Côte d’Ivoire : Le mariage à 18 ans pour tous

La Côte d’Ivoire n’a pas totalement éliminé le mariage d’enfants, mais sa prévalence recule. Le seuil commun, l’état-civil et les alertes offrent un repère au Mali.

Selon l’Enquête démographique et de santé et à indicateurs multiples de 2011-2012, 33,2% des Ivoiriennes âgées de 20 à 24 ans avaient été mariées ou vivaient en union avant 18 ans. La proportion est passée à 27% dans l’enquête par grappes à indicateurs multiples de 2016, puis à 25,8% dans l’Enquête démographique et de santé de 2021. L’indicateur est identique. En neuf ans, le mariage avant 18 ans a reculé de 7,4 points de pourcentage. Une jeune femme sur quatre reste toutefois concernée.

La loi n° 2019-570 du 26 juin 2019 fixe le même âge matrimonial pour les deux sexes : « L’homme et la femme avant dix-huit ans révolus ne peuvent contracter mariage ». Pour produire des effets légaux, le mariage doit être célébré devant un officier de l’état-civil.

Le recul avait commencé avant cette réforme. Dès 2013, un plan accéléré de lutte contre le mariage d’enfants ciblait les communautés dans une démarche multisectorielle. La loi de 2019 a consolidé cette politique sans être présentée comme l’unique cause de la baisse.

Relais locaux

Des Comités de protection de l’enfant recueillent des alertes dans plusieurs localités, notamment pour les mariages forcés. Leur fonctionnement reste lié à leur couverture, à la formation de leurs membres et aux moyens disponibles. Le numéro gratuit 116, « Allô Enfant en détresse », reçoit les signalements concernant les violations des droits de l’enfant et les oriente vers les services compétents.

La procédure spéciale adoptée en 2018 facilite la déclaration des naissances, le rétablissement de l’identité et la transcription des actes. Elle aide à établir l’âge, même si l’accès à l’état-civil reste incomplet dans certaines zones.

Lancée en décembre 2022 dans le Bafing, l’initiative « Voix des adolescentes » forme des filles sur leurs droits, l’éducation et les violences. Le projet régional SWEDD associe compétences de vie, santé reproductive et maintien à l’école.

La pratique est plus répandue dans certaines zones rurales et pauvres. L’expérience ivoirienne ne montre pas qu’une réforme juridique suffit. Elle montre qu’un seuil unique devient plus utile lorsqu’il est relié à l’état-civil, à une ligne d’alerte, à des relais locaux, à l’école et à une solution durable pour chaque adolescente protégée.

Massiré Diop

Mariages d’enfants : Protéger avant la cérémonie

Plus d’une femme âgée de 20 à 24 ans sur deux a été mariée ou mise en union avant 18 ans au Mali. À l’approche de la Journée internationale de la fille, les alertes tardives, la déscolarisation et les différences entre les seuils juridiques continuent de fragiliser la protection des adolescentes.

Selon les TDR de la Direction nationale de la Promotion de l’Enfant et de la Famille (DNPEF), qui attribuent ces données au RGPH5 de 2022, 54% des femmes de 20 à 24 ans ont été mariées avant 18 ans et 16% avant 15 ans.

Le cinquième Recensement général de la population et de l’habitat apporte un autre éclairage. En 2022, 52 965 filles de 12 à 15 ans étaient déjà mariées, soit 3,6% de cette tranche d’âge. La proportion atteignait 9,5% à Kita, 8,8% à Nioro, 7,4% à Nara et 6,5% à Gao, contre 1,2% à Bamako. Ce chiffre décrit leur situation au moment du recensement. Les 54% retracent eux le parcours matrimonial de jeunes femmes devenues adultes.

La Journée internationale de la fille, célébrée le 11 octobre, porte sur la fin du mariage d’enfants et l’investissement dans les droits des filles. La cérémonie nationale est programmée le 12 octobre au CICB. Le thème retenu associe l’éducation et la culture à la sensibilisation sur les conséquences de ces unions précoces.

Décrochages multiples

Le mariage précoce intervient rarement seul. Mme Naparé Magnini Diarra, Coordinatrice nationale du Forum des éducatrices africaines, cite la pauvreté, l’éloignement des écoles, le travail domestique, l’insécurité et des normes sociales qui privilégient le mariage ou les responsabilités familiales des filles. Le mariage peut interrompre les cours, imposer un déménagement ou conduire à une grossesse. La sortie de l’école augmente à son tour le risque d’une union précoce.

Les données montrent une forte baisse de la scolarisation des filles entre les cycles. Selon l’EMOP 2024, le taux net atteint 59% au Fondamental I, puis 32,1% au Fondamental II. Les taux bruts sont respectivement de 77,1% et 55,8%. Ces chiffres ne mesurent pas directement les abandons imputables au mariage, mais renseignent sur la fragilité du maintien des adolescentes à l’école.

Amina Dicko, défenseuse des droits des femmes et des filles, relève également la dépendance économique, la perte d’autonomie, les grossesses précoces, les responsabilités familiales et l’exposition aux violences conjugales. Le retour en classe devient particulièrement difficile lorsque la jeune épouse ou la jeune mère subit la pression de son entourage.

« Empêcher le mariage ne suffit pas : il faut offrir une alternative à la jeune fille », insiste-t-elle. Cette réponse peut associer scolarisation, parrainage, soins, soutien psychosocial et protection contre de nouvelles pressions. FAWE recommande aussi des bourses, du matériel scolaire, des trajets sûrs, des toilettes adaptées, le suivi des absences et l’accueil sans stigmatisation des filles mariées ou devenues mères. Avec le projet Break Free, l’organisation affirme avoir accompagné le retour à l’école de 50 filles entre 2022 et 2024.

Seuils d’âge contradictoires

La législation conserve plusieurs seuils. L’article 281 du Code des personnes et de la famille fixe l’âge du mariage à 18 ans pour l’homme et à 16 ans pour la femme. Une dispense peut être accordée à partir de 15 ans pour des motifs graves. Les instruments africains ratifiés par le Mali retiennent quant à eux, 18 ans pour les deux sexes.

Le Code pénal de 2024 a introduit deux infractions distinctes. L’article 327-11 réprime le mariage forcé, caractérisé par l’absence de consentement libre, quel que soit l’âge. L’article 327-12 définit le mariage d’enfant comme une union, officielle ou non, impliquant une personne de moins de 16 ans. Célébrer, forcer ou faciliter cette union expose à cinq ans d’emprisonnement et à un million de francs CFA d’amende.

Cette protection pénale laisse hors de la définition nationale du mariage d’enfant les filles de 16 et 17 ans. Le CapDH souligne que l’absence d’acte de naissance peut aussi compliquer la preuve de l’âge. Dans son arrêt du 11 mai 2018, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples a jugé certaines dispositions du Code des personnes et de la famille incompatibles avec les engagements internationaux du Mali.

Pour Néguétine Diarra, Directeur du Centre d’assistance et de promotion des droits humains (CapDH), « le premier droit d’une adolescente, c’est de dire non ». Il rappelle que l’accord des parents ne remplace pas le consentement personnel. Antoine Akplogan, Président de la Coalition malienne pour les droits de l’enfant (COMADE), demande que les deux codes retiennent le même seuil de 18 ans et que la dispense à partir de 15 ans soit supprimée.

Alerte précoce

La protection commence souvent par une information transmise à temps. Une annonce de mariage, des absences répétées, une baisse soudaine des résultats, un départ imminent ou un isolement peuvent alerter un enseignant, une association de mères d’élèves, un comité de gestion scolaire ou un proche. Mme Diarra prévient toutefois que le repérage ne sert que si l’établissement sait à qui transmettre l’information et comment préserver la sécurité de l’élève.

Le Code de protection de l’enfant impose à toute personne de signaler une menace au délégué à la protection de l’enfance. « Il n’est donc pas nécessaire d’attendre la cérémonie pour alerter les autorités », précise le CapDH. En cas de danger immédiat, il recommande d’écouter la fille hors de la présence de sa famille, d’évaluer les risques, puis d’alerter la police, la gendarmerie, le procureur ou les services sociaux. « Une fille qui reste en classe est une fille mieux protégée », affirme Néguétine Diarra.

La COMADE rapporte avoir été alertée en 2026 sur le cas d’une mineure dont la dot avait déjà été partiellement versée. Le signalement d’un proche a permis d’empêcher l’union. La fille suit désormais des cours de renforcement en vue d’une formation professionnelle et bénéficie d’un suivi. L’organisation ne dispose cependant pas encore de données nationales consolidées sur les cas qui lui ont été signalés en 2025 et 2026.

Le dialogue communautaire peut prévenir une union, mais il possède des limites. Le Code pénal exclut le mariage forcé de la médiation et du règlement amiable. Pour le CapDH, « un arrangement familial ne remplace pas la réponse judiciaire ». La confidentialité doit protéger l’adolescente sans empêcher le signalement aux services compétents.

Continuité dans la protection

La Stratégie nationale multisectorielle publiée en mars 2021 fixe une vision : permettre aux filles et aux garçons de se marier librement après 18 ans d’ici 2030. Elle organise la réponse autour du renforcement des textes, de la prévention et de la prise en charge, de l’information des communautés et de la coordination des acteurs. Le coût prévisionnel de son premier plan d’action s’élève à 1,838 milliard de francs CFA, dont 213,07 millions pour la première année.

La DNPEF est chargée de la coordination et du rapportage annuel. Ses directions régionales doivent compiler les informations locales et produire des rapports trimestriels. La documentation recense plusieurs programmes, mais ne permet pas de vérifier leur couverture territoriale, les financements effectivement mobilisés ni leurs résultats comparables à l’échelle nationale.

La célébration de 2026 prévoit des campagnes numériques, des émissions, des échanges avec les filles et une présentation des réalisations menées entre octobre 2025 et septembre 2026. Ces activités pourront préciser le nombre de mariages empêchés, de filles maintenues ou réintégrées à l’école, de signalements traités et de familles accompagnées.

Les textes, les sanctions et les dispositifs existent désormais. Leur articulation restera incomplète tant que les seuils de 15, 16 et 18 ans coexisteront et que chaque commune ne disposera pas d’un circuit d’alerte connu. Pour la COMADE, après un mariage empêché, la protection se poursuit par l’école ou la formation, le soutien familial et psychosocial et la sécurité de la fille dans la durée.

Massiré Diop