Augmentation du prix des carburants : Jusqu’où ira la flambée généralisée ?

Transport, électricité ou encore mines, les impacts de la hausse du prix des carburants sont déjà palpables dans plusieurs secteurs de la vie économique. Décidée le 28 mars dernier, cette augmentation constitue une pression supplémentaire sur le pouvoir d’achat du consommateur. Entre compromis et mesures à long terme, les autorités tentent d’atténuer les impacts de la crise.

Le prix des hydrocarbures a augmenté, mais le pain ne doit pas suivre. C’est en résumé l’esprit de la rencontre qui a réuni le 2 avril 2026 les acteurs de la filière pain et le ministre de l’Industrie et du Commerce. À l’issue de leurs échanges, ils ont convenu du maintien du prix de la farine et du pain, respectivement à 23 000 francs CFA le sac de 50 kg, 270 francs CFA pour le gros pain et 135 francs CFA pour le petit pain. Des prix concédés « jusqu’à nouvel ordre », grâce à un esprit de collaboration et à un effort exceptionnel des acteurs, sensibles à la situation de crise. Malgré le maintien des prix officiels, le secteur reste soumis aux risques. Le carburant constitue en effet un intrant essentiel pour les boulangeries. Outre le fonctionnement des fours industriels, il assure celui des groupes électrogènes, alternatives en cette période de délestage, sans compter le transport des produits.

Maintenir l’approvisionnement

Dépendant totalement des importations de produits pétroliers, le Mali est confronté depuis septembre 2025 à des difficultés d’approvisionnement, en raison notamment des attaques de convois sur ses principaux corridors, en particulier Dakar et Abidjan.

Ces importations ont connu une hausse de 1,66% par rapport à 2023. Le pays a ainsi importé 2 665 106 m³ en 2024 contre 2 621 513 m³ en 2023.

Quant au gaz butane, les importations ont atteint 15 838 tonnes en 2024 contre 13 847 tonnes en 2023, soit une hausse de 14,38%. Au mois de mars 2026, le Mali a réceptionné 2 271 camions-citernes, soit 105 millions de litres de carburant.

La dépendance à ces importations a accentué les effets des différentes crises, dans un contexte international marqué par les tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique d’une part majeure du commerce mondial des hydrocarbures, entraînant ruptures d’approvisionnement et flambée des prix, comme celle de ce mois de mars.

Cette pression ne touche pas seulement l’énergie. Selon les projections des agences internationales, la hausse des coûts du fret, des engrais et des intrants alimentaires pourrait maintenir les prix mondiaux des denrées entre 15 et 20% au-dessus de leur niveau moyen du premier semestre si la crise au Moyen-Orient se prolonge.

Pour faire face à ces défis et assurer la continuité des activités et services vitaux, les autorités ont décidé de constituer un stock national de sécurité couvrant 45 jours de consommation pour le supercarburant, le gasoil, le Jet A1 et le gaz butane.

Rendre ces dispositions opérationnelles dépendra non seulement de l’évolution de la crise au plan international, mais également des mesures d’accompagnement prévues, notamment un plan d’approvisionnement sur les trois prochains mois afin d’anticiper les corridors à emprunter et les fluctuations de prix.

Par ailleurs, le gasoil, produit central au cœur des besoins des ménages, des industries et de la société EDM-SA, nécessite un arbitrage permanent et continue d’alimenter les tensions.

Transports sous pression

Directement impacté par la hausse des carburants, le secteur des transports est l’un des premiers à avoir procédé à une hausse des prix. La hausse des prix à la pompe annoncée le 28 mars a été confirmée par le Président Directeur Général de l’Office malien des produits pétroliers, Diakaridia Dembélé, qui a également rappelé le maintien des mécanismes de soutien destinés à contenir les effets immédiats sur les ménages.

Pour contrôler cette hausse et en limiter les impacts, le Conseil national du Transport public de passagers, tenu le 1er avril 2026, a alerté sur une augmentation des tarifs interurbains, par certaines compagnies, non proportionnelle à la hausse des prix à la pompe.

Rappelant que toute augmentation des tarifs ne doit intervenir que dans le cadre d’un mécanisme de concertation regroupant administration publique et organisations socioprofessionnelles, la ministre des Transports a instruit les acteurs à se conformer aux conclusions de la réunion.

Parmi celles-ci, les augmentations des tarifs du transport urbain sont limitées à 50 francs CFA par trajet pour les minibus et entre 500 et 2 000 francs CFA pour les transports interurbains, selon les distances.

Si, au niveau urbain, les tarifs semblent pour le moment respecter les engagements, les usagers commencent déjà à ressentir la pression sur leurs dépenses quotidiennes. Entre Bamako et certaines villes, les prix dépassent déjà les normes. Ainsi, pour le trajet Bamako – Kéniéba, certaines sociétés sont passées de 9 000 à 12 000 francs CFA et pour Bamako – Sikasso de 6 000 à 9 000 francs CFA, soit une hausse de 3 000 francs. À terme, cette hausse se répercutera également sur les coûts logistiques des produits vivriers, des matériaux de construction et des intrants agricoles, renforçant le risque d’une inflation diffuse bien au-delà du seul secteur des hydrocarbures.

Crise énergétique latente

Depuis plusieurs années, le Mali est empêtré dans une crise énergétique dont le dénominateur commun est la dépendance aux importations de carburant. Accentuée par la pénurie de gasoil devenue récurrente, la crise a connu un nouvel épisode en février 2026 après l’incendie du transformateur de la SEMAF, événement qui a aggravé les délestages dans plusieurs quartiers de Bamako.

Des délestages devenus le lot quotidien des ménages et des entreprises, sans visibilité sur une programmation fiable. Variant entre 12 et 14 heures par jour, les coupures peuvent durer 24 heures ou plus par endroits. Cette tension intervient alors que la demande électrique continue de progresser plus vite que les capacités installées, notamment dans le Grand Bamako et les principaux centres urbains de l’intérieur.

Fortement dépendant des énergies fossiles, le Mali est vulnérable aux perturbations des importations et aux fluctuations des prix. L’insuffisance et la vétusté des infrastructures de production, de transport et de distribution ne permettent pas de répondre à une demande croissante. Les difficultés de gestion et de financement de EDM-SA limitent également ses capacités d’investissement.

En janvier 2026, le gouvernement a alloué 36 milliards francs CFA à EDM-SA pour sécuriser la distribution de l’énergie provenant de la Zone OMVS et de l’interconnexion autour de Bamako. En juillet 2025, 24 milliards de francs CFA avaient été mobilisés pour l’achat de combustibles, puis 6 milliards en novembre.

Selon EDM-SA, la part du solaire est de 3% dans la production énergétique du pays, une proportion que les autorités ambitionnent de porter à 40%.

La crise révèle aussi des fragilités structurelles, entre forte dépendance aux importations, faibles capacités de stockage et retard dans la diversification énergétique. Avec une part du solaire encore limitée à 3%, elle pose la question de l’anticipation et de l’efficacité des politiques publiques face à des chocs désormais récurrents.

Enjeux et perspectives

Pour contenir la flambée des prix, le gouvernement a consenti des subventions mensuelles de 3 milliards de francs CFA pour maintenir les prix à la pompe, assurent les responsables de l’Office malien des produits pétroliers. Le maintien de ces subventions mensuelles pose également la question de leur soutenabilité budgétaire, dans un contexte de fortes contraintes sur les finances publiques.

Outre les produits pétroliers, la flambée des prix a touché de nombreux autres secteurs, dont celui de la viande bovine avec os, passée de 2 300 francs CFA à 3 000 voire 3 500 le kilogramme.

En dehors des mesures urgentes, les réponses à long terme, parmi lesquelles la réduction de la dépendance aux énergies fossiles à travers le développement des énergies renouvelables, s’imposent.

Des réponses durables, notamment le développement des énergies renouvelables et un changement du mix énergétique, tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages dans une économie déjà fragilisée par les délestages et les tensions d’approvisionnement.

Hydrocarbures : 105 millions de litres importés pour stabiliser le marché

Le gouvernement a annoncé l’entrée de 105 millions de litres de carburant en mars, transportés par 2 200 camions-citernes. Cet approvisionnement intervient alors que la pression reste forte sur le gasoil, essentiel à la fois pour le transport, les activités industrielles et la production d’électricité.

Le Mali a réceptionné 105 millions de litres de carburant au cours du mois de mars 2026, selon les chiffres communiqués par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, à l’issue de la 18e réunion du Cadre de concertation avec les groupements professionnels du pétrole, tenue le 2 avril à Bamako. Ce volume, acheminé par 2 200 camions-citernes, a été présenté comme permettant d’assurer la disponibilité des produits pétroliers sur l’ensemble du territoire.
L’annonce s’inscrit dans une période d’approvisionnement soutenue depuis le début de l’année. En février, les autorités avaient déjà fait état d’environ 39 millions de litres livrés entre le 2 et le 8 février, après une première semaine à près de 34,9 millions de litres, soit plus de 73 millions de litres en deux semaines.
Le volume enregistré en mars confirme donc une montée en cadence des livraisons, dans un contexte marqué par la tension sur les corridors logistiques et la hausse de la demande intérieure.
Le ministre a indiqué que le gouvernement travaille à la diversification des axes d’approvisionnement, avec une attention particulière portée au corridor de Kayes, ainsi qu’aux axes en provenance du Nigeria, du Ghana et du port de Lomé. L’objectif affiché est de réduire les risques de rupture, de mieux répartir les flux et de sécuriser les stocks pour les trois à six prochains mois.
La pression reste particulièrement forte sur le gasoil, dont la demande demeure élevée. Le diesel alimente simultanément les ménages, les usines, les transporteurs et surtout les centrales d’EDM-SA, qui continuent de fonctionner en grande partie sur des groupes thermiques. Le ministre a d’ailleurs reconnu qu’une part importante des convois est orientée vers l’opérateur électrique, ce qui peut se traduire par des tensions dans les stations-service destinées au grand public.
Cette situation intervient alors que le pays vient de se doter d’un stock national de sécurité des produits pétroliers, avec une couverture annoncée de 45 jours pour le super, le gasoil, le jet A1 et le gaz butane. Les importations de produits pétroliers ont atteint 2 665 106 m³ en 2024, contre 2 621 513 m³ en 2023, soit une progression de 1,66 %, tandis que le gaz butane a progressé de 14,38 % sur la même période.
Chambre de Commerce et d’Industrie
Les autorités indiquent désormais vouloir passer d’une gestion de court terme à une planification plus anticipée de l’approvisionnement, avec des projections trimestrielles et semestrielles destinées à mieux répondre à la demande nationale.

L’augmentation avant la concertation

La hausse des prix des produits pétroliers est entrée en vigueur le 28 mars, alors que la désignation du représentant des associations de consommateurs n’est prévue que le 2 avril. Cette chronologie, établie par les communiqués officiels, interroge sur l’ordre des décisions publiques.

Le 27 mars, le ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation a invité les associations légalement constituées à se faire enregistrer avant le 31 mars afin de désigner leur représentant appelé à siéger au Conseil d’administration d’un organisme public. La rencontre est fixée au jeudi 2 avril à 14 heures.

Dans le même temps, les nouveaux tarifs du carburant et du gaz s’appliquent depuis le 28 mars à 0 heure. Le litre de super sans plomb est fixé à 875 francs CFA et le gasoil à 940 francs CFA, tandis que les bouteilles de gaz butane ont également connu un relèvement. Pour les ménages, la mesure prend donc effet avant même que les associations censées porter leur voix ne soient officiellement représentées.

Cette hausse intervient dans un quotidien déjà éprouvé. Les tensions sur l’approvisionnement en carburant ont conduit les autorités à annoncer, ces derniers temps, l’arrivée d’un important convoi de camions-citernes destiné à renforcer les stocks. Dans le même temps, les délestages continuent de peser sur de nombreux quartiers, avec des effets directs sur l’activité économique, la mobilité et les dépenses des foyers.

La hausse dépasse le seul cadre de l’énergie. Elle se répercute sur le transport, le prix des marchandises et le budget de ménages déjà confrontés à la hausse des denrées de base. Reste à voir quelle place sera réellement accordée à la voix des consommateurs dans les décisions à venir.

Conflits internationaux : l’onde de choc économique

Les tensions internationales sur l’énergie, le transport et les marchés agricoles se répercutent désormais sur l’économie des pays enclavés. Hausse des coûts, pression sur les finances publiques et fragilité des approvisionnements illustrent l’exposition du Mali aux chocs mondiaux.

Les crises géopolitiques qui secouent plusieurs régions du monde produisent aujourd’hui des effets bien au-delà des zones de conflit. Dans une économie ouverte et dépendante de ses échanges extérieurs, les perturbations des marchés mondiaux peuvent rapidement se répercuter sur les prix, la production et les finances publiques. Pour un pays enclavé comme le Mali, dont une grande partie des approvisionnements dépend des routes commerciales reliant les ports de la côte atlantique, ces secousses internationales ne restent jamais lointaines.
La dépendance énergétique constitue l’un des premiers vecteurs de transmission de ces chocs. Les produits pétroliers représentent environ 30 à 40 % des importations du pays et près de 95 % du carburant consommé provient de l’étranger. Dans ces conditions, toute hausse des cours internationaux du pétrole se traduit rapidement par une augmentation des coûts de transport, de production et de distribution.
Denrées sous tension
Pour le professeur Daman-Guilé Diawara, économiste du développement, les crises géopolitiques touchent l’économie malienne par plusieurs canaux. Le premier reste l’énergie. La hausse du baril observée lors des tensions internationales gonfle immédiatement la facture pétrolière d’un pays importateur net comme le Mali et exerce une pression sur la balance commerciale. Les produits pétroliers représentaient déjà environ 38,45 % des importations au premier semestre 2025.
Un second canal concerne l’alimentation. Même si la consommation nationale repose largement sur des céréales locales comme le mil ou le sorgho, les prix du blé et de certains produits transformés restent liés aux marchés internationaux. La guerre en Ukraine a ainsi contribué à perturber les marchés mondiaux des céréales et des engrais, provoquant une inflation importée. L’inflation alimentaire est estimée autour de 6 à 7 % entre 2024 et 2025.
Le troisième canal concerne les intrants agricoles. La Russie figure parmi les principaux exportateurs mondiaux d’engrais et les perturbations logistiques ont renchéri les coûts d’approvisionnement pour de nombreux pays africains. Lorsque les prix des engrais augmentent ou que leur disponibilité diminue, les producteurs réduisent les quantités utilisées, ce qui peut affecter les rendements et la production agricole.
Enclavement
L’enclavement du Mali accentue cette vulnérabilité. Le commerce extérieur dépend largement de quelques corridors reliant le pays aux ports maritimes de la sous-région. Le corridor Dakar-Bamako représente environ 65 à 70 % du commerce extérieur, tandis que le corridor Abidjan-Bamako assure environ 20 à 25 % des flux commerciaux.
Cette organisation logistique signifie que toute perturbation sur les routes maritimes internationales, toute hausse des primes d’assurance ou toute augmentation du prix du carburant finit par se répercuter sur le coût du transport des marchandises. Selon le professeur Diawara, l’enclavement transforme ainsi chaque tension internationale en pression supplémentaire pour le consommateur malien. Les fluctuations du prix du gazole influencent directement le coût du transport routier, principal mode d’acheminement des marchandises vers le pays.
Agriculture impactée
Les tensions géopolitiques peuvent également peser sur le secteur agricole. Pour Fodé Diallo, enseignant à l’Institut polytechnique rural de formation et de recherche appliquée de Katibougou, l’agriculture malienne reste dépendante d’intrants importés tels que les semences améliorées, les engrais chimiques ou certains pesticides. Une grande partie de ces produits provient d’Europe, d’Asie ou d’autres régions du monde.
Lorsque les crises internationales perturbent les chaînes d’approvisionnement, l’acheminement de ces intrants devient plus difficile. L’accès tardif ou insuffisant aux intrants peut affecter la disponibilité, la qualité et le calendrier des cultures. Dans ces conditions, la production et la productivité agricoles peuvent diminuer tandis que les coûts de production augmentent.
Selon l’enseignant-chercheur, ces difficultés rappellent l’importance de renforcer les solutions locales. L’agriculture malienne dispose d’importants atouts : de vastes superficies cultivables, des ressources en eau disponibles dans plusieurs régions et un cheptel adapté aux conditions écologiques du pays. Le développement de fumures organiques, la promotion de biopesticides locaux et une meilleure planification des campagnes agricoles pourraient contribuer à réduire la dépendance aux intrants importés.
Énergie en berne
En plus de l’agriculture, les crises internationales soulignent aussi la question de l’énergie. L’économiste Modibo Mao Macalou rappelle que les marchés énergétiques sont au cœur de l’économie mondiale. Lorsque l’offre se réduit en raison de tensions géopolitiques alors que la demande reste forte, les prix augmentent et les quantités disponibles diminuent. Cette situation provoque une inflation qui affecte l’ensemble des économies, avec des effets plus marqués pour les pays enclavés.
Au Mali, cette dépendance énergétique se double d’un autre défi : celui de l’électricité. Le mix énergétique du pays repose encore largement sur la production thermique, qui nécessite l’importation d’hydrocarbures. Selon Modibo Mao Macalou, environ 60 % de la production électrique dépend de cette source. La hausse du prix des hydrocarbures renchérit donc directement le coût de production de l’électricité.
Dans le même temps, la demande d’électricité progresse rapidement. Elle augmente de plus de 15 % par an, alors que les capacités de production, de transport et de distribution restent limitées. Cette situation crée des tensions financières pour Énergie du Mali et contribue aux délestages observés ces dernières années.
Pour l’économiste, ces difficultés montrent la nécessité d’engager des réformes structurelles dans le secteur énergétique. Le développement de l’énergie solaire, de l’hydroélectricité ou d’autres sources renouvelables pourrait contribuer à réduire la dépendance aux hydrocarbures importés et à stabiliser les coûts de production.
Contraintes budgétaires
Ces défis énergétiques et agricoles s’inscrivent dans un contexte macroéconomique globalement résilient mais contraint. Les autorités maliennes estiment que la croissance du produit intérieur brut s’est située autour de 5,6 % en 2025. Les projections évoquent une progression pouvant atteindre environ 6,3 % entre 2026 et 2027.
Cette dynamique s’accompagne toutefois de contraintes budgétaires importantes. Le déficit budgétaire prévu pour l’année 2026 est estimé à environ 520,4 milliards de francs CFA. Pour financer ses besoins, l’État prévoit de mobiliser environ 1 450 milliards de francs CFA sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine.
La mobilisation des ressources fiscales constitue également un enjeu central. Les recettes fiscales du Mali sont estimées à environ 1 400 milliards de francs CFA pour l’année 2025. À titre de comparaison, celles du Sénégal ont atteint environ 2 915 milliards de francs CFA la même année, illustrant les écarts de structure économique et les défis liés à l’élargissement de l’assiette fiscale dans un pays où le secteur informel demeure très important.
Stratégie de développement
Face à ces contraintes, plusieurs économistes plaident pour une transformation plus profonde de l’économie nationale. Pour Daman-Guilé Diawara, le renforcement de la production locale constitue une réponse durable aux chocs extérieurs. L’investissement dans l’irrigation, notamment dans les zones agricoles comme l’Office du Niger, pourrait permettre de réduire la dépendance aux importations alimentaires.
La transformation locale des matières premières représente également un enjeu stratégique. Transformer davantage de coton sur place, plutôt que d’exporter la fibre brute, permettrait de créer de la valeur ajoutée et d’accroître les revenus des filières agricoles.
De son côté, Modibo Mao Macalou souligne que la résilience apparente de certaines économies africaines repose en partie sur le poids du secteur informel et sur les transferts de la diaspora, qui soutiennent la consommation. Toutefois, cette situation ne peut constituer une stratégie durable de développement.
Selon lui, la priorité doit être donnée aux investissements productifs, à l’amélioration des infrastructures énergétiques et au développement d’une véritable politique industrielle. Sans énergie fiable, sans zones industrielles et sans vision économique cohérente, il sera difficile de transformer les ressources locales et de créer durablement de la richesse.
Signalons qu’une prolongation des tensions géopolitiques pèserait lourdement sur les économies sahéliennes. La hausse du pétrole renchérirait transport et électricité, tandis que les prix alimentaires pourraient accentuer les tensions sociales.
Ainsi, l’économie malienne doit poursuivre sa croissance tout en limitant sa vulnérabilité aux chocs extérieurs. Diversification des approvisionnements et renforcement de la production locale apparaissent désormais comme des priorités.

Carburants : des stocks en légère baisse à Bamako

Les stocks d’essence et de gaz butane ont légèrement reculé à Bamako entre le 17 et le 22 février 2026, selon les autorités locales. Les volumes restent jugés suffisants, mais la dépendance du pays aux importations maintient le marché sous vigilance.

Les réserves d’essence sont estimées à environ 6,84 millions de litres, contre 9,95 millions de litres de gazole et 368 680 litres de gaz butane, d’après le Comité régional de gestion des crises et catastrophes du District de Bamako. Les autorités assurent que ces niveaux permettent de couvrir la demande immédiate de la capitale. Les prix à la pompe demeurent inchangés : 775 FCFA pour l’essence, 725 FCFA pour le gazole et 7 075 FCFA la bouteille de gaz butane.
Le Mali importe la totalité de ses produits pétroliers raffinés. La consommation nationale dépasse un milliard de litres par an, portée par le transport routier, la production d’électricité thermique et les activités minières.
Cette dépendance rend l’approvisionnement sensible aux perturbations sur les corridors Dakar–Bamako et Abidjan–Bamako, déjà affectés par l’insécurité et les coûts logistiques.
Pour prévenir les ruptures, les autorités s’appuient sur un dispositif de suivi associant services techniques et opérateurs privés. Elles évoquent la nécessité de renforcer les capacités de stockage afin de disposer de réserves couvrant plusieurs semaines de consommation. La stabilisation des prix repose également sur un mécanisme d’ajustement public destiné à amortir les fluctuations du marché international.
La situation actuelle reste maîtrisée, mais elle rappelle la fragilité structurelle du système d’approvisionnement national. Les responsables appellent à la vigilance afin d’éviter toute spéculation et à une gestion rigoureuse des stocks disponibles.

Approvisionnement en carburant : plus de 54 millions de litres importés en janvier

Plus de 54 millions de litres de carburant ont été importés entre le 12 et le 21 janvier 2026, selon les conclusions de la 12ᵉ réunion du cadre de concertation entre l’État et les professionnels du secteur pétrolier. Ces volumes correspondent à plus de 1 190 camions citernes entrés sur le territoire durant la période.

 

Les importations concernent deux vagues successives, avec 40 348 300 litres acheminés entre le 12 et le 18 janvier, puis 14 445 025 litres supplémentaires entre le 13 et le 21 janvier. Les autorités indiquent que ces flux ont permis d’améliorer le ravitaillement des stations-service et de réduire les files d’attente observées dans plusieurs localités. Le taux de ravitaillement moyen a dépassé 50 % sur certaines périodes.

 

Les échanges ont également porté sur les contraintes logistiques rencontrées au cours des dernières semaines, notamment la forte dépendance du pays aux importations d’hydrocarbures et la nécessité de sécuriser les corridors d’approvisionnement. Le secteur pétrolier reste en effet largement tributaire des flux extérieurs, ce qui rend la distribution sensible aux délais de transport et à la disponibilité des citernes.

 

À l’approche du mois de Ramadan, les autorités ont réaffirmé l’importance de la constitution d’un stock de sécurité commercial afin d’anticiper la hausse de la demande. Les acteurs du secteur estiment que la dynamique actuelle des importations pourrait contribuer à une meilleure stabilité de l’approvisionnement national dans les semaines à venir.

 

Niger : des transporteurs sanctionnés pour refus d’acheminer du carburant vers le Mali

Les autorités nigériennes ont récemment pris des mesures disciplinaires contre plusieurs transporteurs et chauffeurs ayant refusé d’acheminer du carburant vers le Mali, confronté depuis plusieurs mois à de fortes tensions d’approvisionnement en hydrocarbures. Les sanctions ont été officialisées par un arrêté du ministère nigérien des Transports.

Selon les autorités, 14 sociétés de transport spécialisées dans les hydrocarbures ont vu leur autorisation d’exercer retirée de manière définitive, tandis que 19 chauffeurs se sont vu retirer leur permis de conduire. Un autre opérateur a été suspendu pour une durée d’un an. Les personnes concernées sont accusées de ne pas avoir respecté une réquisition administrative les enjoignant d’assurer le transport de carburant vers le Mali.

Les transporteurs mis en cause avaient invoqué des risques sécuritaires élevés sur les axes routiers reliant le Niger au Mali, plusieurs convois ayant été ciblés par des groupes armés ces derniers mois. Les autorités nigériennes estiment toutefois que des dispositifs de sécurisation avaient été mis en place et que le refus de livraison constituait une infraction aux obligations réglementaires.

Cette décision s’inscrit dans le cadre de la coopération au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le Niger et le Mali sont membres, et vise à garantir la continuité des flux stratégiques, notamment énergétiques. Elle intervient dans un contexte régional marqué par des attaques répétées contre les infrastructures et les convois logistiques, aggravant les pénuries et les tensions économiques.

À Niamey, le gouvernement affirme vouloir envoyer un signal de fermeté, tout en réaffirmant sa volonté d’assurer la sécurité des transporteurs sur les corridors stratégiques reliant les États membres de l’AES.

 

 

Kayes : des citernes détournées de leur circuit officiel

La brigade régionale du Commerce et de la Concurrence a intercepté, le 16 novembre, plusieurs camions-citernes engagés sur un trajet qui ne correspondait pas à leur destination déclarée. L’opération survient dans un contexte de pénurie persistante, alors que les autorités tentent de rétablir un approvisionnement régulier.

À Kayes, les agents de la Direction régionale du Commerce et de la Concurrence ont constaté que les citernes interceptées ne se dirigeaient pas vers la station de vente annoncée par l’importateur. Selon les informations communiquées, les cargaisons avaient été déclarées comme destinées à un point de distribution officiel, mais leur orientation effective s’écartait du circuit prévu. Les équipes de contrôle ont redirigé les véhicules vers la station concernée et procédé à l’interpellation des personnes impliquées.

Cette intervention intervient dans une période où la disponibilité du carburant reste limitée dans plusieurs localités du pays. Les stations fonctionnent de manière irrégulière depuis plusieurs semaines et les volumes reçus ne permettent pas toujours de répondre à la demande. Les difficultés d’approvisionnement ont entraîné une hausse des prix et des files d’attente récurrentes.

Quelques semaines avant cette opération, un camion transportant quarante-cinq mille litres de gasoil avait déjà été saisi dans la même région lors d’un transvasement vers un autre véhicule. Les éléments recueillis avaient montré que le chargement avait été revendu en dehors du circuit initialement déclaré, entraînant la saisie du carburant et l’interpellation des personnes en cause.

Les opérations successives menées dans la région illustrent le renforcement des contrôles autour de la distribution de carburant, alors que les autorités affirment maintenir leurs efforts pour stabiliser la situation et assurer l’acheminement des produits vers les stations autorisées.

Kayes : des citernes détournées de leur circuit officiel

Kayes : des citernes détournées de leur circuit officie

La brigade régionale du Commerce et de la Concurrence a intercepté, le 16 novembre, plusieurs camions-citernes engagés sur un trajet qui ne correspondait pas à leur destination déclarée. L’opération survient dans un contexte de pénurie persistante, alors que les autorités tentent de rétablir un approvisionnement régulier.

À Kayes, les agents de la Direction régionale du Commerce et de la Concurrence ont constaté que les citernes interceptées ne se dirigeaient pas vers la station de vente annoncée par l’importateur. Selon les informations communiquées, les cargaisons avaient été déclarées comme destinées à un point de distribution officiel, mais leur orientation effective s’écartait du circuit prévu. Les équipes de contrôle ont redirigé les véhicules vers la station concernée et procédé à l’interpellation des personnes impliquées.

Cette intervention intervient dans une période où la disponibilité du carburant reste limitée dans plusieurs localités du pays. Les stations fonctionnent de manière irrégulière depuis plusieurs semaines et les volumes reçus ne permettent pas toujours de répondre à la demande. Les difficultés d’approvisionnement ont entraîné une hausse des prix et des files d’attente récurrentes.

Quelques semaines avant cette opération, un camion transportant quarante-cinq mille litres de gasoil avait déjà été saisi dans la même région lors d’un transvasement vers un autre véhicule. Les éléments recueillis avaient montré que le chargement avait été revendu en dehors du circuit initialement déclaré, entraînant la saisie du carburant et l’interpellation des personnes en cause.

Les opérations successives menées dans la région illustrent le renforcement des contrôles autour de la distribution de carburant, alors que les autorités affirment maintenir leurs efforts pour stabiliser la situation et assurer l’acheminement des produits vers les stations autorisées.

Crise du carburant : Le pouvoir d’achat des Maliens à rude épreuve

Les effets de la crise du carburant que traverse le Mali depuis plusieurs semaines s’étendent à tous les secteurs d’activité. Perturbant profondément le système d’approvisionnement du pays, elle provoque une hausse des prix et fragilise davantage un pouvoir d’achat déjà affaibli.

Depuis près d’un mois, le Mali vit une pénurie d’hydrocarbures qui impacte durement la vie économique et sociale. Transport, commerce ou encore éducation, les effets de la crise se font sentir partout. Alors que les autorités tentent d’organiser la distribution du peu de carburant disponible, les consommateurs redoutent les conséquences d’une situation qui menace directement leur quotidien.

« Depuis le 20 octobre, nous avons dû arrêter toutes nos activités, faute de gasoil », explique M. Touré, responsable d’une compagnie de transport interurbain. Une situation difficile pour le personnel et les usagers, contraints à un arrêt total des activités pendant une semaine, du transport de voyageurs au fret. Ce n’est qu’après la décision gouvernementale de ravitailler en priorité certains véhicules, dont ceux du transport public, que la compagnie a pu obtenir du carburant pour un premier bus et relancer sa ligne Bamako – Mopti le 27 octobre. Un signe d’espoir que le responsable souhaite durable, alors que le reste du parc attend toujours d’être ravitaillé. « Nous n’avons pas modifié nos tarifs, car nous obtenons le gasoil au même prix », précise-t-il.

Transports perturbés et prix en hausse

Mais cette stabilité ne se vérifie pas partout. Dans la capitale, les principaux moyens de transport, notamment les minibus SOTRAMA et les moto-taxis, ont augmenté leurs tarifs. Sur certains axes, les trajets sont passés de 300 francs CFA à 400 ou 500 francs. Les moto-taxis facturent désormais entre 1 500 et 4 000 francs CFA chaque trajet, parfois le double du tarif habituel. Certains conducteurs justifient ces hausses par le prix du carburant, vendu au marché noir jusqu’à 4 000 ou 5 000 francs CFA le litre. Dans plusieurs quartiers périphériques de Bamako, comme Kalaban, Faladié ou Baco-Djicoroni, les longues files de véhicules créent des embouteillages jusqu’à tard dans la nuit, perturbant le ramassage scolaire et la distribution des produits alimentaires.

La crise touche aussi les activités de transport de marchandises. Les maraîchers, livreurs de pain et transporteurs de produits frais peinent à acheminer leurs denrées, ce qui entraîne des pertes économiques importantes. Dans plusieurs marchés de Bamako, le prix de la tomate, de l’oignon ou du piment a doublé en une semaine. Les longues files d’attente dans les stations aggravent le désordre : des conducteurs de moto-taxis dorment sur place, à des kilomètres de leur domicile, pour espérer quelques litres d’essence.

Dommages collatéraux

L’école, elle aussi, subit de plein fouet les conséquences de la crise. La pénurie de carburant perturbe les déplacements des enseignants et des élèves. Le 26 octobre 2025, dans un communiqué conjoint lu à la télévision nationale, le ministre de l’Éducation et son homologue de l’Enseignement supérieur ont annoncé la suspension des cours dans tous les ordres d’enseignement du 27 octobre au 9 novembre 2025. La mesure s’explique par les difficultés de transport engendrées par la pénurie. Certaines écoles avaient déjà anticipé une suspension depuis au moins une semaine et d’autres tentaient de fournir du carburant à leurs enseignants pour maintenir les cours dans une année déjà menacée par des grèves.

Pour beaucoup de parents, cette mesure a été un soulagement, car ils peinaient à assurer le déplacement de leurs enfants. Mais elle révèle aussi l’ampleur d’une crise qui paralyse la vie nationale. Si le télétravail reste une alternative pour certaines entreprises, d’autres se retrouvent bloquées : l’électricité est rationnée et les groupes électrogènes tournent au ralenti faute de gasoil.

Boubacar Sacko, cadre dans une banque de la place, témoigne : « la semaine dernière, nous avions encore du carburant, mais cette semaine, nous travaillons depuis la maison parce que notre stock est épuisé ». Le 28 octobre, la ville de Bamako s’est transformée en une immense file d’attente. L’arrivée d’un convoi de citernes, la veille, a permis de livrer certaines stations, mais les bouchons étaient tels que ses automobilistes ont préféré passer la nuit sur place. Fonctionnaires, conducteurs de motos-taxis ou livreurs de pain : tous sacrifient leur confort pour continuer à « tenir ».

Prix sous tension

La maîtrise des prix constitue l’un des défis les plus redoutés de cette crise. Malgré les assurances du Gouvernorat du district de Bamako sur la disponibilité des produits et la stabilité des tarifs, les inquiétudes demeurent. Lors d’une réunion tenue le 27 octobre, les autorités locales ont rappelé que les prix du riz, du mil et du maïs n’avaient pas changé. Mais sur le terrain la situation évolue vite.

Fortement dépendant des importations pour ses biens de consommation courants, le Mali est vulnérable à toute perturbation logistique. « Nous importons presque tout ce dont nous avons besoin, ce qui nécessite des moyens de transport et d’énergie conséquents », explique le Dr Sékou Diakité, enseignant à la Faculté des sciences économiques et de gestion (FSEG). Le manque de carburant, souligne-t-il, perturbe dangereusement la chaîne d’approvisionnement et crée un effet domino sur les prix.

« La rareté du carburant, associée à la mauvaise habitude d’augmenter les prix même sans raison, entraîne une hausse quasi inévitable », poursuit le chercheur. Le retard des livraisons perturbe la loi de l’offre et de la demande, provoquant une inflation progressive. Même si le prix officiel à la pompe est inchangé, les longues heures d’attente et les surcoûts du transport augmentent indirectement les prix finaux.

Certaines structures comme les boulangeries, qui fonctionnent au gasoil en l’absence d’électricité, ont réduit leur production, tandis que d’autres ont relevé leurs prix. L’électricité, elle-même tributaire du carburant, voit son coût grimper, entraînant une hausse des charges dans les petites entreprises artisanales et industrielles. Sur le marché, les prix du sucre, du riz et du mil restent officiellement stables, mais les commerçants et consommateurs s’interrogent : jusqu’à quand ? Face à l’ampleur de la pénurie, plusieurs associations de consommateurs ont demandé au gouvernement de publier un calendrier clair de distribution et d’intensifier la communication sur les volumes disponibles afin d’éviter la désinformation.

Trouver l’équilibre

Pour gérer l’urgence, « il faut explorer toutes les voies d’approvisionnement », recommande le Dr Diakité. Il plaide pour un approvisionnement rapide et encadré, tout en imposant des règles strictes aux opérateurs économiques. À long terme, il suggère la construction d’une raffinerie nationale afin d’importer du pétrole brut et d’augmenter les capacités de stockage. Il estime également nécessaire de constituer un stock de sécurité pour les forces armées, afin de préserver leur mobilité opérationnelle.

L’extension rapide de Bamako complique encore la situation. Ses habitants, installés toujours plus loin du centre, dépendent des transports motorisés pour travailler, étudier ou commercer. « Cette crise peut être l’occasion pour l’État de reprendre le contrôle du circuit du carburant et de réduire la mobilité des groupes armés terroristes », estime Mahamadou Beïdaly Sangaré, enseignant-chercheur à la FSEG. Selon lui, elle devrait pousser le Mali à diversifier ses sources d’approvisionnement et à relancer le dossier des biocarburants, un secteur prometteur encore peu exploré.

Pour les observateurs, cette crise agit comme un révélateur des fragilités structurelles du pays, entre dépendance extérieure, manque d’infrastructures, déficit de coordination et de communication entre acteurs publics et privés. Elle souligne aussi la nécessité d’une planification durable pour éviter que les crises logistiques ne se transforment en crises sociales.

Crise de carburant : Les revendeurs sur la sellette

Le Mali tente d’enrayer la pénurie de carburant qui paralyse l’économie depuis plusieurs semaines. Les autorités ont restreint la vente aux acteurs informels, une mesure qui accentue les difficultés des populations rurales et de milliers de petits opérateurs.

La crise du carburant affecte désormais tous les secteurs d’activité. Depuis les attaques de camions-citernes survenues mi-septembre, l’approvisionnement est fortement perturbé, aggravant la pénurie jusque dans la capitale. Face à l’ampleur de la situation, les autorités ont annoncé des mesures destinées à stabiliser le marché et à sécuriser la chaîne logistique. Parmi celles-ci, la restriction de la vente par les revendeurs, censée éviter les spéculations et limiter le détournement du produit vers les groupes armés. Une mesure jugée nécessaire mais difficile à appliquer dans un contexte de forte demande et de hausse continue des prix.

De plus, cette crise a déjà provoqué une baisse sensible du transport des marchandises et du trafic urbain, entraînant des pertes économiques estimées à plusieurs milliards de francs CFA. Le Mali, dont la consommation mensuelle avoisine 65 millions de litres pour une capacité de stockage de 53 853 m³, est dépendant à plus de 90% des importations transitant principalement par le port de Dakar. Toute perturbation logistique sur cet axe ou aux frontières fragilise l’ensemble du système énergétique national.

Gestion à long terme

La pénurie a révélé les limites structurelles du dispositif de gestion et de distribution des produits pétroliers. Pour résoudre durablement la crise, les autorités annoncent le renforcement des escortes des camions-citernes, la surveillance accrue de la distribution afin d’éviter les pratiques spéculatives et une politique de stockage plus ambitieuse.

À Bamako, les files d’attente s’allongent devant les stations-service tandis que les revendeurs informels prospèrent. Entre 1 500 et 2 000 francs CFA le litre, les consommateurs n’ont guère le choix. Dans les villes de province, les autorités tentent de rationner la distribution quand le produit est disponible. À Ségou, un conducteur de mototaxi confie : « cela fait trois jours que j’attends. Les stations disent qu’il n’y en a plus. » En attendant le prochain ravitaillement, il espère que « les autorités reprendront le dessus ».

Dans d’autres localités comme Fana ou Moussala, les habitants évoquent les mêmes difficultés d’approvisionnement. Les revendeurs, désormais exclus du circuit, peinent à s’adapter tandis que les populations redoutent une crise prolongée. Au-delà de la gestion immédiate, la situation interroge sur la soutenabilité du modèle énergétique national et le coût croissant des subventions publiques dans un contexte de tensions budgétaires.

Pénurie de carburant : Bamako en panne sèche

Depuis plusieurs semaines, les stations-service maliennes tournent à vide. Dans la capitale comme à l’intérieur du pays, les files s’allongent, les prix flambent et la colère gronde. Entre perturbations sécuritaires et faibles capacités de stockage, la crise du carburant met à genoux une économie déjà fragilisée.

Plusieurs localités du pays sont confrontées depuis quelques semaines à une pénurie de carburant. Des difficultés d’approvisionnement perturbent fortement la distribution de l’essence et du gasoil. L’insuffisance de ces produits, indispensables à la vie économique et sociale, conduit à une flambée des prix et à une forte affluence dans les points de vente. En attendant une sécurisation de l’approvisionnement, les populations craignent une nouvelle crise.

Selon les chiffres de l’Office malien des produits pétroliers (OMAP), la consommation quotidienne moyenne du pays est estimée à 3,5 millions de litres, dont près de 60% destinés à la seule capitale. Cette dépendance logistique accrue explique la rapidité avec laquelle la moindre rupture d’approvisionnement se répercute sur l’ensemble du territoire.

Le 7 octobre 2025, plusieurs stations-service et points informels de vente de carburant sont pris d’assaut par des centaines de citoyens. L’attente est interminable et certains s’impatientent. Écoliers, commerçants ou conducteurs de moto-taxis, ils ont besoin de carburant pour se rendre à l’école, au travail ou pour exercer leur activité. Pendant ce temps, le circuit parallèle fonctionne à plein régime : ceux qui ont flairé une opportunité achètent du carburant pour le revendre plus cher à des usagers sans alternative. Dans certains quartiers de Bamako, notamment à Faladié et à Magnambougou, des revendeurs clandestins exposent désormais leurs bidons à la vue de tous. Les ventes se font à la sauvette, parfois à proximité immédiate des stations-service, sans contrôle ni mesures de sécurité.

Médecin au centre de santé de référence de Kalaban Coro, le Dr Assitan Sidibé observe avec inquiétude le tableau de bord de son véhicule. « la quantité de carburant que j’ai peut m’amener au service. Au retour, si je n’ai pas de carburant, je prendrai si possible un transport en commun », se résigne-t-elle. Comme elle, des dizaines de travailleurs ne savent pas s’ils auront le lendemain de quoi se déplacer. Certains étaient déjà en panne sèche faute d’avoir pu s’approvisionner.

Les hôpitaux et les centres de santé sont parmi les premiers touchés par cette pénurie. Certains établissements ont dû réduire les services de nuit ou recourir à des générateurs alimentés par des réserves limitées.

« Il n’y a plus d’essence », c’est la réponse la plus courante que l’on entend dans les quelques stations encore ouvertes. « Nous attendons du carburant d’ici ce soir », espère un pompiste. Dans celles qui disposent encore de carburant, les files d’attente s’allongent, créant une certaine tension et obligeant les gérants à faire appel aux forces de l’ordre pour éviter les débordements.

Des affrontements ont d’ailleurs été signalés dans plusieurs stations de la rive droite, où des automobilistes, excédés par les longues files, ont exprimé leur colère. Les forces de sécurité ont dû intervenir à plusieurs reprises pour disperser des attroupements.

Cette situation, qui risque de durer encore quelques semaines, impacte fortement la vie des citoyens, déjà éprouvés par la cherté de la vie. Par un effet domino, le prix de certains produits a grimpé en flèche, à l’image du gaz butane, dont la bouteille de 6 kilos revient désormais à 10 000 francs CFA contre 6 000 auparavant. Selon certaines sources, cette flambée pourrait se prolonger si les flux d’importation ne reprennent pas rapidement.

Tension palpable

« C’est seulement ces derniers jours que les citoyens ont touché du doigt le manque. Nous, nous le vivons depuis des semaines » estime un acteur du secteur des hydrocarbures. Depuis les attaques de camions-citernes sur l’axe Kayes – Bamako en septembre 2025, l’approvisionnement du pays est gravement perturbé. Des centaines de camions, bloqués aux frontières, n’entrent plus qu’au compte-goutte et  sous escorte. La faiblesse du stock, qui ne couvre qu’une courte période de consommation, met le marché sous pression.

Pour remédier à la situation, les autorités ont annoncé leur volonté de tout mettre en œuvre pour éviter la rupture. Mais, malgré les assurances, la pénurie redoutée a gagné la capitale. Lors d’un point de presse, le 7 octobre, la Direction générale du Commerce et de la Concurrence a dénoncé les acteurs ne respectant pas les prix plafonds et promis des sanctions. Sur le terrain, cependant, les spéculations persistent. Selon les zones, le bidon d’un litre et demi se négocie entre 2 000 et 4 000 francs CFA.

Conséquence immédiate, les transports en commun – notamment les moto-taxis, très sollicités à Bamako – ont révisé leurs tarifs. Des trajets habituellement facturés 1 000 francs CFA coûtent désormais entre 1 500 et 2 000 francs. « L’essence coûte cher », ses justifient les conducteurs.

Environ 300 camions-citernes sont arrivés en fin de journée le 7 octobre, selon la télévision nationale. Une arrivée qui n’a pas mis fin aux longues files d’attente, visibles dès le lendemain matin dans les stations approvisionnées.

Effets redoutés

Les attaques de citernes ont occasionné des pertes considérables en carburant et en matériel, estimées à plusieurs centaines de millions de francs CFA. À cela s’ajoutent les frais liés aux escortes sécurisées, qui alourdissent encore les coûts de distribution et risquent de provoquer une hausse générale des prix.

Pour l’heure, les tarifs officiels restent fixés à 775 francs CFA le litre de super et 725 francs CFA pour le gasoil, mais le marché informel fait déjà grimper le litre d’essence à plus de 1 300 francs CFA à Bamako. Une nouvelle pression sur le pouvoir d’achat d’une population déjà éprouvée.

Rationnement nécessaire

Dans ce contexte de pénurie, chaque litre de carburant est devenu vital. Le fonctionnement de plusieurs services essentiels, notamment la santé et l’énergie, dépend directement de sa disponibilité. En 2024, les besoins du Mali en carburant avaient été estimés à 500 millions de litres, soit 309 milliards de francs CFA.

Depuis plusieurs semaines, les clients d’Énergie du Mali (EDM) subissent une chute brutale de la fourniture d’électricité : de 12 heures quotidiennes, la moyenne est passée à 6, voire 4 heures, rappelant les lourds délestages du début d’année. Cette absence d’énergie pénalise directement les entreprises et l’économie urbaine.

Pour répartir équitablement les quantités disponibles, les distributeurs s’efforcent de servir d’abord les secteurs prioritaires comme la santé, l’énergie ou les administrations publiques. Une rationalisation rendue difficile par la spéculation. « Le pire, c’est le comportement de certains spéculateurs », déplore un distributeur. « Ils achètent un bidon de 20 litres 15 000 francs CFA en station et le revendent aussitôt  30 000 francs ».

Renforcer le stockage

Avec une consommation annuelle estimée à 1,3 million de m³, le Mali ne dispose que d’une capacité de stockage de 53 853 m³, soit à peine l’équivalent d’un mois de consommation. Cette insuffisance structurelle et les perturbations logistiques expliquent la tension actuelle.

Pour pallier ces difficultés, les autorités envisagent de créer un stock national de sécurité, projet déjà à l’étude depuis plusieurs années. Son objectif : garantir une autonomie minimale de deux à trois mois en cas de crise régionale. Parmi les mesures prioritaires figurent l’élargissement des dépôts de stockage dans les zones stratégiques et la diversification des corridors d’importation, notamment via la Mauritanie.

L’axe Kayes – Bamako, qui représente plus de 50% du trafic national de carburant, reste le principal cordon d’approvisionnement du pays. De sa vitalité dépend la stabilité de toute l’économie.

Fatoumata Maguiraga

Hausse du prix du carburant : L’insécurité mise en cause

Mahina, Niafunké, Yorosso : plusieurs localités du Mali connaissent une flambée du prix du carburant. Ces hausses, imputables à la situation sécuritaire, varient d’une zone à l’autre. En attendant des mesures durables, les populations s’adaptent, entre inquiétude et résignation.

Le prix du carburant connaît depuis quelques jours une hausse importante dans certaines localités du pays. Cette augmentation est une conséquence directe des difficultés d’approvisionnement, notamment après l’attaque d’un convoi de camions citernes dont certains ont été incendiés.

Selon des médias locaux, le 17 septembre à Mahina, le bidon de 20 litres d’essence est passé de 13 000 à 15 000 francs CFA, soit 850 francs CFA le litre contre 750 francs auparavant. Le détournement d’une citerne, vidée de son contenu, serait à l’origine de cette hausse, selon les acteurs. Ces derniers craignent désormais des difficultés d’approvisionnement dans les semaines à venir, ce qui fait planer un risque de pénurie de carburant dans cette localité.

Si ces localités partagent une augmentation subite et anarchique du prix du carburant, les raisons invoquées diffèrent d’une ville à l’autre. À Niafunké, l’augmentation s’est appliquée de manière anarchique. « Dès que les citernes ont été attaquées sur la route de Kayes, ils ont changé les prix », témoigne un habitant. Le litre est passé de 800 à 1 500 francs CFA, seul un vendeur ayant maintenu ses prix habituels. Pour protester, certains habitants ont arrêté leurs motos. Le 23 septembre, un nouveau ravitaillement a mis fin à la pénurie qui s’installait, offrant un répit aux usagers.

À Yorosso, le litre d’essence est entre 1 500 et 2 000 francs CFA depuis le 22 septembre. En cause, l’insécurité sur la route entre le Burkina Faso et Yorosso, via Kouri. Cet axe est soumis à des braquages et enlèvements, dissuadant les commerçants d’emprunter cette route.

Situation instable

À Bamako, certaines stations-services ont enregistré des hausses de 25 francs CFA à 50 francs CFA, sans dépasser les prix officiels en vigueur depuis mars 2025. En effet, le 26 mars 2025, les prix à la pompe pour le super carburant et le gasoil sont passés respectivement de 800 à 775 francs CFA et de 750 à 725 francs CFA, soit une baisse de 25 francs CFA par litre.

Ces hausses locales du prix du carburant représentent un défi supplémentaire et sont le reflet des conséquences de la tension sécuritaire, qui cible de plus en plus l’économie malienne.

Fatoumata Maguiraga

Mali – Niger : signature d’une convention énergétique pour ravitailler le Nord

Une convention a été signée hier après-midi à Niamey entre les autorités maliennes et nigériennes pour renforcer l’approvisionnement en hydrocarbures des régions nord du Mali.

Cette cérémonie, empreinte de chaleur et de convergence stratégique, marque une nouvelle étape dans la coopération au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

L’accord prévoit une livraison régulière de carburant en direction des zones enclavées du Nord malien, confrontées à des pénuries sévères ayant fait grimper les prix du litre à plus de 2 000 FCFA, contre 775 FCFA au tarif réglementé. Ce partenariat logistique mobilise la SONIDEP côté nigérien, en lien avec les distributeurs maliens.

Il s’agit également d’une concrétisation d’un engagement formulé par le Niger en décembre 2023, à savoir la fourniture de 150 millions de litres de carburant au Mali, dans un contexte de crise énergétique nationale. L’objectif est double : soulager les populations du Nord malien et renforcer une souveraineté énergétique collective au sein de l’AES.

« Le Nord du Mali est notre neuvième région », a déclaré Abdoulaye Seydou, ministre nigérien du Commerce, en soulignant l’importance de l’intégration énergétique dans la construction d’une solidarité stratégique régionale. Cette convention, sans effet d’annonce exagéré, traduit une volonté commune d’investir dans une coopération pragmatique, fondée sur la complémentarité des ressources et la stabilité logistique.

Baisse du prix du carburant au Mali : Une mesure salutaire  mais sans impact sur les coûts de la vie quotidienne

À compter de ce vendredi 11 octobre, une nouvelle grille tarifaire pour le carburant entre en vigueur au Mali. Le prix du litre d’essence baisse de 850 F CFA à 800 F CFA, et celui du gasoil passe de 800 F CFA à 750 F CFA. Cette réduction, bien que modeste, a été accueillie avec satisfaction par les automobilistes et les transporteurs.

Toutefois, cette baisse n’a, pour l’heure, aucun impact sur les prix des denrées de première nécessité ni sur les tarifs des transports au Mali. Les consommateurs, qui espéraient un ajustement des prix des produits alimentaires et autres services liés au carburant, demeurent donc perplexes face à cette situation.

Cette décision de révision à la baisse du prix du carburant vise à soutenir le pouvoir d’achat des citoyens. Selon des experts, cette baisse s’explique par plusieurs facteurs, tels que les fluctuations du prix du pétrole sur le marché international.

Néanmoins, bien que le carburant joue un rôle important dans le coût des produits de première nécessité et des transports, aucune mesure n’a été annoncée pour adapter les prix de ces biens et services en conséquence. Nombreux sont les consommateurs déçus par le fait que cette baisse n’ait pas de répercussions visibles sur les prix des produits du quotidien.

Cette situation alimente les débats sur la nécessité d’une meilleure régulation des prix et sur l’importance d’une surveillance des marges appliquées par les distributeurs. Pour justifier cette situation, les acteurs du secteur des transports et les distributeurs alimentaires invoquent souvent des coûts fixes et des engagements financiers qui ne permettent pas une réduction immédiate de leurs tarifs.

Bien que la baisse des prix du carburant soit un premier pas important, son influence sur le panier de la ménagère et les coûts de transport demeure incertaine.

Délestages : jusqu’à quand ?

De plusieurs heures dans la capitale à plusieurs jours dans certaines localités, les coupures d’électricité ont atteint une ampleur jamais égalée. Mettant à mal l’activité économique et provoquant la colère des consommateurs, ces délestages intempestifs sont devenus le lot quotidien des clients de la société Énergie du Mali (EDM). Entre absence d’investissements et mauvaise gestion généralisée, le bout du tunnel semble encore loin.

Dans une interview diffusée sur ORTM1, la chaîne nationale, le 24 octobre 2023, la ministre en charge de l’Énergie et de l’eau depuis le 1er juillet 2023 a tenté d’expliquer les nombreux délestages subis dans la fourniture de l’électricité.

Surfacturations, vols de carburants, pénuries organisées et autres fraudes, les pratiques malsaines au sein de la société chargée de la production et de la distribution de l’électricité ont atteint un niveau inquiétant, selon elle. La mauvaise gestion au sein d’EDM, qui est même devenue un instrument politique aux dires de la ministre, ne date pas de maintenant. Un véritable système où commerçants et travailleurs sont complices. Souvent, au lieu d’une facture, ce sont deux à trois qui ont été retrouvées pour un seul récépissé de réception.

Suite aux contrôles effectués, c’est un montant d’un milliard six cents millions de factures supplémentaires qui a été enregistré chez un seul fournisseur sur deux mois de vérification. Chez un autre, rien qu’en 2022 ce sont 52 factures supplémentaires pour un montant de 18 milliards de francs CFA qui ont été découvertes.

Les principaux fournisseurs auxquels EDM doit de l’argent sont ceux qui lui livrent des carburants et ceux qui lui fournissent de l’électricité. Pour une dette totale de 600 milliards de francs CFA et 800 fournisseurs.

Ce manque de rigueur généralisé a même entraîné un déficit de production qui a empiré au fil du temps, expliquant la dégradation actuelle. Selon la responsable du département, le fioul, plus économique, aurait été délaissé au profit du gasoil, exonéré et facilement détourné. Ainsi, entre Balingué, la centrale qui reçoit et distribue le carburant aux autres centrales du pays, « des quantités » importantes ont disparu, « des manquants qui se sont accumulés ». Jusqu’à 59 citernes en 4 jours.

Une déclaration qui a mis le feu aux poudres et fait bondir les syndicats. Lors d’une Assemblée générale suivie d’une conférence de presse, le 27 octobre 2023, les représentants des trois syndicats d’EDM ont contesté les propos de la ministre.

Arrêter l’hémorragie

Pour résoudre de façon urgente les problèmes et réduire les délestages, la ministre évoque quelques pistes. Des sanctions à l’encontre de ceux qui ont commis des fautes et l’identification de tous les protagonistes impliqués dans cette chaîne de fraude. Dans la foulée, Madame Bintou Camara a rencontré les opérateurs pétroliers le 30 octobre 2023. L’une des mesures adoptées est la « réduction drastique du nombre des fournisseurs », qui passe de 800 à 4 sociétés. « Dans un avenir proche », la première responsable du département de l’Énergie promet d’élaborer des contrats de management de la quantité de carburant livrée pour accentuer les contrôles dans ce domaine. Ce qui permettra en outre de faire du stockage et de prévenir les coupures, parce qu’il n’existe pas pour le moment de seuil d’alerte. Avec les promesses de livraison prochaine de carburant en provenance de Russie, la desserte pourrait s’améliorer, promettent également les autorités.

Les pertes de la société sont aussi financières et il y a un besoin pressant de mobiliser entièrement les recettes. Les problèmes de trésorerie au niveau d’EDM ne datent pas non plus de maintenant. En effet, plusieurs fois, pour payer les salaires, la société était obligée de faire des découverts à la banque, s’installant dans un cycle infernal d’endettement qui a atteint des sommets, confie un ancien agent.

EDM a donc besoin d’encaisser toutes ses factures, ce qui n’est pas encore le cas, notamment auprès des services de l’État, qui sont de grands consommateurs mais de mauvais payeurs.

Estimées à 20 milliards de francs CFA, les recettes mensuelles, dont 18 milliards servent à payer les fournisseurs et 2 milliards les salariés, doivent être améliorées, en même temps qu’une diminution des charges. Dont celles du personnel, estimé par la ministre à 2 500 travailleurs et environ 500 stagiaires. Un dernier chiffre contesté par les syndicats, qui dénoncent des recrutements inopportuns, surtout suscités par les autorités, ne reconnaissant que 15% de « part » dans le dernier recrutement.

Assumer les responsabilités

Refusant d’être les « responsables » de cette situation, les représentants du Syndicat national des Constructions civiles, des mines et de l’énergie (SYNACOME) se sont dits « touchés » par les propos de leur autorité de tutelle. « Nous sommes témoins que les gens travaillent à l’EDM. Nous sommes atteints lorsqu’on nous accuse d’être des voleurs. Nous ne sommes pas tous bien, mais ces propos nous ont touchés », a dit Baba Dao, Président du SYNACOME. Expliquant que leurs familles ainsi que des agents de terrain ont été mis en danger par les propos tenus, il propose comme solution le financement.

C’est au ministère de définir la vision qui va permettre d’assurer l’alimentation du pays en électricité. L’élément déclencheur de la situation que nous vivons aujourd’hui ne date pas de maintenant, explique un acteur du domaine. Si la définition de la politique (notamment du choix du mix énergétique) est le rôle de l’État, la fourniture de l’électricité, principalement dans les grandes villes, revient à l’EDM. L’AMADER et d’autres acteurs s’occupant d’autres aspects.

Malgré la forte demande, « EDM n’a pas intérêt à raccorder de nouveaux clients, parce que le prix de vente moyen de l’électricité est inférieur à son coût de production ». Chaque nouveau client est donc un trou de plus ajouté au déficit. Cependant, les pertes d’EDM augmentant, il faut s’interroger. Ce prix de revient est-il optimisé ? La plus grande part de l’énergie produite est thermique. Elle fonctionne à partir de carburant que nous importons et dont nous ne maîtrisons pas le prix. Le second problème est la mauvaise gestion d’EDM. « Il faut donc assainir et bien gérer le peu que nous avons », suggère-t-il. Le vol de carburant dénoncé est réel, poursuit-il. Le fait que beaucoup de travailleurs ont leurs propres sociétés qui sous-traitent des marchés est aussi une réalité, tout comme les surfacturations et bien d’autres choses. Des sociétés qui n’ont aucune expertise et se voient attribuer des marchés sur des fausses bases. Tout cela mis bout à bout ne peut qu’augmenter les charges. S’agissant du personnel, il doit aussi être optimisé, avec les compétences nécessaires. À EDM, il faut réduire les pertes techniques et commerciales. Parmi les mesures urgentes, il faut aussi envisager de contrôler la consommation afin d’éviter le gaspillage énergétique et réduire les pertes auprès des gros consommateurs, en mettant en place des « systèmes automatisés au lieu d’investir un milliard pour augmenter la capacité et réduire les gaspillages en investissant la moitié de cette somme », par exemple.

De janvier à septembre 2023, l’État assure avoir subventionné la société EDM à hauteur de 106 milliards, pour payer notamment ses fournisseurs. Il a également reconstitué son capital pour 146 milliards. Mais EDM est confrontée à des difficultés d’investissement dans ses installations de production, de transport et de distribution. La société, endettée et déficitaire, n’arrive pas non plus à s’autofinancer. Ses coûts de production d’énergie se situent entre 140 et 160 francs CFA le kWh, alors qu’elle le vend aux populations 90 francs CFA en moyenne. En février dernier, trois ministres, Abdoulaye Maïga, Alousséni Sanou et Lamine Seydou Traoré (alors ministre de l’Énergie) avaient été mobilisés par le gouvernement lors du Salon des investisseurs pour l’Énergie au Mali (SIEMA 2023), dans l’optique de plaider auprès des partenaires pour débloquer près de 600 milliards de francs CFA pour le Plan de Développement du sous-secteur de l’Électricité sur la période 2022 – 2026. L’activité de deux jours, qui a réuni plus de 200 participants, n’a finalement réussi à récolter que 50 milliards.

Aujourd’hui, si les autorités promettent moins de délestages, espérant qu’il n’y aura plus de ruptures dans la fourniture de carburant, elles invitent à la patience, car l’amélioration promise n’est pas encore au rendez-vous. Dans la capitale, la grogne monte, même si ses formes ne se dessinent pour l’heure pour la plupart que sur les réseaux sociaux.