Yambo Ouologuem: Le retour d’une voix brisée

Une tournée nationale du film « Yambo Ouologuem, la blessure s’ouvre » est organisée du 26 au 31 mars 2026 au Mali. Plus qu’un hommage, elle participe à la réhabilitation d’une figure majeure longtemps marginalisée.

Au Mali, la mémoire de Yambo Ouologuem entre dans une nouvelle phase. Réalisé par le cinéaste sénégalais Kalidou Sy, ce film propose une plongée dans le parcours singulier de l’écrivain malien, premier Africain lauréat du prix Renaudot en 1968 avec « Le devoir de violence ». Salué pour sa critique radicale des récits historiques et des pouvoirs en Afrique, ce roman tranche avec les discours dominants de l’époque en proposant une lecture sans concession des violences politiques et sociales, ce qui lui confère une portée singulière dans le paysage littéraire africain.

Le documentaire revient sur l’ascension fulgurante de l’auteur, suivie de sa chute brutale après des accusations de plagiat qui ont durablement entaché sa carrière. À travers archives et témoignages, il explore les zones d’ombre de cette controverse et interroge la place des écrivains africains dans le champ littéraire international. Il met aussi en lumière son retrait progressif de la vie publique et le long silence qui a suivi.

Installé au Mali après son retrait, Yambo Ouologuem s’est consacré à l’enseignement et à la vie religieuse, loin des cercles littéraires internationaux. Cette disparition volontaire a contribué à entretenir une forme de mystère autour de sa figure, renforçant à la fois son isolement et l’intérêt critique pour son œuvre.

Initiative salutaire

Pourtant, cette initiative dépasse le cadre cinématographique. Elle s’inscrit dans une dynamique portée par les autorités culturelles visant à restaurer la place de l’écrivain dans le patrimoine intellectuel national. Le ministère en charge de la Culture, à travers le Centre national de la cinématographie du Mali, organise la tournée en mobilisant acteurs culturels et universitaires.

La réhabilitation s’appuie aussi sur des actes institutionnels récents. Ainsi, l’Université des Lettres et des sciences humaines de Bamako a été rebaptisée Université Yambo Ouologuem et une journée officielle et académique lui a été consacrée, marquant une reconnaissance publique de son apport.

Cette redécouverte interroge la mémoire culturelle en Afrique et les mécanismes d’exclusion qui ont pu frapper certaines figures intellectuelles. Elle pose aussi la question de la justice symbolique dans un contexte où les États cherchent à affirmer leur souveraineté culturelle.

À travers cette tournée, le Mali engage un travail de réappropriation qui dépasse ses frontières, en replaçant Yambo Ouologuem dans le débat littéraire contemporain.

Sébastien Philippe : un historien du Mali

L’architecte-auteur franco-malien Sébastien Philippe travaille sur des projets de livres sur l’histoire du Mali, qui le passionne tant.

Le 19 juillet 2023, Sébastien Philippe a reçu des mains du Chargé d’affaires permanent de l’ambassade de France au Mali les insignes de Chevalier des Arts et Lettres. Une distinction qui vient s’ajouter à celles de Chevalier de l’Ordre national du Mali et de Chevalier de l’Ordre national du mérite français. Ces distinctions récompensent le travail, notamment dans le domaine de la culture, de ce Franco-malien installé ici depuis plus de deux décennies. Architecte et auteur, Sébastien Philippe est un homme occupé par les nombreux projets qu’il mène de front. Il travaille actuellement à la réédition de son livre « Une histoire de Bamako », en rupture de stock. Sorti en 2009, ce livre de 262 pages retrace l’histoire de la ville au travers de documents d’archives, de traditions orales et d’images inédites. « Des éléments vont changer », confie l’auteur, qui précise qu’il va ajouter un chapitre traitant de la période de 2009 à nos jours. « Ce qui me passionne dans cette histoire est qu’il y a encore beaucoup de choses à chercher et à trouver, des archives inexploitées. L’histoire de Bamako est issue de mes recherches dans les archives pour comprendre comment la ville s’est créée, comment elle a évolué, comment les quartiers se sont formés. Il y a encore des sujet de recherche ».

Un siècle d’architecture

Parallèlement à la réédition de l’histoire de Bamako, Sébastien Philippe écrit un nouveau livre qui alliera son métier et sa passion pour l’écriture. Il portera sur l’architecture malienne issue de la période coloniale dite néo-soudanaise. « Ce sera un livre épais qui va s’intéresser à l’architecture militaire et civile dans toutes les régions du Mali. Un siècle d’architecture, depuis la construction du fort de Médine, en 1855, jusqu’à l’indépendance du pays, en 1960 », dévoile l’auteur. Pour lui, ce sera aussi un devoir de mémoire. « C’est utile d’écrire, puisque cette architecture disparaît. Des bâtiments sont vendus, détruits. Au nord du pays, où l’architecture était de terre, elle a tendance à disparaître avec le temps ». Tirer les « enseignements » de cette période, notamment de la « gestion et du traitement des matériaux utilisés », motivent l’écriture de l’ouvrage. Si les projets ne manquent pas, la diffusion et la démocratisation des livres dans les écoles se posent. Ce qui permettrait aux Maliens, dont trop peu sont imprégnés de l’histoire de leur pays, d’avoir une précieuse documentation à portée de pages.

Promotion du livre et de la lecture : les journées internationales du livre au Mali lancées

C’est une édition spéciale qui sert de trait d’union entre l’organisation des journées nationales du livre qui a déjà connu quatre éditions et le Salon internationale du livre de Bamako (Saliba) dont la relance est prévue pour mai 2024. Ouvertes mercredi 24 mai 2023, les journées internationales du livre du Mali initiées par l’Organisation malienne des éditeurs de livres (OMEL) se tiennent jusqu’au 28 mai prochain à la Bibliothèque nationale.

« Rôle et place du livre dans le processus de refondation du Mali ». C’est le thème retenu pour cette édition spéciale qui cible en particulier, en dehors du grand public, les professionnels du livre, les scolaires et les universitaires et dont l’objectif général est non seulement de promouvoir la lecture mais aussi l’industrie du livre et la protection de la propriété intellectuelle au Mali.

Durant ces 5 jours autour du livre et de la lecture et à son issue, l’OMEL espère créer un espace de visibilité des productions maliennes, produire un effet médiatique majeur sur la nécessité de l’adoption de la politique nationale du livre et de la lecture et mieux mobiliser les décideurs nationaux sur son urgence.

Pour l’écrivain Samba Niaré, le livre a bel et bien une place et un rôle dans le processus de refondation en cours du Mali. « Les raisons de notre défaillance ne sont pas que politiques, elles sont d’ordre intellectuels », a-t-il soutenu devant quelques personnalités littéraires et politiques présentes à la cérémonie d’ouverture  qui s’est achevée par une visite des stands des maisons d’éditions présentes à ces journées à l’instar, entre autres des éditions Prince du Sahel, Harmattan du Mali,  Figueira, et Asselar. « Il faudrait que le livre contribue à la mise en place des autres sécurités vitales pour le pays », a-t-il ajouté.

Placées sous le haut parrainage du président de la Transition, Colonel Assimi Goita, ces journées internationales du livre au Mali, dont la marraine est Aicha Baba Keita, Présidente de la Forsat Civile s’articuleront autour de plusieurs activités telles que des expositions de livres, des table-rondes, des conférences débats sur le thème générique et des sous-thèmes et des animations autour de la lecture et de l’écriture.  La journée du 25 mai sera dédiée à une visite des Institutions du Mali, le 26 mai aux anciens ministres auteurs pour la plupart et le 27 mai aux Ambassades.