Trading au Mali : Une nouvelle génération bâtit sa liberté financière

Le trading, activité consistant à acheter et à vendre des actifs financiers (Devises, actions, cryptomonnaies) dans le but de générer des profits, connaît au Mali une croissance discrète mais réelle.

Longtemps marginal, ce secteur attire aujourd’hui une jeunesse connectée en quête d’indépendance financière. Selon des estimations de la Banque mondiale et des données relayées par des plateformes comme Statista, l’Afrique de l’Ouest enregistre une hausse significative du nombre de particuliers impliqués dans le trading en ligne, avec plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs actifs au Mali, principalement via le Forex et les cryptomonnaies. Cette progression s’explique par l’accès intense à Internet et aux smartphones, mais aussi par un contexte économique où les opportunités d’emploi restent limitées.

Dans ce paysage en mutation, des parcours individuels illustrent cette montée en puissance. C’est le cas de Modibo Ongoiba, jeune entrepreneur malien dont l’histoire reflète la détermination d’une génération. Très tôt, Modibo nourrit l’ambition d’atteindre la liberté financière par ses propres moyens. Sans orientation précise au départ, il découvre le trading, domaine qui suscite immédiatement son intérêt. Convaincu de son potentiel, il décide de s’y consacrer pleinement.

Cependant, l’accès à la formation constitue un obstacle majeur. Faute de moyens financiers suffisants, Modibo ne peut s’offrir les formations en ligne souvent coûteuses. Loin de renoncer, il fait preuve de résilience : il enchaîne les petits boulots sur des chantiers et dans des boutiques et participe à des tontines afin de réunir les fonds nécessaires. Il parvient finalement à se former auprès d’un trader togolais en ligne, une étape décisive dans son parcours.

Au fil du temps, ses efforts portent leurs fruits. De formation en formation et de connaissance en connaissance, Modibo commence à enregistrer ses premiers résultats en trading. Fort de cette expérience, il fonde la VB Sniper Académie, une structure dédiée à la formation des jeunes Maliens intéressés par ce secteur.

Aujourd’hui, Modibo Ongoiba vit de son activité et accompagne de nombreux débutants. Il développe également des stratégies adaptées au contexte local, dont « La stratégie Nansongo », qu’il enseigne dans ses formations. Il est aussi l’auteur de l’ouvrage « Le processus d’un trader rentable », dans lequel il partage son expérience et ses méthodes. Son parcours illustre l’émergence d’un métier encore discret, mais porteur d’espoir pour une jeunesse en quête d’opportunités.

Ibrahim Baby

 

Procès Paramount-Embraer : vingt ans de prison pour Boubou Cissé et quatre coaccusés 

Le verdict est tombé ce vendredi 27 mars 2026 à Bamako dans l’affaire Paramount-Embraer, ouverte le 22 décembre 2025 devant la chambre criminelle spécialisée de la Cour d’appel.

Boubou Cissé, ancien Premier ministre et ex-ministre de l’Économie et des Finances, Tiéman Hubert Coulibaly, ancien ministre de la Défense, Mamadou Igor Diarra, également ancien ministre de l’Économie et des Finances, Babaly Bah, ancien directeur général de la Banque Malienne de Solidarité, et Mamadou Lamine Diakité ont été condamnés à 20 ans de réclusion criminelle pour faux et usage de faux, corruption, atteinte aux biens publics et blanchiment de capitaux.
Tiéna Coulibaly, ancien ministre, ainsi que trois officiers généraux, dont le général Souleymane Bamba, ancien chef d’état-major de l’Armée de l’air et chef d’état-major général adjoint des Armées, et le général de brigade Moustapha Drabo, ancien directeur du matériel, des hydrocarbures et du transport des Armées, ont été condamnés à sept ans de prison. La colonel-major Aminata Doho a été condamnée à un an d’emprisonnement avec une amende de cinq millions de francs CFA pour blanchiment de capitaux. Plusieurs accusés ont été acquittés, dont le général Mahamane Touré, ancien chef d’état-major général des Armées, et le colonel-major Nouhoum Dabitao, ancien directeur du Commissariat des Armées.
Le dossier concerne deux marchés signés en 2015 avec Paramount Group et Embraer, portant sur 36 blindés pour 11 milliards de francs CFA et six avions Super Tucano pour 7,5 milliards de francs CFA. Les équipements n’ont pas été livrés et le montant global évoqué dépasse 33 milliards de francs CFA.
À l’ouverture du procès, la Cour avait constaté l’absence de plusieurs accusés, notamment Boubou Cissé, Mamadou Igor Diarra, Tiéman Hubert Coulibaly et Babaly Bah, visés par des mandats d’arrêt internationaux.
Le ministère public avait requis, le 26 janvier 2026, des peines allant jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité. Après plusieurs renvois du délibéré, la décision a été rendue ce 27 mars.
Le jugement a été rendu à l’issue d’un procès ouvert le 22 décembre 2025 et consacré à l’examen des conditions de passation, d’exécution et de financement de marchés publics militaires conclus en 2015.

Sahel : Le nouvel épicentre du terrorisme mondial

Selon le Global Terrorism Index 2026, les morts liées au terrorisme ont reculé de 28% en 2025, à 5 582 victimes pour 2 944 attaques dans le monde. Mais cette baisse masque un basculement majeur, puisque le Sahel concentre désormais près de la moitié des décès.

Le terrorisme recule globalement, mais il se transforme. En 2025, les violences ont diminué dans leurs anciens bastions, notamment au Moyen-Orient. À l’inverse, l’Afrique subsaharienne s’impose comme le nouveau centre de gravité du phénomène, avec le Sahel en première ligne.

La région concentre près de la moitié des morts liées au terrorisme, contre moins de 1% en 2007. En une décennie, les décès y ont été multipliés par dix. Cette dynamique s’organise autour d’un noyau de pays – Burkina Faso, Niger, Nigeria et Mali – qui concentrent l’essentiel de la violence.

Les tendances nationales confirment une menace en mutation. Au Niger, les attaques sont passées de 102 en 2024 à 88 en 2025, avec une baisse des décès. Au Mali, 341 morts ont été recensés pour 106 attaques. Au Burkina Faso, malgré un recul, les niveaux de violence restent parmi les plus élevés au monde. Ces évolutions traduisent un redéploiement plus qu’un recul.

Cette violence est portée par quelques groupes dominants. L’État Islamique, le JNIM, Al-Shabaab et le Tehrik-e-Taliban Pakistan concentrent l’essentiel des victimes à l’échelle mondiale. Dans le Sahel, le JNIM et les branches locales de l’État Islamique structurent les attaques, ciblant forces de sécurité, civils et axes économiques.

Ce basculement s’explique aussi par une recomposition sécuritaire. Le retrait progressif des forces occidentales, la fin de la mission onusienne au Mali et la dissolution du G5 Sahel ont contribué à fragiliser les dispositifs régionaux. Dans le bassin du lac Tchad, la force multinationale mixte reste active, mais ses capacités demeurent limitées.

En réponse, des pays sahéliens ont engagé de nouvelles formes de coopération, notamment à travers l’Alliance des États du Sahel. Mais ces initiatives restent confrontées à des défis de coordination, de moyens et de contrôle territorial durable.

La menace déborde désormais des frontières sahéliennes. Des incursions sont observées vers les pays du Golfe de Guinée, notamment au Bénin et au Togo. Le Maghreb reste exposé à des risques de résurgence, tandis qu’en Occident les attaques isolées et les phénomènes de radicalisation individuelle progressent.

Ainsi, le terrorisme ne disparaît pas, il se déplace et s’adapte. Tant que ce basculement ne sera pas pleinement intégré, le Sahel restera le cœur de cette menace globale.

Substances précieuses : L’encadrement en question

Le Mali s’est engagé depuis quelque temps dans un processus de réorganisation du secteur minier. Après la Brigade des mines, l’Office malien des substances précieuses, chargé de la commercialisation de ces ressources, notamment l’or issu de l’orpaillage, vient d’être créé. Un instrument dont les missions restent à clarifier pour en garantir l’efficacité.

Institué par décret en Conseil des ministres, cet Office intervient dans un secteur stratégique. Le Mali figure parmi les trois premiers producteurs d’or en Afrique, avec plus de 70 tonnes par an, dont 72,2 tonnes en 2022, pour environ 763 milliards de francs CFA de recettes publiques. L’or représente plus de 70% des exportations et entre 7 et 9% du PIB. Cette création s’inscrit dans la mise en œuvre du Code minier de 2023 et de la Loi sur le contenu local, visant à mieux capter les retombées du secteur. L’Office est chargé de réguler, centraliser et sécuriser la commercialisation de l’or et des autres substances précieuses.

Sa mise en place répond à un besoin réel, mais pose aussi la question de la répartition des rôles. L’artisanat minier, qui mobilise plus d’un million d’orpailleurs et fait vivre près de 2 millions de personnes, reste en grande partie en dehors des circuits formels, avec une production difficile à tracer.

Cette situation relance le débat sur l’organisation du secteur. En attendant la définition précise des prérogatives de l’Office, plusieurs acteurs insistent sur la nécessité d’un dispositif spécifique pour l’orpaillage. La création d’une structure dédiée à la gestion de l’exploitation artisanale, encore largement informelle, apparaît comme une piste à examiner, selon Djibril Diallo, expert minier.

Distinguer les missions

La question de l’organisation renvoie à celle des responsabilités. Pour M. Diallo, la mise en place de deux entités distinctes – l’une pour l’orpaillage, l’autre pour la commercialisation – permettrait une meilleure répartition des tâches.

Plusieurs leviers sont avancés : organiser et former les acteurs, recenser les exploitants et les sites afin de garantir une exploitation légale, mais aussi développer le raffinage local pour assurer la traçabilité et mieux cerner les volumes produits. Alors que la production artisanale officiellement déclarée est estimée à 6 tonnes, des évaluations évoquent entre 200 et 300 tonnes échappant chaque année aux statistiques officielles, avec des pertes fiscales importantes. Le passage des comptoirs et commerçants par un circuit formel, sous le contrôle de l’Office, contribuerait à mieux structurer le marché. Malgré le poids du secteur aurifère, ces éléments montrent les limites actuelles dans le suivi de l’exploitation artisanale et des flux commerciaux.

Tuberculose : Une lutte entravée malgré les progrès

La tuberculose est la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde. Selon l’Organisation mondiale de la santé, elle a causé environ 1,23 million de décès en 2024, pour 10,7 millions de cas, confirmant sa place de première cause de mortalité infectieuse devant la Covid-19. Malgré le fait qu’elle soit évitable et guérissable, elle reste étroitement liée à la pauvreté, à la malnutrition et aux systèmes de santé fragiles.

Identifiée en 1882 avec la découverte du bacille par Robert Koch, la maladie continue de toucher des millions de personnes chaque année. Les efforts de lutte se heurtent à des financements insuffisants, estimés à un déficit d’environ 22 milliards de dollars par an, tandis que la recherche n’a mobilisé que 1,2 milliard de dollars en 2023, soit une infime fraction des besoins. Accélérer la riposte suppose à la fois des ressources durables et une adaptation des stratégies.

Parmi les leviers mobilisés, l’innovation occupe une place centrale. De nouveaux outils de diagnostic, des traitements plus courts et plus efficaces, ainsi que l’imagerie numérique permettent d’améliorer la prise en charge et de réduire les délais de détection.

L’IA au service du dépistage

L’Intelligence Artificielle s’impose progressivement comme un outil-clé dans la lutte contre la tuberculose. Des logiciels capables d’analyser les radiographies thoraciques permettent d’identifier rapidement les cas suspects, y compris dans des zones où les radiologues sont absents. Ces solutions, déjà utilisées dans plusieurs pays à ressources limitées, facilitent un dépistage à grande échelle.

Selon le Fonds mondial, ces technologies améliorent la qualité du diagnostic, notamment dans les zones rurales ou isolées. Entre 2021 et 2025, plus de 193 millions de dollars ont été mobilisés pour soutenir leur déploiement dans une vingtaine de pays. En parallèle, le nombre de cas diagnostiqués est passé de 7,5 millions en 2022 à 8,2 millions en 2023, tandis que les cas non détectés ont reculé de 4 millions en 2020 à 2,7 millions en 2023.

Au Mali, 8 632 cas ont été enregistrés en 2024, contre un peu plus de 8 200 en 2023, avec 491 décès. Le pays dispose d’environ 110 centres de traitement et d’une prise en charge gratuite, avec un taux de succès thérapeutique estimé à 84%. Des ruptures ponctuelles de médicaments et des difficultés d’accès aux soins continuent toutefois de freiner la lutte contre la maladie.

 

Diplomatie malienne : Entre réorganisation et redéfinition des priorités

Le Mali a engagé la réorganisation de plusieurs de ses missions diplomatiques à l’étranger, en redéfinissant leurs effectifs et leur organisation. Cette évolution démontre les liens étroits entre adaptation administrative, priorités stratégiques et efficacité du dispositif diplomatique.

Le gouvernement malien a adopté de nouveaux cadres organiques pour plusieurs représentations diplomatiques, notamment à Beijing, Berlin, Kigali, Rome, Le Caire et Moscou, ainsi qu’au Consulat général à Paris. Ces ajustements, prévus pour une période de cinq ans, portent sur l’organisation interne des missions et les effectifs nécessaires à leur fonctionnement, avec pour objectif de corriger les insuffisances relevées dans l’application des textes adoptés en 2018. Ils interviennent aussi dans un contexte de repositionnement du Mali dans les cadres multilatéraux, notamment sur les questions commerciales et économiques.

Ces missions s’inscrivent dans un réseau diplomatique structuré depuis l’indépendance du Mali, marqué par l’établissement de relations bilatérales avec plusieurs partenaires, dont la Chine dès 1960 et l’ex-Union soviétique dans les premières années de l’État. Pendant plusieurs décennies, cette diplomatie s’est développée autour de partenariats classiques, notamment avec des pays européens, dans les domaines de la coopération, de l’aide et de la sécurité.

Orientations

Depuis le coup d’État intervenu en août 2020, les relations extérieures du Mali ont connu une évolution caractérisée par une diversification des partenariats et une redéfinition des équilibres diplomatiques. Cette évolution s’inscrit dans une ligne diplomatique fondée sur le respect de la souveraineté, le libre choix des partenaires et la prise en compte des intérêts du pays, principes régulièrement mis en avant par les autorités maliennes. Dans ce cadre, certains postes paraissent liés à des enjeux spécifiques, notamment Moscou pour la coopération sécuritaire, Beijing pour les investissements et les financements, ou encore Paris, où les questions consulaires et liées à la diaspora occupent une place importante.

Les nouveaux décrets adoptés définissent les profils, les catégories de personnel et les effectifs affectés dans ces missions. Ils visent, selon les autorités, à doter les représentations de moyens en adéquation avec leurs missions et à renforcer la présence du Mali à l’international.

Enjeux

La réorganisation concerne principalement des représentations situées hors du voisinage immédiat du Mali, alors même que les enjeux régionaux, notamment en matière de sécurité, de mobilité et d’intégration économique, occupent une place centrale dans les relations extérieures du pays. Des capitales comme Dakar ou Abidjan, partenaires importants dans l’espace ouest-africain, ne figurent pas parmi les postes concernés par ces ajustements.

Dans plusieurs pays, la réorganisation des dispositifs diplomatiques s’est accompagnée d’une clarification des priorités. Le Rwanda a ainsi concentré ses représentations sur des partenaires économiques stratégiques, tandis que la Turquie a renforcé sa présence à l’étranger en l’orientant vers des objectifs commerciaux et d’influence. Comme l’a souligné le Président rwandais Paul Kagame, la diplomatie doit produire des résultats concrets pour les citoyens. À l’inverse, des réseaux plus étendus mais faiblement coordonnés ont montré des limites en termes d’efficacité et d’efficience. Ces expériences mettent en évidence l’importance d’une articulation entre organisation des moyens et définition d’objectifs précis.

Dans cette dynamique, plusieurs analystes soulignent que l’efficacité diplomatique repose moins sur l’étendue du réseau que sur la clarté des priorités et la capacité à orienter les missions vers des résultats concrets, notamment en matière de coopération économique et de positionnement stratégique. En l’absence d’objectifs différenciés et d’évaluation des résultats, le renforcement des effectifs pourrait se limiter à un ajustement administratif sans impact mesurable sur l’influence du Mali.

Perspectives

Parallèlement, le gouvernement a procédé à des nominations au sein du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, notamment à des postes administratifs et diplomatiques, en cohérence avec la réorganisation engagée.

L’ensemble de ces mesures traduit une actualisation du dispositif diplomatique malien, fondée sur la révision des structures et des moyens humains. Reste à observer dans quelle mesure ces ajustements permettront de renforcer la lisibilité et l’efficacité de l’action extérieure du pays, en lien avec ses priorités sécuritaires, économiques et régionales.

 

26 mars : Que reste‑t‑il de la promesse démocratique ?

Le 26 mars 1991 a ouvert une ère nouvelle au Mali, fondée sur l’espoir d’un État démocratique et respectueux des libertés. Trentecinq ans plus tard, le bilan de cette ambition collective se lit à l’aune des crises traversées et des mutations politiques en cours.

Le 26 mars 1991 marque une date fondatrice de l’histoire contemporaine du Mali. Ce jour‑là, à la suite d’un soulèvement populaire et d’une répression sanglante, le régime de Moussa Traoré s’effondre, ouvrant la voie à une transition démocratique conduite par Amadou Toumani Touré. Dans la foulée, le multipartisme est instauré, les libertés publiques reconnues et un nouveau contrat social scellé par la Constitution de 1992.

Pendant plusieurs années, le Mali fut cité en exemple sur le continent pour la vitalité de sa démocratie. Alternance politique, liberté de la presse et dynamisme de la société civile donnaient corps à une promesse longtemps espérée. Mais, derrière cette vitrine, des fragilités structurelles persistaient. Trois décennies plus tard, la trajectoire du pays invite à un examen lucide : la promesse démocratique de 1991 a‑t‑elle été tenue ou progressivement dévoyée ?

Après les événements de 1991, le Mali s’engage dans une dynamique de transformation politique profonde. La Conférence nationale, l’adoption de la Constitution et l’organisation d’élections pluralistes marquent l’entrée dans la IIIe République. L’élection d’Alpha Oumar Konaré en 1992 consacre ce tournant.

Une rupture fondatrice porteuse d’espoirs

Pour de nombreux observateurs, cette période inaugure une ère nouvelle. « Les événements de 1991 ont permis au peuple malien de signer un nouveau contrat social », rappelle le politologue Jean‑François Marie Camara. Ce contrat consacre le principe de souveraineté populaire et installe un modèle de démocratie représentative.

Sur le plan formel, les avancées sont indéniables : institutions républicaines, pluralisme politique, libertés fondamentales. Le Mali devient, dans les années 1990 et 2000, une référence en Afrique de l’Ouest. L’alternance entre Alpha Oumar Konaré et Amadou Toumani Touré illustre cette stabilité apparente. Cette période est également marquée par une effervescence médiatique et associative sans précédent, avec la naissance de nombreux journaux indépendants, radios privées et organisations de la société civile qui alimentent le débat public.

Cependant, cette dynamique ne s’accompagne pas toujours d’un enracinement profond des pratiques démocratiques. Derrière les apparences d’un système pluraliste, les institutions peinent à s’imposer comme de véritables contre‑pouvoirs. Les mécanismes de contrôle restent limités et la culture démocratique, encore en construction, se heurte à des logiques anciennes de gouvernance.

Des acquis réels fragilisés par des failles structurelles

Si la démocratie malienne a produit des acquis réels, elle s’est aussi construite sur des bases fragiles. Pour l’analyste Amidou Tidiani, enseignant‑chercheur en droit à l’Université Paris‑13, l’une des erreurs majeures réside dans l’importation d’un modèle institutionnel peu adapté aux réalités locales. « Nous avons pensé qu’il suffisait de faire du « prêt‑à‑porter » : on prend des institutions qui fonctionnent ailleurs et on les reproduit chez nous », explique‑t‑il.

Selon lui, le Mali s’est longtemps limité à une approche formelle de la démocratie, centrée sur l’organisation d’élections et l’adoption de textes juridiques. « L’adoption de règles et l’organisation d’élections ne suffisent pas », insiste‑t‑il. « La démocratie suppose un ajustement constant, une capacité d’adaptation et un renforcement continu des institutions. À défaut, celles‑ci restent vulnérables et exposées aux crises ».

Le constat est partiellement partagé par Jean‑François Marie Camara, qui souligne le décalage entre les avancées constitutionnelles et leur mise en œuvre effective. « Au plan fonctionnel, il y a beaucoup de choses à améliorer, notamment la gouvernance démocratique et la liberté d’opinion », note‑t‑il. Cette tension entre norme et pratique a progressivement alimenté une crise de confiance entre les citoyens et leurs dirigeants.

Au fil des années, des pratiques telles que la corruption, le clientélisme et la personnalisation du pouvoir ont fragilisé l’édifice. « Nous avons construit notre État autour de personnes plutôt que d’institutions solides », analyse Amidou Tidiani. Une faiblesse structurelle qui rend le système particulièrement vulnérable aux chocs politiques : à chaque crise majeure, l’architecture institutionnelle vacille, révélant l’absence d’équilibres durables.

2012 – 2021 : Des ruptures qui ébranlent le modèle

Le coup d’État de mars 2012 constitue un tournant majeur. Il met fin au régime d’Amadou Toumani Touré et plonge le pays dans une crise multidimensionnelle, marquée notamment par l’effondrement de l’État dans le Nord. Cette rupture affecte durablement la crédibilité des institutions démocratiques et installe une instabilité persistante.

La décennie suivante ne parvient pas à inverser cette tendance. Malgré le retour à l’ordre constitutionnel en 2013, avec l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta, les attentes des populations restent largement insatisfaites. Les difficultés sécuritaires, la gouvernance contestée et la montée du mécontentement social contribuent à fragiliser davantage le système.

Les événements d’août 2020, qui conduisent à la chute du régime IBK, puis le coup de force du 24 mai 2021, ouvrent une nouvelle séquence de rupture. Depuis lors, le Mali est engagé dans une transition politique prolongée, caractérisée par des restrictions des libertés publiques et une recomposition du paysage politique, notamment avec la dissolution des partis. Cette situation alimente un débat intense sur la nature du régime actuel et l’avenir du pluralisme politique.

Pour Amidou Tidiani, le diagnostic est sans appel : « ce n’est pas un recul, c’est pire que cela. C’est une rupture. » Il estime que la multiplication des coups d’État traduit l’échec du modèle démocratique tel qu’il a été conçu après 1991. Selon lui, le pays paie aujourd’hui le prix d’un système qui n’a pas su se réformer ni se consolider.

À l’inverse, Jean‑François Marie Camara adopte une lecture plus nuancée. Selon lui, la période actuelle s’inscrit dans une logique transitoire. « C’est une suspension », affirme‑t‑il, rappelant que la finalité reste, en principe, le retour à l’ordre constitutionnel par le biais d’élections.

Entre refondation et incertitudes

La notion de « refondation » est aujourd’hui au cœur du discours politique. Elle renvoie à l’idée d’un nouveau départ, d’une reconstruction du système sur des bases plus solides et mieux adaptées aux réalités nationales. Mais sa mise en œuvre concrète soulève de nombreuses interrogations.

Pour Amidou Tidiani, il est impératif de tirer les leçons des échecs passés. « Les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets », prévient‑il. Il appelle à une refonte en profondeur des institutions pour construire un modèle démocratique plus robuste, capable de résister aux crises. Dans cette perspective, la transition actuelle pourrait constituer une opportunité historique, à condition qu’elle débouche sur des réformes structurelles sérieuses.

Jean‑François Marie Camara partage l’idée d’une possible recomposition, mais conditionne son succès à l’orientation des réformes engagées. « Tout dépend de la manière dont la refondation est menée », souligne‑t‑il. Une refonte qui ne viserait pas à consolider la gouvernance démocratique risquerait d’aboutir à l’affaiblissement durable du pluralisme et des libertés.

La question de la participation citoyenne apparaît également déterminante. Au fil des années, une certaine désaffection vis‑à‑vis de la politique s’est installée, nourrie par le sentiment que les institutions ne répondent pas aux attentes. Pourtant, la vitalité de la société civile et l’engagement des jeunes témoignent d’un attachement aux principes démocratiques, même dans un contexte contraint.

Trente‑cinq ans après le 26 mars 1991, le Mali se trouve à un moment charnière de son histoire politique. La promesse démocratique issue de cette date n’a ni totalement disparu ni pleinement abouti. Elle est aujourd’hui mise à l’épreuve par les réalités d’un pays confronté à des défis multiples.

Entre espoir de refondation et risque de recul durable, l’avenir dépendra de la capacité des acteurs à dépasser les logiques passées pour construire un système plus inclusif, plus stable et véritablement ancré dans les réalités nationales. Plus qu’un simple retour à l’ordre constitutionnel, c’est sans doute une redéfinition en profondeur du projet démocratique malien qui est désormais en jeu.

Mohamed Kenouvi

Iran : le flou persiste autour du rapatriement de ressortissants maliens

Plusieurs pays africains ont déjà évacué leurs ressortissants d’Iran face à des tensions persistantes dans la région. Pour les Maliens, un plan avait été annoncé en 2025, sans qu’un bilan officiel n’en précise aujourd’hui l’état de mise en œuvre.

Au plus fort des tensions au Moyen-Orient, en juin 2025, les autorités maliennes avaient engagé un dispositif de suivi de leurs ressortissants établis en Iran. À travers un communiqué officiel, le ministère des Maliens établis à l’extérieur indiquait suivre avec attention l’évolution de la situation sécuritaire, en lien avec l’ambassade du Mali à Téhéran. Le suivi consulaire s’appuie notamment sur des échanges réguliers avec les responsables de la communauté malienne, afin de centraliser les informations et d’identifier les situations les plus urgentes.
Toute opération d’évacuation reste toutefois tributaire de facteurs extérieurs, notamment l’ouverture des espaces aériens, la disponibilité de couloirs de transit et la coordination avec des pays tiers.
Contexte évolutif
Début mars 2026, le contexte régional a évolué, avec une intensification du conflit, marquée par des frappes menées conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, élargissant le niveau de risque pour les ressortissants étrangers.
Les données alors disponibles faisaient état d’une communauté estimée à environ 130 ressortissants. Celle-ci se composait de diplomates et de leurs familles installés à Téhéran, d’une vingtaine d’étudiants boursiers à Qazvin, ainsi que d’un groupe plus important d’étudiants en sciences islamiques vivant à Qom, souvent accompagnés de leurs proches. Ces parcours, souvent inscrits dans la durée, impliquent des attaches académiques et familiales qui peuvent freiner un départ rapide en situation de crise.
Cette implantation, en grande partie liée à des parcours de formation religieuse et universitaire, explique la dispersion géographique des ressortissants maliens dans le pays.
Diaspora
Face à la dégradation du contexte sécuritaire en 2025, les autorités avaient établi un contact direct avec ces communautés afin d’évaluer leurs besoins et d’anticiper d’éventuelles opérations d’évacuation. Un plan de rapatriement avait été envisagé pour les personnes souhaitant quitter le territoire, avec des dispositions logistiques à l’étude, dans un environnement marqué par des contraintes de transport et des restrictions de circulation.
Dans l’attente de sa mise en œuvre, les autorités maliennes avaient appelé à la prudence, invitant leurs ressortissants à éviter les zones sensibles et à se conformer aux consignes des représentations diplomatiques. Cette phase de préparation s’inscrivait dans une période de vigilance, alors que plusieurs pays réévaluaient la sécurité de leurs communautés présentes dans la région.
Près d’un an plus tard, peu d’éléments publics permettent de mesurer l’évolution de ce dispositif. Aucune communication officielle n’a précisé le nombre de ressortissants effectivement rapatriés, ni les modalités d’éventuelles opérations conduites depuis juin 2025.
Évacuations
Cette absence de bilan contraste avec les initiatives prises par plusieurs États africains confrontés à des situations similaires. Le Sénégal a notamment procédé au rapatriement d’une cinquantaine de ses ressortissants, évacués par voie terrestre vers la Turquie avant leur retour à Dakar. D’autres pays, comme l’Ouganda ou le Kenya, ont également organisé des opérations d’évacuation, souvent en coordination avec des partenaires diplomatiques ou des États de transit.
Ces opérations s’appuient généralement sur des mécanismes de coopération entre États africains et partenaires internationaux, facilitant les évacuations via des pays de transit. Elles reposent sur des itinéraires alternatifs, combinant déplacements terrestres et liaisons aériennes, dans un contexte marqué par des restrictions sur l’espace aérien et des conditions de sécurité fluctuantes.
Dans ce type de crise, l’évolution rapide du contexte sécuritaire rend difficile toute planification rigide et impose des ajustements permanents aux dispositifs envisagés.
Attente
Pour les ressortissants maliens présents en Iran, la situation reste suivie à distance, sans indication publique sur une éventuelle phase opérationnelle du plan annoncé en 2025. Entre préparation initiale et absence de communication actualisée, la question du rapatriement demeure, à ce stade, sans visibilité claire.
Dans un environnement international marqué par des tensions persistantes, la gestion de ces situations continue de poser des défis aux États, appelés à concilier impératifs de sécurité, contraintes logistiques et accompagnement de leurs ressortissants à l’étranger.

Télécoms : l’Etat face à l’essor du marché informel de l’internet

L’Autorité malienne de régulation des télécommunications a récemment rappelé l’interdiction d’importer, de commercialiser et d’utiliser des équipements non homologués, notamment les kits satellitaires et dispositifs de partage d’accès internet. Ce rappel s’inscrit dans un contexte de développement d’activités informelles qui échappent au cadre économique du secteur.

Le marché des télécommunications au Mali connaît une expansion rapide. Le taux de pénétration d’internet est passé d’environ 45 % à plus de 50 % en trois ans. Cette dynamique repose en grande partie sur les investissements des opérateurs agréés, qui ont engagé près de 150 milliards de FCFA (environ 250 millions de dollars) au Mali entre 2023 et 2025 dans le déploiement de la fibre et l’extension des réseaux 4G, notamment en zones rurales. Cette croissance exerce une intense pression sur les réseaux et les infrastructures, notamment dans les zones urbaines et périurbaines.
Malgré ces investissements, une partie de la demande en connectivité continue de se tourner vers des solutions informelles.
Dans ce contexte, la circulation d’équipements non homologués constitue une source de déséquilibre. Interdits depuis 2024, ces dispositifs continuent pourtant d’être utilisés, portés par une demande croissante en connectivité, en particulier dans les zones insuffisamment couvertes. Des réseaux informels de distribution et de revente d’accès se développent ainsi en marge du cadre réglementaire, générant des pertes de revenus pour les opérateurs et une diminution des recettes pour l’État. Ces pratiques informelles représentent un manque à gagner significatif pour les finances publiques.
Les autorités multiplient les actions pour contenir ce phénomène. Le 26 février 2026, l’AMRTP a mené une opération de sensibilisation auprès des acteurs des marchés de Bamako, mettant en garde contre l’utilisation d’équipements tels que les kits satellitaires ou certains appareils de communication, également pour des raisons liées à la sécurité. Cette démarche traduit une volonté de renforcer le contrôle d’un secteur considéré comme stratégique.
Le secteur des télécommunications demeure un levier important de croissance et de recettes pour l’économie nationale. Pour les opérateurs titulaires de licences, l’enjeu est double. Il s’agit de préserver les investissements consentis dans les infrastructures, mais aussi de maintenir des conditions de concurrence équitables. La présence d’acteurs non régulés fragilise cet équilibre et peut, à terme, freiner les efforts d’extension du réseau.
Dans un pays où les besoins en connectivité restent élevés, notamment en dehors des grands centres urbains, la question dépasse la seule régulation. Elle pose celle de l’adaptation du modèle économique du secteur face à l’émergence de nouvelles technologies. Entre impératifs de développement numérique et exigences de régulation, l’équilibre reste encore à définir.

Enseignants-chercheurs : des départs qui pèsent

Depuis un certain temps, la Guinée attire de plus en plus d’enseignants-chercheurs de la sous-région, dont de nombreux Maliens. En 2025, ils sont une vingtaine à avoir fait ce choix. Dans un système déjà en sous-effectif, ces départs, qui constituent des pertes pour le système universitaire, posent la question de la gestion et de la valorisation des ressources humaines.

La Guinée apparaît désormais comme une nouvelle destination universitaire. En 2024 et 2025, elle a respectivement recruté environ 250 et 300 enseignants du supérieur, essentiellement issus de l’espace ouest-africain. Pour la seule année 2025, 21 Maliens ont été concernés, dont 9 assistants, 6 maîtres-assistants et 6 maîtres de conférences. Cette politique de recrutement traduit une concurrence régionale pour les compétences académiques. Le recrutement d’enseignants entre pays africains s’inscrit dans un marché régional de plus en plus ouvert pour les compétences académiques.
Ces recrutements ont suscité des réactions des autorités, qui dénoncent des « abandons de poste » et pointent du doigt des départs motivés par « l’appât du gain ». Pourtant, la réalité semble plus nuancée. « Les enseignants ne partent pas uniquement pour des raisons financières, mais aussi pour de meilleures conditions de travail et de reconnaissance », explique Mamoutou Karamoko Tounkara, enseignant-chercheur à l’École normale supérieure (ENSUP).
Dans plusieurs pays de la sous-région, notamment dans l’espace UEMOA, les conditions de rémunération et d’exercice apparaissent plus attractives. À compétence égale, les salaires peuvent être nettement supérieurs, parfois multipliés par deux, avec des dispositifs d’accompagnement de la recherche plus structurés. Cette situation alimente un déséquilibre alors que le déficit en enseignants du supérieur est désormais estimé à près de 3 900 postes, selon des données récentes du secteur, confirmant l’ampleur des besoins. De nombreux enseignants évoquent également de meilleures perspectives de carrière et un environnement plus favorable à la production scientifique. Les procédures de recrutement et d’avancement sont souvent jugées lentes, ce qui freine la progression des carrières.
Encourager la mobilité
La question ne se limite pas aux salaires. Les conditions de travail dans leur ensemble sont également en cause. Le métier d’enseignant-chercheur repose sur un équilibre entre enseignement et recherche. Dans certaines facultés, la surcharge des effectifs réduit le temps consacré à la recherche. Or, les financements restent limités, les laboratoires insuffisamment équipés et les opportunités de publication ou de participation à des colloques sont souvent à la charge des enseignants eux-mêmes. Dans plusieurs pays africains, les dépenses consacrées à la recherche restent très faibles, limitant la production scientifique. « Comment évoluer dans un environnement aussi compétitif avec des moyens aussi restreints ? », s’interroge Dr Tounkara.
Les tensions autour des primes de recherche illustrent ces difficultés. Annoncées depuis plusieurs années, elles peinent à être régulièrement versées, malgré des mouvements de grève répétés. À cela s’ajoutent des retards dans le paiement des heures supplémentaires, accentuant le malaise au sein de la profession.
Ces départs sont perçus par certains comme un signal préoccupant. « C’est un indicateur du dysfonctionnement du système d’enseignement supérieur », estime Dr Sékou Amadou Traoré, enseignant-chercheur à la Faculté des Sciences Sociales de Ségou (FASSO). Selon lui, l’absence de perspectives et la faiblesse des investissements fragilisent durablement la qualité de la formation.
La mobilité reste une composante du métier d’enseignant-chercheur. Elle permet d’acquérir de nouvelles expériences, de participer à des travaux scientifiques et d’élargir les réseaux académiques. Pour les enseignants vacataires, souvent confrontés à des rémunérations irrégulières, elle constitue parfois une nécessité.
Avec des heures supplémentaires payées tardivement et peu d’alternatives professionnelles, ces enseignants ne peuvent être considérés comme « ingrats » lorsqu’ils choisissent d’aller ailleurs. Participer à des colloques, publier ou effectuer des missions d’étude implique des moyens financiers souvent supportés par les enseignants eux-mêmes.
Plutôt que de stigmatiser ces départs, plusieurs acteurs plaident pour des mesures visant à retenir les compétences. « Ce que les enseignants demandent, ce sont des conditions minimales pour travailler et produire », souligne Dr Tounkara. Le maintien des ressources humaines passe notamment par une amélioration des conditions de travail et un rapprochement progressif avec les standards observés dans la sous-région.
Malgré les difficultés, les enseignants maliens continuent de se distinguer sur le plan académique. Leur présence dans d’autres pays contribue également au rayonnement de leurs compétences, ce qui pose la question de la valorisation de ce capital humain au niveau national.
Conséquences
La fuite des compétences représente un risque pour le système éducatif. La question de la relève se pose avec acuité dans un contexte de déficit déjà estimé à près de 4 000 enseignants en 2022.
Avec une dizaine d’universités et plusieurs grandes écoles, les effectifs d’étudiants progressent plus rapidement que ceux des enseignants. Le ratio atteint environ 74 étudiants pour un enseignant, bien au-delà de la norme indicative de 25 pour 1 recommandée par l’UNESCO. Cette pression s’inscrit dans une dynamique démographique marquée par une forte croissance du nombre de jeunes en âge d’accéder à l’enseignement supérieur, ce qui accentue les besoins en encadrement et en infrastructures. Les pénuries d’enseignants contribuent à des classes surchargées et à une baisse de la qualité de l’encadrement.
Cette situation peut affecter la qualité de la formation et de la recherche. Le départ d’enseignants expérimentés fragilise la transmission des savoirs et complique le renouvellement des compétences.
Dans un système universitaire en expansion, la pression sur les infrastructures et les ressources humaines devient plus forte. Sans mesures adaptées, certains redoutent un affaiblissement durable de l’enseignement supérieur. À terme, cette situation peut affecter la compétitivité des universités dans l’espace régional.
Trouver un compromis
Face à ces enjeux, plusieurs acteurs appellent à privilégier le dialogue. L’approche fondée sur les sanctions apparaît peu efficace pour contenir le phénomène.
Les enseignants rappellent avoir déjà observé des mouvements de grève pour réclamer leurs droits, notamment le paiement des primes et des heures supplémentaires. L’amélioration des conditions de travail est régulièrement présentée comme une priorité.
L’État est ainsi invité à engager des réformes permettant de mieux valoriser les enseignants-chercheurs. Le rapprochement avec les pratiques de la sous-région, le renforcement du financement de la recherche et le développement de partenariats académiques sont souvent évoqués.
D’autres pays restent également attractifs pour ces profils qualifiés, ce qui renforce l’urgence d’agir. La capacité à retenir ces compétences apparaît comme un enjeu stratégique pour l’avenir de l’enseignement supérieur.
Le système universitaire évolue dans un environnement compétitif, où la qualité repose largement sur les ressources humaines. Préserver ce capital suppose des choix structurants et une vision à long terme.

Réforme du contrôle des ONG : la société civile réagit

Plusieurs organisations de la société civile ont exprimé leurs préoccupations face aux nouvelles dispositions liées au contrôle des associations et ONG. Dans un communiqué, elles appellent à un dialogue avec les autorités afin d’examiner les implications possibles de cette réforme.

Ces réactions interviennent après l’adoption, le 4 mars 2026 en Conseil des ministres, de textes liés à la réorganisation du dispositif de suivi et de contrôle des associations et fondations.
Plusieurs faîtières de la société civile malienne et des organisations non gouvernementales actives dans l’humanitaire et le développement ont réagi aux mesures récemment annoncées par les autorités. Dans un communiqué rendu public à Bamako, ces organisations affirment soutenir les efforts visant à améliorer la transparence et la redevabilité dans la gestion des projets de développement.
Les signataires estiment toutefois que certaines dispositions pourraient avoir des conséquences sur la mise en œuvre des programmes conduits par les associations et ONG dans différentes régions du pays.
Les inquiétudes portent notamment sur l’introduction d’une contribution financière liée aux activités de suivi et de contrôle des organisations. Selon les organisations signataires, les discussions autour de la réforme évoquent la possibilité d’un prélèvement sur les ressources des projets destinées aux actions de développement.
Pour ces organisations, une telle mesure pourrait réduire les moyens consacrés directement aux activités menées au profit des communautés bénéficiaires. Elles rappellent également que les projets financés par les partenaires techniques et financiers comportent déjà des mécanismes de suivi et d’évaluation intégrés dans leurs budgets.
Les signataires soulignent que les associations et ONG jouent un rôle important dans l’appui aux populations dans plusieurs domaines, notamment la sécurité alimentaire, la santé, l’éducation, l’accès à l’eau ou encore la protection des personnes déplacées.
Dans plusieurs localités du pays, ces organisations interviennent aux côtés des services publics et des collectivités territoriales pour soutenir les communautés confrontées à des difficultés économiques ou à des situations d’urgence.
Les organisations rappellent également que les programmes humanitaires et de développement génèrent des retombées économiques locales à travers l’emploi de personnel national, les achats de biens et services auprès d’entreprises locales et les partenariats avec des organisations communautaires.
Les signataires affirment rester ouverts à la concertation avec les autorités afin de trouver des solutions permettant de renforcer la transparence et la coordination des actions de développement tout en préservant l’efficacité des programmes menés au bénéfice des populations.
Pour ces organisations, un dialogue entre l’État, la société civile et les partenaires techniques et financiers pourrait permettre de trouver un équilibre entre les exigences de contrôle et la nécessité de maintenir un environnement favorable à l’action humanitaire et aux initiatives de développement.

Coumba Bah : « la priorité reste l’éducation et la sensibilisation citoyenne »

Dans cet entretien, Coumba Bah, productrice de l’émission « Musoya » et spécialiste des questions liées aux droits des femmes, dresse un état des lieux de la condition féminine au Mali. Elle souligne les avancées juridiques enregistrées ces dernières années, mais aussi les nombreux défis qui persistent dans la réalité quotidienne. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quel état des lieux global faites-vous aujourd’hui de la situation des droits des femmes au Mali ?
Des avancées ont été réalisées ces dernières années, mais de nombreux défis persistent. Le Mali dispose aujourd’hui d’un cadre juridique relativement important pour la promotion des droits des femmes. Le pays est signataire de plusieurs instruments internationaux. Au niveau national, une loi adoptée en 2015 instaure un quota d’au moins 30 % de femmes dans les fonctions nominatives et électives.
Le Mali est également engagé dans l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité, avec la mise en œuvre du troisième Plan d’action national relatif à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cependant, les inégalités demeurent importantes. Selon la Banque mondiale, la participation des femmes au marché du travail reste inférieure à celle des hommes et elles sont majoritairement présentes dans le secteur informel.
L’UNICEF estime aussi qu’environ 53 % des filles au Mali sont mariées avant l’âge de 18 ans, ce qui affecte leur éducation, leur santé et leur autonomie. Dans certaines zones, l’insécurité et la présence de groupes armés ont également entraîné des restrictions pour les femmes dans l’espace public.
Qu’est-ce qui freine l’application réelle des textes ?
Un cadre législatif ne peut produire d’effets sans la volonté des citoyens et des institutions de l’appliquer. La loi sur le quota de 30 % en est un exemple : son application reste encore limitée en dehors des processus électoraux.
Le principal frein demeure le déficit d’information et de sensibilisation sur les droits des femmes. La société n’a pas encore atteint une masse critique de citoyens convaincus de la nécessité de l’égalité entre les femmes et les hommes. D’autres facteurs expliquent également ce décalage : le manque de moyens pour assurer le suivi des lois, le poids des normes sociales, certaines pratiques traditionnelles, l’insécurité persistante, ainsi que l’accès limité à l’information juridique.
La pauvreté constitue aussi un obstacle important.
Quelles pistes d’amélioration proposez-vous ?
La priorité reste l’éducation et la sensibilisation citoyenne. Les lois ne peuvent produire des résultats durables si les populations n’en comprennent pas le sens. Les hommes ont également un rôle important à jouer. En tant que pères, maris et chefs de famille, leur engagement en faveur d’une masculinité positive peut contribuer à impulser un changement durable.

Secteur culturel : vers une meilleure régulation des festivals et des centres

Le ministère de la Culture a réuni les acteurs du secteur lors d’un atelier consacré à la classification et à la catégorisation des centres culturels et des festivals. Cette initiative vise à mieux structurer et professionnaliser un domaine marqué ces dernières années par une forte expansion mais aussi par un manque d’encadrement.

L’atelier de validation de la classification et de la catégorisation des centres culturels et des festivals du Mali, organisé le 27 février par le ministère de la Culture avec les acteurs du secteur, constitue une étape importante dans l’opérationnalisation de la Politique nationale de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, selon les autorités.
Très attendue par les professionnels, l’initiative intervient dans un secteur où l’animation culturelle repose largement sur des initiatives privées, dans un contexte de structuration limitée et de soutien institutionnel jugé insuffisant. Une situation qui a favorisé l’installation progressive d’une « espèce d’anarchie », selon Adama Traoré, président de la FEDAMA.
Définir une identité
Pour restructurer le secteur et permettre à chaque acteur de jouer pleinement son rôle, des critères ont été proposés afin de classer les festivals selon leur nature, qu’ils soient d’intérêt national, international ou local ou communautaire. D’autres paramètres, liés notamment aux activités proposées, à la programmation artistique ou encore au niveau des budgets, ont également été définis.
Ainsi, un festival d’intérêt national devra répondre à un certain niveau d’exigence en matière de programmation et de budget, tandis que les festivals d’envergure internationale devront notamment accueillir des artistes, des compagnies et des programmateurs étrangers. Ces critères doivent permettre de mieux identifier les événements culturels et de structurer l’offre artistique.
La multiplication des festivals au Mali, aux orientations parfois similaires, pose la question de la fragmentation de l’espace culturel et de l’efficacité de ces manifestations, pourtant censées promouvoir la cohésion sociale. Cette situation alimente les réflexions sur l’opportunité de regrouper certaines initiatives afin d’en renforcer l’impact.
Dans ce processus, les collectivités territoriales sont appelées à jouer un rôle important, puisqu’elles disposent notamment de prérogatives leur permettant d’autoriser ou, le cas échéant, d’interdire l’organisation d’un festival sur leur territoire.
Les festivals doivent également s’inscrire dans les Plans de développement économique, social et culturel (PDSEC), qui constituent les principaux instruments de planification des collectivités.

Chine – Japon : Taïwan nouveau point de friction

La question taïwanaise revient au centre des tensions entre Pékin et Tokyo. Une visite politique remarquée et des décisions militaires japonaises ont ravivé les crispations entre les deux puissances asiatiques.

La rivalité stratégique entre la Chine et le Japon s’est illustrée ces derniers jours autour de Taïwan, territoire dont le statut reste l’un des dossiers les plus sensibles de la géopolitique asiatique. Des initiatives diplomatiques et des évolutions militaires ont mis en évidence les lignes de fracture qui traversent la région.
La visite à Tokyo du Premier ministre taïwanais Cho Jung-tai, le lundi 9 mars 2026, a retenu l’attention. La présence du chef du gouvernement de Taïwan au Japon constitue un événement inhabituel dans les relations entre les deux parties, le Japon ayant reconnu la République populaire de Chine en 1972 et adhéré au principe d’« une seule Chine ». Officiellement liée à un événement international organisé dans la capitale japonaise, cette visite a néanmoins donné lieu à des échanges avec plusieurs responsables politiques japonais.
Pékin a rapidement réagi en dénonçant une initiative jugée contraire à ce principe diplomatique. Les autorités chinoises considèrent Taïwan comme une province appelée à être réunifiée avec le continent et surveillent attentivement toute évolution des relations entre Taipei et les capitales étrangères. Les déclarations venues de Pékin ont rappelé que la question taïwanaise reste, pour la Chine, un enjeu majeur de souveraineté nationale.
D’ailleurs, le lendemain 10 mars, l’attention s’est portée sur la politique de défense japonaise. Tokyo a confirmé le déploiement progressif de missiles Type-12 modernisés, d’une portée d’environ 1 000 kilomètres, destinés à être installés dans plusieurs zones stratégiques de l’archipel pour renforcer la défense face aux menaces régionales.
Pour des observateurs, cette décision illustre l’évolution de la posture militaire japonaise, le pays cherchant depuis plusieurs années à renforcer sa dissuasion face à la montée en puissance militaire de la Chine et aux tensions persistantes autour du détroit de Taïwan.
Parallèlement, Pékin poursuit la modernisation de ses forces armées. La Chine a annoncé pour 2026 une hausse d’environ 7 % de son budget de défense, désormais supérieur à 270 milliards de dollars, destinée selon les autorités à défendre l’intégrité territoriale et à empêcher toute tentative d’indépendance de Taïwan.
Ces évolutions confirment que la question taïwanaise demeure l’un des dossiers les plus sensibles en Asie de l’Est, où initiatives diplomatiques de Taipei, réactions de Pékin et choix militaires de Tokyo illustrent des rivalités stratégiques de plus en plus visibles.

Solidarité : Canal+ Mali offre des vivres au Service social des armées

Canal+ Mali a procédé, jeudi 12 mars 2026, à une remise de vivres alimentaires au profit du Service social des armées. La cérémonie s’est tenue dans l’enceinte de la Direction du service social à Dar Salam, en présence de responsables militaires, de représentants de l’entreprise et de bénéficiaires.

Initiée dans le cadre des activités de responsabilité sociale de Canal+ Mali, l’opération vise à apporter un soutien concret aux veuves et orphelins des militaires ainsi qu’aux blessés de guerre.
Le don remis est composé de plusieurs denrées de première nécessité destinées à améliorer les conditions de vie des bénéficiaires. Il comprend notamment 2 tonnes de sucre, 2 tonnes de riz, 50 paquets de lait et 1 000 litres d’huile.
À travers ce geste, Canal+ Mali entend renforcer la résilience des familles concernées, soutenir les Forces armées maliennes et mettre en lumière l’engagement citoyen et institutionnel en faveur du bien-être des militaires et de leurs proches.
La cérémonie a réuni des membres de la direction de Canal+ Mali et du Service social des armées, des représentants de différents chefs d’états-majors et directeurs de services, ainsi que plusieurs bénéficiaires venus assister à la remise officielle.
Reconnaissance envers les familles de militaires
Prenant la parole, le Colonel-major Bréhima Samaké, directeur du Service social des armées, a salué l’initiative de Canal+ Mali, qu’il considère comme un témoignage significatif de solidarité envers les familles des soldats.
« À travers cette initiative, Canal+ Mali apporte non seulement un soutien matériel, mais également un message fort de reconnaissance et de fraternité à l’endroit de ces familles », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette action vient également renforcer les efforts menés par le Service social des armées pour accompagner les veuves, les orphelins et les blessés de guerre. Il a par ailleurs assuré que les dispositions nécessaires seront prises pour garantir une distribution équitable de l’aide.
« Le Service social des armées s’engage à faire en sorte que cette assistance soit distribuée avec équité, transparence et diligence aux bénéficiaires identifiés », a-t-il affirmé.
De son côté, le Directeur général de Canal+ Mali, Idrissa Diallo, a rappelé la portée symbolique de ce geste, qui vise à témoigner la reconnaissance de l’entreprise envers les Forces armées maliennes.
« À travers ce geste, Canal+ Mali tient à exprimer sa reconnaissance et son soutien aux forces armées maliennes ainsi qu’à leurs familles. Chaque jour, dans des conditions souvent difficiles, les FAMa accomplissent une mission essentielle : assurer la sécurité et la stabilité de notre nation », a-t-il indiqué.
Il a également souligné que l’entreprise souhaite contribuer au renforcement de la solidarité nationale et soutenir les familles de ceux qui protègent le pays.
« Nous espérons que cette initiative, au-delà de sa valeur matérielle, témoignera de notre profonde considération et de notre respect pour le courage, le dévouement et le sacrifice des forces armées », a-t-il ajouté. La cérémonie s’est achevée par une remise symbolique des vivres à quelques bénéficiaires.
Au-delà de son rôle de diffuseur, Canal+ Mali investit depuis plusieurs années dans des initiatives sociales et culturelles visant à renforcer son ancrage local et à accompagner les communautés dans leur développement.
Mohamed Kenouvi

Zéro VBG : une application malienne contre les violences faites aux femmes

Au Mali, la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG) s’appuie désormais sur le numérique. L’application Zéro VBG, conçue par l’association Musodev, se veut un outil d’information, de sensibilisation et de dénonciation face à un phénomène toujours préoccupant.

Les chiffres témoignent de l’ampleur du problème. Selon l’Enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS 2018), 37,7 % des femmes maliennes âgées de 15 à 49 ans ont subi des violences physiques ou sexuelles au cours de leur vie, tandis que 41,3 % déclarent avoir subi des violences émotionnelles, physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire. Par ailleurs, 14 % des femmes ont été victimes de violences sexuelles et 32 % de violences physiques depuis l’âge de 15 ans. D’autres données confirment la gravité de la situation car près de 38 % des femmes ont subi des violences physiques et le système de gestion des cas de VBG a recensé 1 199 cas entre janvier et avril 2020, dont 359 à Bamako.
L’association Musodev, dirigée par Porcho Marguerite Sogoba et composée majoritairement de jeunes femmes maliennes engagées dans le numérique, a développé l’application Zéro VBG avec l’appui de partenaires internationaux comme l’UNESCO et ONU-Femmes, à travers l’Initiative Spotlight.
L’application permet aux victimes ou aux témoins de violences de signaler anonymement des cas, de dialoguer avec des psychologues et d’accéder à des informations juridiques et sociales. Elle intègre également des contenus vocaux dans plusieurs langues nationales, notamment le bambara, le peul et le soninké, afin de toucher un public plus large.
Quelques mois après son lancement, l’outil comptait déjà plus de 500 utilisateurs actifs et une vingtaine d’alertes enregistrées, tandis que les campagnes de sensibilisation liées au projet ont touché plus de 4 500 personnes.
À l’heure où le monde célèbre le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, cette innovation malienne rappelle que la lutte contre les violences basées sur le genre passe aussi par la technologie. Zéro VBG incarne ainsi une nouvelle génération d’initiatives africaines où le numérique devient un levier pour briser le silence et protéger les victimes.
Ibrahim Baby

Paix et réconciliation : le nouvel observatoire entre espoirs et défis

La mise en œuvre de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale franchit une nouvelle étape avec la nomination, le 2 mars 2026, des membres de l’Observatoire chargé de suivre son application. Cette nouvelle instance, appelée à jouer un rôle stratégique dans la consolidation de la cohésion sociale et du vivre-ensemble dans le pays, fait également face à d’importants défis.

Rattaché à la Présidence de la République, l’Observatoire de la paix et de la réconciliation nationale se veut une structure de veille et de coordination destinée à accompagner la mise en œuvre effective de la Charte sur l’ensemble du territoire. Sa mission consiste notamment à mesurer les progrès réalisés dans le processus de paix, à identifier les obstacles à la cohésion sociale et à formuler des recommandations aux autorités.
À sa tête, l’ancien Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga sera assisté du Général Mody Bérété en qualité de vice-président. L’organe compte également 28 autres membres provenant de différents horizons institutionnels et sociaux.
Un instrument de veille et d’accompagnement du processus de paix
Au-delà de son rôle institutionnel, l’Observatoire pourra constituer un levier important pour renforcer le suivi des engagements pris dans le cadre de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation nationale. Selon le Dr Ahmadou Touré, Directeur du Centre de recherche en gouvernance, médiation et sécurité au Sahel, sa mise en place représente une avancée significative dans l’architecture de la paix au Mali.
« L’Observatoire représente un pas décisif vers la paix au Mali en offrant des avantages stratégiques tels que le monitoring permanent des engagements nationaux, la promotion d’une appropriation locale des processus de réconciliation et la facilitation d’ajustements adaptatifs face aux défis émergents comme les tensions sécuritaires ou les vulnérabilités socio-économiques », explique-t-il.
Le nouvel organe pourrait également jouer un rôle de vigie en matière de prévention des tensions. En analysant les évolutions sur le terrain, il sera en mesure de signaler précocement les risques de conflits locaux ou de dégradation de la cohésion sociale.
Pour Mohamed Abdellahi Elkhalil, spécialiste des questions sociales et sécuritaires du Sahel, cette fonction d’alerte constitue l’un des principaux apports attendus de l’Observatoire.
« Cette instance sera en mesure d’identifier en amont les tensions locales, d’anticiper les risques éventuels de reprise des hostilités et de signaler tout manquement potentiel aux engagements souscrits dans le cadre de la Charte », souligne-t-il.
Par ailleurs, il ajoute que l’Observatoire pourra également contribuer au renforcement du dialogue intercommunautaire et à la prévention des discours de haine, en favorisant les échanges entre les différentes composantes de la société malienne.
Défis majeurs
Malgré les attentes placées dans cette nouvelle instance, plusieurs défis pourraient toutefois limiter son efficacité. Le premier concerne la question de l’inclusivité.
« L’absence de représentants des groupes armés, qu’ils soient ou non signataires des précédents accords, ainsi que de certaines figures politiques majeures ayant rejeté la Charte constitue indéniablement une limite », estime Mohamed Abdellahi Elkhalil.
« Pour qu’un observatoire de la paix puisse exercer pleinement sa mission, il conviendrait idéalement d’y intégrer l’ensemble des parties prenantes au conflit », ajoute-t-il.
Outre la question de la représentation, M. Elkhalil affirme que les moyens financiers et logistiques pourraient également conditionner la capacité de l’Observatoire à agir efficacement. De son point de vue, la surveillance du processus de réconciliation sur l’ensemble du territoire nécessitera des ressources importantes et un déploiement opérationnel solide.
La persistance de l’insécurité dans plusieurs régions du pays représente un autre défi majeur. Les activités de terrain, notamment la collecte d’informations et les missions de médiation, pourraient être compliquées dans certaines zones, selon le spécialiste.
Pour lui, la crédibilité de l’Observatoire dépendra aussi largement de sa capacité à préserver son indépendance et son impartialité. « Toute perception de proximité excessive avec les autorités pourrait fragiliser la confiance des acteurs concernés ».
Dans un contexte marqué par la complexité du conflit malien, mêlant terrorisme, tensions intercommunautaires et revendications politico-identitaires, la mission confiée à l’Observatoire de la paix et de la réconciliation nationale s’annonce particulièrement exigeante.
Comme le souligne le Dr Ahmadou Touré, « son succès dépend d’un engagement collectif des autorités, de la société civile et des partenaires régionaux ».
Mohamed Kenouvi

Maladies rénales : l’urgence de la prévention

À l’occasion de la Journée mondiale du rein, célébrée le 12 mars, les acteurs de la santé rappellent l’importance de la prévention face à la progression des maladies rénales. Malgré l’extension des centres de dialyse, l’accès aux soins et la prise en charge des patients restent confrontés à plusieurs défis.

Chaque année, la Journée mondiale du rein est organisée le deuxième jeudi de mars afin de sensibiliser à la santé rénale et aux maladies chroniques. Elle met l’accent sur la prévention, le dépistage précoce et l’accès équitable aux soins pour réduire l’impact des maladies rénales.
Au Mali, environ 500 malades chroniques sont recensés à Bamako par les associations. Si la décentralisation des centres de dialyse constitue une étape importante pour soulager les patients, plusieurs défis persistent. La Journée mondiale du rein offre l’occasion aux patients, aux soignants et aux décideurs de faire le point sur les progrès réalisés, mais aussi de renforcer les actions de sensibilisation.
L’insuffisance rénale chronique (IRC) constitue un problème de santé publique en Afrique subsaharienne, avec une prévalence estimée à 13 % chez les adultes. Elle est souvent diagnostiquée à un stade avancé, notamment chez des sujets jeunes. Principalement causée par l’hypertension artérielle, le diabète et certaines infections, cette pathologie reste marquée par un accès limité aux traitements spécialisés, notamment la dialyse.
À l’échelle mondiale, les maladies rénales touchent environ 10 % de la population, soit près de 850 millions de personnes. Au Mali, au moins 13 % de la population âgée de 20 à 50 ans serait touchée par une maladie rénale.
Des acquis à consolider
La dialyse est gratuite pour les malades chroniques programmés, assurent les soignants. Une dialyse d’urgence existe toutefois pour les patients référés, moyennant un forfait de 25 000 francs CFA.
Pour améliorer l’accès à ce traitement, l’État a ouvert de nouveaux centres de dialyse dans la capitale et dans certaines régions. À Bamako, ceux de l’hôpital du Point G, des communes IV et V et du Génie militaire sont fonctionnels.
Cependant, les ruptures d’intrants nécessaires à la dialyse restent un défi majeur. Des critiques liées à un manque de transparence ou à certaines pratiques jugées non éthiques sont également évoquées. Les autorités ont engagé une digitalisation afin d’établir un fichier fiable des patients bénéficiaires.
Malgré ces avancées, les spécialistes rappellent que la prévention demeure essentielle. La prévention commence par l’identification des principaux facteurs de risque : diabète, hypertension, obésité, maladies cardiaques, infections rénales récurrentes, antécédents familiaux ou usage prolongé de certains analgésiques.

Mines : l’état renforce la lutte contre l’exploitation illégale

Le Conseil des ministres du mercredi 11 mars 2026 a adopté des textes portant création d’une Brigade spéciale des Mines chargée de lutter contre l’exploitation minière illégale. L’objectif est de mieux sécuriser un secteur qui représente plus de 70 % des exportations et près de 10 % du PIB du Mali.

Le gouvernement malien entend renforcer la surveillance du secteur minier, l’un des piliers de l’économie nationale. Des projets de texte ont ainsi été adoptés portant création, organisation et fonctionnement d’une Brigade spéciale des Mines, appelée à assurer la police judiciaire dans ce domaine et à participer à la sécurisation des sites d’exploitation.
Le secteur minier occupe une place centrale dans l’économie du pays. Premier producteur d’or d’Afrique de l’Ouest, le Mali a enregistré une production industrielle d’environ 51,7 tonnes en 2024, contre 66,5 tonnes en 2023. En 2025, la production industrielle est tombée à 42,2 tonnes, soit une baisse de 22,9 %. En incluant l’orpaillage artisanal estimé à environ 6 tonnes, la production nationale totale s’est établie autour de 48,2 tonnes.
L’or demeure la principale source de devises du pays. Il représente plus de 70 % des recettes d’exportation, contribue à près de 9 à 10 % du produit intérieur brut et génère environ 25 % des recettes budgétaires de l’État.
La production industrielle repose en grande partie sur quelques grands opérateurs miniers. En 2025, les principaux volumes provenaient notamment de B2Gold (17,5 tonnes), Allied Gold (9,58 tonnes) et Barrick Gold (5,5 tonnes). La baisse enregistrée par ce dernier groupe, liée aux difficultés du complexe minier de Loulo-Gounkoto, a contribué au recul global de la production.
Malgré ce poids économique, le secteur reste confronté à des défis importants. L’expansion de l’orpaillage clandestin et l’exploitation minière illégale se sont intensifiées ces dernières années dans plusieurs zones aurifères, notamment dans les régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso.
Ces activités échappent souvent au contrôle fiscal et réglementaire, entraînant des pertes pour les finances publiques. Elles favorisent également le trafic illicite de substances minérales, l’utilisation de produits chimiques dangereux comme le mercure et le cyanure, ainsi que la dégradation de l’environnement dans certaines zones minières.
La Brigade spéciale des Mines, dotée de pouvoirs de police judiciaire et d’une compétence nationale, devra renforcer les mécanismes de contrôle et de répression. Elle aura notamment pour mission de lutter contre l’exploitation illégale, de sécuriser les sites d’orpaillage et de contribuer à la protection de l’environnement.
Cette mesure doit également permettre de mieux sécuriser les revenus issus d’un secteur stratégique pour l’économie nationale, dans un contexte marqué par la volatilité des marchés internationaux de l’or.

Leadership féminin : les femmes toujours sous-représentées

L’Union interparlementaire (UIP) et ONU Femmes ont publié, le 11 mars 2026, de nouvelles données sur la place des femmes dans les instances de pouvoir. Les résultats montrent que les femmes restent largement minoritaires dans la direction politique des États.

Selon ces données, un pays sur sept seulement est dirigé par une femme. En 2026, 28 pays comptent une femme cheffe d’État ou de gouvernement, tandis que 101 pays n’ont jamais été dirigés par une femme.
La représentation féminine demeure également limitée dans les gouvernements et les parlements. Les femmes occupent 22,4 % des postes ministériels dans le monde, un niveau en légère baisse par rapport à l’année précédente. La parité gouvernementale n’est atteinte que dans 14 pays, alors que certains États ne comptent toujours aucune femme ministre.
Dans les parlements, les femmes détiennent 27,5 % des sièges, soit une progression modeste. Malgré cette avancée, la représentation politique reste loin de l’égalité entre les sexes.
Les données montrent également un recul à la tête des institutions parlementaires. En janvier 2026, 54 femmes présidaient un parlement dans le monde, soit 19,9 % du total. Cette baisse de quatre points par rapport à 2025 constitue la première diminution du nombre de femmes présidentes de parlement depuis 21 ans.
Derrière ces chiffres, plusieurs obstacles continuent de freiner la participation politique des femmes. Les élues déclarent notamment faire face à des formes d’intimidation et d’hostilité plus fréquentes. Selon les enquêtes citées par les organisations internationales, 76 % des femmes parlementaires affirment avoir subi des actes d’intimidation, contre 68 % des hommes.
Pour Sima Bahous, directrice exécutive de ONU Femmes, cette situation fragilise la prise de décision politique. « Exclure les femmes du leadership affaiblit la capacité des sociétés à répondre aux défis actuels », estime-t-elle, alors que plusieurs régions du monde sont confrontées à des crises politiques, sécuritaires et économiques.
Les organisations internationales rappellent que la participation des femmes aux processus décisionnels demeure un enjeu central pour la gouvernance démocratique et l’équilibre des politiques publiques.