« Libération des intelligences » : Mamadou N’Diaye plaide pour une refondation des repères africains

La présentation officielle de l’ouvrage « Libération des intelligences, une chance pour l’Afrique et pour le monde », de Mamadou N’Diaye, s’est tenue le 7 février 2026 au Mémorial Modibo Keita. Cette cérémonie s’est déroulée en présence de l’auteur et de plusieurs personnalités politiques et intellectuelles maliennes, venues saluer une contribution présentée comme une invitation à repenser les bases de la pensée et de l’action sur le continent.

Publié en décembre 2025 aux Éditions L’Harmattan, l’ouvrage compte 236 pages et se présente comme une réflexion de fond sur les cadres invisibles qui structurent les manières de penser, de juger et d’agir en Afrique.
Issu d’une introspection que l’auteur qualifie lui-même de longue et exigeante, le texte entend rompre avec les modèles imposés et encourager une relecture critique des concepts dominants à partir des réalités africaines.
Le livre propose une traversée des repères intellectuels, éducatifs, politiques et culturels, avec l’objectif de réancrer la pensée dans les expériences vécues. Mamadou N’Diaye y développe une approche qui mêle analyse historique, questionnement philosophique et propositions de transformation institutionnelle.
La cérémonie s’est articulée autour de plusieurs temps forts : une critique littéraire de l’œuvre, des échanges directs avec l’auteur, des témoignages vidéo de lecteurs et une séance interactive avec le public.
L’analyse critique a été assurée par le Pr Issoufi Dicko, ancien secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale, qui a mis en avant la densité conceptuelle du livre et son ambition de questionner les évidences héritées.
Une architecture en cinq axes de réflexion
L’essai est structuré en cinq grandes parties. La première, consacrée à la relecture des « boussoles » intellectuelles, interroge des notions jugées fondamentales comme l’intelligence, la civilisation, la solidarité, l’éducation ou la justice. L’auteur y défend la nécessité d’un examen critique de ces concepts, souvent importés ou appliqués sans contextualisation suffisante.
La deuxième partie introduit la notion d’« épistémicide », décrite comme une destruction ou une marginalisation progressive des savoirs africains sous l’effet de la domination coloniale et de ses prolongements. Le livre y relie cette dynamique à plusieurs problématiques contemporaines, notamment la gouvernance, la corruption, les questions de genre, la laïcité, l’ethnicité et le terrorisme, afin de montrer la complexité des défis actuels.
La troisième partie élargit l’analyse aux rapports internationaux. Elle explore les déséquilibres géopolitiques hérités de la colonisation et les limites des indépendances formelles. Mamadou N’Diaye y discute des mécanismes de dépendance persistants, des formes de néocolonisation et des pistes alternatives comme le panafricanisme ou certaines formes de fédéralisme régional.
La quatrième section s’intéresse à la gouvernance et aux institutions. L’auteur y plaide pour une refondation des modèles politiques, en revisitant les notions de territoire, de nation, de citoyenneté et de démocratie. L’enjeu, selon lui, est de sortir des schémas importés pour imaginer des systèmes plus en phase avec les contextes sociaux et culturels africains.
Enfin, la cinquième partie se veut un appel au « réveil des intelligences ». Elle projette l’idée d’une Afrique capable de proposer de nouvelles grilles de lecture du monde et de contribuer activement à la reconstruction des équilibres globaux par la pensée et l’innovation.
Mohamed Kenouvi

ODD : une nouvelle carte des investissements voit le jour

L’Agence pour la Promotion des Investissements (API-Mali) a dévoilé ce mardi une carte nationale des investissements alignée sur les Objectifs de Développement Durable (ODD), lors d’une cérémonie organisée à l’hôtel Maëva Palace.

Présidée par le ministre de l’Industrie et du Commerce, Moussa Alassane Diallo, aux côtés du directeur général de l’agence, Ibrahim A. Touré, la rencontre a marqué l’aboutissement d’un partenariat mené avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
L’outil présenté offre une lecture structurée des opportunités économiques du pays et les relie directement aux priorités de développement durable. Il met en évidence les secteurs où les besoins demeurent importants—agro-industrie, énergie, infrastructures, transformation locale, services sociaux—et propose une manière plus lisible d’orienter les investisseurs vers des projets à la fois rentables et porteurs d’impact. Pour les institutions publiques, il s’agit également d’un instrument de cohérence permettant d’harmoniser les interventions et d’éviter les chevauchements dans un contexte de ressources limitées.
Cette démarche intervient à un moment où les signaux économiques du pays, bien que contrastés, montrent une certaine capacité d’attraction. Selon les données de la Banque mondiale, les investissements directs étrangers ont représenté 2,7 % du PIB en 2024, soit près de 710 millions de dollars, tandis que la croissance devrait atteindre 4,9 % en 2025, portée notamment par le secteur des services et les nouveaux gisements miniers. Ces indicateurs offrent un terreau favorable, même si le niveau d’investissement reste insuffisant au regard des besoins d’infrastructures, de transformation industrielle ou de modernisation agricole.
Au-delà de sa dimension informative, la carte constitue une étape importante dans la modernisation des outils de planification économique. Elle traduit une volonté d’adopter des standards internationaux d’investissement durable et de renforcer l’alignement entre les priorités nationales et les exigences des bailleurs. Mais sa portée dépendra de sa capacité à devenir un instrument réellement opérationnel. Plusieurs défis se dessinent : la nécessité de structurer davantage les projets pour les rendre finançables, la prise en compte des contraintes locales—accès à l’énergie, sécurité, logistique, fluidité administrative—ou encore l’obligation de maintenir l’outil à jour pour garantir sa crédibilité.
Les spécialistes rappellent qu’une cartographie seule ne suffit pas à déclencher un investissement. Pour transformer les opportunités recensées en projets bancables, il faudra produire des fiches techniques complètes, des analyses financières et des études de faisabilité, autant d’éléments attendus par les investisseurs institutionnels et les bailleurs de fonds. Dans un environnement international plus compétitif, marqué par une baisse globale des flux d’investissements, les pays à forte demande en capitaux doivent proposer des dispositifs d’accompagnement solides et des incitations adaptées.
Plusieurs pistes émergent déjà telles que les mécanismes de garantie pour réduire le risque perçu, les exonérations ciblées pour les projets à fort impact, la création d’un guichet dédié aux investissements alignés sur les ODD ou la mise en place de zones pilotes où les conditions d’exécution sont réunies. L’essentiel, selon les observateurs, est de bâtir autour de la carte un écosystème cohérent, capable d’accueillir, d’orienter et de sécuriser les investisseurs à chaque étape du cycle de projet.
En mettant à disposition une plateforme claire, actualisable et orientée vers l’impact, API-Mali et le PNUD posent les fondations d’une nouvelle dynamique. La réussite de cette initiative dépendra cependant de la capacité collective à en faire un outil vivant, alimenté régulièrement et résolument tourné vers la mise en œuvre. L’ambition affichée est de faire de la cartographie des opportunités un levier réel de développement durable et d’attraction de capitaux structurants.