Transformation numérique : une stratégie nationale pour structurer le secteur à l’horizon 2030

La transformation numérique est désormais érigée en priorité stratégique avec l’adoption d’un cadre national destiné à organiser le développement du secteur pour les années à venir. La stratégie couvre la période 2026-2030 et ambitionne de moderniser l’administration, sécuriser les usages et améliorer l’accès des citoyens aux services numériques.

Adoptée en Conseil des ministres le 16 janvier 2026 sur le rapport du ministre de la Sécurité et de la Protection civile, la stratégie nationale de transformation numérique marque une nouvelle étape dans la structuration du secteur. Elle intervient dans un contexte où les outils digitaux occupent une place croissante dans la gestion publique, l’économie et la vie quotidienne, souvent sans cadre suffisamment harmonisé.
Ces dernières années, l’usage du numérique s’est développé à un rythme soutenu. Les services administratifs ont progressivement intégré les plateformes en ligne, les opérateurs économiques se sont adaptés aux nouveaux modes de communication et les citoyens ont massivement adopté le téléphone mobile comme principal moyen d’accès à l’information. Aujourd’hui, près de neuf millions de personnes utilisent internet, tandis que le nombre de connexions mobiles dépasse largement celui de la population, traduisant à la fois un fort potentiel et des disparités persistantes.
La stratégie 2026-2030 entend répondre à ces déséquilibres. Elle vise à renforcer les infrastructures numériques, promouvoir l’économie digitale et développer les compétences locales afin de mieux accompagner l’évolution des usages. L’un des objectifs affichés est de réduire la fracture numérique entre les zones urbaines et rurales, où l’accès reste inégal et parfois instable.
Enjeu sécuritaire 
Le document met également un accent particulier sur la sécurisation de l’espace numérique. À mesure que l’administration se digitalise et que les données circulent davantage, les risques augmentent. Les autorités relèvent la nécessité de protéger les systèmes d’information, les plateformes publiques et les infrastructures critiques contre les cybermenaces, dans un environnement régional marqué par la multiplication des attaques informatiques et des usages malveillants.
Cette dimension sécuritaire est présentée comme un préalable à toute transformation durable. La stratégie prévoit ainsi un renforcement de la gouvernance de la cybersécurité, le développement d’une culture numérique responsable et la mise en place de mécanismes de prévention et de réponse aux incidents. L’objectif est de créer un cadre de confiance permettant aux administrations, aux entreprises et aux citoyens d’utiliser les outils numériques sans crainte.
Moteur de croissance 
Au-delà des aspects techniques, la stratégie porte une vision plus large du développement. Le numérique y est perçu comme un moteur de croissance économique, capable de stimuler l’innovation, de soutenir l’entrepreneuriat et de favoriser l’émergence de nouveaux métiers. La formation des ressources humaines occupe ainsi une place centrale, avec la volonté de renforcer les capacités locales et de limiter la dépendance à l’expertise extérieure.
Les autorités estiment que cette approche globale permettra d’améliorer l’efficacité de l’action publique, de rapprocher l’administration des usagers et de renforcer la transparence. La numérisation des procédures est appelée à simplifier les démarches, réduire les délais et limiter certaines pratiques informelles, à condition toutefois que l’accès soit équitable et inclusif.
La mise en œuvre de la stratégie s’étalera sur plusieurs années et nécessitera des textes d’application, des investissements conséquents et une coordination étroite entre les différents acteurs publics et privés. Son succès dépendra également de la capacité à traduire les orientations générales en actions concrètes sur le terrain.
À travers ce document, l’État affirme sa volonté de reprendre la maîtrise de son espace numérique et d’en faire un outil au service du développement et de la souveraineté. Reste désormais le défi de l’exécution, dans un secteur où les ambitions sont souvent fortes mais où les résultats se mesurent dans la durée.

Croissance économique : Les chantiers pour une transition énergétique durable

La croissance économique du Mali devrait s’accélérer à 5,3% en 2025, tirée notamment par le secteur minier. Cependant, l’année 2025 s’annonce également avec de nombreux défis, notamment celui de l’accès à l’énergie. Si le démarrage de la production de lithium présente de nouvelles opportunités en matière d’énergies renouvelables, le modèle d’exploitation doit évoluer pour permettre de soutenir d’autres secteurs de l’économie. La relance de l’économie reste en outre confrontée aux conséquences des chocs climatiques et à l’insécurité.

Le lancement des activités de la mine de lithium de Goulamina, le 15 décembre 2024, devrait contribuer à booster la transition énergétique grâce à la fourniture d’équipements utilisés dans l’énergie solaire, espèrent les autorités.

Cependant, pour offrir de nouvelles perspectives dans le secteur des énergies renouvelables, cette opportunité doit, au-delà de l’extraction, permettre au Mali de bénéficier à d’autres niveaux de cette chaîne de valeur. « À défaut d’avoir des usines de transformation sur place, on peut négocier des conditions d’accès plus faciles au produit », explique Abdrahamane Tamboura, économiste. Avec 51% de parts accordées aux entreprises maliennes, les contrats de sous-traitance devraient générer environ 250 milliards de francs CFA. De plus, la mine de Goulamina contribuera au développement local avec un investissement compris entre 20 et 25 milliards.

Le domaine des technologies à base de lithium est en expansion, mais les compétences locales pour répondre à ces besoins sont insuffisantes. Il est donc essentiel de développer ces talents.

Changer de schéma

À terme, il s’agit de changer le modèle d’exploitation de nos matières premières, actuellement basé sur l’exportation de produits bruts. Le chantier de la transformation économique doit être envisagé sur le long terme, sous peine de ne pas obtenir les résultats escomptés.

Le contexte devrait permettre une réflexion approfondie, estime M. Tamboura. Le développement que l’on envisage nécessite de sortir de l’urgence et de trouver un juste milieu entre la satisfaction des besoins pressants et l’exploitation judicieuse des potentialités.

En octobre 2024, le Gouvernement a interdit l’exportation de certains produits, dont l’arachide, la noix de karité et le sésame. Cette mesure vise à booster l’industrie locale, mais elle est redoutée par les producteurs, qui craignent une baisse de revenus, l’industrie locale ne transformant qu’une partie infime de la production. Pour renforcer cette capacité, il est crucial de fournir le secteur agricole en énergie, estime M. Tamboura.

Cela peut se faire à travers le développement du sous-secteur de la bioénergie, par exemple. Le secteur agricole, qui est un bon pourvoyeur de matières premières pour le sous-secteur des bioénergies, a également besoin d’énergie pour son propre développement. Un développement basé sur la valorisation des produits agricoles. Ce modèle, qui combine production et transformation, peut conduire à intensifier la production et à la valoriser.