La place des jeunes dans la prévention des conflits n’est plus un sujet périphérique. Au Mali, le débat s’est imposé avec plus de force depuis la relance, le 24 mars 2026 à Bamako, du processus d’élaboration du Plan d’action national Jeunesse, paix et sécurité. Pourtant, malgré cette impulsion, le pays reste encore sans cadre formellement adopté.
Dans un pays où près de 67% de la population a moins de 25 ans, la question dépasse largement le champ de la jeunesse au sens administratif. Chômage, ruptures scolaires, déplacements forcés et manque de perspectives nourrissent un terrain fragile, particulièrement dans les zones touchées par l’insécurité. Plus de 400 000 personnes demeurent déplacées à l’intérieur du pays, avec une forte proportion de jeunes et d’enfants. Les jeunes paient aujourd’hui le plus lourd tribut à la crise : premières victimes des déplacements, de la déscolarisation et des violences, ils sont aussi les premières cibles des stratégies de recrutement des groupes armés.
Les Nations unies ont pourtant fixé le cap depuis 2015 avec la Résolution 2250, renforcée en 2018 par la Résolution 2419, qui reconnaissent les jeunes comme des acteurs de paix, de médiation et de reconstruction. Le Mali adhère à cette vision, mais la traduction institutionnelle est encore incomplète.
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Constats
Pour Sidiki Koné, expert consultant au FNUAP, le constat est clair. « Aujourd’hui, la place des jeunes dans la prévention des conflits et les mécanismes de paix au Mali est reconnue comme essentielle, mais elle reste globalement insuffisamment prise en compte dans la pratique ». Selon lui, les jeunes sont très actifs sur le terrain, dans les dialogues communautaires et les actions de cohésion sociale, mais restent encore insuffisamment associés aux mécanismes décisionnels formels.
Mahamady Togola, Coordinateur national de WANEP-Mali, partage cette lecture tout en rappelant les avancées déjà enregistrées. Il cite notamment le décret du 29 janvier 2019 portant création des Comités consultatifs de sécurité, qui prévoit la participation des jeunes dans les espaces de dialogue local.
« Oui, les jeunes sont présents dans les dispositifs, mais ils ne sont pas encore pleinement intégrés de manière structurée et influente », explique-t-il.
Selon lui, le problème ne réside pas dans le manque d’engagement des jeunes, mais dans l’absence d’un environnement institutionnel suffisamment solide pour valoriser cet engagement. WANEP-Mali a ainsi développé le programme Y-TEaM, axé sur le mentorat et le renforcement des capacités des jeunes leaders en matière de paix et de sécurité.
Les résultats, selon lui, sont déjà visibles. Les jeunes formés ont contribué à améliorer les outils d’alerte précoce, notamment dans l’analyse cartographique des risques. Le Conseil national de la Jeunesse s’est également illustré lors de la récente crise des hydrocarbures, en jouant un rôle d’interface entre populations et autorités.
Failles
Pour autant, les deux experts convergent sur le principal point de faiblesse. Malgré la Politique nationale de la Jeunesse et son Plan d’actions 2023-2027, les initiatives restent dispersées.
« Il manque encore un cadre stratégique unifié », souligne Mahamady Togola, qui estime que l’absence d’un Plan d’action national Jeunesse, paix et sécurité constitue une faiblesse réelle dans la réponse à la crise. Cette relance a pourtant également permis d’associer des organisations de jeunes, des acteurs communautaires et des partenaires techniques, signe d’une volonté de bâtir un cadre fondé sur une concertation élargie.
Cette absence de coordination fait peser plusieurs risques. Le premier est celui du sentiment d’exclusion, particulièrement chez les jeunes des zones rurales ou affectées par les conflits. Le second concerne la vulnérabilité à la radicalisation et au recrutement par des groupes extrémistes.
Mais, pour WANEP, le risque ne se limite pas à la sécurité. Il touche aussi à la cohésion sociale et au potentiel économique du pays. « La jeunesse représente un potentiel énorme en termes d’innovation, de créativité et de contribution économique », rappelle Mahamady Togola.
Enjeux
La relance du processus en mars 2026 constitue donc une étape importante, mais elle ne suffira pas si elle ne débouche pas rapidement sur un cadre national structuré, inclusif et opérationnel.
La question n’est plus de savoir s’il faut impliquer les jeunes. Elle porte désormais sur la manière de le faire, de façon durable et influente. Comme le résume Mahamady Togola, « la paix au Mali se construira avec la jeunesse ou elle ne se construira pas durablement ».




