Célia d’Almeida : « Il faut construire des cadres de réseautage, d’entraide et de collaboration entre les femmes »

L’Institut néerlandais pour la démocratie multipartite (NIMD) a réuni, les 12 et 13 décembre 2025 à Bamako, des femmes de différentes générations autour d’un dialogue consacré au leadership et à la citoyenneté au féminin. Dans cet entretien, sa représentante au Mali, Célia d’Almeida, nous parle des recommandations qui en sont issues et de la suite qui leur sera réservée. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

De quoi avez-vous parlé durant ces deux jours ?

Cette rencontre de Bamako était pour nous l’opportunité de confronter les différentes générations de femmes qui luttent pour l’épanouissement des femmes. Nous avons eu la chance d’accueillir des anciennes ministres, des directrices d’associations, des enseignantes, des chercheurs, ainsi que des jeunes, femmes et hommes, engagés dans la vie publique, communautaire et associative. Ils sont venus échanger leurs vécus, leurs expériences, mais aussi leurs recommandations sur ce que nous pouvons faire pour améliorer de manière positive et durable la participation et l’inclusion des femmes dans les processus de gouvernance dans notre pays.

Quelles sont les recommandations issues de ce dialogue ?

Différentes recommandations ont émergé des travaux. Par exemple, certaines sont liées au cadre social. Nous avons discuté de la manière dont nos communautés peuvent s’engager davantage, car il existe encore de nombreux défis pour les jeunes femmes et les filles, afin qu’elles puissent devenir des actrices à part entière de la vie communautaire. Une recommandation importante a également été faite concernant le cadre normatif : les lois et législations existantes peinent encore dans leur mise en œuvre et les violations ne sont pas toujours sanctionnées comme il se doit. Par ailleurs, un appel a été lancé pour que les femmes et les associations de femmes s’approprient le contenu des textes afin de mieux défendre leurs droits. Il est également essentiel que ceux chargés de la mise en œuvre de ce cadre normatif soient sensibilisés à le faire avec plus de conviction et d’engagement. La question de la collaboration entre les femmes a aussi été abordée. Nous avons souligné la nécessité de construire des cadres de réseautage, d’entraide et de collaboration entre les femmes et avec les autres acteurs de la communauté.

À qui est destiné le mémorandum contenant ces recommandations ?

Ce mémorandum est destiné à plusieurs groupes d’acteurs : aux femmes et à leurs organisations, ainsi qu’aux leaders d’influence, entre autres. Nous allons par exemple envoyer ces recommandations au RECOTRADE, car les réseaux de communicateurs traditionnels ont une forte influence au niveau social. Sur la question du changement des normes sociales en faveur des femmes, le RECOTRADE est un acteur très important. Nous adresserons également ce mémorandum aux différents ministères concernés par les questions des femmes et des droits humains, mais aussi à nos partenaires.

 

Célia d’Almeida : « Nos Alumni doivent contribuer positivement à la vie de la Nation »

La première édition du Symposium des Alumni de l’Institut néerlandais pour la démocratie multipartite (NIMD) s’est tenue à Bamako du 3 au 5 juillet 2025. Dans cet entretien, Mme Célia d’Almeida, Représentante pays du NIMD au Mali, évoque les Écoles démocratiques et citoyennes de l’Institut, qui ont formé plus de 800 jeunes maliens depuis 2021. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quel sentiment vous anime après la clôture de ce symposium, une première consacrée à vos Alumni ?

Je me sens extrêmement honorée de la confiance que ces Alumni nous font depuis le début de ce programme en 2021. Ces quelque 800 jeunes qui sont passés dans nos écoles à Bamako, Sikasso et Mopti ont vraiment démontré que nous avons eu une ambition noble en proposant ce programme. Quand je les vois pendant trois jours venir partager ce que ce parcours, à la limite initiatique, a changé en eux, l’interaction avec d’autres jeunes qui ont des idées et une façon de voir la vie différentes, ce que ce brassage a pu leur apporter, je crois qu’au NIMD, nous pouvons être extrêmement fiers de ce petit quelque chose que nous avons apporté. Nous espérons vraiment que, de ce qu’ils ont partagé et de cette énergie que nous avons vue en eux, ils auront envie de continuer à faire des propositions pour participer positivement à la construction de la Nation.

Combien de promotions des Écoles démocratiques et citoyennes comptez-vous et quelle sera la suite ?

Aujourd’hui, nous avons 25 promotions qui sont sorties de nos Écoles. La suite est d’abord entre leurs mains. Nous sommes un soutien, un appui, une proposition. Nous avons une offre, mais nous souhaitons que nos Alumni transforment l’essai à partir de ce qu’ils ont appris pendant trois mois. Les cours sont dispensés par des formateurs locaux, qui parlent dans les langues locales, rendant accessibles ces concepts qu’on entend beaucoup dans les discours mais dont on ne sait pas forcément ce qu’ils veulent dire. C’est une balle que nous avons envoyée dans le camp des jeunes, c’est à eux de marquer le but. Ce but, c’est d’avoir une contribution positive à la vie de la Nation.

D’autres Écoles sont-elles prévues ?

C’est notre souhait. Nous travaillons à cela. Vous savez que le contexte est un peu difficile pour les organisations, mais nous faisons de notre mieux. Cependant, il y a déjà énormément d’initiatives au niveau national qui sont en train d’être prises. Ces Alumni sont en train, eux-mêmes, de créer des choses et nous espérons que nous pourrons les accompagner encore plus et renforcer le réseau. Aujourd’hui, c’est une famille, les Écoles existent également au Burkina Faso et au Niger. Nous avons donc dans la zone AES un potentiel pour créer une dynamique afin que ces jeunes puissent contribuer à créer des nations fortes, parce que ce n’est que comme cela  que nous pourrons atteindre les objectifs de développement et d’épanouissement de la population et aussi construire une sous-région forte, avec une stabilité durable.