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Coumba Bah : « la priorité reste l’éducation et la sensibilisation citoyenne »

Dans cet entretien, Coumba Bah, productrice de l’émission « Musoya » et spécialiste des questions liées aux droits des femmes,…

Dans cet entretien, Coumba Bah, productrice de l’émission « Musoya » et spécialiste des questions liées aux droits des femmes, dresse un état des lieux de la condition féminine au Mali. Elle souligne les avancées juridiques enregistrées ces dernières années, mais aussi les nombreux défis qui persistent dans la réalité quotidienne. Propos recueillis par Mohamed Kenouvi

Quel état des lieux global faites-vous aujourd’hui de la situation des droits des femmes au Mali ?
Des avancées ont été réalisées ces dernières années, mais de nombreux défis persistent. Le Mali dispose aujourd’hui d’un cadre juridique relativement important pour la promotion des droits des femmes. Le pays est signataire de plusieurs instruments internationaux. Au niveau national, une loi adoptée en 2015 instaure un quota d’au moins 30 % de femmes dans les fonctions nominatives et électives.
Le Mali est également engagé dans l’Agenda Femmes, Paix et Sécurité, avec la mise en œuvre du troisième Plan d’action national relatif à la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies. Cependant, les inégalités demeurent importantes. Selon la Banque mondiale, la participation des femmes au marché du travail reste inférieure à celle des hommes et elles sont majoritairement présentes dans le secteur informel.
L’UNICEF estime aussi qu’environ 53 % des filles au Mali sont mariées avant l’âge de 18 ans, ce qui affecte leur éducation, leur santé et leur autonomie. Dans certaines zones, l’insécurité et la présence de groupes armés ont également entraîné des restrictions pour les femmes dans l’espace public.
Qu’est-ce qui freine l’application réelle des textes ?
Un cadre législatif ne peut produire d’effets sans la volonté des citoyens et des institutions de l’appliquer. La loi sur le quota de 30 % en est un exemple : son application reste encore limitée en dehors des processus électoraux.
Le principal frein demeure le déficit d’information et de sensibilisation sur les droits des femmes. La société n’a pas encore atteint une masse critique de citoyens convaincus de la nécessité de l’égalité entre les femmes et les hommes. D’autres facteurs expliquent également ce décalage : le manque de moyens pour assurer le suivi des lois, le poids des normes sociales, certaines pratiques traditionnelles, l’insécurité persistante, ainsi que l’accès limité à l’information juridique.
La pauvreté constitue aussi un obstacle important.
Quelles pistes d’amélioration proposez-vous ?
La priorité reste l’éducation et la sensibilisation citoyenne. Les lois ne peuvent produire des résultats durables si les populations n’en comprennent pas le sens. Les hommes ont également un rôle important à jouer. En tant que pères, maris et chefs de famille, leur engagement en faveur d’une masculinité positive peut contribuer à impulser un changement durable.

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