Au Mali, la traduction du langage des signes entre dans une nouvelle ère. Longtemps reléguée aux marges des politiques publiques et des innovations technologiques, la question de l’inclusion des personnes sourdes et malentendantes connaît aujourd’hui une avancée majeure avec BoloKan, une application mobile pensée comme un interprète instantané, propulsée par l’intelligence artificielle.
À l’origine du projet, une histoire bouleversante : celle d’un enfant sourd et muet incapable de communiquer avec sa propre famille. Au fil de leurs recherches sur les besoins des personnes en situation de handicap auditif, Maimouna Sangaré, manager du projet, et son équipe, à l’origine de BoloKan, rencontrent le petit garçon. En langage des signes, il leur confie une phrase lourde de sens : « mes parents ne m’aiment pas ». Non pas par manque d’affection, mais faute de compréhension. Ce moment agit comme un électrochoc et révèle l’ampleur du fossé linguistique qui isole encore des milliers de Maliens, nous confie la manager du projet.
BoloKan naît de cette urgence. Concrètement, l’application fonctionne grâce à la caméra arrière du téléphone, dirigée vers la personne qui s’exprime en langue des signes. Les gestes sont analysés en temps réel par un système d’intelligence artificielle, puis traduits simultanément en texte ou en voix. Des mises à jour sont en préparation pour y intégrer le bamanankan et d’autres langues de plusieurs communautés, afin de garantir une utilisation plus facile et universelle de l’appli.
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Les concepteurs ont patiemment intégré les mouvements et combinaisons propres au langage des signes utilisé au Mali, un travail minutieux qui témoigne d’une volonté d’ancrage local plutôt que d’une simple adaptation de modèles étrangers.
Au Mali, l’accès aux interprètes professionnels est limité, surtout en dehors de Bamako. Cette innovation pourrait transformer l’accès aux services de santé, à l’éducation, aux démarches administratives, ou simplement favoriser un meilleur vivre-ensemble au quotidien. Elle ouvre aussi une réflexion plus large sur la place du numérique dans la réduction des inégalités structurelles.
La reconnaissance obtenue lors de l’Orange Summer Challenge 2025, où BoloKan a décroché la troisième place, confirme l’intérêt suscité par cette initiative prometteuse. L’application symbolise une avancée dans la traduction du langage des signes dans le pays et rappelle qu’en matière d’inclusion la technologie est un pont durable entre des mondes qui se sont longtemps ignorés faute de langage commun.
Ibrahim Baby




