Biennale de Tombouctou : Entre enthousiasme et défis

À l’image de Tombouctou, la ville qui l’accueille, l’édition 2025 de la Biennale Artistique et Culturelle (BAC) se veut historique. Après Mopti en 2023, c’est la Cité des 333 saints qui recevra le Mali culturel du 18 au 28 décembre 2025. Malgré les multiples défis, cet événement, qui clôture l’année dédiée à la Culture, vise à ancrer des valeurs pour construire le Mali de demain.

C’est le 4 août 2024 que la région de Mopti, hôte de la Biennale 2023, a officiellement remis le flambeau à la ville de Tombouctou pour l’organisation de la Biennale artistique et culturelle (BAC) 2025. Placée sous le thème « La culture, pilier pour bâtir le Mali nouveau », l’édition 2025 s’inscrit dans la dynamique de l’année de la Culture.

« Tombouctou a déjà illuminé le monde et nous pensons qu’elle peut encore le faire. » C’est la conviction profonde du ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme, lors d’une visite de terrain dans la Cité des 333 saints le 1er décembre 2025. À l’issue de sa visite des différentes infrastructures devant accueillir l’événement, le ministre en charge de la Culture s’est dit « satisfait » des avancées, avant d’exhorter les équipes à peaufiner les derniers réglages pour une organisation réussie.

Enthousiasme

Le rendez-vous majeur doit, au-delà de la culture, être un facteur d’unité nationale et célébrer la paix, tant au Mali que dans le monde, espèrent les autorités. L’événement sera le point de départ d’une « renaissance culturelle » qui s’inscrit dans la dynamique de l’année de la Culture, censée redonner vitalité aux territoires culturels.

Dans le cadre de cette année, décrétée par le Président de la Transition, et des activités de la Biennale artistique et culturelle Tombouctou 2025, le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme organise les 19 et 20 décembre 2025 le premier Forum Mondial des Civilisations, sur le thème : « Dialogue, paix et prospérité partagée ».

Le Forum Mondial des Civilisations, une rencontre de haut niveau, sera un espace international de dialogue, d’échanges, de partage d’idées et de bonnes pratiques entre les différentes civilisations autour des valeurs de paix et de prospérité partagée. Il réunira des universitaires, des décideurs politiques, des acteurs culturels, des chercheurs, des artistes, des leaders communautaires et des organisations internationales venus d’Afrique et du monde.

De la salle Ali Farka, qui doit accueillir le Forum Mondial des Civilisations, au stade, en passant par l’Institut Ahmed Baba ou encore la Place de la Mascotte, le ministre s’est réjoui de l’avancée des travaux. Cependant, avec des défis encore importants, les acteurs restent partagés entre leur désir de voir la ville rayonner de nouveau et les contraintes réelles qui empêcheraient la tenue d’une biennale sereine.

Attentes non comblées

Sane Chirfi Alpha est historien et membre de la société civile. Face aux défis de l’organisation de la Biennale à Tombouctou, il a tenu à « tirer la sonnette d’alarme au vu de la tournure prise par les choses ». Lorsque Tombouctou a demandé et obtenu d’accueillir la Biennale de Mopti, le Président de la Transition a offert un stade de 7 000 places, rappelle-t-il. La Biennale, présentée comme un projet de développement, promettait aussi un nouveau pôle d’attraction, avec une cité Assimi de 40 villas, une cité Alfarouk de 40 villas, une mosquée, une église, un centre culturel, des goudrons, etc. Malheureusement, à ce jour, ces projets n’ont pas vu le jour. Le stade ne serait plus lié à la Biennale et ce n’est pas un projet de développement, déplore M. Chirfi Alpha.

L’organisation, entre Bamako et Tombouctou, manquerait de coordination, estime un autre acteur. « Ne me demandez pas d’être enthousiaste pour la tenue d’une Biennale qui n’aura aucune retombée », se désole M. Chirfi Alpha. « L’après Biennale sera comme l’avant Biennale et je ne me réjouis pas parce que la tenue d’une Biennale n’est pas une fin en soi. » Il déplore aussi le déplacement de la chorégraphie, qui se prépare à Bamako avec des chorégraphes sélectionnés dans la capitale. Probablement, quelques-uns de Tombouctou « prendront le train en marche ». Or, il est d’usage que ces derniers soient recrutés sur place, là où se déroule la Biennale.

Parce que la localité ne manque pas de talents et de « jeunes capables d’apprendre ». Dénonçant « une vaste scène où des acteurs viennent se produire », dans l’indifférence, il souhaite que cela ne soit plus le cas. Les exemples précédents, où les acteurs locaux se sentaient exclus, doivent servir de leçon et permettre que la ville profite de l’organisation de tels événements.

C’est pourtant le vœu des organisateurs, pour lesquels le choix de cette ville représente plusieurs symboles. Tombouctou est la première région du nord à abriter l’événement après sa relance. C’est une ville berceau de plusieurs monuments et sites historiques inscrits au Patrimoine mondial de l’Humanité. Le retour, en août 2024, des manuscrits restaurés, soustraits à la destruction lors de la crise, et la célébration des 700 ans de la mosquée de Djingareyber, sont autant d’illustrations de la grandeur et de la valeur de la ville. « Tombouctou est une référence spirituelle, intellectuelle et culturelle, elle doit le demeurer », plaide M. Chirfi Alpha.

Objectifs compromis ?

Monsieur Sane Chirfi n’est pas le seul à avoir des réticences concernant la tenue de la Biennale. Souleymane A. Cissé est également un ressortissant de la ville de Tombouctou. Il ne voit simplement pas d’intérêt à la tenue de la Biennale. « Je ne vois pas ce que la Biennale va servir. Pourquoi continue-t-on à harceler les gens pour organiser une Biennale que l’État n’a pas les moyens de financer ? », se plaint-il. L’impact de cette Biennale serait nul pour une ville qui a besoin de beaucoup de choses. « Je ne suis pas dans une logique de spectacle pour la ville de Tombouctou. »

Même sur le plan de la culture, il estime que l’annulation de certains numéros est regrettable, surtout dans le contexte d’une année de la Culture. Outre la salle promise, qui ne sera pas à l’ordre du jour, il estime que si les projets promis ne sont pas réalisés maintenant, ils ne le seront probablement jamais. Il y a beaucoup de priorités.

Malgré ce contexte d’incertitude, les troupes se préparent et celle de Dioïla, qui est à l’internat depuis un mois, n’entend pas rester en marge. Plutôt dans un bon état d’esprit avant le départ pour Tombouctou, la troupe de Dioïla ne vise pas moins que la première place pour faire mieux que sa troisième place lors de la précédente édition. Malgré les défis et les « difficultés inhérentes à ce genre de regroupement », le Directeur régional de la Culture de Dioïla espère pouvoir atteindre ses objectifs.

Impliqué dans l’organisation, Monsieur Traoré est assistant au ministère de la Culture. En personne-ressource, il reste extérieur mais donne son avis. Interrogé sur les délais, il estime que l’organisation se met en place doucement, « une organisation un peu cloisonnée, où les différentes commissions ne collaborent pas ». Or, il faut mettre ensemble les énergies. Pour sa part, il a donné des consignes pour attirer l’attention sur tout ce qui pourrait constituer un frein.

Albakaye Bolo est un acteur culturel et journaliste. Il estime que, pour sa part, les « préparatifs vont bon train, les quartiers s’apprêtent à accueillir les différentes délégations. » Les jeunes, à travers le Conseil régional de la Jeunesse, ainsi que la presse locale, se mobilisent également. Les travaux de réhabilitation se poursuivent. L’enthousiasme est réel, car après tout ce que Tombouctou a vécu elle veut renaître. C’est un honneur pour la ville. Mais il comprend les réticences, car Tombouctou est une ville sous couvre-feu depuis trois ans, ce qui suscite le doute chez certains. Les rédactions se mobilisent avec ferveur et la presse collabore afin de planifier et peaufiner la manière dont elle va couvrir cet événement.

De son côté, la société civile continue également de s’activer. Malgré « un blocage » à Bamako en raison de l’absence de vols, Fatouma Founé Adiawiakoye, assistante à l’organisation de « Vivre ensemble », coordonne le village artisanal, où environ 90 stands sur la centaine prévue ont déjà été réservés. Des produits agricoles transformés aux objets artisanaux, c’est une exposition de produits qui mettra en valeur les productions de Tombouctou et d’autres régions du Mali. « Nous attendons un moment fort de valorisation de nos cultures. Un espace de dialogue, de créativité et de rencontre qui contribuera à renforcer la paix et l’unité nationale. Cela permettra surtout une expression artistique et une opportunité de révéler les talents locaux ».

Mais, ce 10 décembre, le décès de l’Imam de la grande mosquée Djingareyber de Tombouctou a créé une nouvelle donne, dont on ignore encore les retombées sur la tenue de la Biennale.

 

Biennale artistique et culturelle 2025 : la répétition avant l’heure

Le compte à rebours des activités de la biennale artistique et culturelle, a été lancé au Centre International de  Conférence de Bamako (CICB), ce  19 août 2025.C’est la  cité des 333 saints qui accueillera du 18 au 28 décembre, l’édition 2025. Musique,  défilé de mode, visite de stands décorés à la couleur tombouctienne, ont rythmé la cérémonie.  

La biennale artistique et culturelle, édition 2025 qui se tiendra à Tombouctou se prépare activement. L’évènement majeur qui doit clôturer la célébration de l’année de la culture promet d’être un moment « unique », propice au rassemblement et à l’unité nationale, espère le ministre de la culture.

Le choix de Tombouctou est une volonté affichée des autorités pour incarner la refondation culturelle du Mali. La rencontre qui a regroupé plusieurs ministres, autorités administratives et ressortissants de la ville a été l’occasion de passer en revue les potentialités culturelles et artistiques de la cité historique, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Avant-goût

La projection du film documentaire sur l’historique de la fondation, à l’occupation française de la ville millénaire, a permis de découvrir davantage la ville et ses valeurs dont l’hospitalité, la gastronomie ou encore le style vestimentaire.

La prestation des jeunes griots avec les sonorités locales de la région, ainsi qu’un défilé proposant les différents styles vestimentaires de la région dont les treize cercles ont été présentés, ont donné un avant-goût du spectacle.

Sans occulter les défis sécuritaires et logistiques qui demeurent pour l’organisation, les autorités ont sollicité la mobilisation de toutes les couches sociales pour la réussite de l’évènement.

Depuis sa création en 1970, la biennale artistique et culturelle est une tribune de démonstration des talents des artistes locaux, de compétition, d’intégration, d’échange, et d’expression des diversités artistiques et culturelles du Mali. Son objectif est de contribuer à la paix, l’unité nationale et le vivre ensemble, tout en renforçant le dialogue intercommunautaire.

Ali Sankaré