Culture : « TƐGƐNƆ », l’empreinte d’un héritage ancestral

Au Musée national du Mali, l’artiste Abdou Ouologuem propose « TƐGƐNƆ », « L’Empreinte », une exposition qui met en dialogue les collections patrimoniales du musée et la création contemporaine. À travers objets anciens, œuvres d’art, photographies et traces matérielles du passé, elle interroge la transmission de l’héritage malien aux jeunes générations.

Dans la salle d’exposition, le bruit de la ville s’efface. Sous une lumière douce, les visiteurs avancent entre les vitrines, face à des pièces qui racontent plusieurs siècles d’histoire. Bijoux, statuettes, manuscrits, instruments de musique et objets du quotidien rappellent la richesse des savoir-faire, des croyances et des modes de vie qui ont façonné le Mali.

Le parcours réserve aussi des découvertes plus rares. Des fragments de textiles anciens, issus des grottes des Tellem en pays dogon, témoignent d’une maîtrise ancienne du tissage. « J’ai appris ici que nos ancêtres pouvaient transformer la laine de mouton en tissu bien avant l’arrivée des techniques modernes », confie Kadidiatou Sow, étudiante en patrimoine culturel. À quelques pas de là, les parures en or, en argent et en cuir, ainsi que le « Tafé », habit traditionnel lié à l’honneur et à la protection de la femme, rappellent que le vêtement pouvait aussi porter une dignité sociale.

Mémoire visuelle

La force de « TƐGƐNƆ » tient à son refus d’enfermer le patrimoine dans le passé. Les œuvres contemporaines, notamment celles d’Abdoulaye Konaté, répondent aux poteries, aux masques et aux objets anciens. Les photographies de Malick Sidibé et de Seydou Keïta, témoins de l’élégance et des mutations sociales du Mali moderne, dialoguent avec des manuscrits et des pièces rituelles.

Pour Abdou Ouologuem, sortir ces objets des réserves du Musée national relève d’un geste de transmission. « Je ne voulais pas parler d’une communauté plutôt que d’une autre. Je voulais parler de l’empreinte d’un peuple, de ce que nos ancêtres ont fait comme travail, de ce qu’ils nous ont laissé comme héritage », explique l’artiste.

Le message touche les visiteurs. Pour Kadidiatou, le patrimoine malien n’a pas disparu, mais sa transmission s’est affaiblie. Elle estime qu’il faut l’enseigner dès l’enfance, à l’école comme dans les familles.

En quittant l’exposition, les objets du quotidien prennent une autre valeur. Une calebasse, un tissu, un outil ou un geste artisanal deviennent les signes d’une mémoire encore vivante. « TƐGƐNƆ » rappelle ainsi qu’un peuple ne construit son avenir qu’en reconnaissant l’empreinte de ceux qui l’ont précédé.

Salimata Wagué

Rencontres de Bamako : Les photographes appelés à « refabuler » les récits africains

La 15ème édition des Rencontres de Bamako ouvre son appel à candidatures jusqu’au 20 juin 2026. Autour du thème « Refabulation(s) », la Biennale invite les artistes à repenser la place de l’image dans les récits africains.

À Bamako, la photographie se prépare à reprendre sa fonction première : regarder, témoigner, questionner. Prévue du 26 novembre 2026 au 26 janvier 2027, la 15ème édition des Rencontres de Bamako, Biennale africaine de la photographie, attend les propositions de photographes, vidéastes, performeurs et artistes visuels d’Afrique, de la diaspora et des communautés afro-descendantes. L’appel, ouvert jusqu’au 20 juin, dépasse le simple dépôt de dossier. Il engage les créateurs à interroger la manière dont les images racontent les sociétés, les mémoires et les transformations du continent.

Cette orientation a été au centre de la rencontre d’échanges organisée mardi 2 juin à la Maison africaine de la photographie. Réunis autour du thème « Refabulation(s) », artistes et acteurs culturels ont discuté d’un mot qui porte une exigence forte. Refabuler ne veut pas dire embellir le réel, ni inventer pour s’en éloigner. Il s’agit plutôt de reprendre des récits parfois confisqués, de déplacer les regards hérités et de faire surgir d’autres manières de dire l’Afrique.

Sous la modération d’Elhadj Amadou Diop, les interventions du Dr Salia Malé, de Sonia Guillotin Keïta et d’Abdou Ouologuem ont donné à cette réflexion une portée à la fois artistique et humaine. Le Dr Salia Malé a replacé la Biennale dans son rôle de rendez-vous culturel majeur, capable de faire de Bamako un espace de circulation des idées et des formes. Abdou Ouologuem a insisté sur la nécessité pour les artistes de libérer l’imaginaire africain des cadres imposés. Sonia Guillotin Keïta a défendu la fabulation comme une force de création, capable de transformer les blessures, les héritages et les rêves en écritures visuelles nouvelles.

À travers cet appel, les Rencontres de Bamako ne cherchent donc pas seulement des œuvres techniquement abouties. Elles attendent des regards habités, des démarches sincères, des propositions capables de relier l’intime au collectif. Pour Bamako, cette Biennale confirme sa place de carrefour où les artistes africains viennent montrer leurs œuvres, échanger leurs regards et reprendre, par l’image, des récits trop longtemps racontés par d’autres. Ainsi, chaque candidature devient une prise de parole, mais aussi une manière de participer à une mémoire visuelle commune.