La Russie précise ses priorités africaines et son appui aux pays du Sahel

Lors de sa conférence annuelle de bilan diplomatique tenue à Moscou récemment, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a exposé les grandes lignes de la politique africaine de la Russie pour l’année en cours, avec un accent particulier sur le Sahel.

Le chef de la diplomatie russe a confirmé la poursuite du redéploiement diplomatique de Moscou sur le continent. Cette dynamique repose sur l’ouverture progressive de nouvelles ambassades africaines, dans l’objectif de renforcer les relations politiques, économiques et institutionnelles avec les États partenaires.
Sergueï Lavrov a également annoncé la préparation du troisième sommet Russie–Afrique, prévu en 2026. Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des sommets de Sotchi en 2019 et de Saint-Pétersbourg en 2023, qui avaient réuni dirigeants africains, institutions régionales et acteurs économiques autour de projets de coopération.
Évoquant l’Afrique de l’Ouest, le ministre russe a cité les pays membres de l’Alliance des États du Sahel, notamment le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Il a réaffirmé la position de Moscou en faveur du respect des choix souverains opérés par ces États dans leurs orientations politiques, sécuritaires et diplomatiques.
Selon les autorités russes, plusieurs accords-cadres ont déjà été conclus ou sont en cours de finalisation avec des partenaires sahéliens. Ces coopérations concernent principalement les domaines sécuritaire, économique, institutionnel et de formation, dans un contexte marqué par la reconfiguration des alliances régionales.
Sergueï Lavrov a par ailleurs souligné l’intérêt de la Russie pour les initiatives africaines de dialogue régional, estimant que la stabilité du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest repose sur des mécanismes portés par les États du continent eux-mêmes.
La conférence a enfin permis à Moscou de réaffirmer sa vision d’un partenariat fondé sur la non-ingérence et la coopération bilatérale, dans un contexte international marqué par une intensification de la concurrence diplomatique en Afrique.

Abdoul Sogodogo : « le Mali est un partenaire stratégique pour la Russie »                          

 

                          

Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de la Russie a effectué, le 7 février 2023, une visite « d’amitié et de travail » au Mali. Le Dr Abdoul Sogodogo, spécialiste des Relations internationales et Vice-Doyen de la Faculté des Sciences administratives et politiques de Bamako (FSAP) nous analyse les enjeux de ce déplacement. Propos recueillis par Aly Asmane Ascofaré.

 

Que retenir de la visite du ministre des affaires étrangères russe au Mali ?

 

Cette visite est une manifestation évidente de la bonne entente entre les deux gouvernements sur les grands défis actuels du monde notamment la crise sécuritaire au Sahel et en Ukraine. Pour le Mali, l’objectif est de trouver un allié capable de lui fournir l’équipement nécessaire pour son armée et de porter aussi la voix au sein du conseil de sécurité des Nations unies.  La Russie, semble être cet allié pour le Mali aujourd’hui.

 

Lors de sa conférence de presse, Sergueï Lavrov a dit que son pays voulait entretenir un partenariat gagnant-gagnant avec le Mali. Quel intérêt particulier la Russie vise au Mali?

 

Le Mali est un partenaire stratégique pour la Russie. Le Mali peut servir de point de pénétration de l’économie russe en Afrique de l’Ouest qui est un grand marché d’avenir.

Surtout que le Mali est géographiquement situé au cœur de l’Afrique l’Ouest et peut donc servir aisément de point d’impulsion pour les opérateurs économiques russes.

 

La Russie souhaite également se positionner dans le Sahel, mais également dans le golfe de Guinée pour combattre le terrorisme. Que pensez vous  de cette ambition de Moscou ?

 

La guerre d’influence entre la Russie et les pays de l’OTAN semble justifier son redéploiement en Afrique. La Russie a besoin du soutien des États africains au sein de l’Assemblée générale des Nations unies pour amorcer des réformes cruciales pour la survie de cette organisation. Cette organisation doit être refondée, car le Conseil de sécurité est au bord de l’implosion.

 

Les États du Sahel doivent-ils faire confiance aux Russes?

 

L’État est souverain et donc responsable de son choix qu’il doit assumer avec élégance. Il appartient à chaque Etat de veiller, à tout prix, aux intérêts de ces citoyens et de répondre à leurs besoins d’Etat. Je ne doute pas du sens de responsabilité des dirigeants africains à situer les intérêts de leur nation.