Le gouvernement malien a engagé une réorganisation du dispositif d’appui au développement local. Lors du Conseil des ministres du 4 mars, plusieurs textes ont été adoptés pour restructurer l’Agence nationale d’Investissement des Collectivités territoriales (ANICT) et redéfinir ses missions.
Créée en 2000, l’ANICT a pour vocation de financer les investissements des collectivités territoriales et de garantir certains emprunts contractés par celles-ci. La réforme annoncée vise notamment à renforcer la capacité de pilotage des investissements locaux.
L’une des mesures majeures consiste à absorber les Agences de Développement régional (ADR), créées en 2015 pour accompagner les collectivités dans la maîtrise d’ouvrage du développement local. Selon les évaluations et audits institutionnels mentionnés dans le communiqué du gouvernement, ces structures auraient affiché des performances jugées insuffisantes, ce qui aurait motivé leur intégration dans un dispositif unique.
Pour les autorités, cette restructuration devrait permettre de réduire les chevauchements institutionnels et d’améliorer la coordination des projets territoriaux.
La réforme introduit également un volet plus sensible concernant le suivi administratif des associations et des fondations. Le gouvernement estime que les mécanismes actuels présentent des faiblesses susceptibles de favoriser certaines dérives, notamment le blanchiment de capitaux ou le financement d’activités illicites.
Les nouveaux textes prévoient ainsi :
la définition d’un champ plus clair du contrôle administratif ; l’instauration de conditionnalités encadrant les modes d’intervention des organisations ; l’introduction d’une contribution financière destinée à soutenir des actions de développement. Selon les autorités, ces mesures visent à renforcer la transparence et à mieux aligner les activités des organisations sur les priorités nationales.
Entre exigences de transparence et liberté associative
Cette orientation s’inscrit dans un contexte international marqué par le renforcement des normes de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Les recommandations du Groupe d’action financière (GAFI) invitent les États à surveiller les organisations à but non lucratif susceptibles d’être détournées à des fins illicites.
Toutefois, ces mécanismes de contrôle soulèvent également des questions. Dans plusieurs pays, des organisations de la société civile ont exprimé des inquiétudes face au risque d’une surrèglementation pouvant limiter l’espace associatif.
L’enjeu pour les autorités maliennes sera donc de trouver un équilibre entre la nécessaire transparence financière et la préservation de la liberté d’association, reconnue par les textes nationaux et internationaux.
Un défi de gouvernance locale
Ainsi, la réforme de l’ANICT s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’efficacité de la décentralisation au Mali. Les collectivités territoriales restent confrontées à des ressources limitées, à des capacités techniques inégales et à des retards dans la mise en œuvre de nombreux projets.
La réussite de cette nouvelle architecture institutionnelle dépendra donc de sa capacité à améliorer concrètement la gestion des investissements locaux et à renforcer la confiance entre l’État, les collectivités et la société civile.




