Office du Niger : Abdoulaye Diané nommé nouveau président-directeur général

Le Conseil des ministres du 16 janvier 2026 a procédé à la nomination d’Abdoulaye Diané à la tête de l’Office du Niger. Cette décision intervient dans un contexte marqué par plusieurs changements à la direction de cette structure stratégique pour l’agriculture malienne.

Abdoulaye Diané prend officiellement les rênes de l’Office du Niger à l’issue du Conseil des ministres tenu le 16 janvier 2026. Il succède à une direction intérimaire assurée depuis décembre dernier par Sékou Ibrahima Barry, mise en place après l’abrogation, en novembre 2025, du décret portant nomination de Badara Aliou Traoré. Cette nouvelle désignation met ainsi fin à une période de transition à la tête de l’un des établissements publics les plus sensibles du pays.

Structure clé du dispositif agricole national, l’Office du Niger occupe une place centrale dans la production rizicole et l’aménagement des périmètres irrigués. Il concerne directement plusieurs dizaines de milliers d’exploitants et conditionne, en grande partie, les performances du secteur agricole et les politiques publiques en matière de sécurité alimentaire. À ce titre, chaque évolution de sa gouvernance suscite une attention particulière.

Interrogations

Les changements intervenus ces derniers mois n’ont pas manqué d’alimenter interrogations et attentes. Dans les cercles agricoles comme au sein de l’administration, beaucoup s’interrogent sur la capacité de l’institution à retrouver une stabilité managériale durable, indispensable à la planification des campagnes et à la conduite des projets structurants.

Ce contexte s’explique en partie par les conclusions de plusieurs missions de contrôle. Les rapports du Bureau du Vérificateur général consacrés à la gestion de l’Office du Niger, notamment sur la période allant de 2020 à 2024, ont mis en évidence diverses insuffisances. Les auditeurs relèvent des faiblesses dans le dispositif de contrôle interne, des irrégularités administratives et des manquements dans la gestion de certains marchés publics.

Sur le plan financier, les mêmes rapports font état d’irrégularités portant sur plusieurs milliards de francs CFA, liées à des paiements indus, à des dépenses insuffisamment justifiées et à des pratiques non conformes aux règles de passation des marchés. Certains faits jugés susceptibles de poursuites ont été transmis aux autorités judiciaires compétentes, conformément aux procédures prévues.

D’autres observations concernent la gestion foncière et le suivi du cadastre, éléments pourtant essentiels dans une zone où l’accès à la terre constitue un enjeu majeur. Les retards de mise à jour et les insuffisances de traçabilité ont été signalés, tout comme des difficultés dans la gestion du parc automobile et des ressources humaines.

 

La question des subventions agricoles, notamment celles relatives aux engrais, a également été évoquée dans les rapports de contrôle. Des dysfonctionnements administratifs et des retards dans la mise à disposition ont été relevés, avec des répercussions directes sur les campagnes agricoles et les producteurs.

Contraintes

Pour de nombreux observateurs, ces constats traduisent moins des défaillances individuelles que les limites d’un système confronté à de fortes contraintes. L’Office du Niger demeure une structure ancienne, aux missions multiples, soumise à des pressions économiques, sociales et institutionnelles permanentes. Sa gestion nécessite à la fois rigueur administrative, vision stratégique et dialogue constant avec les exploitants.

La nomination d’Abdoulaye Diané s’inscrit ainsi dans une volonté de relance et de réorganisation. Les attentes sont nombreuses, tant du côté des autorités que des producteurs et des partenaires techniques. Le nouveau dirigeant est désormais attendu sur la mise en œuvre effective des recommandations issues des audits, le renforcement de la gouvernance interne et la restauration d’un climat de confiance.

Au-delà du changement d’homme, c’est la capacité de l’Office du Niger à se réformer durablement qui est en jeu. Dans un contexte marqué par les enjeux de souveraineté alimentaire et de résilience économique, la performance de cette institution reste un facteur déterminant pour l’avenir du secteur agricole malien.

 

L’Office du Niger adopte un outil numérique pour une irrigation plus performante

L’Office du Niger (ON) vient de franchir une étape majeure dans la modernisation de la gestion de l’eau et le renforcement de la résilience agricole face au changement climatique. À l’issue de deux jours de formation ayant concerné plus de 40 agents et cadres, l’outil numérique IPON (Irrigation Performante de l’Office du Niger) a été officiellement remis à l’institution, mardi 30 septembre à Ségou.

L’Office du Niger vient d’adopter un outil moderne de gestion de l’eau. Ressource stratégique pour l’ON, la gestion de l’eau est une problématique majeure prise en charge avec l’outil numérique IPON ( Irrigation Performante de l’Office du Niger). L’IPON est le fruit d’un développement conjoint entre l’Institut International de Gestion de l’Eau (IWMI) et l’Office du Niger, avec un appui technique et financier de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le soutien de l’ambassade du royaume des Pays-Bas. Il s’inscrit dans le cadre du projet WaPOR, qui utilise la télédétection satellitaire pour améliorer la productivité de l’eau en agriculture. Basé sur les données satellitaires de la FAO et des technologies avancées de cartographie, l’outil permettra de suivre en temps quasi-réel les superficies cultivées, de mesurer la productivité de l’eau, de diagnostiquer les déficits hydriques et d’estimer les rendements.

« Avancée majeure »

Pour le président directeur général de l’Office du Niger, Badara Aliou Traoré, IPON représente « une avancée majeure qui place l’institution au cœur de l’innovation pour une agriculture irriguée plus performante ».

De son côté, la représentante de la FAO, Dr Virginie Gillet, a rappelé que l’outil est «  bien plus qu’un simple logiciel. Il incarne une volonté commune de renforcer la gestion durable de l’eau agricole et de soutenir la prise de décision sur la base de données fiables ».

L’IWMI, à travers son représentant régional adjoint, Dr Sander Zwart, a pour sa part mis en avant la co-conception avec les institutions nationales, gage de pertinence et d’appropriation locale.

Avec l’introduction de l’IPON, l’Office du Niger dispose désormais d’un instrument stratégique pour améliorer l’efficacité de la gestion de l’eau, soutenir la sécurité alimentaire du Mali et accroître la résilience des systèmes agricoles face aux défis climatiques.

Joseph Amara DEMBELE