L’Europe doit changer son approche de l’Afrique

Ces dernières années, la Chine a dépassé l’Europe en termes de commerce avec l’Afrique subsaharienne et d’investissements dans les infrastructures. Les États du Golfe ont remodelé les flux financiers sur le continent, tandis que le Brésil, l’Inde et la Turquie ont également renforcé leurs liens avec les pays africains. Parallèlement, les dirigeants africains ont mis en place la zone de libre-échange continentale africaine (Zleca), qui devrait transformer le commerce intra-africain. Pourtant, l’Union européenne continue de se bercer de l’illusion qu’elle est le principal partenaire de l’Afrique.

 

En conséquence, alors que l’Afrique se repositionne stratégiquement dans le monde multipolaire d’aujourd’hui, l’Europe reste largement complaisante. L’UE se considère également comme une puissance normative, un champion mondial des droits de l’homme, de la gouvernance démocratique et de la durabilité. Si cela est vrai dans certains domaines, les relations commerciales et économiques de l’Europe – en particulier avec l’Afrique – suggèrent le contraire. Et, jusqu’à présent, l’Europe ne s’est pas montrée disposée à changer.

 

En tant que haut représentant de l’Union africaine pour les relations avec l’Europe, j’ai été le témoin direct de cette dynamique. En 2019, j’ai proposé que l’UA reçoive un mandat officiel pour négocier un accord commercial continental avec l’UE. L’idée n’était pas révolutionnaire ; elle reflétait simplement la demande légitime de l’Afrique pour un pouvoir de négociation collective, que l’UA, qui a fait de grands progrès vers la cohérence politique, est bien placée pour exercer.

 

Mais la Commission européenne a plus de poids dans les négociations avec les pays individuels ou les communautés régionales, et les acteurs africains de ce système fragmenté sont réticents à abandonner leur rôle d’intermédiaire. Ma proposition a donc été bloquée et l’UE a continué à contourner les institutions de l’UA en faveur d’accords bilatéraux ou d’initiatives régionales qui ne correspondent pas aux besoins, aux intérêts ou aux priorités de l’Afrique.

 

Les accords de partenariat économique (APE) négociés entre l’UE et les pays (ou groupes de pays) africains ont notamment renforcé la dépendance de l’Afrique à l’égard des exportations de produits de base et limité la marge de manœuvre politique dont les pays africains ont besoin pour s’industrialiser. Ces accords ont largement profité aux exportateurs européens, tout en laissant les pays africains dans l’incapacité de tirer parti du commerce pour développer l’industrie manufacturière nationale ou réorienter leur avantage comparatif vers des activités à plus forte valeur ajoutée.

 

Pendant ce temps, les investissements de l’UE sont largement consacrés aux activités extractives, au contrôle des migrations et aux compensations liées au climat, plutôt qu’au renforcement des chaînes de valeur industrielles ou à la facilitation des transferts de technologie. Si l’on a beaucoup parlé de l’initiative «  Global Gateway «  de l’UE, qui vise à stimuler les liaisons numériques, énergétiques et de transport « intelligentes, propres et sûres » et à renforcer « les systèmes de santé, d’éducation et de recherche », son ambition fait pâle figure par rapport à l’initiative « Belt and Road » de la Chine et même par rapport aux packages de transition verte de l’Amérique.

 

De plus, avec ses investissements en Afrique, l’UE ne partage pas les risques, mais s’en décharge. Les capitaux privés sont censés jouer un rôle moteur, alors que le financement du développement est loin d’être à la hauteur de ce qui est nécessaire pour débloquer la transformation industrielle. On demande à l’Afrique de réduire les risques des investissements pour les autres sans recevoir de garanties structurelles, comme un meilleur accès aux marchés des capitaux, des conditions commerciales favorables ou des engagements à long terme.

 

Toutefois, l’évolution de l’environnement mondial offre à l’Europe une occasion unique de transformer ses relations avec l’Afrique. Tout d’abord, les États-Unis tournent le dos au continent, en imposant des droits de douane élevés, en réduisant l’aide et en diminuant leur présence diplomatique. Plus généralement, l’économie mondiale subit une transformation fondamentale, car le système multilatéral du passé – qui mettait l’accent sur le libre-échange et la libéralisation financière – est remplacé par un nouveau terrain, plus fragmenté. Les nouvelles règles sont rédigées par les plus grandes puissances du monde, qui se soucient peu des besoins et des intérêts des économies en développement.

 

Dans un monde où le commerce est guidé principalement par le pouvoir de marché plutôt que par l’avantage comparatif, l’Afrique doit s’adapter en conséquence. Cela signifie qu’elle doit renforcer ses capacités de production plutôt que d’attendre des concessions. Cela signifie construire un écosystème commercial propre à l’Afrique, plutôt que de s’engager dans des négociations basées sur la conformité. Et cela signifie qu’il faut concevoir des moyens de façonner les chaînes de valeur mondiales en faveur de l’Afrique, plutôt que de chercher des occasions de rejoindre les structures existantes. Pour soutenir ces efforts, l’Afrique n’a pas besoin de mécènes ; elle a besoin de partenaires stratégiques qui reconnaissent son rôle, investissent dans sa capacité de production et s’adaptent à ses priorités.

 

Si l’Europe espère jouer ce rôle, elle doit commencer par abandonner l’idée qu’elle est le partenaire par défaut de l’Afrique. L’influence doit se mériter.

 

En outre, l’engagement de l’UE en Afrique doit s’inscrire dans le cadre de l’architecture institutionnelle africaine, en particulier dans les domaines du commerce, de la gouvernance numérique et de la diplomatie climatique. L’UE doit cesser de contourner l’UA et reconnaître l’organisation comme un interlocuteur légitime pour l’Afrique. Elle doit également fonder son engagement économique avec l’Afrique sur la logique de l’AFCFTA – l’innovation la plus importante en matière de politique économique du continent depuis des décennies – et non pas en contradiction avec elle.

 

En outre, l’UE doit dissocier l’aide du patronage moral. L’aide au développement n’est pas un don, mais un outil géopolitique, et une conditionnalité excessive sape souvent les institutions mêmes qu’elle est censée aider. Au lieu de micro-gérer les réformes de gouvernance, l’Europe devrait se concentrer sur le soutien des ambitions de l’Afrique, notamment en ce qui concerne les infrastructures, l’éducation et la transformation industrielle.

 

À cet égard, la meilleure approche consisterait à co-investir avec des partenaires africains dans des chaînes de valeur régionales. Cela signifie qu’il faut soutenir les industries africaines non pas en tant que « bénéficiaires », mais en tant qu’acteurs égaux ; repenser la politique agricole commune de l’UE, qui fausse les systèmes alimentaires africains ; et démanteler les barrières non tarifaires qui pénalisent les exportateurs africains.

 

Enfin, dans les enceintes internationales, l’UE devrait se coordonner avec l’UA sur des questions comme la réforme de la dette, le financement de la lutte contre le changement climatique et la propriété intellectuelle. L’appel de l’Afrique en faveur d’un mécanisme d’apurement de la dette souveraine doit faire l’objet de propositions concrètes, et non d’une multiplication des services de conseil. Le financement de la lutte contre le changement climatique doit refléter les responsabilités historiques et les coûts réels, et non l’opportunisme politique.

 

Quant à l’UA, elle doit faire preuve de plus d’audace en exigeant de véritables changements structurels dans les relations de l’Afrique, plutôt que de se contenter de belles paroles sur la souveraineté du continent. Il s’agit notamment d’affirmer le rôle de l’UA dans tous les partenariats extérieurs, de rejeter l’ingérence extérieure dans les processus d’intégration africains et d’investir dans la capacité à proposer des cadres macroéconomiques alternatifs. En bref, l’UA doit s’engager dans la politique désordonnée mais nécessaire de la réforme multilatérale – non pas en tant que pétitionnaire, mais en tant que responsable de la définition de l’ordre du jour.

 

Carlos Lopes, professeur honoraire à la Nelson Mandela School of Public Governance de l’université du Cap, est professeur invité à Sciences Po, chercheur associé à Chatham House, membre du conseil d’administration du World Resources Institute, président du conseil d’administration de la Fondation africaine pour le climat et haut représentant de l’Union africaine pour les relations avec l’Europe. Il est l’auteur de The Self-Deception Trap : Exploring the Economic Dimensions of Charity Dependency within Africa-Europe Relations (Palgrave Macmillan, 2024).

 

 Project Syndicate, 2025.
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Ce que la finance islamique apporte à la résilience climatique

En cette période de rassemblement des ministres des 57 États membres du Groupe de la Banque islamique de développement à Alger, dans le cadre de la 51e réunion annuelle de la BID, il n’est plus possible d’ignorer les effets dévastateurs du changement climatique. Les incendies de forêt anéantissent des communautés entières, les inondations entraînent le déplacement des millions de personnes, et les vagues de chaleur font plusieurs centaines de milliers de morts. Ces phénomènes météorologiques extrêmes ne sont plus des anomalies ; ils constituent la nouvelle normalité, menaçant la vie humaine et les moyens de subsistance au sein des régions du monde les plus vulnérables au changement climatique, en particulier dans les pays du Sud.

 

Les réponses traditionnelles se révélant insuffisantes face à cette menace croissante, il est nécessaire que des financements innovants occupent le devant de la scène. D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, pas moins de 3,6 milliards de personnes vivent actuellement dans des régions extrêmement vulnérables au changement climatique. Entre 2010 et 2020, le nombre de décès provoqués par les inondations, les sécheresses et les tempêtes dans ces régions a été 15 fois supérieur à celui observé dans les régions peu vulnérables, ce qui illustre la gravité et l’inégalité des effets de la crise climatique.

 

Selon la pensée dominante, l’action climatique constitue pour les économies dépendantes des ressources une question de survie économique, tandis qu’elle offre un chemin vers une croissance et un développement durables pour les économies en voie de développement. Or, de nombreuses économies s’inscrivent dans ces deux catégories – étant à la fois en voie de développement et dépendantes des ressources – ce qui accentue la difficulté de l’élaboration et de la mise en œuvre de stratégies climatiques efficaces.

 

Bien qu’une stratégie globale de résilience face au climat soit essentielle pour renforcer la capacité des économies en voie de développement à résister aux chocs, la résilience et l’adaptation doivent aller de pair. Pour les pays vulnérables, cela peut signifier consolider les infrastructures de protection contre les inondations, investir dans des variétés agricoles résistantes à la sécheresse, et diversifier les sources de revenus afin de réduire la dépendance aux secteurs sensibles au climat.

 

Les modes de financement conventionnels n’en demeurent pas moins limités, à la fois en termes de sources et de mécanismes de mise en œuvre. Les mesures cruciales de protection sociale et les systèmes de soutien sont par conséquent bien souvent sous-financés ou insuffisants. Vient s’ajouter au problème une incertitude croissante autour de la disponibilité de financements concessionnels en provenance des pays développés.

 

Face à cette réalité, il est nécessaire que l’innovation financière devienne un pilier de la résilience climatique. Institutions financières, gouvernements et autres parties prenantes doivent collaborer afin de mettre au point de nouveaux mécanismes de financement, destinés à protéger les régions vulnérables au climat.

 

Constat encourageant, plusieurs fonds et mécanismes de financement innovants ont vu le jour pour soutenir les efforts de résilience et d’adaptation. Parmi ces avancées figurent le Fonds vert pour le climat, qui fournit une assistance financière aux pays en voie de développement ; la Climate Bonds Initiative, qui favorise la croissance du marché des « obligations climat » ; l’assurance climatique, qui contribue à la gestion et réduction des risques liés au climat ; l’adaptation communautaire, qui permet aux communautés locales d’élaborer et de mettre en œuvre leurs propres stratégies d’adaptation ; ainsi que les solutions fondées sur la nature, qui se concentrent sur la restauration et la protection des écosystèmes naturels. Ces financements sont malheureusement très loin de répondre aux besoins.

 

Les banques multilatérales de développement (BMD) jouent un rôle essentiel dans la fourniture des fonds permettant aux pays vulnérables de réduire leurs émissions et d’investir dans des projets d’adaptation. D’après le plus récent rapport conjoint des banques multilatérales de développement sur le financement climatique, les BMD ont fourni en 2023 un montant record de 125 milliards $ de fonds publics pour l’action climatique. Il convient de souligner que 60 % de ce montant – 74,7 milliards $ – a été dirigé vers des pays à revenu faible et intermédiaire, ce qui illustre l’engagement des BMD à soutenir les pays les plus exposés aux risques climatiques.

 

La Banque islamique de développement fournit des efforts importants dans ce domaine. En novembre 2024, la BID a approuvé un financement de 1,15 milliard $ visant à renforcer la sécurité alimentaire et hydrique au Kazakhstan, grâce à l’irrigation durable de 350 000 hectares de terres. Ce projet a pour objectif d’accroître de 30 % le rendement moyen des cultures, ce qui améliorera la résilience des communautés face aux catastrophes climatiques, ainsi que le bien-être économique de 1,3 million de personnes vulnérables.

 

À l’instar des autres BMD, la BID est confrontée au défi du renforcement de la résilience climatique dans ses 57 États membres, dont plus de la moitié sont plus vulnérables au changement climatique que la moyenne mondiale. Pour remédier à ces vulnérabilités, il est nécessaire, d’après les estimations, que 75 à 90 milliards $ soient investis chaque année jusqu’en 2030 dans des projets d’agriculture durable, d’approvisionnement en eau et d’infrastructure. Les flux financiers en direction de ces pays aux fins de l’adaptation s’élèvent en moyenne à 23,9 milliards $ par an, ce qui signifie un déficit de financement de 68 %, que la BID s’efforce activement de combler.

 

L’offre croissante de financements pour l’adaptation illustre la contribution indispensable des BMD aux efforts mondiaux pour le climat. La réussite ne saurait toutefois se mesurer par les seuls montants déboursés, mais par les résultats tangibles et réels. Bien que le financement de l’action climatique progresse quantitativement, son efficacité dépend d’un suivi rigoureux et d’une évaluation de l’impact. Il est par conséquent essentiel que soient mis en place de solides cadres de reporting, afin de renforcer la confiance des parties prenantes, et de canaliser davantage de financements vers des projets d’adaptation. Pour renforcer leur impact, il est également nécessaire que les BMD adoptent des modèles de financement ciblés, axés sur les résultats et les politiques.

 

Au-delà du renforcement des capacités institutionnelles des emprunteurs ainsi que du développement des financements ciblés, une opportunité s’offre aux BMD de stimuler la mobilisation de ressources en attirant des capitaux en provenance de sources non conventionnelles. Le cadre de durabilité de la BID en constitue l’une des illustrations. Grâce à ce dispositif, la BID a mobilisé plus de 6 milliards $ en émettant des obligations islamiques (sukuk), qui attirent des investisseurs musulmans et non musulmans.

 

Axée sur l’adossement d’actifs et le partage des risques, la finance islamique est intrinsèquement alignée sur les principes de durabilité. Ces dernières années, plusieurs instruments tels que l’assurance coopérative (takaful), les dotations caritatives (waqf) et les plateformes de crowdfunding basées sur la foi religieuse sont apparus comme des sources alternatives de financement climatique dans le monde musulman.

 

Consciente de la nécessité de solutions de financement climatique ciblées, la BID promeut et soutient activement ces mécanismes. En tirant parti d’un secteur de la finance islamique qui représente 4 500 milliards $, ainsi qu’en adoptant son modèle d’adossement d’actifs et de partage des risques, d’autres BMD pourraient élargir et diversifier leurs sources de financement, ce qui leur permettrait de soutenir des initiatives d’adaptation et d’atténuation dans les régions les plus vulnérables du monde.

 

L’époque des projets pilotes et des interventions parcellaires est révolue. Pour bâtir un avenir de durabilité et de résilience face au climat, il est urgent que les BMD développent à plus grande échelle des solutions à fort impact, qu’elles s’ouvrent à l’innovation financière, et qu’elles favorisent la coopération mondiale. Forte de son expérience de plus d’un demi-siècle, la BID est prête à jouer son rôle.

 

Muhammad Al Jasser est président du Groupe de la Banque islamique de développement.

 

 Project Syndicate, 2025.
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Festival Sogobô 2025 : Les marionnettes au service de la paix et du développement

Depuis le 20 mai, le Musée national du Mali accueille la deuxième édition du Festival international Sogobô, porté par la Compagnie Sogolon. Devant un public nombreux, marionnettes géantes, masques rituels et danses initiatiques célèbrent la mémoire et l’ancrage culturel.

« Ce que vous voyez là, ce ne sont pas que des objets. Ce sont des voix, des héritages. Ce sont nos bibliothèques vivantes », rappelle Yaya Coulibaly, figure tutélaire du théâtre africain de marionnettes, dont l’œuvre est classée au Patrimoine mondial immatériel. Il voit dans cette édition un moment décisif pour sensibiliser la jeunesse à la richesse de l’oralité. Selon lui, « la marionnette, c’est politique, éducatif et profondément spirituel ».

Le terme « Sogobô » signifie « sortie des masques et marionnettes » en bambara. Une tradition ancestrale que Yaya Coulibaly s’efforce de préserver et de moderniser depuis la création de sa compagnie en 1980. « Je dépends des marionnettes, ma famille vit uniquement pour cela. C’est ma banque, c’est mon territoire, c’est mon livre, c’est tout mon domaine et chaque jour que Dieu nous donne », confie-t-il.

Le thème retenu cette année, « La culture, facteur de paix, de cohésion sociale et de développement socio-économique », donne le ton d’un programme riche, marqué par des spectacles inspirés des épopées bambaras, des restitutions de formations dans les quartiers périphériques et la participation de jeunes artistes issus de l’Institut national des arts et du Conservatoire. Le centre Happy Théâtre de Dialakorodji a notamment présenté une performance poignante sur les violences domestiques.

Le programme comprend également des ateliers de fabrication et de manipulation, des expositions, des conférences-débats et des master classes. Ces activités visent à renforcer les liens sociaux et à promouvoir la culture comme levier de développement.

En coulisses, l’organisation repose sur un équilibre fragile entre passion et faibles ressources. Aucune enveloppe budgétaire officielle n’a été rendue publique, mais les organisateurs évoquent des « moyens très limités », partiellement compensés par l’appui logistique de l’UNESCO et de partenaires comme Moov Africa ou Instruments 4Africa. « Il faut créer de la valeur culturelle avec presque rien, mais nous tenons debout », résume un membre de l’équipe.

Le festival joue aussi un rôle discret mais essentiel, en ce sens qu’il rémunère des dizaines d’artisans, couturiers, musiciens, forgerons, sculpteurs et jeunes comédiens. Il ravive des réseaux de transmission souvent rompus et remet en lumière des figures comme les Trésors Humains Vivants du Mali.

Le Festival international Sogobô s’impose comme un rendez-vous majeur pour les amateurs d’art et de culture, offrant une immersion rare dans l’univers des masques et marionnettes du Mali.

MD

Ligue 1 de Basket : Les playoffs en ligne de mire

Les matchs du carré d’as du championnat national de Basket Ligue 1 Orange ont débuté le 19 mai sur les deux tableaux, masculin et féminin. Il s’agit de l’ultime étape avant les playoffs, qui détermineront les équipes championnes du Mali pour la saison 2024 – 2025.

Les quatre meilleures équipes à l’issue de la saison régulière s’affrontent. Chez les Messieurs, il s’agit du Stade Malien de Bamako, de l’AS Police, de l’USFAS et du Centre de référence de Basketball de Tombouctou (CRBT). Dans le tableau féminin, les mêmes équipes s’affrontent, sauf le CRBT, remplacé par le Djoliba AC.

Pour son entrée en lice, le champion en titre, le Stade Malien de Bamako, porté par Ibrahim Cissé (16 points, 2 rebonds, 3 passes décisives), a envoyé un signal fort à tous les prétendants en s’imposant largement devant l’USFAS 82 – 42, soit une différence de 40 points entre les deux formations.

Les Blancs de Bamako ont enchaîné avec une deuxième victoire face à l’AS Police le 20 mai (92 – 71) et sont quasiment qualifiés pour les playoffs, même avec un dernier match à disputer ce jeudi 22 mai face au CRBT.

Lutte pour le 2ème ticket

Les Tombouctiens, qui ont créé la sensation lors de leur premier match en venant à bout de l’AS Police (77 – 68), ont ensuite été défaits par l’USFAS (76 – 72). Avec une victoire chacun en deux matchs, le CRBT et l’USFAS, qui sera opposé à l’AS Police, quasi éliminé, vont se livrer un duel à distance ce jeudi pour le 2ème ticket.

À l’instar de l’équipe masculine, les Dames du Stade Malien de Bamako ont également obtenu deux victoires en autant de rencontres et ont décroché leur ticket pour les playoffs avant la 3ème journée. Elles se sont imposées respectivement face à l’USFAS (86 – 58) et à l’AS Police (69 – 50), avant d’affronter le 22 mai le Djoliba AC.

Les Rouges de Hérémakono, qui se sont relancées lors de la 2ème journée face à l’USFAS (87 – 50) après leur défaite inaugurale contre l’AS Police (71-74), sont dans l’obligation de gagner ce 3ème match face au Stade Malien.

Le 2ème ticket pour les playoffs chez les Dames pourrait également revenir à l’AS Police, si les Policières, vainqueures face au Djoliba AC puis battues par le Stade Malien, prenaient le dessus lors de la 3ème journée sur l’USFAS, déjà éliminée.

Mohamed Kenouvi

Syndicats de l’Éducation et leur financier : Difficile compromis

Moins d’un mois après l’accord entre les syndicats de l’Éducation signataires du 15 octobre et les autorités, l’accalmie semble compromise. Un arrêt de travail prévu ce 21 mai 2025 vient d’être suspendu en attendant de nouvelles négociations.

Les syndicats de l’Éducation signataires du 15 octobre 2016 du District de Bamako, constitués du SYPESCO, du SYNEFCT, du SYNEM, du COSES, de la FENAREC et du SYLDEF, avaient entamé un arrêt de travail du 23 au 25 avril 2025. Ce mouvement avait été suspendu le 24 avril après « satisfaction des revendications ».

Cette grève des syndicats enseignants avait deux points de revendication : le départ sans délai du billeteur de l’Académie d’Enseignement de Bamako Rive Gauche et le rétablissement immédiat et effectif de toutes les primes d’enseignants suspendues.

La Coordination des syndicats d’enseignants accusait alors le financier d’avoir suspendu des primes auxquelles ils avaient droit. Un point concerne une cinquantaine d’enseignants fonctionnaires des collectivités territoriales en détachement au niveau d’autres départements.

Goulot d’étranglement

Entre les syndicats de l’Éducation et leur financier, le point d’achoppement était le départ de ce dernier de son poste. Cette décision, prise le 20 mai 2025, a provoqué le mot d’ordre d’arrêt de travail suspendu de justesse, à la demande de la centrale syndicale UNTM.

Il faut rappeler que les primes objet du différend entre les deux parties sont des « primes supplémentaires » qui doivent être payées par le service d’accueil.

Selon une note explicative émanant du financier de l’Académie d’enseignement, ces primes ont été payées par l’Académie d’enseignement dont ils relèvent par méconnaissance. C’est pourquoi elles avaient été suspendues une première fois en 2023. Suite à un préavis des syndicats signataires du 15 octobre 2016 et à une conciliation, il avait été convenu du paiement des primes pour les enseignants mis à disposition et du paiement d’une prime de risque aux professeurs d’informatique.

Ce « rétablissement » a fini par questionner le financier, qui a tenu à respecter les dispositions de la loi N°2018-035 du 27 juin 2018 portant statut des fonctionnaires des collectivités territoriales, dont l’article 51 stipule : « le fonctionnaire mis à disposition relève, du point de vue traitement, de la collectivité territoriale de départ. Toutefois, il peut bénéficier d‘avantages supplémentaires à la charge de la structure d’accueil ».

L’accord trouvé comprenait le rétablissement des primes au mois de mai et le rappel du mois d’avril, ainsi que le départ du financier, qui vient d’être acté, ce qui a provoqué la réaction du syndicat des financiers.

Soumaila Lah : « Le vrai chantier, c’est l’exemplarité du pouvoir »

Suite à la présentation du Plan d’Action Gouvernemental (PAG) 2025–2026 par le Premier ministre devant les membres du CNT, le 16 mai 2025, Soumaila Lah, chercheur-analyste, en livre une lecture lucide, critique et argumentée. Pour cet analyste indépendant, le vrai défi n’est pas d’accumuler les promesses, mais de garantir leur concrétisation, dans un contexte de tensions politiques persistantes.

La sécurité est de nouveau la grande priorité budgétaire. Est-ce soutenable ?

La défense et la sécurité ont toujours constitué les plus grosses poches budgétaires de l’État malien. Ce n’est pas nouveau et cela s’inscrit dans une continuité, avec des lois d’orientation et de programmation militaire, de réforme du secteur de la sécurité. Le gouvernement les considère comme prioritaires. Cependant, il s’agit là encore de prévisions. Leur exécution dépendra des capacités réelles à mobiliser les ressources. Si ces fonds ne sont pas disponibles, il faudra redéployer les moyens en puisant dans des secteurs jugés moins urgents, ce qui pourrait se faire au détriment de services sociaux déjà fragiles. L’équilibre budgétaire, dans un contexte aussi tendu, devient alors un enjeu majeur.

Les réformes annoncées (Relecture des lois, SIGRH) peuvent-elles garantir une meilleure gouvernance ?

Je ne le pense pas. Ce n’est pas une simple question de textes. Le vrai chantier, c’est l’exemplarité du pouvoir. Aucun logiciel, aucune relecture de loi ne remplace la volonté politique d’être exemplaire. Tant que ceux qui dirigent ne montrent pas l’exemple, les autres suivront difficilement. Revenir sur des textes déjà modélisés, vouloir tout changer sans raison claire, c’est parfois détourner l’attention, ou, pire, chercher à légitimer des desseins inavoués. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un pouvoir sobre, transparent et respectueux de la loi.

L’objectif agricole de 11 millions de tonnes est-il réaliste ?

C’est ambitieux, mais difficile à croire dans l’immédiat. Les capacités logistiques et techniques du pays sont encore mal connues. Il y a des aléas climatiques, des problèmes de distribution d’intrants. Et, surtout, on assiste depuis quelque temps à une inflation de promesses non suivies d’effets. Tant que les conditions ne sont pas réunies de façon concrète, cette projection reste une annonce politique parmi d’autres.

Peut-on croire à des élections transparentes bientôt ?

Je reste très sceptique. L’AIGE, bien qu’installée, ne dispose ni des moyens suffisants ni de l’autonomie nécessaire. On connaît les conditions floues de sa mise en place et ce flou persiste. Cela fait des années que le pouvoir répète les mêmes engagements, sans action concrète. Le Premier ministre a encore tenu un discours sans garanties, sans feuille de route claire. On est dans l’effet d’annonce, pas dans l’action réelle.

Charte pour la paix et la réconciliation : Outil d’unité ou texte vidé de l’essentiel ?

Annoncée comme un texte de référence, la Charte nationale pour la paix et la réconciliation est en voie d’achèvement. Mais certains sujets majeurs, comme le sort des partis politiques, ont été exclus de ses discussions. Ce choix interroge sur sa portée réelle dans un contexte politique toujours tendu.

Selon Zeïni Moulaye, ancien ministre et membre de la Commission, la Charte vise à « unir tous les fils du Mali autour de l’essentiel » et doit servir de socle aux politiques de sécurité, de paix et de réconciliation. C’est ainsi qu’elle intègre cinq grands thèmes – Paix, Sécurité, Réconciliation nationale, Cohésion sociale et Vivre ensemble – et valorise plus de vingt mécanismes de règlement locaux issus des différentes cultures du pays. Le texte n’a pas vocation à être un document partisan, a précisé Zeïni Moulaye, mais plutôt un outil transversal à portée nationale.

Le volet Sécurité, piloté par le Général à la retraite Yamoussa Camara, insiste sur la nécessité d’un maillage sécuritaire complet du territoire en s’appuyant sur une collaboration active entre forces armées et populations civiles. Trois fonctions stratégiques sont retenues, la protection, l’anticipation et l’intervention. Le Général Camara a rappelé que les mesures d’autodéfense communautaire doivent être encadrées et intégrées à une stratégie nationale afin d’éviter les dérives constatées ces dernières années.

Sur le plan judiciaire, le Dr Marie-Thérèse Dansoko a souligné que la Charte aborde les questions de justice de manière globale, en intégrant la lutte contre l’impunité, la corruption, la délinquance financière et l’enrichissement illicite. La justice transitionnelle est également traitée, avec une reconnaissance du rôle des autorités traditionnelles dans la résolution des conflits mineurs, sans exclure les voies judiciaires classiques. Pour elle, « la réconciliation ne peut se faire au détriment de la justice ».

Suspens autour de l’ancrage juridique

Mais, au-delà du contenu, des zones d’ombre persistent. Le document est « pratiquement achevé », selon la Commission, mais son ancrage juridique n’est pas encore défini. Ce sera à la Présidence, avec l’avis de la Cour suprême et de la Cour constitutionnelle, de déterminer son statut légal. Ce flou soulève des inquiétudes sur la portée réelle de la Charte à court et moyen terme.

Autre interrogation de fond : nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi la question du sort des partis politiques, et notamment leur dissolution, n’a pas été confiée à cette Commission, déjà mandatée pour traiter de la paix et de la cohésion nationale ? Le Dialogue Inter-Maliens d’avril 2024, à l’origine de la création de cette Charte, avait pourtant abordé des sujets éminemment politiques. C’est cette même instance qui avait proposé l’élévation du Colonel Assimi Goïta et de 5 autres officiers supérieurs au grade de Général, décision entérinée depuis. Et, selon plusieurs sources, l’avant-projet de la Charte avait également recommandé la libération, en décembre 2024, de onze personnalités politiques arrêtées en juin de la même année. Ces éléments démontrent que la Commission a déjà traité de dossiers politiques sensibles.

Dès lors, pourquoi avoir choisi d’écarter cette même Commission de la gestion du dossier explosif des partis politiques et de leur avenir, en lui préférant un nouveau cadre – les Concertations nationales du 16 au 29 avril  – annoncé tardivement et préparé dans l’urgence ? Une meilleure articulation entre les deux cadres aurait peut-être permis une sortie de crise plus apaisée, dans un climat de confiance renforcée.

Publication retardée

De plus, le retard dans la publication officielle de la Charte interroge. Annoncée comme prioritaire dès 2024, sa remise au chef de l’État n’interviendra qu’à la fin du premier semestre 2025. Entre-temps, le pays a connu des bouleversements majeurs, tant sur le plan sécuritaire que politique, sans que ce texte ait pu jouer son rôle d’outil d’apaisement et de cohésion.

Autre aspect non négligeable, le Programme d’action gouvernementale 2025-2026 évoque bien la paix et la réconciliation dans l’un de ses huit axes, mais sans lien direct explicite avec le document en cours. Il reste donc à espérer que cette Charte, une fois remise, ne devienne pas un texte de plus, mais bien un guide concret d’action accepté par tous, y compris par ceux qui, jusqu’ici, n’ont pas été associés à son élaboration.

MD

Dissolution des partis politiques : Le grand nettoyage

Le 13 mai 2025, les autorités de la Transition ont annoncé par décret présidentiel la dissolution de l’ensemble des partis politiques et des associations à caractère politique. Officiellement présentée comme une étape décisive et un passage obligé vers la mise en œuvre des recommandations des Assises Nationales de la Refondation, cette mesure marque une rupture sans précédent dans l’histoire démocratique du pays.

Purge salutaire d’un système politique défaillant ou glissement préoccupant vers un pouvoir sans contrepoids ? La dissolution des partis politiques sur l’ensemble du territoire national ainsi que des associations à caractère politique continue de soulever des interrogations.

Le gouvernement de transition justifie cette mesure par la nécessité de reconstruire la scène politique sur des bases assainies, suite au constat, au fil des années, d’un pluralisme politique, vidé de sa substance, qui a réduit les partis à des instruments d’opportunisme électoral.

Plus de 280 partis politiques étaient enregistrés, dont une large majorité sans réelle activité ni ancrage territorial. En mettant fin à cette « cacophonie », le gouvernement entend ouvrir la voie à une nouvelle ère de gouvernance politique, mieux structurée et plus éthique.

Lors d’un point de presse tenu le 14 mai dernier, le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Réformes politiques et du Soutien au processus électoral, Mamani Nassiré, a indiqué que la décision du gouvernement était la suite logique des différentes réformes engagées sous la Transition depuis quelques années.

« La dissolution des partis politiques constitue une voie que nous avons trouvée pour appliquer l’une des recommandations fortes, qui a été d’ailleurs faite par l’ensemble des forces vives de la Nation ayant participé aux Assises Nationales de la Refondation, à savoir la réduction du nombre des partis politiques », a confié pour sa part le Premier ministre Abdoulaye Maïga le 19 mai 2025 devant les membres du Conseil national de Transition.

L’analyste politique Ousmane Bamba partage cet avis. « Je fais la part des choses entre la démocratie et la dissolution des partis politiques. Cela n’a rien d’anti-démocratique. Selon moi, cela permet simplement une réorganisation », soutient-il.

Des voix contre

La décision du 13 mai a été accueillie avec indignation par une grande partie de la classe politique dissoute. Dénonçant une dérive autoritaire, certains dirigeants de formations politiques ont annoncé des recours en justice, tant devant les juridictions nationales que régionales et internationales, pour obtenir l’annulation du décret de dissolution des partis politiques.

L’ancien ministre de la Justice Mamadou Ismaïla Konaté regrette pour sa part « un recul historique du Mali en matière de démocratie ». « Cette dissolution des partis politiques confirme une volonté assumée d’installer un pouvoir militaire personnel, en dehors de tout processus démocratique. C’est un acte de guerre contre le pluralisme, l’État de droit et la liberté », dénonce l’ancien Garde des sceaux du Mali.

Dans un communiqué publié le 16 mai 2025, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Volker Türk, a lui aussi appelé les autorités de la Transition malienne à abroger le décret de dissolution des partis et à rétablir pleinement les droits politiques dans le pays.

« Le Président de la Transition doit abroger ce décret draconien et toute restriction de la participation politique doit être conforme aux obligations internationales du Mali en matière de droits humains », a-t-il demandé.

Mais, dans un contexte où la Transition bénéficie d’un contrôle institutionnel renforcé et où les appels à la souveraineté nationale priment sur les injonctions extérieures, peu d’observateurs s’attendent à une issue favorable à court terme.

Les voies de recours, bien que légitimes, semblent symboliques face à la volonté politique affirmée de recomposition du champ politique.

Vers un système politique rationalisé ?

Le gouvernement ne cache pas ses intentions. Une nouvelle Charte des partis politiques est en cours d’élaboration. Le futur texte vise à définir un nouveau cadre légal, plus strict, pour autoriser l’existence et le fonctionnement des partis au Mali. Plusieurs pistes issues des recommandations des forces vives de la Nation sont déjà à l’étude.

D’abord, la mise en place de critères rigoureux de création, pour éradiquer les partis de façade et favoriser l’émergence d’acteurs politiques crédibles et enracinés. Parmi ces critères, entre autres, une implantation effective dans plusieurs régions, un fonctionnement interne démocratique et transparent et une caution de 100 millions francs CFA pour la création de tout parti politique.

Ensuite, la moralisation de la vie politique est érigée en principe fondateur. En vue de restaurer la confiance entre citoyens et représentants politiques, le futur texte pourrait interdire l’accès à la direction d’un parti à toute personne condamnée pour des faits de corruption ou de détournement de fonds publics.

Le financement public des partis sera lui aussi repensé. Pour éviter que les subventions publiques ne servent à enrichir quelques individus au lieu de soutenir l’action politique, la nouvelle charte pourrait supprimer tout simplement ce financement, comme recommandé d’ailleurs par les forces vives, ou établir de nouveaux mécanismes avec un contrôle renforcé de la Cour des comptes.

Enfin, des réflexions sont en cours autour de la limitation du nombre de partis autorisés. Si lors des dernières consultations des forces vives, fin avril dernier, elles avaient recommandé un maximum de cinq partis politiques dans le pays, certains évoquent l’instauration d’un système de regroupements politiques ou de blocs afin de structurer durablement la scène politique autour de grandes forces idéologiques cohérentes. Une telle configuration pourrait renforcer la lisibilité du débat public et la stabilité des institutions.

« Il faut que les nouveaux partis politiques naissent sur la base d’une idéologie. Les gens ont détaché la politique de l’idéologie. Or si l’on détache la politique de l’idéologie, on ne pourra plus faire la différence entre les partis politiques et le peuple n’aura plus de grille de lecture pour faire un choix conscient et civique », appuie l’analyste politique Ousmane Bamba.

Nouvelle architecture en vue

La dissolution des partis politiques actée le 13 mai 2025 ne signe pas la fin du jeu politique au Mali, mais son redémarrage sur des bases profondément remaniées. Pour exister dans le cadre du nouveau dispositif légal en gestation, les anciens partis devront se restructurer ou fusionner et revoir leur mode d’organisation. Si certains disparaîtront, d’autres renaîtront sous de nouvelles formes.

Lors de ce « nouveau départ », de nouveaux acteurs pourraient émerger. Des mouvements citoyens, des collectifs de jeunes, des personnalités issues de la société civile ou de la diaspora, ou même des jeunes leaders issus des anciennes formations politiques pourraient incarner une nouvelle dynamique. Le renouvellement générationnel et idéologique, souvent souhaité mais rarement observé, pourrait enfin s’amorcer.

Toutefois, cette probable recomposition de la scène politique ne va pas sans risques. Certains craignent que la refondation de la vie politique en cours dans le pays ne serve à verrouiller le système au profit d’un cercle restreint de fidèles du pouvoir.

Si la tentation d’exclure ou de marginaliser les voix discordantes semble bien réelle, le défi pour la Transition sera de concilier assainissement politique et pluralisme démocratique.

Le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Réformes politiques et du Soutien au processus électoral, Mamani Nassiré, assure que le gouvernement mettra tout en œuvre pour élaborer la nouvelle charte dans un contexte inclusif.

Dans le processus de rédaction du nouveau texte, il affirme que les autorités de la Transition feront appel à toutes les personnalités qui peuvent y contribuer, y compris les anciens acteurs politiques.

Mohamed Kenouvi

Cinéma : Le 7ème art à l’épreuve du temps et du numérique

Jadis fleuron du 7ème art africain avec des figures emblématiques telles que Souleymane Cissé (Yeelen, Prix du Jury à Cannes en 1987), le cinéma malien traverse aujourd’hui une période d’incertitude et de transition complexe. Depuis la dernière consécration majeure en 1995, avec « Guimba, un tyran, une époque » de Cheick Oumar Sissoko, le Mali n’a pas remporté l’Étalon d’or de Yennenga au FESPACO, ce qui souligne les défis persistants du secteur.

Le Centre National de la Cinématographie du Mali (CNCM) dispose d’un budget limité, souvent insuffisant pour soutenir une production régulière et de qualité. En 2019, le CNCM avait annoncé un budget de plus d’un milliard de francs CFA pour relancer le cinéma malien, mais les résultats tardent à se concrétiser et laissent les intervenants du secteur dans le désarroi. Parallèlement, la fermeture de nombreuses salles de cinéma réduit l’accès du public aux œuvres locales, entravant la diffusion et la rentabilité des productions.

L’essor des plateformes de streaming telles que Netflix, YouTube et Amazon Prime a transformé la consommation audiovisuelle en Afrique. De plus, Nollywood, l’industrie cinématographique nigériane, a su tirer parti de cette révolution numérique en devenant la deuxième plus grande industrie cinématographique mondiale en termes de volume de production. En revanche, le cinéma malien est sous-représenté sur les plateformes, ce qui limite sa visibilité et son accès à de nouveaux marchés. Le 7ème art malien, bien que voyant le train en marche, n’arrive toujours pas à s’accrocher à la locomotive.

Rôle social et perspectives de collaboration

Malgré ces défis, des cinéastes maliens comme Hawa Sogoba, Fatou Cissé, Mariam Cissé, Fousseyni Maïga, Tapa Kéïta ou Youssouf Doumbia continuent de produire des œuvres engagées, abordant des thématiques de réconciliation et d’espoir dans un contexte de conflits. Par exemple, Hawa Sogoba a souligné l’importance de collaborations entre le Mali et des industries cinématographiques dynamiques comme Nollywood pour ouvrir de nouvelles perspectives et inspirer une nouvelle génération d’artistes.

D’après certains observateurs, pour revitaliser le cinéma malien, une stratégie intégrée est nécessaire. Laquelle passera par une augmentation des investissements, le développement d’infrastructures modernes, la formation des professionnels et surtout l’intégration dans les circuits de diffusion numériques. Par ailleurs, à travers une volonté politique affirmée, en s’appuyant sur son riche héritage culturel et en s’adaptant aux nouvelles dynamiques du marché, le Mali peut aspirer à retrouver une place de choix sur la scène cinématographique africaine et internationale.

Liberté de la presse en Afrique de l’Ouest : Entre espoirs et reculs

Le dernier classement de Reporters Sans Frontières (RSF) révèle une situation contrastée en Afrique de l’Ouest. Si certains pays enregistrent des avancées notables, d’autres connaissent des reculs préoccupants.

Au Burkina Faso, la situation s’est nettement détériorée. Le pays, confronté à une explosion de la désinformation alimentée par la menace sécuritaire, a chuté de 19 places, passant de la 86ème position en 2024 à la 119ème dans le nouveau classement.

RSF impute cette dégringolade à la montée de l’insécurité et à l’instabilité politique, liée aux deux coups d’État, survenus en janvier et en septembre 2022, qui ont « considérablement dégradé les conditions d’accès à une information plurielle et l’exercice d’un journalisme libre ».

L’autre pays membre de la Confédération AES, le Niger, a également régressé en matière de liberté de la presse. Cependant, ce recul de 3 places (de la 80ème en 2024 à la 83ème en 2025) est le moins important au sein de l’AES.

Cette disparité dans l’AES se retrouve également dans la CEDEAO, l’autre organisation sous-régionale. La Côte d’Ivoire a perdu 11 places et est désormais classée 64ème, tandis que le Sénégal continue de progresser dans ses efforts pour garantir une liberté de presse accrue dans le pays.

Avec 20 places gagnées par rapport au classement 2024, le pays de la Téranga se positionne comme l’un des plus sûrs pour l’exercice du journalisme et le travail des médias en Afrique occidentale.

Cependant, c’est le Cap-Vert (30ème), 3ème en Afrique derrière l’Afrique du Sud et la Namibie, qui vient en tête du classement RSF pour la région ouest-africaine. « Le pays se distingue dans la région par un cadre de travail favorable pour les journalistes. La liberté de la presse est garantie par la Constitution », souligne le rapport.

Même si, de son côté, la Gambie n’a pas progressé et a conservé sa place de 58ème du classement précédent de 2024, le pays montre des signes positifs en matière de liberté de la presse depuis quelques années.

Des avancées telles que des réformes législatives, notamment l’adoption d’une loi d’accès à l’information et la dépénalisation de la diffamation, ont contribué à une baisse des attaques visant les journalistes et à une amélioration du climat médiatique.

Mohamed Kenouvi

Playoffs NBA 2025 : Surprises et nouveaux équilibres

Les demi-finales de Conférences des playoffs NBA 2025 ont démarré le 4 mai 2025 sur les chapeaux de roue, avec des résultats inattendus qui redessinent déjà la hiérarchie habituelle.

À l’Est, les Cleveland Cavaliers ont été cueillis à froid le 4 mai à domicile par les Indiana Pacers (121-112). Portée par Tyrese Haliburton, l’équipe de l’Indiana confirme son excellente dynamique après avoir éliminé les Bucks et met les Cavs sous pression dès le début de la série.

De leur côté, les Boston Celtics, favoris et champions en titre, ont également chuté à domicile face aux New York Knicks lors du premier match de la série, disputé lundi. Menés de 20 points, les Knicks ont renversé la situation grâce à une défense intense et à un Jalen Brunson exceptionnel, l’emportant en prolongation 108-105.

À l’Ouest, la surprise est venue des Denver Nuggets, qui ont battu les Oklahoma City Thunder mardi sur leur terrain. Le tir décisif d’Aaron Gordon dans les dernières secondes a permis aux champions de 2023 de prendre un avantage psychologique dans une série qui s’annonce disputée. Face à eux, OKC devra rapidement faire preuve de maturité pour ne pas laisser filer une saison prometteuse. Le 2ème match de la série est prévu ce jeudi 8 mai.

Enfin, le duel entre Minnesota et Golden State, attendu comme le choc générationnel de ces playoffs, a tenu ses promesses lors du premier match, disputé dans la nuit de mardi à mercredi. Les jeunes Timberwolves, emmenés par Anthony Edwards, défient les vétérans des Warriors et l’inoxydable Stephen Curry. Au-delà du spectacle, cette série incarne une possible transition dans la NBA, entre l’ère des dynasties passées et celle des nouvelles ambitions.

Entre confirmations et surprises, ces demi-finales dévoilent trois enjeux majeurs : la capacité des favoris à réagir, l’émergence d’outsiders solides et le choc entre l’expérience et la jeunesse. Rien n’est joué et chaque match pourrait s’avérer décisif dans la course au titre.

Ces matchs suivent un format classique, au meilleur des sept confrontations (Best-of-seven). Chaque série oppose deux équipes et la première qui remporte quatre matchs se qualifie pour la finale de Conférence. En d’autres termes, le vainqueur est simplement l’équipe qui atteint quatre victoires en premier, peu importe l’écart de points cumulés. Chaque match compte individuellement et la série peut durer de 4 à  7 matchs.

Mohamed Kenouvi

Tabaski 2025 : Le Mali riche en moutons difficiles d’accès

Chaque année à l’approche de la Tabaski, les marchés à bétail s’emplissent d’effervescence. Pourtant, l’accès à un mouton est un luxe pour une majorité de Maliens. À quelques semaines de l’Aïd el Adha, les indicateurs économiques et les tensions régionales font craindre une nouvelle fête inégalitaire.

Le Mali, avec un cheptel estimé à 19,2 millions de moutons en 2020, reste un acteur majeur de l’élevage en Afrique de l’Ouest. Pourtant, cette abondance ne se traduit pas par une accessibilité pour les populations locales. En 2024, sur les marchés de Bamako, un mouton moyen coûtait entre 75 000 et 250 000 francs CFA, avec des spécimens dépassant souvent 350 000 francs. Pour beaucoup, ces prix sont inatteignables.

Malgré cela, le Mali continue de jouer un rôle central dans l’approvisionnement régional. En 2024, le pays a exporté près de 110 000 moutons vers le Sénégal, soit  37% des importations sénégalaises pour la Tabaski. Ce commerce transfrontalier illustre un paradoxe. Alors que des moutons quittent le Mali en masse, les familles maliennes peinent à s’en procurer un. En valeur, les exportations de bétail, estimées à 140 milliards de francs CFA en 2021, ont chuté à 62 milliards en 2022, impactées par l’insécurité croissante dans les zones pastorales, la flambée des prix du transport, la cherté des aliments bétail et les prélèvements illégaux orchestrés par des groupes armés sur les routes commerciales.

Les éleveurs doivent également composer avec un accès difficile au financement. Les crédits d’accompagnement promis par les autorités arrivent souvent trop tard pour être utiles ou ne sont pas renouvelés. Le coût de production augmente alors que les débouchés se réduisent. Les petits exploitants n’ont d’autre choix que de vendre à perte ou de se retirer temporairement du marché.

Le paradoxe est d’autant plus criant que le secteur bénéficie officiellement d’un cadre juridique clair. La Loi d’Orientation Agricole (LOA), adoptée en 2006, reconnaît la place stratégique de l’élevage dans le développement rural et la sécurité alimentaire. Mais, entre le texte et sa mise en œuvre, l’écart est béant. Le Projet de Développement Durable des Exploitations Pastorales au Sahel (PDDES), lancé en 2023, ambitionnait pourtant de renforcer la résilience des éleveurs face aux chocs climatiques et sécuritaires. Sa portée sur le terrain, toutefois, est difficile à évaluer. De plus, depuis trois ans, les autorités de la Transition ont décidé d’octroyer 10% des recettes issues du coton aux éleveurs et acteurs du secteur. Un geste politique fort, mais dont les effets concrets sont encore peu mesurables à l’échelle nationale.

Frontières fermées, circuits cassés

Le commerce régional du bétail, longtemps vital pour les éleveurs maliens, traverse une période trouble. En avril 2025, le Gouverneur de Kankan, en Guinée, a ordonné l’expulsion de tous les troupeaux maliens présents dans sa région, en invoquant les règles de la CEDEAO sur la transhumance. Si le nombre de bêtes refoulées n’a pas été officiellement communiqué, la mesure a frappé durement les éleveurs, déjà éprouvés par des mois d’insécurité. En Côte d’Ivoire, un an plus tôt, 150 Maliens vivant du commerce du bétail avaient été expulsés du quartier Abattoir de Port-Bouët, à Abidjan, dans le cadre d’un programme d’aménagement urbain. Ce déguerpissement a mis fin à des années de présence économique et sociale des éleveurs maliens sur l’un des marchés les plus stratégiques de la région.

Ces événements marquent un tournant dans les relations économiques régionales et révèlent la précarité structurelle d’un secteur vital. Privés d’accès à des circuits commerciaux stables, les éleveurs se retrouvent piégés dans une spirale de vulnérabilité économique. Les marchés de substitution sont rares, les débouchés se réduisent et les coûts explosent. Le manque d’infrastructures, combiné à l’absence de politiques d’intégration régionale efficaces, fragilise davantage les réseaux d’échange traditionnels. Une étude du CILSS note que plus de 60% des flux commerciaux pastoraux de l’espace ouest-africain sont informels.

À l’intérieur du Mali, les difficultés s’additionnent. Faute d’infrastructures adéquates pour la vente, d’accès aux crédits à temps ou de régulation efficace des marchés, les éleveurs sont à la merci des spéculateurs.

Pourtant, une opération structurée existe. La vente promotionnelle de moutons mise en place par la Direction Nationale des Productions et des Industries Animales (DNPIA), en collaboration avec la DRPIA de Bamako, remonte à 2009. Son objectif était de proposer des moutons de qualité à moindre coût à la population et de réduire la pression spéculative sur les marchés traditionnels. En 2024, l’opération a porté sur un total de 32 000 têtes dans tout le pays, dont 22 000 destinées à Bamako. Les communes de Kayes, Sikasso, Ségou, Koutiala, Mopti, San et Tombouctou, ainsi que plusieurs sites de la capitale (Terrain de Lafiabougou, Commune III, Sogoniko, Hippodrome) ont accueilli ces points de vente.

Les animaux étaient répartis selon trois catégories identifiables par un code couleur : vert (1er choix), jaune (2ème choix) et rouge (3ème choix). À titre d’exemple, en  Commune III, 1 616 moutons ont été acheminés depuis Nioro du Sahel et répartis ainsi : 900 têtes de 100 000 à 140 000 francs CFA (1er choix), 566 entre 75 000 et 100 000 francs (2ème choix) et seulement 150 de 60 000 à 75 000 francs CFA (3ème choix) soulignant l’insuffisance de l’offre dans les catégories les plus accessibles.

Des mesures d’encadrement ont été prises : marquage des animaux, surveillance policière rotative à neuf jours de l’ouverture, contrôle vétérinaire par la DNPIA et la DRPIA, campagnes de sensibilisation sur les axes Nioro – Bamako. Plusieurs réunions préparatoires ont été tenues en amont avec les acteurs de la filière pour assurer la fluidité du dispositif.

Malgré cette organisation, la couverture est insuffisante. L’offre ne répond pas à la demande massive, en particulier dans les zones périphériques. De nombreux ménages se retrouvent encore contraints de recourir à l’endettement ou à la solidarité de quartier. Des collectes communautaires permettent parfois d’offrir un mouton aux familles les plus pauvres, mais ces élans de solidarité ne suffisent pas à pallier l’ampleur des besoins.

Le poids de l’insécurité est renforcé par une réalité peu connue mais documentée. Le bétail volé sert aussi de levier de financement pour les groupes armés terroristes. Selon des sources nationales, les pertes liées au vol organisé de bétail s’élèveraient à plus de 36 milliards de francs CFA par an. Cette manne illégale alimente les circuits du crime organisé et renforce les capacités logistiques des groupes djihadistes dans le centre et le nord du pays. Les éleveurs, extorqués ou menacés, voient non seulement leurs troupeaux disparaître mais aussi leur survie être compromise.

La décision des autorités maliennes de fermer sept marchés à bétail à Bamako, en septembre 2024, à la suite d’attaques terroristes, a marqué un tournant dans la gestion sécuritaire de la capitale. Les marchés de Lafiabougou-Koda, Sabalibougou, Faladié-Solola, Faladié-Zone Aéroportuaire, Niamana, Djélibougou et de la Zone Industrielle ont été fermés pour raisons d’ordre public. Si cette mesure visait à prévenir d’éventuelles infiltrations, elle a eu pour effet immédiat de désorganiser l’approvisionnement local et d’exacerber la flambée des prix dans les quartiers périphériques.

Une fête en sursis

La Tabaski n’est pas seulement un moment religieux. C’est aussi un révélateur social. Pour de nombreuses familles maliennes, ne pas pouvoir s’offrir un mouton à sacrifier est vécu comme une blessure, une humiliation silencieuse. Le Mali, pays d’éleveurs, ne parvient encore pas à organiser une Tabaski pour ses propres citoyens sans les mettre en difficulté.

Par ailleurs, les autorités sont critiquées pour leur manque d’anticipation et leur incapacité à réformer les filières d’élevage et à protéger les acteurs les plus vulnérables. Les organisations paysannes, quant à elles, réclament une meilleure représentativité et des mécanismes durables pour faire entendre leur voix. Le débat sur le modèle pastoral malien, longtemps reporté, s’impose aujourd’hui avec urgence. Il soulève des interrogations sur l’équité, la résilience face aux crises et le rôle de l’État dans la régulation de cette filière cruciale. À quelques semaines de la « Grande fête » de 2025, rien n’indique que la situation va s’améliorer.

À des milliers de kilomètres de là, le Maroc, lui aussi frappé par la cherté du mouton et la sécheresse, a décidé de renoncer au sacrifice rituel pour 2025. Une mesure radicale justifiée par la rareté des bêtes, leur coût prohibitif et la volonté d’éviter une inégalité flagrante entre les fidèles. Le contraste est saisissant. Tandis que certains pays optent pour des ruptures symboliques fortes, le Mali, riche en bétail mais en mal d’organisation, laisse ses citoyens se débrouiller seuls face à une fête de plus en plus coûteuse.

MD

Mamadou Oumar Sidibé : « Je crois toujours en un Mali prospère et émergent »

Dans l’entretien exclusif qu’il a bien voulu nous accorder, le Président du Parti pour la restauration des valeurs du Mali (PRVM-FASOKO) et de la plateforme ANW KO FASOKO, Mamadou Oumar Sidibé, répond sans détours à nos interrogations sur plusieurs sujets. Le PRVM-FASOKO, son parcours personnel et son engagement, la marche de la Transition et la probable dissolution des partis politiques sont, entre autres, les aspects évoqués. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Le PRVM-FASOKO a été fondé en 2013. Quel bilan faites-vous de ces 12 années d’existence, en termes d’implantation et d’activités politiques ?

Après douze années d’existence, le PRVM-FASOKO se porte bien. Notre parti est implanté sur l’ensemble du territoire national, avec des structures de base solides et actives : comités, sous-sections et sections. Nos activités s’inscrivent pleinement dans l’objectif principal de tout parti politique, la conquête et l’exercice du pouvoir. Mais, au-delà, nous accordons une importance particulière à la formation citoyenne de nos militants, fondée sur des valeurs cardinales des Dambé, Danaya et Ladiriya, pour marquer notre présence sur l’ensemble du territoire.

Actuellement, on traite injustement les partis politiques de tous les maux. Une propagande inédite a souillé les hommes et les formations politiques. Je déplore cette stigmatisation croissante dont elles font l’objet. Pourtant, selon l’actuelle Constitution en vigueur, ce sont bien les partis politiques qui concourent à l’expression du suffrage universel et à la gestion de la Cité. C’est pourquoi je suis et reste convaincu que ce sont les acteurs politiques qui doivent bâtir la 4ème République à laquelle nous aspirons.

Comment évaluez-vous la représentativité du PRVM-FASOKO dans les instances de gouvernance locale, régionale et nationale depuis sa création ?

Depuis sa création, le PRVM-FASOKO a participé à toutes les élections. À ce jour, il dispose de près de 400 élus communaux. Aux législatives de 2016, nous avons obtenu 2 députés. En 2018, j’ai été candidat à l’élection présidentielle et me suis classé au rang de 10ème sur 24 candidats. Lors des législatives de 2020, nous avons obtenu 5 sièges à l’Assemblée nationale, dont 3 ont été spoliés. À ce jour, le parti continue de recevoir des adhésions et poursuit sa dynamique d’expansion.

Le PRVM-FASOKO met un accent particulier sur les valeurs traditionnelles maliennes. La Transition actuelle place également la refondation et la promotion des valeurs nationales au cœur de son action. Comment appréciez-vous les efforts en cours pour restaurer ces valeurs ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que depuis sa création le PRVM-FASOKO a inscrit dans sa vision politique la restauration des valeurs sociétales comme fondement de la 4ème République. Nous avons soutenu et accompagné les initiatives dans ce sens et la plus récente est le projet Faso Baro. Je salue les efforts entrepris par la Transition actuelle dans ce domaine, même si des insuffisances subsistent. À mon sens, ces principes doivent se traduire en actions concrètes, pérennes et inclusives.

La plateforme ANW KO FASOKO, que vous présidez, a été créée en 2021. Quels étaient ses objectifs initiaux et quel bilan provisoire tirez-vous après quatre années d’existence ?

La plateforme ANW KO FASOKO a effectivement été fondée en octobre 2021. C’est un regroupement politique et électoral composé de plusieurs partis politiques, mouvements associatifs et personnalités ayant une vision commune, avec des objectifs communs : affronter ensemble les échéances électorales. En quatre ans, nous avons réussi à construire un ancrage institutionnel solide et à mobiliser de nombreux citoyens engagés autour de la refondation de l’État. Le bilan est globalement satisfaisant, même s’il reste encore beaucoup à faire.

Votre parcours initial ne semblait pas orienté vers la politique. Quelles raisons ou circonstances vous ont amené à vous engager dans ce domaine ?

Mon engagement politique est né d’une volonté sincère de servir le Mali autrement. Effectivement, à la base, ingénieur en informatique et inspecteur des Douanes, j’étais apolitique jusqu’à la crise de 2012. Face à la rupture constitutionnelle, j’ai compris qu’il ne suffisait plus d’observer ou de critiquer, mais d’agir. À partir de cet instant, j’ai refusé de laisser la gestion du pays à ceux que l’on qualifie souvent de « politiciens professionnels ». Car lorsqu’on se laisse gouverner par ceux que l’on juge incompétents on finit par subir leurs échecs. Cet état de fait m’a mené vers la politique et amené à m’intéresser à la destinée de ce pays pour faire de la politique autrement.

Vous avez été candidat à l’élection présidentielle de 2018. Quelle vision portiez-vous alors pour l’avenir du Mali ?

Effectivement, j’étais candidat à la présidentielle de 2018. Ma vision reposait sur un nouveau contrat social fondé sur le renouveau politique, pour remettre le Mali sur la voie de l’émergence. Cela passait par une révolution dynamique, des réformes politiques profondes, la reconstruction nationale, la relance économique et la restauration de nos valeurs sociétales dans un environnement apaisé de démocratie et de liberté.

Compte tenu des évolutions politique et sécuritaire de ces dernières années, cette vision a-t-elle évolué ou s’est-elle adaptée à la nouvelle donne nationale et internationale ?

Elle s’est renforcée. Le contexte sécuritaire, géopolitique et sociopolitique que nous connaissons confirme la pertinence de notre projet. Je crois toujours en un Mali souverain, stable, prospère et émergent.

Quel est votre regard sur le bilan de la Transition depuis la « rectification » intervenue en mai 2021 ?

Généralement, je préfère attendre la fin du processus transitoire pour dresser un bilan exhaustif. Néanmoins, de par ce que l’on voit, force est de constater que les mêmes difficultés et défis d’il y a cinq ans demeurent : insécurité, faible pouvoir d’achat, cohésion sociale fragilisée, etc.

La Transition essaie tant bien que mal de relever le défi. Elle a eu le mérite de poser les jalons d’un renouveau institutionnel et géopolitique. Des réformes importantes ont été amorcées, mais des lenteurs persistent, notamment sur les questions de calendrier électoral et de dialogue inclusif. Il faut l’aider à aller vers la 4ème République. Ce n’est pas chose facile.

Selon vous, les objectifs initiaux ayant motivé la mise en place de cette Transition sont-ils en voie de réalisation ?

Il y a eu partiellement des avancées. On note la promulgation de la nouvelle Constitution par le Chef de l’État et le renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité. Mais d’autres objectifs, comme le retour à l’ordre constitutionnel normal, sont en train d’être renvoyés aux calendes grecques et les défis sécuritaires et économiques subsistent toujours de manière persistante.

La dissolution des partis politiques, recommandée par les Forces vives de la Nation, suscite des réactions au sein de la classe politique. Quelles sont les initiatives que vous envisagez de prendre dans ce contexte ?

Nous sommes fermement opposés à toute forme de dissolution brutale. Comme je l’ai dit précédemment, ce sont les partis politiques qui concourent à la quête de la magistrature suprême, donc les acteurs constitutionnels. S’il est nécessaire de rationaliser le paysage politique, cela doit se faire conformément aux lois qui régissent les partis politiques, dans le respect de la Constitution.

Au sein du Forum des Partis et Mouvements Politiques (FPMP), nous avons initié des discussions pour adopter une position commune, c’est-à-dire aller en rangs serrés. Cela a conduit à des séries d’initiatives. Le PRVM-FASOKO, avec d’autres formations politiques, a fait des propositions communes concernant la relecture de la Charte des partis politiques et a saisi officiellement le ministre délégué auprès du Premier ministre, sans réponse. Les 101 partis politiques signataires ont organisé des conférences de presse pour dénoncer la démarche et les méthodes des autorités. La majorité des formations politiques ont boycotté les concertations.

Nous avons suivi les recommandations des Concertations nationales qui demandent, entre autres, la dissolution des partis politiques, le durcissement des conditions de création par le paiement de 100 millions de francs CFA, la suppression du financement des partis politiques et du statut du Chef de file de l’Opposition et l’interdiction du nomadisme politique. Par ailleurs, ces concertations recommandent spécifiquement la révision de la Charte de la transition, tout en donnant au Président de la Transition un nouveau mandat de cinq ans à partir de 2025, renouvelable, à l’instar de ses pairs de l’AES. Elles exigent également le paiement d’une caution de 250 millions de francs CFA pour être candidat à l’élection présidentielle et instaurent un scrutin à seul tour.

À l’analyse, ces recommandations vont bien au-delà des termes de référence initiaux. Comparons ce qui est comparable : le Mali construit encore sa démocratie. Il ne peut être mesuré à l’aune de démocraties centenaires.

Le Président de la Transition a pris des engagements vis-à-vis du processus transitoire. Le respect de la Constitution du 23 juillet et de la Charte de la Transition s’impose à tous les Maliens et Maliennes. Toutes les voies de recours juridictionnel et constitutionnel sont envisageables pour empêcher une dissolution éventuelle des partis politiques sans bases légales.

En dehors des propositions sur la relecture de la Charte des partis politiques, quelles sont les principales actions menées par le FPMP depuis votre prise de fonction en octobre dernier ?

Depuis ma prise de fonction à la tête du Forum des Partis et Mouvements Politiques, plusieurs actions ont été initiées, notamment un atelier pour expliquer le contenu de la nouvelle Constitution et une réflexion sur la révision de la Charte des partis politiques. Aussi, nous avons tenu à trouver des consensus sur des questions d’intérêt national. Aujourd’hui, les partis et mouvements politiques membres du Forum sont plus que jamais déterminés à parler d’une même voix sur les questions d’intérêt national et à défendre la démocratie et le pluralisme politique. D’ailleurs, mon mandat est arrivé à son terme ce mois d’avril et un nouveau Président sera désigné conformément à nos textes.

Le retour à l’ordre constitutionnel apparaît incertain, malgré des perspectives initiales qui laissaient penser à des élections en 2025. Quelle est votre position à ce sujet et envisagez-vous des actions pour encourager une transition vers des institutions élues ?

Depuis sa création, le PRVM-FASOKO œuvre pour un changement profond de la vie publique. Ce qui fait que le parti s’est bien construit et bien installé. Quoi qu’il arrive, nous allons continuer dans la dynamique enclenchée. Nous sommes prêts et nous serons prêts quand les élections seront organisées. Enfin, le retour à l’ordre constitutionnel est un impératif pour la réussite de la Transition. Le Président de la Transition a inscrit au point 8 de la Lettre de cadrage adressée au gouvernement en place l’organisation d’élections transparentes, sécurisées et apaisées.

Grève du SYNABEF : L’économie malienne frôle l’asphyxie

Le Syndicat national des banques et établissements financiers (SYNABEF) a suspendu son mot d’ordre de grève de 72 heures entamée le 17 avril 2025. Un sursis qui devrait permettre d’aplanir les derniers points d’achoppement et d’éviter une crise majeure.

L’affluence devant les banques ce 22 avril en disait long sur les attentes des usagers après la reprise des activités au sein des institutions de financement. Après deux jours de grève et plusieurs médiations, le SYNABEF a décidé de donner une nouvelle chance aux négociations. Saluant « l’attitude constructive » du syndicat, le Premier ministre Abdoulaye Maïga s’est engagé à ne ménager aucun effort pour résoudre les points de blocage qui subsistent dans les revendications lors d’une rencontre tenue le 18 avril. Prévue pour durer 72 heures, la grève menaçait d’être prolongée à partir du 22 avril pour 120 heures supplémentaires, avant d’être suspendue le 19 avril. Ce qui a permis d’éviter un blocage complet en cette fin de mois critique où les salaires sont particulièrement attendus.

Après plusieurs discussions, la grève a été levée temporairement. Sur les quinze points du préavis, douze ont fait l’objet d’un accord. Les trois restants concernent des dossiers judiciaires sensibles. Il s’agit notamment de la détention de deux travailleurs d’Ecobank, dans l’affaire dite des « fausses garanties » avec la société EDM-SA, du licenciement de 158 agents d’UBIPHARM, jugé abusif, et de celui d’un pompiste de Star Oil congédié à la suite de la plainte d’un client. Pour ces dossiers, les médiateurs ont sollicité un délai supplémentaire pour permettre un examen approfondi, invoquant le respect de l’indépendance de la justice. Ces cas, jugés prioritaires par le syndicat, constituent un symbole de la lutte contre les atteintes à la liberté syndicale, selon Mamadou Sékou Traoré, Secrétaire général du Comité syndical de la BNDA.

Le cas UBIPHARM concerne 158 travailleurs licenciés pour avoir réclamé leurs droits et sans emplois depuis 18 mois. Un dossier que le SYNABEF considère comme non négociable. Il est donc prêt à relancer le mouvement si rien n’évolue. Quant au pompiste licencié à Star Oil, le syndicat considère qu’il s’agit d’un licenciement abusif. Enfin, les deux agents d’Ecobank ont été arrêtés dans le cadre d’un contrat litigieux impliquant EDM-SA, un dossier sensible sur lequel le SYNABEF veut des clarifications immédiates.

Les interventions du Haut Conseil Islamique (HCI), du ministre du Travail et de l’Union Nationale des Travailleurs du Mali (UNTM) ont contribué à convaincre le syndicat de suspendre temporairement son mot d’ordre. Cette suspension ne signifie pas un abandon, mais une porte ouverte à un règlement pacifique.

Parmi les revendications acceptées figurent la signature de la Convention collective des distributeurs de produits pharmaceutiques et la réintégration des travailleurs de Pétro Bama et de Baraka Petrolium licenciés pour avoir observé un arrêt de travail. D’autres points concernent la régularisation des travailleurs intérimaires, la mise en place de commissions pour veiller à l’application des accords, ainsi que l’uniformisation de la gestion du fonds social. Le syndicat tient à rappeler que ces quinze points ne concernent ni augmentations salariales ni primes, mais uniquement des revendications de justice sociale et de respect des libertés syndicales.

Des impacts négatifs

Malgré la suspension de la grève, les impacts économiques ont été notables. Le SYNABEF se félicite du suivi massif du mot d’ordre, qui ne visait que des réparations, mais reconnaît les conséquences négatives sur l’économie nationale. À l’exception de deux établissements, toutes les banques ont respecté la grève. S’y sont ajoutés les institutions de microfinance, les assurances, une grande partie des stations-service ainsi que plusieurs commerces, entraînant un ralentissement brutal de l’activité économique.

Durant deux jours, l’économie malienne a fonctionné au ralenti. Ce blocage a perturbé les flux monétaires, retardé le paiement des salaires et compliqué les transactions commerciales. Les syndicalistes rappellent que la grève demeure le dernier recours lorsque les autres canaux de négociation échouent. Ils appellent les autorités à assumer leur rôle dans la gestion des conflits sociaux, soulignant que les revendications du SYNABEF ne dépassent pas les moyens de l’État. « Ce sont des cas d’abus que l’on doit juste corriger. On n’aurait pas dû en arriver là », insiste Mamadou Sékou Traoré.

Les répercussions potentielles à moyen terme ne sont pas à négliger. La croissance économique, prévue à 4,4% en 2025, pourrait être revue à la baisse si une grève prolongée venait à perturber durablement les secteurs-clés. Le secteur extractif, en particulier, est très vulnérable. Il représente environ 80% des exportations du pays et dépend fortement des services bancaires pour ses paiements et ses approvisionnements. Déjà fragilisés par des tensions entre l’État et certaines entreprises minières, les acteurs du secteur craignent une nouvelle crise. « Nos commandes ont considérablement diminué avec les tensions entre l’État et certaines sociétés minières. Nous ne voulons pas d’une nouvelle contrainte à nos activités », confie un responsable commercial d’une société fournissant des équipements miniers.

Une crise prolongée dans le secteur bancaire pourrait également provoquer une hausse des prix à la consommation, alors que le taux d’inflation était contenu à 4,9% à la fin 2024. L’interruption des chaînes d’approvisionnement, combinée à une demande stable, risque de créer une situation de pénurie. Celle-ci pourrait générer une pression inflationniste, en particulier sur les biens de première nécessité.

Du côté des finances publiques, les prévisions de la Loi de finances 2025 tablaient sur une augmentation des recettes fiscales de 1,4 point, pour atteindre 16,2% du PIB, contre 14,8% dans la Loi rectifiée de 2024. Les recettes budgétaires devaient s’élever à 2 648,9 milliards de francs CFA, contre 2 387,8 milliards en 2024. Ces objectifs risquent d’être mis à mal si les grèves se multiplient ou se prolongent. Pour rappel, lors du mouvement de l’UNTM de 2020, les pertes quotidiennes avaient été estimées entre 5 et 10 milliards de francs CFA par jour. Un précédent que l’État souhaite éviter à tout prix.

À long terme, la répétition de telles crises pourrait entraîner une récession. En plus des pertes directes, l’instabilité génère de l’incertitude, freine les investissements et pousse les ménages à la prudence, diminuant ainsi la consommation. L’offre de biens et services se contracte, tandis que la demande reste constante, voire augmente, créant un déséquilibre de marché susceptible d’aggraver l’inflation.

Promesses à tenir

Les syndicalistes restent déterminés à obtenir gain de cause. Ils affirment qu’ils ne se contenteront pas de promesses, mais exigeront des résultats concrets. « Nous sommes dans une phase d’attente vigilante », confie une source syndicale. Le SYNABEF insiste sur le respect du calendrier de mise en œuvre des accords, certains devant être appliqués sous quelques jours et d’autres dans un délai plus étendu.

La situation actuelle dévoile les insuffisances du dialogue social. Les grèves à répétition traduisent l’incapacité à instaurer un cadre efficace de concertation entre les acteurs sociaux. Il est urgent d’élaborer un mécanisme permanent de médiation capable de prévenir les crises plutôt que d’intervenir lorsqu’elles sont déjà déclarées.

Si la paix sociale est un levier essentiel pour la croissance et la stabilité économique, elle ne peut être garantie sans justice sociale. Le SYNABEF, en suspendant son mot d’ordre de grève, tend la main au gouvernement. Il revient désormais aux autorités de transformer cet acte d’apaisement en dynamique durable, à travers des engagements tenus, un dialogue sincère et une volonté ferme de réforme.

Fatoumata Maguiraga