Forum du Mali Kura : Bamako prépare son grand rendez-vous de l’investissement

Le ministère de l’Industrie et du Commerce, à travers l’Agence pour la promotion des investissements au Mali (API-Mali), a procédé, le 24 septembre 2026 à Bamako, au lancement officiel du Forum international de l’investissement au Mali, dénommé « Forum du Mali Kura ». Prévu les 11 et 12 décembre 2026 au CICB, l’événement ambitionne de réunir des investisseurs, des porteurs de projets et des acteurs économiques autour des opportunités d’investissement dans le pays.

La conférence de presse de lancement a réuni plusieurs composantes de l’écosystème économique malien. Autour du ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, étaient notamment présents le directeur général de l’API-Mali, Ibrahim Ahamadou Touré, le président de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), Madiou Simpara, des présidents de chambres consulaires, des représentants du corps diplomatique accrédité au Mali, des partenaires techniques et financiers, ainsi que de nombreux acteurs du secteur privé.
La présentation détaillée du Forum a été assurée par Ibrahim Ahamadou Touré. Le directeur général de l’API-Mali a exposé les ambitions du rendez-vous, son format, les participants attendus, le dispositif organisationnel ainsi que les mécanismes envisagés pour assurer le suivi des engagements qui pourraient être pris lors du Forum.
Un Forum tourné vers les projets
L’objectif général est de positionner le Mali comme une destination privilégiée pour l’investissement en Afrique de l’Ouest, tout en accélérant sa transformation économique et en renforçant son image à l’international.
À cela s’ajoutent plusieurs objectifs spécifiques : promouvoir un portefeuille structuré d’opportunités d’investissement, mettre directement en relation les porteurs de projets maliens et les investisseurs, favoriser la signature de protocoles d’accord et de partenariats, et mobiliser le secteur privé, les institutions financières, les partenaires techniques et financiers ainsi que la diaspora autour de l’investissement productif.
Le Forum veut également mettre en avant les réformes engagées, promouvoir les chaînes de valeur locales et encourager davantage la transformation industrielle sur le territoire national.
Les rencontres B2B, entre entreprises, et B2G, entre investisseurs et structures publiques, doivent constituer l’un des principaux instruments de mise en relation. Des panels thématiques, des présentations de projets et un espace d’exposition sont également prévus.
« Nous ne voulons pas organiser un Forum où les gens viennent seulement écouter des discours. Nous voulons un Forum où l’on parle de projets, où les investisseurs rencontrent les porteurs de projets », a insisté Ibrahim Ahamadou Touré. En amont, l’API-Mali travaille ainsi à la constitution d’un portefeuille de projets jugés viables et suffisamment structurés pour être soumis aux investisseurs.
Environ 1 000 participants sont attendus, dont 400 internationaux. Les organisateurs annoncent notamment la participation d’entreprises, de fonds d’investissement, d’institutions financières, de banques de développement et d’organisations patronales étrangères. La Russie, la Chine, la Türkiye, l’Inde, le Maroc, le Burkina Faso et le Niger ont été annoncés comme pays invités d’honneur.
Le secteur privé malien est particulièrement appelé à préparer ses projets. La diaspora doit, elle aussi, être associée à la démarche, à la fois comme source de capitaux, de compétences et de partenariats.
Faire valoir les atouts du Mali
La présentation de l’API-Mali a également été l’occasion de passer en revue les arguments économiques que les organisateurs comptent mettre en avant auprès des investisseurs. L’agriculture, l’agro-industrie, les mines, l’énergie, l’élevage, les infrastructures, le numérique, la santé et l’éducation figurent parmi les secteurs identifiés.
Ibrahim Ahamadou Touré a notamment évoqué un marché national de près de 25 millions d’habitants, élargi à près de 80 millions de consommateurs avec le Burkina Faso et le Niger dans l’espace de l’AES. Il a également mis en avant les terres arables, les ressources minières et la position géographique du pays.
Un autre enjeu, largement évoqué au cours de la conférence de lancement, concerne l’image du pays. Le Forum doit servir, selon ses promoteurs, à mieux faire connaître les opportunités existantes et à « changer le narratif » sur le Mali auprès des milieux économiques internationaux. Une plateforme numérique doit être lancée courant octobre pour les inscriptions, la présentation des projets et la programmation des rendez-vous entre participants.
Le privé en première ligne
Prenant la parole à la suite de la présentation de l’API-Mali, Moussa Alassane Diallo a officiellement lancé le processus d’organisation du Forum. Le ministre de l’Industrie et du Commerce a inscrit l’initiative dans la Vision « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma » et dans la volonté affichée d’accélérer la transformation structurelle de l’économie nationale.
Il a notamment insisté sur la transformation locale des matières premières, citant le cas du coton. Alors que l’agriculture représente 32% du PIB, moins de 2% du coton sont actuellement transformés localement. « C’est là un paradoxe qu’il faut corriger », a-t-il déclaré.
Mais le ministre a surtout placé les opérateurs nationaux devant leurs responsabilités. « Le secteur privé malien sera au cœur de ce dispositif. C’est à lui de porter ses projets », a-t-il souligné, appelant également les banques, les institutions financières, les partenaires techniques et financiers, les représentations diplomatiques et la diaspora à accompagner cette dynamique.
Après cette conférence de lancement, la préparation doit désormais entrer dans une phase de mobilisation accrue, qui se poursuivra jusqu’à la tenue du Forum en décembre. L’API-Mali prévoit ensuite un suivi sur plusieurs mois, avec un objectif clairement affiché : faire en sorte que les rencontres, les protocoles et les intentions annoncés au CICB débouchent sur des investissements effectivement réalisés.
Mohamed Kenouvi

États généraux de la culture : Un initiative destinée à forger le « Mali Kura »

Le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a lancé,  le  jeudi 9 janvier 2025,  les États généraux des secteurs de la culture, du tourisme et de l’artisanat. Cet événement, qui se déroule jusqu’au samedi 11 janvier à Bamako, s’inscrit dans le cadre de la décision du Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, de consacrer l’année 2025 à la culture.

Ce projet ambitieux vise à bâtir un « Mali Kura » un Mali nouveau, en transmettant les valeurs fondamentales maliennes aux générations futures tout en restructurant les secteurs culturels pour en faire des moteurs de développement économique et social.
Dans son rôle de Chef du Gouvernement, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a rappelé, lors de la cérémonie d’ouverture, que ces assises ont pour ambition de diagnostiquer les forces et les faiblesses des secteurs concernés, tout en élaborant une nouvelle politique culturelle nationale. « Le Mali ne peut vivre en vase clos. Son histoire est façonnée par des interactions entre les populations locales et les influences extérieures, notamment le commerce transsaharien et la religion », a-t-il déclaré, insistant sur l’importance de revitaliser la culture comme outil de souveraineté et de rayonnement international. Il a exprimé ses attentes envers les participants, les exhortant à proposer des solutions concrètes et adaptées pour transformer ces secteurs en leviers stratégiques de développement.
Le ministre de la Culture, de l’Artisanat, du Tourisme et de l’Industrie Hôtelière, Mamou Daffé, a quant à lui mis en avant l’approche inclusive et participative adoptée pour ces États généraux, symbolisée par le concept « FUGA BA », qui signifie « grande vision » en bambara. « Ce moment appartient aux hommes de la culture », a-t-il affirmé, promettant de tirer pleinement parti de cette initiative pour impulser des changements significatifs dans les secteurs concernés. Le ministre a également souligné que ces travaux, organisés en 12 commissions, permettront de repenser les secteurs de la culture, de l’artisanat et du tourisme afin de les rendre viables, porteurs et générateurs d’emplois, tout en renforçant leur capacité à contribuer à la souveraineté culturelle et économique du Mali.
Ces assises visent également à répondre aux défis majeurs qui freinent l’essor des secteurs culturels au Mali, notamment le manque de financement, l’insuffisance d’infrastructures adaptées, la faible valorisation du patrimoine national et l’impact de l’insécurité dans certaines régions. Le Premier ministre a souligné que ces obstacles doivent être surmontés pour permettre à la culture de jouer pleinement son rôle dans l’édification d’un Mali nouveau.
Les recommandations issues de ces trois jours de travaux devront tracer une feuille de route claire pour la mise en œuvre d’une politique culturelle efficace. Parmi les priorités figurent la restauration des sites historiques, la promotion du patrimoine immatériel, la mise en place de circuits touristiques attractifs et le développement des industries culturelles et créatives. Ces efforts permettront non seulement de dynamiser l’économie locale, mais aussi de renforcer l’identité nationale et le rayonnement culturel du Mali sur la scène internationale.
Ces États généraux marquent une étape importante pour le Mali, où la culture, le tourisme et l’artisanat deviennent des piliers stratégiques. Avec l’engagement de tous les acteurs concernés, l’année 2025 pourrait devenir un tournant décisif pour la renaissance culturelle du pays

De la Conférence d’entente nationale au Dialogue inter-Maliens

Plusieurs fora ont précédé le Dialogue inter-Maliens, dont la phase régionale débute le 20 avril. De grandes rencontres entre les Maliens organisées pour faire le diagnostic de la crise dans le pays et trouver des solutions.

Qualifiée fin 2016 de « jalon important dans la réhabilitation de la cohésion sociale et du vivre-ensemble au Mali » par le Président de l’époque, Ibrahim Boubacar Keita, la Conférence d’entente nationale s’est tenue du 27 mars au 2 avril 2017.Cette Conférence était inscrite au chapitre 2 de l’Accord d’Alger de 2015 (abandonné par la transition en janvier 2024). Avant sa tenue, l’opposition, conduite par Soumaila Cissé, l’avait boycottée, avant finalement de rejoindre la salle où se tenait la rencontre, une présence qu’elle avait jugée symbolique par la suite. Plusieurs recommandations ont été faites à l’issue de la Conférence, dont notamment d’améliorer la gouvernance, la justice et la gestion des ressources publiques ; de criminaliser toutes les revendications basées sur la violence et l’usage des armes ou encore de négocier avec Iyad Ag Ghaly et Hamadoun Kouffa, les chefs du groupe terroriste JNIM. Alors que ces recommandations peinaient dans leur mise en œuvre, sera organisé deux ans plus tard le Dialogue national inclusif, une initiative censée trouver une solution à la crise sécuritaire et humanitaire que vivait le pays. Une nouvelle fois, l’opposition, par la voix de Soumaila Cissé, disparu le 25 décembre 2020, critiqua ce dialogue. Elle estimait que ce dialogue était « de la pure communication politique » et « une mise en scène ». Pour la plupart, les recommandations épousaient celles formulées lors de la Conférence d’entente nationale. En prenant en compte les phases locales, les participants se sont concertés du 11 au 30 décembre 2019 sur six thématiques (Paix, sécurité et cohésion sociale, Politique et institutionnel, Gouvernance, social, économie et finances et enfin Culture, jeunesse et sport). Les actions à réaliser ont été classées par priorité : court, moyen et long terme. Les participants demandaient, comme lors de la Conférence d’entente nationale, d’engager le dialogue avec les terroristes pour le retour de la paix, de procéder à une relecture de certaines dispositions de l’Accord pour la paix et la réconciliation, selon les mécanismes prévus à l’article 65 dudit Accord, ou encore de renforcer l’armée. Le coup d’État contre le Président IBK interviendra huit mois plus tard, en août 2020. Du 11 au 30 décembre 2021, les autorités de la Transition organiseront les Assises nationales de la refondation, avec pour objectif la naissance d’un « Mali Kura ». À la différence des dialogues précités, négocier avec les terroristes ne faisait pas partie des recommandations des ANR.