Plan de réponse humanitaire 2026 : les autorités maliennes et les partenaires humanitaires fixent le cadre

Le Plan de réponse humanitaire 2026 a été présenté le 5 février 2026 à Bamako. Il encadre l’assistance humanitaire pour l’année en cours dans un contexte marqué par des besoins élevés et des contraintes de financement persistantes.

La ministre de la Santé et du Développement social, le colonel-major Assa Badiallo Touré, a pris la parole lors de la cérémonie de présentation du Plan de réponse humanitaire 2026 tenue à Bamako. Elle a rappelé l’engagement des autorités à soutenir les populations les plus vulnérables, notamment les personnes déplacées internes, les réfugiés, les retournés et les rapatriés maliens. La ministre a indiqué que des mesures sont engagées pour restaurer la paix et faciliter le retour des personnes déplacées dans leurs localités d’origine. Elle a également souligné que la prise en compte des effets du changement climatique figure parmi les priorités nationales, avec des actions orientées vers la mitigation et le renforcement de la résilience.
La présentation du plan s’est déroulée sous la coordination du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies au Mali, OCHA, en présence de représentants du gouvernement, des agences des Nations unies, des partenaires techniques et financiers ainsi que des organisations humanitaires nationales et internationales.
Selon le document publié sur ReliefWeb, 5,1 millions de personnes sont identifiées comme ayant besoin d’une assistance humanitaire au Mali en 2026. La communauté humanitaire prévoit d’orienter ses interventions vers 3,8 millions de personnes. Le financement requis pour la mise en œuvre du plan est estimé à 577,9 millions de dollars. Le contexte humanitaire demeure marqué par l’insécurité persistante, les déplacements de populations, les vulnérabilités socio-économiques structurelles, les chocs climatiques et des épisodes épidémiques, en particulier dans les régions du nord et du centre du pays.
Le dispositif prévoit une priorisation géographique des interventions dans 97 des 159 cercles administratifs du Mali. Parmi ces zones, 45 cercles présentent des poches de sévérité aiguë intégrées au ciblage, y compris lorsque le niveau global de sévérité du cercle n’atteint pas le seuil critique selon l’échelle multisectorielle utilisée par les acteurs humanitaires.
Les données rappellent que la réduction de plus de 20 % du nombre de personnes ciblées, du financement requis et du nombre de personnes identifiées comme étant dans le besoin par rapport à 2025 ne traduit pas une amélioration de la situation humanitaire. Selon le Financial Tracking Service des Nations unies, le Plan de réponse humanitaire 2025 pour le Mali avait requis 771,3 millions de dollars. Au 6 février 2026, le financement total rapporté s’élevait à 225 millions de dollars, dont 179,7 millions de dollars mobilisés à travers les plans coordonnés, soit un taux de couverture de 23,3 %.
Présentant le cadre opérationnel de la réponse humanitaire, la coordonnatrice résidente des Nations unies au Mali et coordonnatrice humanitaire, Hanaa Singer-Hamdy, a indiqué que l’action humanitaire avait permis d’assister 1,8 million de personnes en 2025 malgré des contraintes d’accès et de financement. Elle a précisé que le dispositif 2026 vise à fournir une assistance vitale tout en renforçant les liens entre aide humanitaire, relèvement et développement, conformément aux orientations des Nations unies.
Pour l’année 2026, le plan met en évidence des besoins humanitaires encore importants, notamment en matière d’abris, d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, d’éducation, de nutrition, de protection et de sécurité alimentaire, tels que documentés dans le résumé exécutif publié par OCHA.
En 2026, la situation humanitaire au Mali reste marquée par des besoins élevés, dans un contexte de contraintes persistantes sur les financements.

Besoins humanitaires : L’urgence s’installe face au recul des financements

La crise humanitaire s’inscrit désormais dans la durée, avec des besoins en hausse constante et des financements qui peinent à suivre. À l’approche d’un nouveau Plan de réponse, l’écart entre l’ampleur des vulnérabilités et les moyens mobilisés apparaît plus marqué que jamais.

La présentation annuelle d’un Plan de réponse humanitaire constitue un moment-clé pour évaluer l’évolution des vulnérabilités et la capacité collective à y répondre. Au Mali, cet exercice dépasse désormais la logique d’une planification conjoncturelle. Il s’inscrit dans une dynamique plus profonde, marquée par l’installation durable de l’urgence et par une tension persistante entre besoins humanitaires et ressources disponibles.

Les données consolidées pour les dernières années confirment cette tendance. Environ 6,4 millions de personnes sont aujourd’hui identifiées comme ayant besoin d’une assistance humanitaire. Parmi elles, 5,1 millions sont ciblées par les interventions prévues dans le cadre du prochain Plan, soit près de 21 à 22% de la population nationale, l’équivalent d’un Malien sur cinq. Ce ratio illustre une crise qui ne relève plus d’un choc ponctuel, mais d’un phénomène structurel.

Pour Yaya Mémé, Coordinateur national éducation de l’ONG AMSS, cette situation s’inscrit dans une crise humanitaire multidimensionnelle installée dans la durée, nourrie par l’enchaînement des conflits, des chocs climatiques, des déplacements massifs de populations et de l’insécurité alimentaire, dans un contexte de croissance économique limitée. Selon lui, l’accumulation de ces facteurs a contribué à élargir et complexifier les besoins sur l’ensemble du territoire.

Sous-financement structurel

Sur le plan financier, l’écart entre les besoins exprimés et les ressources mobilisées demeure significatif. Pour l’année 2025, les besoins du Plan de réponse humanitaire avaient été évalués à 771,3 millions de dollars américains, soit près de 463 milliards de francs CFA. À la date de consolidation, les financements mobilisés atteignaient environ 164,1 millions de dollars, correspondant à un taux de couverture d’environ 21%.

Selon Yaya Mémé, ce niveau de financement place le Mali parmi les appels humanitaires les moins financés à l’échelle mondiale, alors même que les besoins ont continué de progresser. Même en intégrant les financements humanitaires déclarés hors plan, le volume total reste très inférieur aux montants requis.

Ce sous-financement chronique pèse directement sur la nature et l’ampleur de la réponse humanitaire. Alassane Maïga, gestionnaire de programmes spécialisé dans le nexus humanitaire, paix et développement, estime que cette situation s’inscrit dans une crise de financement plus large, dans un contexte international de plus en plus contraint. Il souligne notamment la transformation progressive de sites d’accueil d’urgence en installations de long terme, sans services durables ni perspectives de stabilisation.

Faute de ressources suffisantes, les acteurs humanitaires sont contraints d’opérer des arbitrages permanents. La priorisation devient un principe structurant de l’intervention, conduisant à concentrer les efforts sur les situations jugées les plus critiques au détriment d’autres besoins pourtant identifiés. Cette gestion de la rareté transforme progressivement l’action humanitaire en un exercice d’équilibre constant.

Déplacements prolongés

La situation des personnes déplacées internes (PDI) illustre cette pression structurelle. Le Mali compte environ 414 524 déplacés internes. Une part importante vit dans des situations de déplacement prolongé, avec des besoins croissants en matière de logement, de protection, de moyens de subsistance et d’accès aux services sociaux de base. Les ressources disponibles permettent le plus souvent d’apporter une réponse partielle, centrée sur l’urgence immédiate, sans offrir de perspectives à moyen terme.

Pour M. Maïga, la persistance de ces déplacements, combinée à l’absence de solutions durables pour les déplacés, les retournés et les réfugiés, maintient des centaines de milliers de personnes dans une vulnérabilité prolongée, avec des besoins qui dépassent désormais la seule réponse d’urgence.

Yaya Mémé observe par ailleurs que les besoins humanitaires ont progressé d’environ 10% par rapport à 2024, sous l’effet conjugué de la persistance des conflits, des blocages sécuritaires et des déplacements de populations. Selon lui, la réponse humanitaire limitée n’affecte pas uniquement les personnes déplacées, mais pèse également sur les communautés hôtes, de plus en plus sollicitées sans accompagnement suffisant, notamment dans les régions du Nord et du Centre.

Éducation sous tension

Le secteur de l’éducation figure parmi les plus durement touchés. À l’échelle nationale, 2 314 écoles restent fermées en raison de l’insécurité, privant 694 200 enfants d’accès à l’enseignement. D’après Yaya Mémé, le manque de financements a profondément fragilisé l’éducation en situation d’urgence, affectant non seulement les enfants privés d’école, mais aussi des milliers d’enseignants, dans un contexte où les capacités de soutien ont été fortement réduites.

Ena El Mehdi, responsable des programmes éducation et protection au sein de l’ONG Educo, souligne que « ce niveau de sous-financement expose directement les enfants à des risques accrus de déscolarisation et de violations graves, dans des régions déjà fragilisées comme le Centre et le Sud du pays ». Il relève que la réduction des financements a conduit à la suspension ou à la fragilisation de nombreux programmes éducatifs et de protection, laissant des milliers d’enfants sans accompagnement psychosocial malgré l’ampleur des besoins liés aux conflits.

Ces dynamiques ont des répercussions directes sur la protection de l’enfance, la cohésion sociale et les perspectives de développement à long terme. Pourtant, l’éducation en situation d’urgence demeure l’un des secteurs les moins financés, malgré son rôle reconnu dans la prévention des risques et le renforcement de la résilience.

Santé et protection affectées

Dans le domaine de la santé, les besoins continuent également de s’intensifier. Environ 3,7 millions de personnes nécessitent un accès à des soins de santé essentiels. L’insécurité, l’éloignement géographique de certaines localités et la fragilité des infrastructures sanitaires limitent l’accès aux services, en particulier dans les zones les plus affectées par le conflit. Les difficultés d’approvisionnement, le manque de personnel qualifié et la pression sur les structures existantes accentuent les vulnérabilités des populations concernées.

Maïga relève que les contraintes financières ont entraîné une réduction des capacités opérationnelles dans plusieurs zones critiques, affectant la disponibilité des services de santé primaires, des cliniques mobiles et des stocks de médicaments essentiels.

Les enjeux de protection traversent l’ensemble de la réponse humanitaire. Près de 3,1 millions de personnes sont identifiées comme ayant besoin de services de protection, mais seules 1,6 million sont effectivement ciblées par les interventions prévues. Violences basées sur le genre, violations des droits de l’enfant, risques liés aux déplacements et à l’insécurité figurent parmi les préoccupations majeures, accentuées par l’insuffisance des ressources consacrées aux mécanismes de prévention et de prise en charge.

Crise négligée

À ces défis internes s’ajoute un environnement international marqué par une contraction globale des financements humanitaires. Depuis plusieurs années, le Mali est régulièrement identifié par le Conseil norvégien pour les réfugiés comme l’une des crises humanitaires les plus négligées à l’échelle mondiale, en raison d’une combinaison persistante de sous-financement, de faible couverture médiatique internationale et d’attention politique limitée, malgré des besoins élevés et durables.

Maïga souligne que le retrait brutal de certains financements majeurs a eu un effet immédiat sur les opérations humanitaires, entraînant l’arrêt ou la réduction de programmes structurants. Yaya Mémé observe de son côté que cette contraction financière a conduit à la fermeture de programmes et à la réduction des capacités opérationnelles de nombreuses ONG, nationales comme internationales.

Présente sur le terrain, l’ONG AMSODE constate également une progression continue des besoins humanitaires, alimentée par les conflits, les déplacements et les chocs climatiques, dans un contexte où les financements ne suivent pas toujours cette dynamique. L’organisation relève que la contrainte financière pousse les acteurs humanitaires à privilégier des interventions plus ciblées et intégrées, en donnant un rôle central aux ONG nationales dans l’identification des besoins locaux et l’accès aux zones difficiles. Le sous-financement fragilise particulièrement la protection, l’éducation et l’accès à l’eau, tout en renforçant l’importance de la localisation de l’aide et de l’implication des communautés.

De son côté, Amina Dicko, responsable de l’ONG Solidaris 223, estime que le faible niveau de financement du Plan 2025 a creusé l’écart entre les besoins réels des populations vulnérables et les capacités de réponse, en particulier pour les femmes, les filles et les déplacés internes. Elle souligne une réduction du nombre de bénéficiaires et un recentrage sur l’urgence au détriment de la prévention et de la résilience. Face à ces contraintes, Solidaris 223 mise sur le renforcement des partenariats locaux, la mutualisation des ressources et des actions communautaires à fort impact, tout en plaidant pour un Plan 2026 plus inclusif et des financements plus flexibles au profit des acteurs locaux.

En attente du Plan 2026

La multiplication des crises à l’échelle mondiale, combinée aux ajustements budgétaires opérés par plusieurs pays donateurs, exerce une pression intense sur le système humanitaire international. Les appels à la priorisation et à l’efficacité s’inscrivent dans un contexte où les besoins progressent plus rapidement que les financements mobilisés.

Dans ce cadre, le nouveau Plan de réponse humanitaire s’inscrit dans une logique de priorisation et de gestion d’une urgence désormais structurelle. Pour M. Maïga, il devra à la fois jouer un rôle d’alerte auprès des bailleurs et servir de cadre pour renforcer les passerelles entre urgence, relèvement et développement, afin de limiter l’installation durable de l’assistance humanitaire.

À l’approche de son lancement, l’enjeu ne se limite plus à l’actualisation des chiffres. Les éléments disponibles décrivent une crise installée dans la durée, marquée par une réponse sous contrainte et une pression constante sur les populations comme sur les acteurs humanitaires. Pour Yaya Mémé, dans un contexte de ressources encore plus limitées, la réponse devrait se concentrer prioritairement sur le sauvetage des vies et les zones les plus affectées par l’insécurité et les chocs climatiques, au risque de laisser persister des vulnérabilités structurelles.

Assistance humanitaire : Plus de 6 millions de personnes dans le besoin en 2025

Lancé le 21 janvier 2025, le Plan de réponse humanitaire 2025 pour le Mali vise à fournir une assistance d’urgence à 4,7 millions de personnes ciblées sur les 6,4 millions au total dans le besoin. Pour atteindre cet objectif, la communauté humanitaire et le gouvernement du Mali appellent à la mobilisation de 771,3 millions de dollars.

Le plan cible principalement les personnes les plus touchées par les crises humanitaires et ayant des besoins critiques dans des secteurs-clés tels que la protection, l’éducation, la sécurité alimentaire, la santé, la nutrition, le logement et les articles ménagers de base, ainsi que l’eau, l’assainissement et l’hygiène.

Sur les 6,4 millions de personnes identifiées dans le besoin, 54% sont des enfants, 46% des femmes et 15% des personnes vivant avec un handicap. Les pourcentages sont les mêmes pour les 4,7 millions de personnes ciblées.

Objectifs stratégiques

Le Plan de réponse humanitaire 2025 vise deux principaux objectifs stratégiques. Le premier est de  sauver et de préserver la vie et la dignité des populations ayant des besoins critiques dans les zones touchées par des chocs, à travers une assistance multisectorielle d’urgence adéquate répondant à leurs besoins vitaux, avec une attention particulière aux personnes âgées, handicapées, enfants, femmes et survivants de VBG.

Le 2ème objectif stratégique est de garantir un accès minimal et équitable aux services sociaux de base aux personnes vulnérables, à travers une assistance multisectorielle adaptée à leurs besoins pour renforcer leurs capacités à prévenir, faire face et se relever des chocs.

Pour l’année 2025, les zones géographiques prioritaires pour les interventions humanitaires restent concentrées dans les régions du Centre et du Nord du pays, où la persistance des conflits continue de fragiliser les conditions de vie des populations et de complexifier les opérations d’assistance.

En 2024, seuls 38% du financement requis dans le cadre du Plan de réponse humanitaire ont été mobilisés. Malgré ce manque de financement et les contraintes d’accès, les partenaires humanitaires ont fourni une aide vitale à 1,8 million de personnes parmi les plus vulnérables, y compris celles vivant dans les zones les plus éloignées.

Khassim Diagne, Coordinateur par intérim de l’action humanitaire au Mali, espère un meilleur taux de financement en 2025. « Il est urgent que l’ensemble de la communauté humanitaire et les donateurs renouvellent leur engagement à répondre aux besoins humanitaires fondamentaux », souligne-t-il.

Mohamed Kenouvi