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Multilatéralisme : Bamako repense sa place

À la veille de la Journée internationale du multilatéralisme, le 24 avril, le Mali affiche une ligne diplomatique recentrée sur…

À la veille de la Journée internationale du multilatéralisme, le 24 avril, le Mali affiche une ligne diplomatique recentrée sur ses priorités de sécurité, de souveraineté et de coopération régionale. La création de la Confédération des États du Sahel, la fin de la mission onusienne et l’élargissement des partenariats traduisent cette évolution.

Instituée par l’Assemblée générale des Nations unies le 12 décembre 2018, la Journée internationale du multilatéralisme et de la diplomatie pour la paix rappelle le rôle du dialogue entre États, de la coopération internationale et du règlement concerté des crises. Elle a émergé dans un contexte où les cadres collectifs étaient de plus en plus interrogés sur leur efficacité face aux conflits contemporains.

Dans le Sahel, ces mécanismes ont été mobilisés pendant plus d’une décennie, à travers des opérations internationales et des missions onusiennes. Leur déploiement, leurs résultats et leurs limites ont nourri les débats sur leur efficacité et leur adéquation aux réalités du terrain, ouvrant la voie à d’autres formes d’organisation politique et sécuritaire.

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AES

C’est dans ce contexte qu’a été créée l’Alliance des États du Sahel, mise en place le 16 septembre 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, comme pacte de défense mutuelle. Transformée en Confédération le 6 juillet 2024 à Niamey, elle organise désormais son action autour de la défense, de la diplomatie et du développement et constitue pour Bamako un cadre central de coordination.

La fermeture de la mission des Nations unies au Mali, fin 2023, a marqué un tournant majeur. Elle a mis fin à un dispositif installé depuis 2013 et ouvert une phase nouvelle dans les modalités d’engagement international du pays, avec une préférence plus affirmée pour des formats jugés davantage alignés sur ses priorités nationales.

Souveraineté

Cette orientation a été formulée avec clarté le 18 avril à Lomé, lors du lancement de la nouvelle Stratégie togolaise pour le Sahel 2026-2028. À cette occasion, le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a dénoncé la multiplication d’initiatives extérieures mal coordonnées et plaidé pour des actions construites avec l’implication directe des États concernés. Il a insisté sur la nécessité d’éviter des interventions menées sans leur consentement ou sans leur participation active.

Dans la même logique, il a défendu la mise en place de mécanismes de sécurité portés à l’échelle africaine, financés et pilotés par les États du continent. Il a aussi souligné l’absence d’un cadre commun de coopération sécuritaire et les difficultés liées au déficit de confiance entre plusieurs acteurs régionaux, évoquant les coopérations bilatérales comme point d’appui immédiat.

La stratégie togolaise repose sur cinq piliers, le dialogue politique avec l’AES, la coopération régionale et internationale, la lutte contre le terrorisme, l’intégration économique régionale et le renforcement du capital humain. Lomé entend ainsi consolider sa posture de pont entre le Sahel et la communauté internationale, dans un espace régional marqué par des recompositions rapides et des équilibres fragiles.

Diversification

Parallèlement à ces positions, le Mali a élargi ses relations extérieures. Les coopérations engagées avec la Russie, la Turquie, la Chine et l’Iran couvrent des domaines liés à la sécurité, aux infrastructures et à l’énergie. Cette orientation repose sur une diversification assumée des partenaires et sur une recherche de complémentarité pragmatique.

Cette évolution est largment analysée par plusieurs observateurs. L’ancien ambassadeur Birahim Soumaré souligne une volonté de structurer les partenariats autour d’objectifs précis, notamment en matière d’intégration économique et de corridors logistiques. De son côté, l’analyste politique Abdoulaye Tamboura décrit, quant à lui, une approche fondée sur le pragmatisme, dans laquelle les positions diplomatiques évoluent au gré des intérêts des États et des contraintes internes, en particulier sécuritaires.

La rencontre de Lomé a par ailleurs mis en avant le rôle des pays du Golfe de Guinée dans les échanges avec le Sahel. Le Togo a présenté sa stratégie comme un cadre de dialogue avec les États de l’AES et les partenaires extérieurs, tandis que les autorités maliennes ont salué une démarche associant les pays concernés à la définition des actions.

Dans d’autres régions, des États comme la Turquie, les Émirats arabes unis ou le Maroc développent eux aussi des partenariats diversifiés, en combinant relations bilatérales et cadres de coopération selon leurs priorités économiques et sécuritaires. Le Mali semble vouloir s’inscrire dans cette dynamique, avec des choix qui traduisent une recomposition de ses relations extérieures et une adaptation à des cadres de coopération multiples.

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