ANSSA : Blocage administratif pour la sécurité sanitaire des aliments

Depuis plusieurs années, l’Agence nationale de la sécurité sanitaire des aliments (ANSSA) évolue dans un vide juridique inédit. Entre paralysie institutionnelle et absence de cadre légal opérationnel, les travailleurs dénoncent une situation critique et multiplient les démarches pour obtenir la relance effective de la structure.

Créée en 2003 pour garantir la sécurité sanitaire des aliments au Mali, l’ANSSA constituait un maillon essentiel du dispositif national de santé publique. Unique dans l’espace UEMOA, elle assurait à la fois le contrôle, la surveillance et l’amélioration de la qualité des produits alimentaires destinés à la consommation.

Mais, en 2019, la réforme ayant conduit à la création de l’Institut national de santé publique (INSP) a profondément bouleversé son fonctionnement. L’ANSSA a alors été fusionnée avec cette structure d’analyses et de recherche, une décision contestée par ses travailleurs, qui estimaient que les missions de l’agence, centrées sur l’agroalimentaire, différaient fondamentalement de celles de l’INSP.

Un tournant intervient en 2022 avec l’adoption de la Loi n°2022-004 du 20 mai. Ce texte consacre officiellement la sortie de l’ANSSA de cette réforme et impose sa re-création ainsi que son opérationnalisation. Pourtant, malgré un processus administratif ayant franchi toutes les étapes, la mise en œuvre reste bloquée. Et une proposition de loi soumise au CNT en la matière a été rejetée par l’organe législatif de la Transition.

« Malgré les nombreuses diligences administratives et techniques accomplies, le processus d’adoption des textes subséquents nécessaires à la mise en œuvre de l’ANSSA demeure illégalement bloqué », affirme le Secrétaire général du Comité syndical des chercheurs de l’ANSSA, Dr Alassane Maïga, dans une lettre adressée au ministre de la Santé le 7 avril 2026.

Une paralysie aux impacts sanitaires et scientifiques

Ce blocage n’est pas sans conséquences. Il a entraîné un véritable arrêt du système national de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments. Aujourd’hui, aucune coordination nationale n’est assurée et les activités de contrôle, d’investigation ou d’alerte sanitaire sont suspendues.

Les programmes de sensibilisation ont été stoppés, tout comme les activités de recherche et de surveillance épidémiologique. Le pays se retrouve ainsi sans dispositif structuré opérationnel pour prévenir les risques liés à la consommation alimentaire, exposant les populations à des dangers sanitaires majeurs.

« Depuis, nous ne travaillons pas. La seule activité que nous menons, c’est à la Commission d’autorisation de mise sur le marché », confie le Dr Alassane Maïga, ajoutant que les ressources générées sont versées à l’INSP, qui « refuse de financer nos missions ».

Sur le plan scientifique et professionnel, la situation affecte profondément les chercheurs. Privés d’activités scientifiques, confrontés à des conditions de travail dégradées et à une absence de perspectives, ils dénoncent une stagnation professionnelle préoccupante. « On ne nous a pas coupé le salaire. Mais nous devons évoluer, administrativement, techniquement », souligne le responsable syndical.

Des revendications claires et urgentes

Face à cette situation jugée « honteuse », les travailleurs de l’ANSSA interpellent les autorités. Ils demandent en priorité la finalisation immédiate des textes permettant la recréation effective de l’agence, conformément à la loi de 2022.

Ils exigent également la restitution des ressources financières qui lui sont destinées, la mise en place d’une administration autonome et fonctionnelle, ainsi que la relance urgente des activités de contrôle et de recherche.

Autre sujet d’inquiétude : un projet de nouvelle réforme en préparation, visant à fusionner l’ANSSA avec deux autres structures sanitaires, notamment le Laboratoire national de la santé et la Direction de la pharmacie et du médicament. « Nous n’y avons pas été associés », déplore le Dr Maïga.

En attendant une réponse des autorités, le syndicat n’exclut pas des actions plus fermes. Plus largement que la seule situation des travailleurs, c’est la sécurité sanitaire des populations maliennes qui est en jeu.

Mohamed Kenouvi

Eaux minérales : attention aux non certifiées

À partir de 100 francs CFA la petite bouteille, l’eau minérale est de plus en plus accessible et l’offre est diversifiée. Mais, en cette période de fortes chaleurs et de grande consommation, toutes n’ont pas une Autorisation de mise sur le marché (AMM). C’est-à-dire la caution officielle de garantie de leur qualité. Pourtant, la procédure est simple et indispensable pour certifier l’eau.

La marque, la date de péremption, voici quelques-uns des détails auxquels s’intéresse la majorité des consommateurs. Pour le reste, elle fait confiance au nom du produit ou à la société productrice. Pour les consommateurs, peu de doutes sur la qualité des eaux « en bouteille ». Pourtant, ce n’est pas ni gage de sécurité, ni une assurance.

Pour garantir la qualité sanitaire des aliments, y compris les eaux, seule l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments (ANSSA) est la référence. À travers un certain nombre de critères, elle délivre l’Autorisation de mise sur le marché (AMM), donnant aux produits non seulement la permission d’être sur le marché, mais aussi la garantie qu’ils répondent aux normes sanitaires requises.

Précautions nécessaires

Mais, compte tenu du principe de « liberté du commerce », plusieurs types d’eaux minérales se retrouvent sur le marché sans ce préalable. Les consommateurs ne sont donc pas à l’abri d’éventuels risques. Pour s’assurer de la qualité de l’eau qu’ils boivent, ils doivent être attentifs au « petit » logo jaune de l’Agence de sécurité sanitaire des aliments sur l’emballage des bouteilles. Il est accompagné de la mention « autorisé par le ministère de la Santé » et du numéro de délivrance de l’AMM.

Donc, en principe, ceux qui s’apprêtent à mettre sur le marché un produit de consommation, en l’occurrence de l’eau minérale, doivent d’abord se munir de cette autorisation. Pour l’obtenir, un certain nombre de conditions doivent être remplies par les demandeurs. Outre une demande manuscrite, un dossier technique, comprenant la description du produit (dénomination, composition, date de fabrication et de péremption, etc.), son origine, la copie conforme de l’AMM du pays d’origine ou son équivalent sont nécessaires pour les produits importés.

Quant aux produits locaux, en plus des documents précités, il faut un rapport d’évaluation de la qualité sanitaire fait par un organisme agréé et une analyse du produit par le Laboratoire national des Eaux.

Les dossiers sont examinés au cours des sessions de l’ANSSA, qui se tiennent en principe tous les trois mois. Les autorisations ainsi délivrées ont une validité de cinq ans, mais des contrôles inopinés peuvent le cas échéant permettre de les retirer lorsqu’elles ne respectent plus le cahier des charges.