Révolution du 26 mars 1991 : Que reste-t-il des idéaux ?

Dans quelques jours, le Mali commémorera le 34ème anniversaire de la révolution du 26 mars 1991, qui a mis fin à…

Dans quelques jours, le Mali commémorera le 34ème anniversaire de la révolution du 26 mars 1991, qui a mis fin à 23 ans de régime autoritaire de Moussa Traoré, ouvrant la voie à une transition démocratique. Plus d’un quart de siècle après, alors que le pays traverse de nombreuses crises, les idéaux de cette révolution peinent à se concrétiser.

Durant le règne de Moussa Traoré, ancien Général des forces armées, la pauvreté, l’injustice sociale et la répression politique se sont accentuées. Dans les années 1980, la contestation grandira face aux difficultés économiques et aux restrictions des libertés. Les événements de mars 1991 ont été marqués par une contestation massive, sévèrement réprimée, avec des centaines de morts et de blessés.

Le 26 mars, Amadou Toumani Touré (ATT), alors Lieutenant-colonel, renverse Moussa Traoré. Il déclarera : « ce qui a précipité notre décision, c’est de voir cet homme s’enfermer dans un système de répression sanglante contre la population. Mais nous n’avons fait que parachever l’œuvre de notre jeunesse et des organisations démocratiques ».

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L’instauration du multipartisme met ainsi fin au régime du parti unique. Un vent de liberté souffle désormais sur le pays. En 1992, Alpha Oumar Konaré est élu Président lors d’un scrutin transparent, la première alternance démocratique du pays. La société civile prend une place centrale dans la vie politique et l’esprit du 26 mars incarne alors l’espoir d’une gouvernance plus juste et plus transparente.

Les promesses trahies ?

Trois décennies plus tard, le bilan est mitigé. La démocratie instaurée s’est heurtée à ses propres limites. L’instabilité politique, avec plusieurs coups d’État, notamment en 2012, 2020 et 2021, a révélé la fragilité des institutions. La corruption et la mauvaise gouvernance ont gangréné le pays. Les détournements de fonds publics massifs ont sapé la confiance des citoyens envers leurs dirigeants. Selon Dr. Mohamed Amara, sociologue, « la démocratie ne se décrète pas, elle se construit ».

Les crises sécuritaires, notamment l’insurrection djihadiste depuis 2012, ont affaibli l’État. Le Nord du Mali a plusieurs fois échappé au contrôle de Bamako et malgré les interventions militaires, la situation demeure préoccupante.

Au plan économique, la promesse d’un développement inclusif reste un mirage. Le chômage des jeunes explose, la pauvreté est endémique et la crise énergétique accentue les inégalités.

Un Mali dans un éternel recommencement ?

Depuis 1991, le pays semble coincé dans un cycle de transitions politiques sans fin. À chaque crise, une nouvelle est instaurée, mais les institutions restent faibles et vulnérables aux jeux de pouvoir. Pour éviter ces crises à répétition, le Mali doit repenser son modèle démocratique. Les aspirations du 26 mars 1991 ne semblent plus servir de boussole.

Si les idéaux de la révolution ne doivent pas mourir dans le désenchantement, des réformes profondes s’imposent. La lutte contre la corruption doit être une priorité absolue. Aucun État ne peut prospérer avec des détournements massifs des deniers publics.

Les institutions doivent être renforcées pour éviter que les alternances politiques ne deviennent des cycles de crise. Une justice indépendante, une armée encadrée et un État garant de la transparence sont nécessaires. Pour ce faire, l’implication de la jeunesse est déterminante. Les nouvelles générations doivent être actrices du changement et non simples spectatrices d’un système qui se répète. De plus, la réconciliation nationale et la stabilisation du pays doivent être au cœur des réformes. L’histoire a démontré que sans un Mali pacifié aucune démocratie ne pourra réellement fonctionner.

L’héritage du 26 mars en suspens

Certes, la révolution du 26 mars 1991 a marqué une rupture historique dans le Mali moderne. Pourtant, son héritage est mis à rude épreuve par les crises successives.

Alors que le pays commémore ce 34ème anniversaire, le véritable défi est de faire vivre ces idéaux au-delà du simple souvenir. Une démocratie ne se limite pas à des élections. Elle repose sur des institutions fortes, une justice impartiale et une gouvernance au service du peuple. Et l’histoire a prouvé que le peuple malien sait se mobiliser lorsque ses droits sont menacés.

Massiré Diop