Droits des femmes : avancées institutionnelles et défis persistants

Le 8 mars 2026 marque la 32ᵉ édition de la Journée internationale des droits des femmes. Placée sous le thème…

Le 8 mars 2026 marque la 32ᵉ édition de la Journée internationale des droits des femmes. Placée sous le thème national « Droits des femmes et des filles : agir pour un avenir sûr et équitable dans un Mali résilient, unifié et souverain », cette commémoration intervient quelques jours après la remise du rapport des États généraux sur la situation de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, relançant le débat sur la condition des femmes dans le pays.

À première vue, le Mali dispose aujourd’hui d’un cadre institutionnel et programmatique dense en matière de promotion des droits des femmes. Les initiatives se multiplient, les partenaires techniques et financiers sont mobilisés et la question du genre figure désormais parmi les priorités affichées de l’action publique. Pourtant, derrière ces engagements, la réalité quotidienne de nombreuses femmes reste marquée par des inégalités persistantes.
Selon les données officielles de la Loi de finances 2026, les femmes représentaient en 2024, 19,3 % des élus aux postes électifs et 13,6 % des postes nominatifs dans l’administration publique. Leur taux d’alphabétisation était de 38,3 %, tandis que le taux de chômage féminin était estimé à 4,3 %.
Pour Coumba Bah, productrice de l’émission « Musoya » et spécialiste des questions relatives aux droits des femmes, le diagnostic est clair : « Nous sommes face à un état des lieux contrasté : des avancées institutionnelles et juridiques réelles, mais encore beaucoup de défis dans la réalité quotidienne ».
Elle ajoute que « chez certains hommes comme chez certaines femmes, on continue de considérer les femmes et les filles comme des citoyennes de seconde classe ». Une perception qui freine, selon elle, l’appropriation des droits et leur traduction concrète dans la société.
Des programmes d’envergure pour l’autonomisation
Sur le plan des politiques publiques, plusieurs programmes structurants sont en cours pour renforcer l’autonomisation économique, l’accès aux services sociaux de base et la protection des femmes et des filles.
Le Fonds d’Appui à l’Autonomisation de la Femme et à l’Épanouissement de l’Enfant (FAFE), actif depuis plus d’une décennie, constitue un pilier de l’action gouvernementale. Il finance des initiatives destinées à accroître les opportunités économiques des femmes et à favoriser leur participation politique aux niveaux local et national. Pour 2026, le FAFE ambitionne notamment d’améliorer les conditions de vie des femmes à travers l’accompagnement des activités génératrices de revenus, le renforcement de leurs capacités de leadership, l’appui aux enfants en situation difficile et le suivi-évaluation systématique des actions menées.
À l’échelle régionale, le projet Autonomisation des Femmes et Dividende Démographique au Sahel (SWEDD+) poursuit sa dynamique. Entré dans sa troisième phase (2025-2029), il couvre désormais 19 régions au Mali, contre 15 auparavant. Les résultats de la phase II (2021-2024) illustrent son ampleur : 7,5 millions de personnes touchées, 37 166 femmes formées et installées dans des activités génératrices de revenus, 1 600 femmes orientées vers des métiers innovants ou traditionnellement masculins, 700 centres d’alphabétisation renforcés et 37 166 femmes alphabétisées. Le projet agit à la fois sur l’éducation des filles, l’insertion économique et la transformation des normes sociales.
Dans le domaine de la santé reproductive et de la lutte contre les violences basées sur le genre, la phase II du projet « Renforcement de l’accès aux services de santé reproductive et prise en charge des violences basées sur le genre » (SR/VBG 2024-2026) mobilise près d’1 milliard 312 millions de FCFA. Elle vise la prise en charge de 5 500 survivantes de violences, l’accompagnement de 530 personnes en situation de handicap, la sensibilisation de 3 millions de personnes et le recrutement de 75 000 nouvelles utilisatrices des services de planification familiale.
Le projet « Powered by Women » (Maaya Dembé), financé à hauteur de 4,4 milliards de FCFA pour la période 2025-2030, ambitionne de renforcer la résilience de 222 072 femmes et filles dans les régions de Bandiagara, Bougouni, Mopti, Ségou et Tombouctou.
De son côté, le Projet Filles et Éducation Résilientes (FIERES 2022-2027) agit sur l’éducation et la résilience des filles. Au total, 330 000 personnes ont été sensibilisées au droit des filles à l’éducation, 25 400 élèves — dont plus de 12 000 filles — accompagnés et 6 500 femmes adultes mobilisées pour défendre les droits des adolescentes.
Ces différents programmes témoignent d’un engagement croissant, même si le budget du ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille représente toujours moins de 1 % du budget national en 2026.
Les États généraux : un tournant stratégique ?
La transmission, le 19 février 2026, du rapport final des États généraux sur la situation de la Femme, de l’Enfant et de la Famille au Président de la Transition constitue un moment charnière dans le processus de consolidation des droits des femmes au Mali.
Conduits selon une approche inclusive et participative, ces États généraux ont réuni près d’un millier d’acteurs issus de diverses régions et sensibilités. Les concertations ont débouché sur 459 recommandations et 349 actions concrètes, regroupées dans un plan d’action prioritaire destiné à orienter les politiques publiques à court et moyen termes.
Les conclusions s’articulent autour de trois grandes orientations : la consolidation de la cellule familiale comme socle social, le renforcement de l’autonomisation économique des femmes et leur implication effective dans la conduite des affaires publiques, y compris dans les dynamiques de prévention des conflits, et enfin le développement de dispositifs plus robustes pour prévenir et combattre toutes les formes de violences, d’abus et d’exploitation à l’encontre des enfants.
Hormis les recommandations, ces États généraux traduisent une volonté de repositionner la question des droits des femmes dans une perspective plus globale de refondation sociale et institutionnelle.
Un cadre juridique dense, mais des obstacles persistants
Sur le plan normatif, le Mali dispose d’un arsenal juridique relativement solide. Le pays a ratifié, entre autres, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, adhéré à la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples et ratifié sans réserve en 1985 la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ainsi que son protocole additionnel en 2000.
La Constitution du 22 juillet 2023 consacre elle aussi l’égalité entre hommes et femmes, et la loi 052 du 18 décembre 2015 a instauré un quota minimum de 30 % de chaque sexe dans les fonctions électives et nominatives.
Pourtant, l’application effective de ces textes demeure inégale. Coumba Bah pointe plusieurs freins. De son point de vue, le premier blocage reste le déficit d’information, de sensibilisation et d’appropriation des droits des femmes et des filles au sein de la société.
Elle évoque également le manque de moyens institutionnels et de mécanismes de suivi, les normes sociales et certaines pratiques traditionnelles néfastes, la mauvaise interprétation de textes religieux, ainsi que le contexte sécuritaire et humanitaire qui fragilise les institutions et réduit l’accès aux services publics dans certaines régions.
Quelles priorités pour une amélioration durable ?
Face aux défis persistants, la spécialiste des droits des femmes insiste sur la nécessité de passer d’une logique déclarative à une transformation en profondeur des mentalités et des pratiques.
« La première priorité reste, selon moi, l’éducation et la sensibilisation citoyenne. Les lois, aussi importantes soient-elles, ne peuvent produire de résultats durables si les populations ne comprennent pas leur sens ni leur utilité ».
Pour elle, l’enjeu est de créer une masse critique de citoyens et citoyennes convaincus de la nécessité de l’égalité et de l’équité.
Mme Bah estime également indispensable de renforcer l’application effective des lois déjà existantes. « L’enjeu principal est désormais de garantir la mise en œuvre du cadre juridique existant à travers des mécanismes de suivi, de redevabilité et une volonté politique et institutionnelle claire », soutient-elle.
Mohamed Kenouvi

Suivez l'information en direct sur notre chaîne WHATSAPP