Partis politiques : Une relance des activités en 2026 ?

L’annonce par le Président de la Transition de concertations nationales en 2026 autour de l’avant-projet de la nouvelle Charte des…

L’annonce par le Président de la Transition de concertations nationales en 2026 autour de l’avant-projet de la nouvelle Charte des partis politiques ouvre une nouvelle séquence politique, attendue mais encore entourée d’incertitudes.

Près de huit mois après la dissolution des partis politiques, le débat sur leur avenir refait surface. Dans son discours du Nouvel An, le 31 décembre 2025, le Président de la Transition a annoncé que « l’année 2026 ouvrira le chantier des concertations nécessaires autour de l’avant-projet de loi déterminant les conditions de formation et d’exercice des activités des partis politiques ». Une déclaration qui relance les spéculations sur un éventuel retour encadré de l’activité partisane, dans un contexte politique profondément reconfiguré.

Si l’annonce marque un signal politique fort, elle ne signifie pas encore une reprise des activités. Le Chef de l’État évoque un avant-projet de charte et non un texte finalisé, laissant entendre un processus graduel, étalé dans le temps et dont l’issue dépendra largement du contenu des concertations à venir.

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Des concertations sans partis ?

La principale interrogation porte sur la nature des acteurs appelés à participer à ces concertations. Les partis politiques, en tant que structures juridiques, n’existent plus officiellement. Dès lors, comment organiser des discussions sur leur avenir en l’absence de leurs représentants légaux ?

Pour plusieurs observateurs, une concertation véritablement inclusive supposerait non seulement la participation d’anciens acteurs politiques, mais aussi un climat politique apaisé permettant une expression libre et équilibrée.

Pour Sékou Niamé Bathily, ancien cadre du RPM dissous, le risque est celui d’une concertation « exclusive », menée « au nom des partis politiques mais en leur absence ». Il s’interroge ouvertement sur la crédibilité d’un tel exercice et sur la réelle volonté d’en faire une priorité politique, évoquant une annonce qui pourrait relever davantage de la gestion du temps que de l’urgence des réformes.

Cette réserve est partagée, de manière plus lapidaire, par d’autres anciens responsables. Hamidou Doumbia, de l’ancien parti Yelema, qualifie l’annonce de « non événement » et refuse tout commentaire. D’autres anciens acteurs politiques contactés ont également choisi le silence, signe d’un scepticisme ambiant et d’une profonde méfiance vis-à-vis du processus annoncé.

Du côté des autorités, la ligne officielle se veut plus inclusive. Dès le lendemain de la dissolution, le ministre délégué chargé des Réformes politiques, Mamani Nassiré, avait assuré lors d’un point de presse, le 14 mai 2025, que « toutes les personnalités qui peuvent contribuer à élaborer une bonne loi » seraient associées, « y compris les anciens acteurs politiques ». Reste à savoir sous quelle forme et avec quel poids réel.

Une crédibilité conditionnée à l’inclusivité

Toutefois, la question de la décrispation politique, notamment le sort des responsables politiques toujours en détention, reste absente du discours officiel, alors qu’elle conditionne largement toute dynamique de réconciliation et de dialogue crédible.

Pour l’analyste politique Dr Jean-François Marie Camara, enseignant-chercheur à l’Université des Sciences juridiques et politiques de Bamako, l’initiative présidentielle va dans le bon sens. Les partis politiques, rappelle-t-il, « sont indispensables à la vie d’un État, surtout dans le cadre de la gouvernance démocratique ». Mais il pose une condition claire : sans implication des anciens partis dissous et de la société civile, les concertations risquent de manquer de crédibilité.

Selon lui, le débat devra porter à la fois sur la forme – qui participe et comment – et sur le fond, c’est-à-dire la philosophie même de la future Charte. Une discussion limitée à des experts ou à des personnalités choisies pourrait difficilement produire un consensus national durable.

À ce stade, ni les modalités précises ni les termes de référence des concertations annoncées pour 2026 n’ont été rendus publics, alimentant les incertitudes et les conjectures.

Cette réflexion s’inscrit également dans le sillage de l’audit conduit par la Cour suprême du Mali sur le financement public des partis politiques, qui a mis en lumière plus de 24 milliards de francs CFA alloués entre 2000 et 2018, ainsi que d’importantes insuffisances en matière de transparence et de reddition des comptes.

Vers une refondation profonde

Sur le fond, plusieurs signaux laissent penser que la relance éventuelle des partis ne se fera qu’au prix de conditions drastiques. Les recommandations formulées par les forces vives de la Nation lors des consultations d’avril 2025 pourraient largement inspirer la future Charte. Elles vont d’un durcissement des critères de création à un contrôle renforcé du fonctionnement interne des partis.

Parmi les propositions les plus marquantes figurent la réduction drastique du nombre de partis, l’instauration d’une enquête de moralité, une caution financière élevée pour la création, l’obligation de représentations régionales effectives ou encore l’exigence de la déclaration de biens des membres fondateurs des partis.

Autant de mesures qui dessinent un paysage politique plus resserré et plus contrôlé, dont la viabilité dépendra de l’inclusivité du processus et de sa capacité à s’inscrire dans une dynamique d’apaisement durable.

Mohamed Kenouvi

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