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Moussa Abba Diallo: « Les financements ne suivent pas toujours l’augmentation des besoins humanitaires »

Face à l’augmentation continue des besoins humanitaires au Mali, les ressources disponibles restent insuffisantes. Depuis le terrain, AMSODE (Association malienne…

Face à l’augmentation continue des besoins humanitaires au Mali, les ressources disponibles restent insuffisantes. Depuis le terrain, AMSODE (Association malienne pour la solidarité et le développement) décrit les ajustements opérés par les acteurs nationaux pour maintenir l’aide aux populations les plus vulnérables. Son président, Moussa Abba Diallo, répond aux questions de Journal du Mali.
Journal du Mali : Depuis le terrain, comment percevez-vous l’évolution du financement humanitaire au Mali ces dernières années, au regard de l’augmentation continue des besoins ?
Moussa Abba Diallo : Les besoins humanitaires au Mali connaissent une croissance constante, exacerbée par les conflits, les déplacements massifs et les catastrophes naturelles. Les financements disponibles ne suivent pas toujours cette augmentation, laissant ainsi certaines populations, notamment dans les zones isolées, sans accès suffisant à l’aide. La présence continue d’AMSODE sur le terrain nous permet néanmoins de réagir rapidement et d’adapter nos interventions aux besoins locaux, même lorsque les ressources sont limitées.
Journal du Mali : Quels changements observez-vous dans la manière dont les acteurs humanitaires priorisent leurs interventions face à des ressources de plus en plus limitées ?
Moussa Abba Diallo : La raréfaction des ressources conduit les acteurs humanitaires à adopter une approche plus stratégique et ciblée, axée sur les populations les plus vulnérables et les zones les plus difficiles d’accès. Les ONG nationales jouent un rôle clé en identifiant les besoins spécifiques et en assurant une coordination efficace avec les partenaires internationaux. Par ailleurs, les programmes tendent à être intégrés et multisectoriels, combinant sécurité alimentaire, protection, éducation et accès à l’eau, afin de maximiser l’impact avec des moyens restreints.
Journal du Mali : Dans les zones où AMSODE intervient, quels secteurs vous semblent aujourd’hui les plus affectés par le sous-financement : protection, santé, sécurité alimentaire, éducation ou accès à l’eau ?
Moussa Abba Diallo : Tous les secteurs subissent les effets du sous-financement, mais certains sont particulièrement fragilisés. La protection reste sous-dotée, notamment pour le suivi des enfants et des populations vulnérables. L’éducation pâtit du manque d’infrastructures et de programmes psychosociaux durables. L’accès à l’eau et à l’hygiène est limité par le déficit de moyens pour construire et entretenir les infrastructures essentielles. Grâce à son implantation locale, AMSODE parvient à maintenir une couverture minimale et à orienter l’aide vers les populations les plus exposées.
Journal du Mali : Comment les ONG nationales comme AMSODE s’adaptent-elles concrètement à cette contrainte financière persistante pour maintenir leurs actions auprès des populations vulnérables ?
Moussa Abba Diallo : AMSODE s’appuie sur sa proximité avec les communautés et sa connaissance fine du terrain pour ajuster ses interventions. L’organisation travaille avec des volontaires locaux afin d’atteindre les zones isolées et de suivre l’évolution des besoins. Elle combine des programmes multisectoriels pour optimiser l’usage des ressources et forme des comités communautaires afin d’assurer la continuité des actions. Parallèlement, un plaidoyer actif est mené auprès des bailleurs pour mobiliser des financements flexibles et orientés vers des besoins durables. Cette approche localisée permet de maintenir des interventions efficaces et adaptées aux réalités des populations, malgré le sous-financement.
Journal du Mali : Avec le lancement d’un nouveau plan de réponse humanitaire, quels enseignements tirés des plans précédents devraient, selon vous, guider les choix stratégiques à venir ?
Moussa Abba Diallo : Le nouveau plan doit tirer pleinement les enseignements des expériences précédentes. Il apparaît essentiel de renforcer la localisation en confiant un rôle central aux ONG nationales, mieux placées pour atteindre les populations isolées. Les interventions doivent viser un impact durable en combinant sécurité alimentaire, protection, éducation et accès à l’eau afin de renforcer la résilience des communautés. L’implication des bénéficiaires dans la planification et la mise en œuvre demeure déterminante pour garantir la pertinence des programmes. Enfin, la coordination entre acteurs nationaux et internationaux doit être renforcée afin d’éviter les doublons et de combler efficacement les lacunes.

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