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Burkina Faso : un gouvernement redessiné

Les autorités de la transition ont procédé, ce 12 janvier 2026, à un remaniement ministériel marqué par des changements d’hommes…

Les autorités de la transition ont procédé, ce 12 janvier 2026, à un remaniement ministériel marqué par des changements d’hommes et une refonte notable de l’intitulé de plusieurs départements. Au-delà des nominations, cette recomposition traduit une volonté assumée de redéfinir le rôle de l’État et le sens de l’action publique.

Le remaniement intervenu au Burkina Faso s’inscrit dans la continuité de la transition conduite par le président Ibrahim Traoré, mais il en accentue les marqueurs idéologiques. Sans bouleverser l’équilibre général de l’exécutif, les autorités ont choisi de renforcer certains pôles stratégiques et de revoir la dénomination de ministères jugés centraux dans la conduite du projet politique actuel.
La nomination du général de division Célestin Simporé comme ministre d’État, ministre de la Guerre et de la Défense patriotique constitue le changement le plus structurant. Le choix du terme « Guerre », absent jusque-là de l’architecture gouvernementale, rompt avec la prudence lexicale habituelle de l’administration burkinabè. Il acte une lecture frontale de la situation sécuritaire et confère à la défense nationale une dimension idéologique clairement assumée, plaçant la souveraineté et la reconquête du territoire au cœur de l’action gouvernementale.
Dans le même temps, la réorganisation du portefeuille des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi, confié à Annick Zingué Ouattara, répond à un enjeu démographique et social majeur. En associant explicitement jeunesse et emploi, l’exécutif entend dépasser les politiques sectorielles classiques pour proposer une approche plus intégrée, dans un pays où la pression sociale liée au chômage et à la déscolarisation demeure forte, notamment dans les zones affectées par l’insécurité.
Le secteur éducatif n’est pas en reste avec l’arrivée de Moumouni Zoungrana à la tête du ministère de l’Enseignement secondaire et de la Formation professionnelle et technique. Cette nomination intervient dans un contexte où l’enseignement post-primaire et la formation qualifiante sont perçus comme des leviers essentiels pour stabiliser les parcours des jeunes et répondre aux besoins d’une économie en quête de compétences techniques.
Au-delà des personnes, ce remaniement se distingue surtout par une révision en profondeur de l’intitulé de plusieurs ministères, révélatrice d’un repositionnement politique. Le ministère des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’Extérieur devient simplement ministère des Affaires étrangères, suggérant un recentrage diplomatique et une volonté de simplifier l’appareil institutionnel dans un environnement international marqué par des recompositions régionales sensibles.
Le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme est rebaptisé ministère de la Construction de la Patrie, une appellation qui dépasse les seules questions techniques pour inscrire l’aménagement du territoire dans un registre national et symbolique. Cette même logique traverse la transformation du ministère de la Fonction publique en ministère des Serviteurs du Peuple, qui vise à redéfinir la posture de l’administration et à rappeler sa vocation première au service des citoyens.
La justice connaît également une clarification institutionnelle avec le retour à l’appellation de ministère de la Justice, abandonnant un intitulé long et composite. Ce choix semble traduire une volonté de renforcer la lisibilité et l’autorité de l’institution judiciaire dans un contexte de fortes attentes sociales en matière d’équité et de régulation.
Enfin, le ministère de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale devient le ministère de la Famille et de la Solidarité, recentrant l’action sociale sur la cellule familiale, considérée comme un socle de cohésion dans un pays confronté à des déplacements internes massifs et à des fragilités sociales durables.
Pris dans son ensemble, ce remaniement ne se limite pas à un simple ajustement gouvernemental. Il révèle une stratégie politique fondée sur la symbolique des mots, la centralité de la souveraineté et la volonté de refaçonner l’image de l’État. À travers cette nouvelle architecture, les autorités de la transition entendent imprimer une direction claire à l’action publique et affirmer une vision du pouvoir où l’État se veut à la fois combattant, bâtisseur et serviteur.

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