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Gilles Yabi : « La force unifiée de l’AES ne peut pas, à elle seule, résoudre la crise sécuritaire »

Le Directeur exécutif du think tank Wathi analyse la portée réelle de la Force unifiée de l’Alliance des États du…

Le Directeur exécutif du think tank Wathi analyse la portée réelle de la Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel, lancée en décembre 2025. Il en expose les apports, les limites et les conditions nécessaires à son efficacité en 2026. Propos recueillis par Massiré Diop.

La Force unifiée de l’AES peut-elle réellement changer la dynamique sécuritaire en 2026 ?

La Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel, composée à son lancement de 5 000 militaires issus des trois pays membres, peut constituer une contribution importante à la lutte contre les groupes armés dans la région. Elle peut modifier le rapport de forces dans certaines zones de déploiement. Toutefois, elle ne saurait à elle seule apporter une réponse décisive à une crise sécuritaire profonde et multidimensionnelle, qui exige des réponses dépassant les seules actions militaires, menées collectivement ou individuellement par les armées nationales.

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Quel est son principal apport sur le terrain ?

Son apport majeur réside dans la coordination opérationnelle transfrontalière rendue possible par un commandement unifié. Les armées nationales ont longtemps agi de manière fragmentée, souvent de façon ponctuelle et réactive. La FU-AES s’inscrit dans la continuité d’expériences antérieures de coopération, notamment les opérations conjointes menées dans la zone du Liptako-Gourma. Ces initiatives ont montré que la coordination est nécessaire et possible, mais qu’elle demeure limitée géographiquement et ne peut se substituer aux efforts internes que chaque État doit mener pour renforcer durablement sa sécurité.

Comment éviter une duplication inefficace avec la CEDEAO ?

Le risque de duplication demeure élevé dans un contexte de forte fragmentation politique en Afrique de l’Ouest. Le retrait des pays de l’AES de la CEDEAO limite à court terme les perspectives d’une coopération sécuritaire élargie. Les tensions et la méfiance entre États entravent le partage du renseignement et les opérations conjointes. Faute de cadre régional commun, les coopérations bilatérales ou les mécanismes ad hoc entre pays volontaires constituent les options les plus réalistes, tout en rendant nécessaire le maintien d’un dialogue minimal sur les enjeux sécuritaires partagés.

Quelles garanties sont indispensables pour la crédibilité de cette force ?

Le financement constitue un enjeu central et nécessite des mécanismes de transparence et de contrôle pour garantir l’efficacité des ressources engagées. L’absence de redevabilité affaiblit la confiance des populations et la légitimité des dispositifs sécuritaires. Le respect des droits humains est tout aussi déterminant, car les violations alimentent directement l’insécurité en servant la propagande et le recrutement des groupes armés. Des règles d’engagement claires, des enquêtes crédibles et des formations continues à la protection des civils restent indispensables pour préserver la stabilité recherchée.

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