Le village Nangnerki, mémoire vivante

Au cœur du Festival Nangnerki, un espace capte immédiatement l’attention des visiteurs : le village reconstitué. Plus qu’un décor, il s’agit d’une immersion dans l’univers sénoufo et, au-delà, dans les fondements culturels du Mali. Installé à l’occasion de la 7ᵉ édition du festival, à proximité de la foire artisanale, cet espace se veut un lieu de transmission et de réflexion sur l’identité à l’heure de la modernité.

Dès l’entrée, le visiteur traverse un enclos de paille évoquant l’organisation traditionnelle d’un village sénoufo. Les cases portent des inscriptions précises : chambre des femmes, chambre du chef du village, cuisine. Construites en matériaux traditionnels, elles sont animées par des femmes qui y circulent, donnant au site une dimension vivante et non muséale.

L’initiative est portée par Kassim Bengaly, directeur du festival, avec la conception du styliste et scénographe Yacouba Touré. Leur ambition est de créer un pont entre générations. « Les enfants de la ville ne connaissent malheureusement pas le village. À travers cette scénographie, ils peuvent avoir envie d’y aller », explique Vieux Touré, figure du projet. Pour lui, connaître ses origines demeure essentiel à toute construction identitaire.

Le parcours dévoile des objets d’époque, une moto ancienne, une radio, une lampe tempête, mais aussi une forêt sacrée symbolique et un python, figure spirituelle forte dans la culture sénoufo. Un grenier traditionnel, un cheval et un espace royal complètent l’ensemble. Les visiteurs peuvent revêtir des tenues sénoufo ou bamanan, transformant la visite en expérience participative.

Un espace est également dédié aux Korêduga et aux guérisseurs, qui présentent leur rôle social et la pharmacopée traditionnelle. Cette présence rappelle l’importance persistante des savoirs locaux dans l’organisation communautaire.

En plus de la scénographie, le projet repose sur un travail de recherche mené avec des anciens et en collaboration avec la direction régionale de la culture. Le village Nangnerki apparaît ainsi comme un outil pédagogique et patrimonial, destiné à rapprocher les jeunes urbains d’un héritage parfois éloigné de leur quotidien.

Dans un contexte marqué par l’urbanisation et l’évolution des modes de vie, cette reconstitution interroge la place de la tradition dans la société contemporaine. Elle ne cherche pas à figer le passé, mais à rappeler qu’une identité se construit aussi à partir de sa mémoire. Ici, le village n’est pas seulement un lieu ; il devient un symbole de continuité culturelle.

 

Triangle du Balafon : Sikasso s’apprête à vibrer

Le Festival International Triangle du Balafon se tient du 9 au 11 octobre 2025 à Sikasso. Trois jours de spectacles, de compétitions et de débats consacrés au balafon, instrument central de l’Année de la Culture.

La neuvième édition débute ce jeudi après un lancement organisé le 4 octobre au Centre international de conférences de Bamako. Porté par le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, en partenariat avec le Gouvernorat de Sikasso, le festival bénéficie également du soutien des plus hautes autorités du pays. Le thème retenu cette année est « Le Balafon, symbole de la transformation sociale dans un nouvel espace souverain ».

Les pays historiquement associés au Triangle – Mali, Burkina Faso et Côte d’Ivoire – participent à l’événement. La Guinée est également annoncée parmi les délégations. La sélection malienne a retenu la troupe Siguidia à l’issue d’un casting organisé par la Direction nationale de l’Action culturelle le 24 septembre 2025. Parmi les artistes confirmés figure Souleymane Traoré dit Néba Solo, accompagné de l’orchestre régional Kéné Star, déjà présent lors du lancement pour une prestation d’ouverture.

Le programme couvre des compétitions de balafonistes, des concerts, des expositions, des visites de sites culturels et un forum consacré au rôle social du balafon dans la cohésion communautaire. Le jury est composé de personnalités issues des milieux culturels du Mali, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire.

Les organisateurs ont annoncé un dispositif de récompenses pour valoriser les participants. Ainsi, le Grand prix Lamissa Bengaly est doté de 1 500 000 francs CFA, le prix de l’Intégration de 1 000 000 francs CFA, le prix de la Ville de Sikasso de 750 000 francs CFA. S’y ajoutent un prix spécial de l’AES de 500 000 francs et une prime de participation de 400 000 francs CFA par troupe.

Créé en 2004, le Triangle du Balafon vise à préserver et à promouvoir un patrimoine musical partagé entre plusieurs États ouest-africains. Le festival se présente comme une scène de transmission où se rencontrent maîtres, jeunes talents et publics venus de différentes régions. À Sikasso, la manifestation réunit institutions, acteurs culturels et habitants autour d’une programmation conçue pour favoriser l’échange, la formation et la diffusion des pratiques traditionnelles.

Pour les autorités, ce festival illustre la place accordée à la culture dans l’agenda national en 2025. Au public il offre une occasion de redécouvrir le balafon dans sa dimension sociale et symbolique. Pendant trois jours, Sikasso sera la vitrine d’un patrimoine vivant et d’un dialogue culturel qui transcende les frontières.

MD