La crise entre Kigali et Kampala avait presque paralysé leur principal passage frontalier pendant près de trois ans. Depuis 2022, les deux voisins ont reconstruit leur relation autour de mécanismes diplomatiques, économiques et sécuritaires réguliers.

Malgré une longue proximité politique et militaire, les relations se dégradent fortement à partir de 2017. Kigali accuse Kampala de harceler des ressortissants rwandais et de tolérer des groupes hostiles au gouvernement de Paul Kagame. L’Ouganda rejette ces accusations et reproche au Rwanda des activités d’espionnage.

Fin février 2019, le trafic à Gatuna-Katuna, principal poste entre les deux pays, est fortement perturbé. Kigali déconseille à ses ressortissants de se rendre en Ouganda et les poids lourds sont orientés vers d’autres passages. L’impact dépasse la diplomatie. Gatuna appartient au Corridor Nord, axe majeur reliant l’Afrique de l’Est intérieure au port kényan de Mombasa.

Le 21 août 2019, Paul Kagame et Yoweri Museveni signent à Luanda un mémorandum d’entente destiné à rétablir leurs relations. Le processus est facilité par l’Angola et la République démocratique du Congo, avec l’implication régionale du Congo-Brazzaville. Un mécanisme ad hoc est chargé du suivi des engagements et du traitement des différends.

Le pragmatisme reprend le dessus

Le dégel décisif intervient en janvier 2022. Après de nouveaux contacts politiques, Kigali annonce la réouverture de Gatuna à compter du 31 janvier. La reprise demeure progressive, notamment en raison des protocoles sanitaires liés à la Covid-19, mais les personnes et les marchandises recommencent à circuler.

La normalisation s’institutionnalise ensuite. En mars 2023, la Commission permanente conjointe, réunie à Kigali, débouche sur quatre mémorandums couvrant notamment la justice, l’entraide judiciaire, les consultations diplomatiques et les questions migratoires.

Cette dynamique se poursuit toujours. Le 22 avril 2026, la douzième Commission permanente conjointe, organisée à Kampala, a abouti à quatre nouveaux accords dans la santé, l’agriculture, l’éducation et la gouvernance locale. Fin août, les commandants militaires des deux pays ont tenu à Mbarara leur huitième réunion de proximité, consacrée à la sécurité frontalière et au partage d’informations.

La frontière redevient donc un espace de circulation, de commerce et de coordination, plutôt qu’un symbole de méfiance politique.

L’expérience rwandaise et ougandaise montre qu’une réconciliation se consolide lorsque le dégel politique devient coopération pratique. Cette situation démontre à suffisance que rouvrir les canaux ne suffit pas, il faut des mécanismes réguliers, des projets concrets et des résultats visibles.

Massiré Diop