérique.
Améliorer la qualité des services, en termes de vitesse et de stabilité, pour répondre aux besoins croissants des utilisateurs.
La création de contenus numériques en langues locales reste essentielle pour favoriser l’adoption d’Internet par les Maliens.
Le renforcement de la protection des données personnelles et la lutte contre la cybercriminalité sont des enjeux majeurs pour garantir un développement sûr et durable de l’internet.
Promouvoir l’e-gouvernement pour développer les services administratifs en ligne afin de simplifier les procédures et améliorer l’efficacité de l’administration.
L’accès à une électricité stable et fiable est essentiel au bon fonctionnement des équipements informatiques.
Un cadre réglementaire clair et approprié est nécessaire pour encourager les investissements et promouvoir la concurrence.

 

 

Digitalisation : Une évolution aux multiples enjeux

Annoncée par les autorités en juin 2024, la digitalisation de l’administration constitue un vaste chantier destiné à moderniser l’administration publique et à offrir aux citoyens des services plus accessibles et plus efficaces. Enclenché depuis quelques années, ce processus de transformation numérique vient de se doter d’une Politique nationale et de son Plan d’action « Mali 2029 ». Occasion de faire le point sur les avancées et les défis à relever.

Le 19 juillet 2024, le Programme de digitalisation des moyens de paiement et des services publics a été lancé. Déployé à Bamako pour sa phase pilote, il devrait progressivement s’étendre à toutes les régions et aux représentations diplomatiques. Le programme inclura tous les services de manière progressive. Cette digitalisation vise à améliorer la transparence des processus administratifs et à renforcer la confiance des citoyens. Destinée à lutter contre la fraude et la falsification des documents administratifs, l’initiative doit permettre une amélioration de l’accessibilité des services publics. En outre, la digitalisation doit améliorer la performance de l’administration et permettre à l’État de réaliser des économies d’échelle grâce à la mise en place d’une administration électronique.

L’élaboration de la nouvelle Politique nationale de développement de l’économie numérique s’inscrit dans la continuité de « Mali numérique 2020 », dont l’évaluation a révélé certaines limites. En effet, le taux d’exécution global était de 27,30%, soit 18 actions menées à terme sur les 66 programmées, avec un taux de mobilisation des ressources de 24,24%, soit 54,5 milliards de francs CFA sur les 224,792 prévus. La nouvelle politique vise donc à insuffler une dynamique renouvelée pour répondre aux défis actuels à travers la digitalisation, afin d’assurer transparence, efficience et célérité de l’action publique.

Dès le 22 juillet 2024, le coup d’envoi du paiement digital pour les services de l’état-civil a été donné. Au Mali, l’enregistrement des naissances a connu des progrès significatifs, mais des disparités persistent, nécessitant la poursuite des efforts pour relever les défis. Depuis 2022, les initiatives du gouvernement pour numériser l’enregistrement des naissances sont accompagnées par l’UNICEF. Ce processus s’est concrétisé par la mise en place d’une plateforme regroupant les principaux évènements de l’état-civil (naissance, mariage, décès). La plateforme constitue une première entièrement dédiée répondant aux besoins des usagers, aux normes internationales et au cadre légal. Le système pilote mis en place dans 10 zones regroupe les centres d’état-civil, les structures de santé et les tribunaux. La mise en œuvre effective de cette étape permettra d’accélérer les efforts vers l’enregistrement universel, notent les acteurs.

Le 16 janvier 2025, le Système Intégré de Gestion des Dossiers Judiciaires (SIG-DJ) a été lancé par le ministre en charge de la Justice et celui en charge de l’Économie Numérique. Le SIG-DJ, conçu par l’Agence des Technologies de l’Information et de la Communication (AGETIC), est un outil innovant. Il constitue une étape importante dans la modernisation des services publics pour mieux servir les usagers. La phase pilote de déploiement de cet outil, qui s’étendra sur deux ans, doit aboutir à la délivrance en ligne de documents comme les extraits de casiers judiciaires ou les certificats de nationalité et permettre une gestion optimisée des dossiers judiciaires. Ces services permettront d’alléger les démarches administratives et de renforcer l’accessibilité aux services de la justice, en particulier pour les populations des zones éloignées.

Actuellement, le Mali compte plus de 500 structures interconnectées, avec notamment des applications collaboratives, de visioconférence, de courrier, d’archivage, de e-conseil et de e-cabinet, ainsi que plus de 3 000 km de fibre optique aux niveaux central et déconcentré.

Dans le cadre de la gestion et de la promotion du nom de domaine du Mali (.ml), le département en charge de l’Économie numérique a procédé à l’enregistrement ou au renouvellement de 10 555 noms de domaine, ainsi qu’à la mise en place d’une plateforme d’enregistrement, de renouvellement et de paiement des noms de domaine en ligne.

Perspectives prometteuses

Au début de l’année 2024, le nombre d’utilisateurs d’Internet a été évalué à 7,8 millions de personnes, avec un taux de pénétration d’Internet de 33,1%. Ainsi, malgré des perspectives prometteuses pour le secteur, les investissements dans les infrastructures restent nécessaires pour améliorer la qualité et la couverture des services. Ces investissements doivent également stimuler la croissance économique en facilitant l’accès aux services numériques, à travers une couverture universelle qui est encore un objectif lointain.

Pour 2025, le département de l’Économie numérique annonce plusieurs chantiers. Parmi eux, le renforcement du cadre juridique et règlementaire de la certification et de la signature électronique, l’adoption, la vulgarisation et la mise en œuvre du document de Politique nationale de développement de l’économie numérique, ainsi que l’acquisition de la plateforme de signature électronique. L’adoption de la stratégie nationale de cybersécurité est également envisagée.

La modernisation de l’administration devrait se poursuivre avec l’extension de l’Intranet de l’administration à 15 nouvelles régions administratives. Le développement d’applications et d’interfaces d’accès aux informations sur l’état-civil, la déclaration et le paiement des impôts et la plateforme d’alphabétisation sont également prévues en 2025. La construction d’un centre de données (Data Center tiers 3) et le déploiement de la fibre optique (618 km) entre Niono et Tombouctou et (250 km) entre Gao et Labbezanga sont également à l’ordre du jour.

Combler le gap

La digitalisation a enregistré des acquis, notamment un soutien aux infrastructures et l’existence de plateformes de paiement mobile des services publics, constituant une dynamique d’intégration positive du numérique, estime Mohamed Doumbia, membre du regroupement « Immersia », qui œuvre dans le domaine de l’Intelligence Artificielle (IA).

Cependant, le secteur reste à développer et doit promouvoir le « contenu local ». Il est important de développer les compétences au niveau local afin de répondre aux besoins. Cela signifie que même si le secteur du numérique offre des possibilités importantes, il a également besoin de ressources humaines de qualité pour assurer sa promotion. Ce développement doit s’appuyer sur des infrastructures de pointe  répondant aux normes internationales. Pour asseoir une économie numérique, le financement de la recherche et de l’innovation est indispensable, mais cela demeure un défi majeur.

Le Mali accuse un retard dans ce domaine et pour combler le gap il est nécessaire d’encourager l’investissement à travers un partenariat public-privé, suggère M. Doumbia. Cela pourra permettre d’attirer des capitaux. Étant donné qu’il s’agit d’investissements à risque, il est crucial que l’État offre des garanties au secteur privé pour s’impliquer, d’où l’importance du partenariat. Il faut aussi profiter du boom de l’IA pour réaliser un bond qualitatif. Les retards dans certains domaines comme l’éducation ou la santé peuvent être corrigés grâce au numérique. En termes de recherche et de développement, au-delà de reprendre ce qui a déjà été développé ailleurs, il faut « tropicaliser » les recherches et les adapter à notre contexte grâce à des solutions locales. Pour relever ce défi, les chercheurs doivent collaborer, car cette collaboration est cruciale. « Il y a une révolution qui est en marche et le Mali ne doit pas rester en marge », conclut M. Doumbia.

Fatoumata Maguiraga

Lancement des passeports de l’AES : opportunités et défis pour la Confédération des États du Sahel  

Dans un communiqué rendu public, ce jeudi 23 janvier 2025, le Président de la Confédération des États du Sahel (AES), le Général d’Armée Assimi Goïta, a annoncé la mise en circulation des passeports de l’AES à compter du 29 janvier 2025. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la feuille de route de l’AES visant à renforcer l’intégration régionale et à faciliter la libre circulation des citoyens des États membres.

L’Alliance des États du Sahel, créée le 16 septembre 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, a évolué en une confédération lors de son premier sommet en juillet 2024. Cette transformation vise à renforcer la coopération entre les pays membres pour faire face aux défis communs, notamment la menace des groupes djihadistes et les crises socio-économiques.
La mise en circulation du passeport de l’AES représente une avancée significative pour l’intégration régionale. Ce document vise à harmoniser les titres de voyage au sein de l’espace confédéral et à faciliter la mobilité des citoyens des pays membres à travers le monde. Cette initiative symbolise également la volonté des États membres de renforcer leur souveraineté et de consolider leur coopération après leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Toutefois, plusieurs défis se posent dans la mise en œuvre des passeports de l’AES. D’abord, leur reconnaissance internationale sera essentielle pour garantir la liberté de mouvement des citoyens, nécessitant des négociations diplomatiques pour éviter des restrictions de voyage. Ensuite, la coordination logistique représente un autre défi majeur, impliquant la mise en place d’un système biométrique sécurisé et la distribution efficace des passeports à l’ensemble des citoyens concernés. Enfin, les implications économiques de cette transition, notamment sur la libre circulation des biens et des personnes avec les pays voisins après le retrait de la CEDEAO, devront être évaluées et des mesures adaptées prises pour limiter les impacts négatifs sur les échanges commerciaux.
La réussite de cette initiative dépendra de la capacité des États membres de l’AES à surmonter ces défis. Une approche concertée et une collaboration étroite avec les partenaires internationaux seront essentielles pour assurer le succès de ce projet ambitieux. Le lancement des passeports de l’AES pourrait également servir de catalyseur pour d’autres projets d’intégration régionale, tels que la création d’une banque d’investissement commune et le développement d’infrastructures partagées comme annoncé lors de la rencontre des ministres en charge du développement des trois pays, tenue à Bamako du 14 au 17 janvier 2025.
La mise en circulation des passeports de l’AES à partir du 29 janvier 2025 marque une étape importante dans le processus d’intégration des États du Sahel. Bien que des défis subsistent, cette initiative témoigne de la détermination des pays membres à renforcer leur coopération et à promouvoir la libre circulation de leurs citoyens.

Rokia Traoré libérée en Belgique : fin d’une bataille juridique transfrontalière

La chanteuse malienne Rokia Traoré, âgée de 50 ans, a été libérée ce mercredi 22 janvier 2025 d’une prison belge, selon ses avocats. Cette libération fait suite à une série d’événements juridiques complexes liés à une dispute pour la garde de sa fille avec son ancien partenaire belge, Jan Goossens.

En mars 2020, Traoré avait été arrêtée en France sur la base d’un mandat d’arrêt européen émis par la Belgique, l’accusant de ne pas avoir respecté une décision judiciaire concernant la garde de sa fille. Après une libération conditionnelle, elle avait quitté la France pour le Mali, défiant ainsi les ordres de rester sur le territoire français jusqu’à la fin de la procédure d’extradition. En octobre 2023, un tribunal belge l’avait condamnée par contumace à deux ans de prison en lien avec cette affaire.
En juin 2024, Traoré avait été de nouveau arrêtée en Italie, suite à un mandat d’arrêt européen, et extradée vers la Belgique en novembre 2024, où elle avait été incarcérée à la prison de Haren, à Bruxelles. Sa libération ce 22 janvier 2025 intervient après qu’un accord a été trouvé entre les parties concernées, permettant à Traoré et à Goossens de revoir leur fille, actuellement résidente au Mali. Une audience est prévue en juin 2025 à Bruxelles pour examiner la mise en œuvre de cet accord et entendre les plaidoiries des deux parties.
Rokia Traoré est reconnue internationalement pour sa contribution à la musique africaine et a servi comme ambassadrice de bonne volonté pour le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) de 2016 à 2018. Sa situation juridique complexe met en lumière les défis liés aux différends transfrontaliers en matière de garde d’enfants, notamment lorsque des décisions judiciaires de différents pays entrent en conflit.

Élimination des clubs maliens en compétitions africaines : une remise en question nécessaire

Les 18 et 19 janvier 2025 ont marqué la fin de l’aventure africaine pour les deux principaux clubs maliens engagés dans les compétitions continentales. Le Djoliba AC et le Stade Malien de Bamako ont été éliminés respectivement de la Ligue des Champions de la CAF et de la Coupe de la Confédération, suite à des performances décevantes lors de la 6ᵉ et dernière journée de la phase de groupes.

Le samedi 18 janvier 2025, le Djoliba AC s’est lourdement incliné face aux Égyptiens de Pyramids FC sur le score sans appel de 6 à 0. Cette rencontre, disputée au 30 June Stadium au Caire, a vu les Maliens subir la domination de leurs adversaires tout au long du match. Les buts de Pyramids FC ont été inscrits par Sodiq Awujoola (3′), Marwan Hamdi (11′), Mostafa Fathi (54′), Ramadan Sobhi (61′ sur penalty), Abdelrahman Magdi (67′) et Youssef Obama (78′). Cette défaite cinglante a scellé le sort du Djoliba AC, qui termine la phase de groupes avec 2 points, issus de deux matchs nuls et quatre défaites, sans aucune victoire à son actif.
Le dimanche 19 janvier 2025, le Stade Malien de Bamako recevait le CD Lunda-Sul d’Angola au Stade 26 Mars. Malheureusement, les locaux se sont inclinés 1 à 0, le seul but de la rencontre ayant été inscrit par Joca à la 24ᵉ minute. Cette défaite à domicile reflète une campagne continentale décevante pour le Stade Malien, qui achève la phase de groupes avec une victoire, un match nul et quatre défaites, totalisant 4 points.
Les éliminations précoces du Djoliba AC et du Stade Malien de Bamako dévoilent des lacunes tant sur le plan technique que managérial. Ces contre-performances soulignent le besoin urgent de réformes structurelles au sein des clubs maliens pour améliorer leur compétitivité sur la scène continentale. Il est essentiel pour ces équipes de renforcer leurs structures organisationnelles et d’investir dans le développement des talents locaux. Une approche stratégique et une meilleure préparation pourraient leur permettre de rivaliser plus efficacement lors des prochaines éditions des compétitions africaines.

Biennale artistique et culturelle : Tombouctou célèbre l’Année de la Culture 2025

Lors de sa session ordinaire du 17 janvier 2025, le Conseil des Ministres a adopté un projet de décret visant à institutionnaliser la Biennale artistique et culturelle, activité emblématique née en 1970. Cet événement s’inscrit dans le cadre de l’Année de la Culture, proclamée par le Président de la Transition, le Général Assimi Goïta, lors de son discours à la nation du 31 décembre 2024.

Depuis sa création en 1970, la Biennale artistique et culturelle est un espace d’expression des diversités artistiques et culturelles du Mali. Elle contribue à promouvoir le vivre-ensemble, tout en mettant en lumière les savoir-faire locaux et en renforçant le dialogue intercommunautaire. Pour cette édition, Tombouctou accueillera artistes, artisans, écrivains et chercheurs, offrant une vitrine exceptionnelle à la richesse culturelle de cette région mythique.
Des préparatifs en cours dans la cité des 333 saints
Rappelons Tombouctou sera l’hôte de l’édition 2025 après Mopti l’année passée. En effet, Tombouctou, ville historique classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, sera l’épicentre de cette grande célébration nationale.
La Cité des 333 Saint se prépare activement à accueillir l’événement. Depuis la passation officielle du flambeau à la région, les autorités locales, soutenues par les populations et la diaspora, ont mobilisé plus de 30 millions de francs CFA pour garantir le succès de la Biennale. Ces fonds serviront à financer la réhabilitation des infrastructures, notamment les lieux de spectacles et les espaces d’exposition, ainsi que l’organisation des nombreuses activités prévues.
Les spectacles artistiques incluront des danses traditionnelles, des ballets régionaux, des performances théâtrales et des concerts de musique moderne et traditionnelle. Des expositions d’artisanat et d’arts visuels permettront de valoriser les talents locaux, tandis que des conférences et ateliers porteront sur la préservation et la modernisation du patrimoine culturel.
Un levier économique et culturel pour la région
Outre son impact culturel, la Biennale aura des retombées économiques significatives pour Tombouctou et ses environs. En attirant des milliers de visiteurs nationaux et internationaux, l’événement stimulera le secteur touristique, redynamisera les industries créatives et favorisera la création d’emplois locaux. Les artisans et artistes auront également l’opportunité d’accéder à de nouveaux marchés et de renforcer leur visibilité.
Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et socio-économiques, cette Biennale représente un symbole de résilience et d’espoir pour la région. L’Année de la Culture proclamée pour 2025 reflète une volonté politique visant à renforcer la cohésion sociale et promouvoir la culture comme pilier de développement durable. Le Président Goïta a affirmé que cet événement national constitue une étape importante dans la refondation culturelle et sociale du Mali.
Des perspectives internationales
Comme mentionné dans les analyses publiées par Africa Income, la Biennale 2025 contribuera à positionner le Mali sur la scène internationale en tant que leader culturel en Afrique de l’Ouest. En plus de favoriser la coopération culturelle, elle renforcera l’image de Tombouctou comme carrefour de civilisations et lieu emblématique de dialogue entre les cultures.
Les bénéfices attendus ne se limitent pas au seul Mali. L’événement aura une portée régionale et mondiale, attirant des partenaires, des mécènes et des acteurs culturels désireux de participer à cette célébration unique. Ce rendez-vous marquera une nouvelle étape dans la valorisation du patrimoine malien, tout en réaffirmant l’importance de la culture comme vecteur de paix et de stabilité.
Tombouctou 2025 ne sera pas seulement un festival, mais un message fort de résilience, de diversité et de créativité, porté par une nation fière de son histoire et résolument tournée vers l’avenir.

Discours religieux : Quand les mots attisent la discorde et menacent la paix sociale

Depuis plusieurs années, le Mali, pays historiquement connu pour sa tolérance interreligieuse, est confronté à une recrudescence de discours religieux polémiques. Ces prêches, souvent amplifiés par les réseaux sociaux, exaspèrent les tensions et fragilisent la cohésion sociale.

Des figures influentes telles que Mahi Ouattara, Abdoulaye Koïta ou le Révérend Michel Samaké ont récemment été convoquées par les juridictions, accusées d’incitation à la haine ou d’avoir tenu des propos offensants envers certaines confessions. Ces affaires reflètent les défis auxquels fait face le pays pour préserver l’harmonie entre ses différentes communautés religieuses.

Selon un document de l’ambassade des États-Unis au Mali publié en 2021, avec une population de plus de 22 millions d’habitants composée à 95% de Musulmans, majoritairement sunnites de rite malékite, et à 5% de Chrétiens (deux tiers catholiques, un tiers protestants), le Mali a toujours misé sur le dialogue interreligieux pour maintenir son unité. Cependant, les récentes dynamiques sociales et politiques, combinées à une utilisation intense des technologies numériques, amplifient les fractures et exacerbent les tensions.

Pourtant, le pays dispose d’un cadre légal robuste pour assurer la coexistence des confessions. La Constitution de 2023 consacre la laïcité de l’État tout en respectant les croyances religieuses. L’article 32 précise que la laïcité « ne s’oppose pas à la religion et aux croyances », mais vise à promouvoir le vivre-ensemble. En parallèle, l’article 1er interdit toute discrimination religieuse, tandis que l’article 14 garantit la liberté de pensée, de conscience et de culte.

Le Code pénal renforce ces principes à travers des dispositions spécifiques. L’article 242-1 punit tout propos ou acte portant atteinte à la liberté de conscience ou incitant à une discrimination religieuse d’un emprisonnement de sept ans et d’une interdiction de séjour de dix ans. L’article 255-1, quant à lui, condamne l’apologie du terrorisme, particulièrement lorsqu’elle attise les tensions interconfessionnelles.

Des références internationales pour renforcer la tolérance

Le Mali est également signataire de plusieurs conventions internationales protégeant la liberté religieuse. Parmi celles-ci figurent entre autres la Déclaration universelle des droits de l’Homme (1948), qui consacre la liberté de pensée, de conscience et de religion (article 18), le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (1966), qui réaffirme ce droit en insistant sur la liberté de manifester sa religion individuellement ou collectivement, la Déclaration sur l’élimination de toutes les formes d’intolérance et de discrimination fondées sur la religion (1981) et la Convention relative aux droits de l’enfant (1989), dont l’article 14 garantit aux enfants la liberté religieuse tout en respectant le rôle des parents.

Ces instruments renforcent les engagements du Mali en faveur d’un climat de tolérance et d’égalité entre toutes les confessions.

Les médersas : un pilier éducatif sous pression

Les médersas, ou écoles coraniques, jouent un rôle central dans l’éducation religieuse au Mali. Elles représentent environ 16% des établissements scolaires, avec plus de 3 000 écoles accueillant environ 400 000 élèves. Ces institutions, bien qu’essentielles pour la transmission des valeurs islamiques, font face à des défis importants. Dans certaines régions, le manque de supervision permet la propagation de discours radicaux ou l’enseignement d’idéologies extrémistes.

Pour y remédier, le ministère des Affaires religieuses a lancé des initiatives visant à mieux encadrer ces écoles. Des formations pour les maîtres coraniques axées sur la tolérance et la coexistence pacifique ont été mises en place. De plus, des modules éducatifs sur la paix et le respect des diversités ont été introduits dans certains programmes scolaires. Ces efforts cherchent à renforcer le rôle positif des médersas dans la société.

Les conséquences de la radicalisation sur les communautés

Entre 2021 et 2024, les activités des groupes armés dans les régions du nord et du centre ont eu des conséquences dramatiques sur l’éducation. Selon le rapport du Cluster Éducation Mali publié fin 2024, l’insécurité persistante a entraîné la fermeture de 1 792 écoles, affectant environ 537 600 élèves et 10 752 enseignants. Cette crise éducative est alimentée par des discours religieux polémiques qui, en déshumanisant ou en diabolisant « l’autre », justifient le recours à la violence contre des groupes perçus comme des menaces. Le rapport « La Fabrique de l’islamisme » et les travaux d’Open Edition Books confirment que ce type de rhétorique, combiné aux tensions sociales et politiques, facilite la montée de l’extrémisme violent. Cette dynamique offre aux groupes radicaux un terreau fertile pour recruter des partisans, exacerbant davantage les tensions et l’instabilité dans le pays.

Selon le Rapport 2021 de l’Aide à l’Église en Détresse (AED), la liberté religieuse est menacée dans un pays sur trois, avec des violations notoires dans 62 pays parmi les 196 étudiés. Le Mali fait partie de ces nations où la liberté religieuse est compromise, principalement en raison de l’expansion du terrorisme et des tensions intercommunautaires. Cette situation illustre les défis auxquels le pays est confronté pour garantir la coexistence pacifique entre les différentes communautés religieuses

Des lieux de culte chrétiens, bien que minoritaires, ont également été pris pour cible. De plus, plusieurs attaques et enlèvements de religieux, Musulmans et Chrétiens, ont été signalés, alimentant un climat de peur et de méfiance entre les communautés. Ces tensions soulignent l’impact direct des discours polarisants sur la cohésion sociale.

Discours de haine en ligne : une menace amplifiée par le numérique

Avec 7,82 millions d’internautes en 2024, soit un taux de pénétration de 33,1%, et 2,15 millions d’utilisateurs de réseaux sociaux, selon DaraReportal, le Mali fait face à une utilisation grandissante des technologies numériques. Cependant, ces plateformes deviennent également des espaces privilégiés pour la diffusion de discours clivants et haineux. Les algorithmes des réseaux sociaux favorisent souvent les contenus polémiques, créant des « chambres d’écho » qui renforcent les croyances extrémistes.

Par ailleurs, le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité s’efforce de réguler ces discours en ligne, mais il manque de moyens techniques et financiers. De plus, des campagnes de sensibilisation, souvent menées par des ONG locales, visent à éduquer les utilisateurs sur les dangers des contenus extrémistes et à promouvoir un usage responsable des plateformes numériques.

Des exemples régionaux pour inspirer le Mali

Certains pays africains offrent des modèles réussis pour encadrer les discours religieux. Au Maroc, le Haut Conseil des Oulémas supervise les prêches et veille à ce qu’ils respectent les principes d’un Islam modéré. Depuis 2005, plus de 12 000 Imams y ont été formés pour diffuser des messages de tolérance. Le Sénégal, quant à lui, dispose du Conseil National des Imams et Oulémas, qui joue un rôle similaire en encourageant des sermons prônant la paix et la coexistence pacifique. À l’international, l’ambassade des États-Unis au Mali soutient des initiatives de dialogue interreligieux et des formations en médiation ayant bénéficié à plus de 500 participants en 2021 pour renforcer la cohésion sociale et contrer l’extrémisme violent. Ces exemples montrent qu’un encadrement institutionnel rigoureux peut prévenir la radicalisation et renforcer la cohésion sociale.

Les initiatives nationales pour promouvoir la paix

Pour contrer les discours haineux et prévenir l’extrémisme, le gouvernement a mis en place plusieurs initiatives. Le Plan d’action national pour la prévention de l’extrémisme violent (2021 – 2025) constitue une réponse stratégique aux causes profondes de la radicalisation. Ce plan s’appuie sur l’éducation, le dialogue interreligieux et le renforcement des institutions locales. Malgré l’énorme travail abattu, cette initiative fait face à plusieurs limites objectives. Le Plan d’action national pour la prévention de l’extrémisme violent au Mali présente plusieurs failles, notamment une coordination insuffisante entre les acteurs impliqués, des ressources financières et humaines limitées et un contexte sécuritaire instable marqué par des violences persistantes. De plus, bien que l’engagement communautaire soit essentiel, la mobilisation effective des populations locales reste un défi. Ces facteurs limitent l’efficacité et la portée du plan dans la lutte contre l’extrémisme violent.

Parallèlement à cette initiative, le Projet Alternatif Redevable pour Lutter contre l’Extrémisme Radical (PARLER), lancé en 2022, forme les leaders religieux à diffuser des prêches modérés. De plus, le Cadre de concertation interreligieux, actif depuis 2021, organise des forums pour désamorcer les tensions et encourager la compréhension mutuelle entre les confessions.

Le Mali dispose d’un cadre juridique solide et de nombreuses initiatives pour faire face aux défis posés par les discours religieux polémiques. Cependant, leur mise en œuvre nécessite une meilleure coordination entre l’État, les institutions religieuses et la société civile. En s’inspirant de modèles régionaux et en mobilisant tous les acteurs, le pays peut renforcer sa résilience et préserver son identité de nation tolérante et inclusive.

Massiré Diop

 

Consommation de charbon de bois : un défi environnemental majeur

La consommation de bois et de charbon de bois dans le pays atteint des niveaux alarmants, entraînant une déforestation accélérée. Selon le rapport « Politique Forestière Nationale » de 2017, chaque année, environ 500 000 hectares de forêts disparaissent en raison des activités humaines, dont 400 000 hectares liés à l’exploitation du bois et aux feux de brousse.

Cette situation est exacerbée par la forte dépendance de la population au bois énergie, qui représente plus de 75 % du bilan énergétique national. Environ 80 % des Maliens utilisent le bois ou le charbon de bois pour leurs besoins énergétiques domestiques, ce qui exerce une pression considérable sur les ressources forestières.

Le prix du sac de charbon de bois, oscillant entre 6 000 et 7 500 FCFA, reflète les difficultés d’approvisionnement liées à l’insécurité et à la raréfaction des ressources forestières. Cette hausse des prix impacte directement le pouvoir d’achat des ménages et encourage parfois des pratiques illégales de coupe de bois.

Face à cette crise environnementale, des solutions alternatives sont proposées. L’adoption de briquettes combustibles, issues de résidus agricoles, constitue une option viable pour réduire la dépendance au bois énergie. Le développement du biogaz, notamment à partir des déchets organiques, offre également une source d’énergie renouvelable et moins polluante. Par ailleurs, des programmes de reboisement massif sont essentiels pour restaurer les écosystèmes dégradés et assurer la durabilité des ressources forestières.

Sans une transition vers des sources d’énergie plus durables et une gestion responsable des forêts, le Mali risque de faire face à une catastrophe écologique aux conséquences socio-économiques graves. Il est impératif d’adopter des politiques énergétiques et environnementales ambitieuses pour inverser cette tendance et protéger les moyens de subsistance des populations rurales.