Déchets ménagers : Les champs faute de dépôts

Faute de dépôts de transit accessibles, certains GIE de Bamako déversent les déchets collectés dans des champs périphériques, avec l’accord de leurs propriétaires. Présenté comme utile aux deux parties, cet arrangement révèle surtout les ruptures de la chaîne d’évacuation des ordures.

Pour Bamadou Sidibé, Président du Collectif des Groupements intervenant dans l’Assainissement au Mali (COGIAM), une gestion durable commence par une collecte régulière. Il préconise des poubelles fermées dans les ménages, le tri à la source et la transformation des matières organiques en compost, plutôt que leur mélange avec les plastiques, les métaux et les autres résidus. Les GIE assurent la pré-collecte, avant l’évacuation vers les sites de transit et de traitement. Toute rupture lors de l’une de ces étapes ralentit le ramassage dans les quartiers et favorise la création de dépôts sauvages.

« La ville des Trois caïmans ne dispose que d’un seul dépôt de transit aménagé, qui se trouve en Commune II », affirme-t-il. Un nouveau dépôt, inauguré en juillet 2026 dans le deuxième arrondissement pour plus de 356 millions de francs CFA, a renforcé les équipements existants. Pour le COGIAM, cette infrastructure demeure cependant insuffisante au regard des besoins des quartiers.

À Sogoniko, Faladiè, Banankabougou, Yirimadio et Sirakoro-Méguétana, des GIE transportent une partie des déchets vers des champs de la zone aéroportuaire. Selon Amadou Diadié Samassékou, membre d’un GIE, ces déversements reposent parfois sur un accord conclu avec les exploitants agricoles.

Solution précaire

« Pendant la saison sèche, les propriétaires des champs nous sollicitent pour aller déverser nos déchets chez eux. Non seulement ils estiment qu’ils fertilisent les terres, mais ils y trient aussi les sachets en plastique et le fer pour les revendre », explique-t-il. Mais l’épandage d’ordures ménagères non triées ne peut être assimilé à du compost et expose les sols à des matières potentiellement polluantes.

Pendant l’hivernage, cette solution devient plus difficile. Les cultures occupent les parcelles, l’humidité complique le tri et les véhicules doivent parcourir plusieurs kilomètres sur des routes dégradées pour trouver un autre lieu de déchargement. Ces contraintes ralentissent la collecte et favorisent l’accumulation des ordures dans les quartiers.

La capitale dispose de sites destinés à recevoir les déchets, notamment à Noumoubougou, mais leur accessibilité et la continuité de l’évacuation sont contestées par les GIE. L’augmentation du nombre de dépôts de transit ne suffira pas sans une chaîne fonctionnelle associant pré-collecte, transport, tri, compostage contrôlé, recyclage et traitement final.

Ali Sankaré