Maladies rares au Mali : l’urgence d’améliorer le diagnostic

À l’occasion de la Journée mondiale des maladies rares, observée le 28 février, le Mali fait face à d’importants défis liés au diagnostic et à la prise en charge de ces pathologies. Les spécialistes appellent à renforcer la recherche et la sensibilisation pour mieux répondre aux réalités locales.

Les maladies rares touchent moins d’une personne sur 2 000, selon la définition européenne. Au Mali, environ 900 familles sont concernées, pour près de 1 293 patients suivis, précise le Dr Guida Landouré, neurologue au CHU du Point G. Certaines de ces pathologies sont extrêmement rares : dans certains cas, une maladie peut ne concerner qu’une seule famille au monde. Au Mali, deux familles présenteraient ainsi des maladies dont les variants génétiques n’ont pas encore été identifiés ailleurs.
Mises ensemble, ces pathologies toucheraient entre 300 et 400 millions de personnes dans le monde. On estime qu’il existe entre 7 000 et 8 000 maladies rares identifiées.
Particularités
Environ 70 à 80 % des maladies rares ont une origine génétique et sont transmissibles de façon héréditaire. Seule une minorité — moins de 5 à 10 % — dispose aujourd’hui d’un traitement spécifique, tandis que la majorité ne bénéficie encore que d’une prise en charge symptomatique. La recherche progresse néanmoins chaque année avec le développement de nouvelles thérapies ciblées.
Maladies héréditaires pouvant toucher plusieurs membres d’une même famille, ces pathologies sont souvent mal acceptées. « Les patients diagnostiqués n’acceptent pas la maladie, parce que les maladies génétiques sont souvent associées à une malédiction », explique le Dr Landouré. D’où l’importance d’une sensibilisation intense pour favoriser un meilleur diagnostic et encourager la participation à la recherche.
Les causes ou expressions de certaines maladies rares au Mali peuvent différer de celles observées dans d’autres populations, ce qui souligne la nécessité d’études locales afin d’adapter les approches thérapeutiques. Ces pathologies peuvent affecter différentes parties du corps et concerner la neurologie, la cardiologie ou d’autres spécialités. Elles évoluent souvent de manière progressive et peuvent, selon les cas, réduire l’espérance de vie.
Des traitements existent pour certains cas connus au Mali, mais leur coût reste extrêmement élevé, pouvant atteindre plusieurs dizaines de milliers de dollars par dose et nécessitant des administrations répétées. D’autres options, plus accessibles, sont encore à l’étude dans certains pays. Par ailleurs, des prises en charge non curatives permettent d’améliorer la qualité de vie des patients : traitement symptomatique pour soulager la douleur, réduire la fréquence des crises, ou encore supplémentations spécifiques visant à améliorer la motricité.

Dr Guida Landouré : « L’épilepsie touche 14 à 15‰ de la population au Mali »

Le 9 février est la Journée internationale de l’épilepsie. Cette maladie touche environ 50 millions de personnes à travers le monde et le Mali fait partie des zones les plus touchées, avec une prévalence de 14 à 15‰. Le Dr Guida Landouré, neurologue au CHU du Point G, nous fait un état des lieux.

Qu’est-ce que l’épilepsie ?

L’épilepsie est caractérisée par une répétition de crises. On appelle crise épileptique des symptômes neurologiques qui peuvent être des manifestations motrices ou sensitives non provoquées et durant quelques secondes ou minutes. Elles sont dues à une irritation des neurones au niveau du cerveau. On parle d’épilepsie lorsque deux crises, espacées de 24 heures, surviennent, ou lorsqu’une crise survient avec une probabilité de 60% d’une nouvelle crise dans les 10 ans qui suivent, comme dans la population générale, ou en présence d’un syndrome épileptique (Manifestation spécifique).

Comment diagnostiquer la maladie ?

Lorsqu’on est face à une crise épileptique, il est nécessaire d’effectuer des examens complémentaires. Le plus simple est l’électroencéphalogramme (EEG), qui permet d’enregistrer les activités du cerveau pour détecter une activité anormale, confirmant ainsi le diagnostic. On peut aussi recourir à des examens plus poussés comme le scanner ou l’IRM. Il faut retenir que le diagnostic de l’épilepsie est clinique. Selon le type de crise, des traitements adaptés sont disponibles.

Quelle est l’ampleur de la maladie au Mali ?

Environ 50 millions de personnes souffrent de cette maladie dans le monde. Depuis 10 ans, ce chiffre pourrait être encore plus élevé, car 80% des cas se trouvent dans les pays en développement. Au Mali, la prévalence est de 14 à 15‰, parmi les plus élevées au monde. Cette situation peut s’expliquer par le fait que le paludisme est endémique : pour les patients souffrant de neuro-paludisme, cela peut entraîner secondairement l’épilepsie. De plus, la propagation de diverses infections mal soignées et des comportements tels que le non-port de casque ou de ceinture peuvent, en cas d’accident, provoquer un traumatisme crânien.

Le traitement est-il accessible ?

Il existe des molécules abordables, même si elles peuvent avoir des effets secondaires. Cependant, les nouvelles molécules, qui sont chères et difficiles d’accès, peuvent devenir coûteuses, car il s’agit d’un traitement de longue durée. En revanche, les anciennes molécules restent accessibles pour les foyers à revenus moyens.

Existe-t-il des moyens de prévenir la maladie ?

Il est crucial d’encourager les parents à soigner leurs enfants à temps afin d’éviter des lésions. Les motocyclistes et automobilistes doivent également porter des casques et des ceintures. Pour les cas génétiques, il est conseillé d’éviter les mariages consanguins en présence de cas d’épilepsie dans la famille.