Administration territoriale : un nouveau découpage redessine la carte administrative

Le Mali a entériné une réorganisation de son administration territoriale qui modifie sensiblement la carte du pays à tous les niveaux. Cette réforme découle d’une loi adoptée le 13 mars 2023, qui a porté à 19 le nombre de régions, en plus du District de Bamako, et redéfini la structuration des subdivisions administratives.

Avant cette réforme, l’organisation territoriale malienne reposait sur une configuration comprenant principalement 10 régions et le District de Bamako. Cette structure était elle-même le produit d’évolutions successives : après l’indépendance, le pays comptait huit régions, auxquelles s’ajoutèrent Taoudénit et Ménaka en 2016 pour faire dix, tandis que les cercles et les communes restaient les principales subdivisions opérationnelles.
Avec le nouveau découpage, le Mali s’organise désormais en 19 régions plus le District de Bamako. Ce schéma se traduit par 159 cercles, 466 arrondissements, 815 communes et 12 712 villages, fractions et quartiers répartis sur l’ensemble du territoire.
Cette réforme, voulue par les autorités de transition, vise à donner une couverture administrative plus fine et plus proche des populations, en tenant compte de critères démographiques, sociologiques et d’accessibilité des services publics. Lors de la présentation de la nouvelle carte en mai 2023, le président de la transition a affirmé que cette réorganisation devait contribuer à la refondation de l’État et à la promotion d’une gouvernance territoriale plus efficace.
Dans la pratique, certaines des nouvelles régions ont été créées par démembrement de régions existantes. Par exemple, la région de San a été formée à partir de cercles auparavant rattachés à Ségou, et la région de Dioïla a été détachée de Koulikoro pour constituer une entité administrative distincte.
Sur le terrain, la réforme suscite des débats. Plusieurs acteurs estiment que l’adaptation des structures administratives aux réalités locales peut améliorer l’accès aux services et renforcer la présence de l’État dans les zones éloignées. D’autres soulignent, en revanche, les défis liés à la mise en œuvre effective : financement des nouvelles collectivités, dotation en ressources humaines qualifiées et déploiement des services publics restent des enjeux importants pour rendre opérationnel ce nouveau cadre territorial.
Que ce soit au niveau des autorités comme au sein de la société civile, on reconnaît que ce découpage constitue une étape institutionnelle majeure pour le Mali. Son impact dépendra désormais de la capacité des acteurs à transformer ces dispositions en opportunités tangibles pour les populations.

Délégations spéciales : Une gestion temporaire à réexaminer

Depuis plusieurs années, le Mali fait face à une gestion par Délégations spéciales dans de nombreuses collectivités locales, en raison de l’absence de conseillers élus. Ces organes temporaires, bien qu’indispensables pour assurer la continuité des services publics locaux, suscitent un débat intense concernant leur légitimité démocratique, leur impact sur la gouvernance locale et l’efficacité de la gestion publique.

Les Délégations spéciales sont mises en place lorsqu’un conseil communal ou régional ne peut plus fonctionner. Cela peut résulter de la dissolution des conseils, de démissions collectives ou de l’incapacité à organiser les élections dans les délais prévus. Selon le Code des Collectivités Territoriales, elles sont composées de sept membres, dont un Président, et leur mandat ne doit pas dépasser 12 mois. Toutefois, des prolongations ont eu lieu, suscitant des questions sur la gestion à long terme et l’impact de ces délégations sur la gouvernance locale.

L’une des principales critiques des Délégations spéciales réside dans leur absence de légitimité démocratique. Ces délégations sont nommées par l’État sans consultation populaire, créant un fossé entre les autorités locales et les citoyens. La situation de la Commune VI de Bamako, qui, bien que son conseil communal ait été dissous, reste sans délégation spéciale à ce jour, en est un exemple. Cette absence de gestion claire a alimenté un sentiment de frustration parmi les habitants, soulignant la nécessité de renforcer la légitimité locale.

La prorogation des mandats des Délégations spéciales au-delà de la période légale de 12 mois soulève également des inquiétudes. C’est le cas du mandat de Balla Traoré, qui a débuté en février 2022 après la dissolution du conseil communal du District de Bamako. Bien qu’il ait succédé à une période d’instabilité, il a dirigé la Délégation spéciale du District de Bamako avec un mandat prolongé à plusieurs reprises jusqu’à juillet 2025, date de l’arrivée de la nouvelle équipe sous la direction de Abdoulaye Mahamane. Certes, cela a permis de maintenir l’ordre administratif, mais a aussi été perçu comme une atteinte aux principes de décentralisation et de démocratie locale. La gestion prolongée de cette délégation a dévoilé la nécessité de respecter les délais légaux et de garantir que les collectivités maliennes soient administrées de manière légitime.

Gestion critiquée

La gestion des finances dans les municipalités sous Délégations spéciales a également fait l’objet de critiques. Lors de la gestion de la Mairie du District de Bamako par Balla Traoré, une augmentation significative des recettes a été observée, mais cette amélioration a été contrebalancée par une dette de 18 milliards de francs CFA héritée de la gestion précédente. Cette situation a alimenté les critiques sur l’efficacité des stratégies de gestion financière. De plus, des irrégularités dans la gestion des marchés publics ont été signalées, notamment des contrats passés sans respecter les normes administratives requises. Ces critiques soulignent l’importance d’un contrôle rigoureux et d’une gestion plus transparente des fonds publics.

Des anomalies en région aussi

Les préoccupations concernant les Délégations spéciales ne se limitent pas à Bamako. En effet, des communes comme Dabia dans la région de Kayes, et dans d’autres collectivités rurales, ont aussi vu leurs conseils dissous, laissant place à des Délégations spéciales. Cependant, ces zones souffrent souvent d’un manque d’infrastructures de gestion et d’une délégation de pouvoir insuffisante, entraînant une dérive de la gestion et des tensions avec les populations locales.

L’absence de gestion démocratique, renforcée par le caractère temporaire des Délégations spéciales, a exacerbé les tensions entre les autorités et les citoyens. En régions, le manque de ressources humaines et d’infrastructures administratives complique davantage la mise en place d’une gestion locale efficace et transparente. Cette situation crée un sentiment de marginalisation parmi certaines populations locales qui se sentent souvent coupées des décisions prises par les autorités centrales.

Vers une gouvernance locale renforcée et démocratique

Pourtant, les experts s’accordent à dire qu’une gouvernance locale renforcée au Mali passe par la mise en place de mécanismes transparents et participatifs. Ils plaident également pour le respect scrupuleux des délais légaux pour la mise en place des Délégations spéciales. Des voix appellent à l’organisation d’élections municipales régulières afin de restaurer la légitimité démocratique et de permettre aux citoyens de choisir leurs représentants locaux. Des appels ont également été lancés pour une gouvernance locale participative et une gestion rigoureuse, pour renforcer l’autonomie et l’efficacité des collectivités.

MD