A l’occasion de la célébration de ses 10 ans d’existence, la Fondation Tuwindi a initié une édition spéciale des Mali Média Awards pour distinguer dix icônes de la presse malienne. La cérémonie de remise des distinctions s’est tenue le 11 décembre 2025 à Bamako.
Baptisée « Le Panthéon », cette distinction exceptionnelle vise à saluer des parcours professionnels exemplaires ayant contribué, durant plusieurs décennies, à la construction et à la consolidation du paysage médiatique national.
La cérémonie s’est déroulée en présence de nombreuses personnalités du monde institutionnel, diplomatique et médiatique. Elle était présidée par Mohamed Ag Albachar, chef de cabinet du ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’administration.
Des représentants des ambassades, des institutions publiques, des partenaires de la Fondation Tuwindi, ainsi que des étudiants en journalisme et communication ont également pris part à l’événement.
Un panthéon pour célébrer des parcours d’exception
Dix journalistes, considérés comme des références et des pionniers de la presse malienne, ont été élevés au rang de dignitaires du Panthéon des Mali Média Awards.
Il s’agit de Gaoussou Drabo, ancien journaliste au quotidien national « L’Essor » ; Ramata Dia, fondatrice de la Radio Guintan ; Tiona Mathieu Koné, ancien journaliste à l’ORTM et ancien conseiller à la communication à la présidence de la République ; Baba Djourthé, ancien journaliste à Radio Mali ; Sadio Touré, ancienne journaliste à Radio Mali et à l’ORTM ; Tiégoum Boubeye Maïga, fondateur du journal « La Nouvelle République » ; Daouda N’diaye, ancien journaliste à Radio Mali ; Daouda Mariko, ancien directeur de la Radio Kénédougou ; Fily Keita, ancien directeur de la radio rurale de Kayes ; et Diomansi Bomboté, ancien journaliste à « L’Essor » et à Radio Mali.
Prenant la parole, Hawa Coulibaly Cissé, directrice des opérations de la Fondation Tuwindi, a souligné la portée symbolique de cette reconnaissance. Selon elle, l’entrée de ces journalistes dans le Panthéon rend hommage à « une vie entière consacrée au service de l’information, à l’intégrité professionnelle et à la construction de l’espace civique », saluant des carrières marquées par la rigueur, la constance et le sens du devoir.
Le fondateur et président de la Fondation Tuwindi, Tidiani Togola, a pour sa part rendu hommage aux lauréats, les qualifiant de « consciences vivantes du pays » et de repères dans les moments de doute. Il a insisté sur le fait que le Panthéon n’est pas destiné à figer le passé, mais à éclairer l’avenir et à servir de référence pour les jeunes générations de journalistes.
Dans son intervention, Mohamed Ag Albachar a rappelé que cette distinction engage désormais les récipiendaires à continuer d’incarner un journalisme professionnel, éthique et exigeant, les érigeant officiellement en modèles pour la jeunesse.
De son côté, Diomansi Bomboté, l’une des personnalités honorées, a exprimé sa gratitude, dédiant son prix à ses confrères, à ses formateurs et à toutes les générations de journalistes convaincues que « les mots et les images justes peuvent faire bouger les lignes ».
La cérémonie s’est achevée dans une ambiance festive par la coupure d’un gâteau marquant les dix ans d’existence de la Fondation Tuwindi.
Mohamed Kenouvi
Étiquette : Mali
Ahmed Ag Abdoulaye : « Les deux groupes (JNIM et EIS) étudient les faiblesses de chaque zone avant de s’y implanter »
Dans son ouvrage intitulé « Sahel, terrain de concurrence entre le JNIM et l’État islamique » paru fin novembre 2025, le chercheur Ahmed Ag Abdoulaye compare les deux groupes armés. Il revient ici sur leurs doctrines, leurs modes de gouvernance, leurs ressources et la concurrence qu’ils se livrent pour contrôler territoires et populations. Propos recueillis par Massiré Diop.
Dans cet ouvrage, vous comparez les deux principales mouvances djihadistes actives au Sahel. Pourquoi cette approche croisée maintenant ?
La motivation principale est d’explorer les angles morts de la recherche sur ces deux entités qui endeuillent le Sahel. Jusqu’ici, les études les abordaient isolément et sur des aspects limités. Nous avons voulu ratisser large en analysant leurs relations de coexistence, leurs histoires communes, leurs idéologies, leurs modalités de gouvernance et leurs modes opératoires. L’objectif était d’être précis sur des aspects peu étudiés : l’idéologie qui sous-tend leurs actions, leurs sources de financement et surtout les relations qu’ils entretiennent avec les populations, notamment les minorités ethniques et religieuses. Il s’agit de mieux comprendre ce qui les rapproche, ce qui les oppose et ce que cela produit sur le terrain sahélien.
Au plan idéologique, quelles sont les différences les plus structurantes entre le JNIM et l’État islamique au Sahel ?
Nous avons comparé trois éléments : la doctrine du djihad, l’application de la charia et la doctrine du tamkine, c’est-à-dire la territorialisation. Pour le djihad, l’EIS fonde sa pratique sur le takfirisme, l’excommunication, construite autour du murtadisme, l’apostasie : tout Musulman qui n’est pas de son bord peut être qualifié de « grand apostat », et son sang, ses biens et ses femmes deviennent licites. Le JNIM, lui, fonde sa doctrine sur le taghout, le « tyran » ou « oppresseur », terme utilisé pour qualifier les régimes démocratiques et les États du Sahel afin de légitimer son combat. Ces choix doctrinaux expliquent que l’EIS cible davantage les civils, alors que le JNIM vise prioritairement les États et leurs institutions.
S’agissant de la charia, l’EIS applique strictement les hudud, les châtiments, via des tribunaux et un bureau chargé des sentences, tandis que le JNIM, marqué par sa mauvaise expérience de 2012 dans le nord du Mali, applique ces châtiments de manière graduelle, en insistant aujourd’hui davantage sur les habitudes vestimentaires. Enfin, la doctrine du tamkine est centrale pour l’EIS, qui conçoit la stabilisation de territoires comme première étape de son « État islamique », alors que le JNIM vise la libération totale du territoire pour établir un émirat sur le modèle taliban.
Votre livre décrit un JNIM plus flexible dans sa gouvernance locale face à un EIS plus centralisé. En quoi cette différence pèse-t-elle sur leur ancrage ?
Cette flexibilité se comprend par contraste avec l’EIS. Nous parlons, pour le JNIM, de « stratégie des petits pas », centrée sur les populations, considérées comme le centre de gravité du conflit. Le mouvement met en place des mécanismes qui donnent davantage de marge de manœuvre aux communautés : choix du cadi par les habitants, libéralisation de certains espaces fauniques et forestiers, gestion plus souple des sites d’orpaillage, présence moins coercitive, prélèvement « conciliant » de la zakat. Ces dispositifs lui ont permis de s’ancrer dans les communautés et de coopter des figures locales qui deviennent des relais de recrutement.
L’EI-Sahel, lui, est marqué par une logique plus centralisée dictée par la maison-mère, avec la figure du wali, le gouverneur, pesant sur la plupart des décisions. Depuis 2023, il amorce toutefois une normalisation de ses relations avec les populations dans certaines zones de Ménaka et de Gao, après le chaos de 2022, afin de stabiliser des espaces qui produisent des ressources et soutiennent ses campagnes d’expansion, notamment vers le Niger.
Sur le terrain, vos recherches montrent aussi des modes opératoires distincts. Quels éléments vous paraissent les plus révélateurs ?
L’analyse montre que l’EIS accorde une grande importance au nombre de combattants engagés comme signe de son modèle unitaire. Il privilégie les embuscades et les attaques de masse contre les emprises militaires, qui exigent coordination et participation de plusieurs zones. Le modèle fédéral du JNIM, fondé sur l’autonomie d’action des katibas, a conduit à la généralisation des engins explosifs improvisés, les EEI, dans toutes ses zones d’opération. Les deux groupes utilisent largement les motos comme moyen de locomotion, de combat et, pour le JNIM, comme engin piégé.
L’étude met aussi en évidence chez les deux une stratégie en plusieurs temps combinant différentes tactiques, mais avec une sophistication psychologique plus aboutie chez le JNIM pour l’usage des véhicules piégés, qui suppose de convaincre des combattants de participer à ce type d’attaque.
Vous consacrez un chapitre important aux ressources financières et aux dynamiques locales. En quoi ces dimensions nourrissent-elles leur concurrence ?
Nous partons du postulat que le financement se fait du bas vers le haut : le temps où les maisons-mères finançaient directement les groupes affiliés semble révolu. Nous avons étudié sept mécanismes : la zakat, les rançons, le vol de bétail, l’exploitation minière, le commerce et les trafics, les contributions communautaires et les taxes routières et impôts villageois. Les deux groupes partagent un modèle économique collectiviste que nous résumons par « Extorsion – Production – Répartition », avec un modèle unitaire pour l’EIS et fédéral pour le JNIM. Les méthodes de prélèvement et de gestion ne sont pas linéaires et chacun s’inspire de l’autre : par exemple, les enlèvements d’Occidentaux, que le JNIM semble délaisser depuis 2023 sont utilisés par l’EIS depuis 2024, alors que le bétail, sa principale ressource, se raréfie.
Sur le plan local, nos recherches montrent que les deux groupes étudient les faiblesses de chaque zone avant de s’y implanter, jouent sur les équilibres entre villages, se posent ensuite comme arbitres de la violence et adaptent leurs discours : égalité et justice sociale au Sahel, accès aux ressources dans les zones forestières.
Au-delà des rivalités internes, que révèle cette concurrence sur l’évolution du djihadisme au Sahel ?
L’évolution de cette concurrence, parfois très intense, parfois moins, traduit une transformation structurelle. Les conquêtes et les succès idéologiques ont grisé les deux groupes, qui se positionnent pour la conquête du pouvoir en se présentant comme une alternative. Tout en s’inspirant l’un de l’autre, ils ont développé des stratégies de contrôle territorial et de gestion administrative qui se veulent proches des populations, sur la base d’offres et d’exigences.
Mon analyse se veut utile pour la communauté scientifique et pour les décideurs. Il s’agit de comprendre chaque acte posé par ces groupes, sa visée, la stratégie derrière et la finalité, afin de donner un coup d’avance à la lutte contre le terrorisme. Connaître finement le JNIM et l’EIS, c’est mieux identifier les leviers sur lesquels il faudrait agir pour extraire la menace lorsque c’est la solution et recourir à d’autres mécanismes lorsque la situation le permet.
Réconciliation nationale : reprise du dialogue entre deux leaders communautaires
Ce vendredi 12 décembre 2025, le ministre de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale, le général de corps d’armée Ismaël Wagué, a réuni deux chefs de communautés engagés dans le processus de paix. Cette rencontre intervient après le communiqué publié le 10 décembre annonçant la suspension de leur collaboration avec les autorités.
Le ministère avait auparavant reçu séparément, le jeudi 11 décembre, Abdoul Majid Ag Mohamed Ahmed, dit Nasser, et Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun. Ces entretiens individuels ont ouvert la voie à une séance de dialogue direct organisée le lendemain entre les deux personnalités et le ministre.
Selon les autorités, les échanges ont porté sur des questions essentielles liées à la paix, à la cohésion sociale et au vivre-ensemble, dans le respect des principes de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation. À l’issue des discussions, les deux leaders communautaires ont exprimé leur volonté de dépasser leurs divergences et de travailler ensemble pour renforcer la cohésion sociale.
Le général Ismaël Wagué a salué l’esprit de dialogue et de responsabilité observé au cours de cette rencontre. Il a réaffirmé l’engagement de son département à accompagner toute initiative favorisant l’apaisement du climat social et le renforcement de l’unité nationale.
La suspension annoncée le 10 décembre faisait suite à des propos et échanges jugés incompatibles avec les principes de la Charte nationale pour la paix et la réconciliation, cadre de référence des actions de réconciliation engagées par les autorités. Le ministère avait alors appelé les acteurs concernés à faire preuve de retenue et de responsabilité dans l’expression publique.
Les deux personnalités concernées occupent des positions influentes dans le paysage politique et social du Nord. Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun est impliqué dans plusieurs initiatives liées aux processus de paix et siège au Conseil national de la Transition, tandis qu’Abdoul Majid Ag Mohamed Ahmed, dit Nasser, est chef général de la tribu Kel Ansar et également membre du CNT.
À travers cette médiation, le ministère de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale réaffirme le choix du dialogue comme levier central pour prévenir les tensions, consolider la paix et renforcer la cohésion entre les différentes composantes de la société.
Armées : le colonel Alpha Yaya Sangaré radié des effectifs
Un décret présidentiel publié au Journal officiel met fin au statut militaire du colonel Alpha Yaya Sangaré, officier de la Direction générale de la Gendarmerie nationale. La décision, signée le 12 décembre 2025, intervient à l’issue d’une procédure disciplinaire engagée au sein des Forces armées et de sécurité.
Lutte contre la désinformation : la riposte s’organise face à la guerre informationnelle
Réunis le 11 décembre 2025 à Bamako, responsables institutionnels, acteurs des médias publics et privés et experts ont débattu des réponses à apporter aux campagnes de désinformation visant le pays. Organisé par le Centre d’Information Gouvernementale du Mali, la Direction de l’Information et des Relations publiques des Armées et la Maison de la Presse, le panel a mis en avant le rôle stratégique de l’information dans un contexte de guerre asymétrique.
À l’Hôtel de l’Amitié, les échanges se sont ouverts sous la modération de Salif Sanogo, ancien directeur général de l’ORTM, qui a donné le ton en appelant à un dialogue direct et responsable entre institutions, forces de défense et professionnels des médias. Dès les premières interventions, la nécessité d’une réponse collective et structurée face aux narratifs hostiles s’est imposée comme fil conducteur des débats.
Prenant la parole au nom du CIGMA, Ibrahim Traoré a rappelé que la communication institutionnelle ne peut plus se limiter à la valorisation de l’action publique. Dans un environnement marqué par la manipulation de l’information, elle devient un instrument de défense et d’influence, fondé sur la rapidité, la transparence et la crédibilité des sources officielles. Il a souligné les efforts engagés pour renforcer la présence de l’État sur les plateformes numériques, du site gouvernemental aux réseaux sociaux, afin de toucher des publics diversifiés, y compris en langues nationales. Dire la vérité aux populations, même en période de crise, a-t-il insisté, reste une obligation pour préserver la confiance.
Présidant la rencontre, le ministre de la Communication, de l’Économie numérique et de la Modernisation de l’Administration, Alhamdou Ag Ilyène, a replacé les échanges dans le cadre plus large de la guerre informationnelle. Il a dénoncé la diffusion massive de rumeurs, de montages et de fausses informations, souvent amplifiées sur les réseaux sociaux, qui cherchent à affaiblir l’opinion publique et à saper la confiance envers les Forces armées maliennes. Pour le ministre, une information rigoureuse et responsable constitue aujourd’hui un rempart stratégique, appelant les médias à mesurer l’impact de chaque contenu diffusé.
La voix des médias publics s’est également fait entendre. M. Traoré, directeur de la Radio rurale et représentant la direction générale de l’ORTM, a insisté sur le rôle de proximité joué par ce réseau à travers le pays. Il a mis en avant l’importance d’une information accessible, contextualisée et diffusée dans les langues nationales pour toucher les populations rurales, souvent exposées à la désinformation. Selon lui, renforcer les médias de proximité participe directement à la résilience informationnelle du pays.
Pour Alassane Souleymane, directeur général de l’Agence Malienne de Presse et de Publicité, la responsabilité des médias publics est d’autant plus grande dans un environnement saturé d’informations non vérifiées. Il a rappelé que le journalisme reste avant tout un travail de terrain, consistant à témoigner de la réalité quotidienne, à couvrir les faits de société et à fournir des éléments de compréhension face aux récits produits depuis l’extérieur par des acteurs éloignés du terrain.
Bandjougou Danté, président de la Maison de la Presse, a plaidé pour une union nationale des acteurs de l’information et de la communication. Revenant sur l’évolution du paysage médiatique et l’essor des réseaux sociaux, il a souligné la nécessité de dépasser les clivages entre médias publics, privés et acteurs numériques. Pour lui, seule une cohésion fondée sur le professionnalisme et la responsabilité permet de déconstruire les narratifs défavorables et de défendre une information ancrée dans les faits.
Intervenant au nom de la presse privée, Alexis Kalambry, directeur de publication du journal Mali Tribune, a insisté sur la place des médias indépendants dans ce combat informationnel. Il a rappelé que la crédibilité de la presse repose sur la vérification, la contextualisation et l’indépendance éditoriale, même dans un contexte de forte pression. Selon lui, la lutte contre la désinformation ne doit pas affaiblir l’exigence professionnelle, mais au contraire la renforcer.
Apportant un éclairage sécuritaire, le colonel-major Souleymane Dembélé, directeur de la DIRPA, a expliqué que dans une guerre asymétrique, l’adversaire mise autant sur l’impact psychologique que sur l’affrontement armé. La communication opérationnelle vise ainsi à accompagner les actions sur le terrain, à informer sans compromettre la sécurité et à contrer les récits hostiles par des faits vérifiés.
Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé autour de la nécessité de faire bloc face à la désinformation. Dans un contexte où chaque mot, chaque image et chaque silence peuvent peser, les participants ont réaffirmé leur volonté de renforcer la coordination entre institutions et médias afin de défendre une information fondée sur la vérité, la pédagogie et la responsabilité, au service de la cohésion nationale.
Souveraineté sanitaire : les chantiers ouverts après le sommet africain de Dakhla
Organisé fin novembre à Dakhla, le premier sommet africain consacré à la souveraineté sanitaire a ouvert une séquence qui dépasse le cadre de l’événement. Les échanges ont surtout mis en lumière des chantiers structurants appelés à orienter les politiques de santé en Afrique dans les prochaines années.
La réduction de la dépendance extérieure des systèmes de santé figure au premier rang des priorités identifiées. Les débats ont rappelé la vulnérabilité persistante du continent face aux importations de médicaments, de vaccins et d’équipements médicaux, soulignant la nécessité pour les États africains de renforcer leurs capacités de conception, de production et de gouvernance en matière de santé publique.
Ces thématiques ont été portées par plusieurs experts africains impliqués dans les réflexions sur l’autonomie sanitaire. Parmi eux, le Dr Samir Kaddar, médecin et dirigeant dans le secteur de la santé, président fondateur du Réseau international des compétences médicales et scientifiques des Marocains du monde (C3M) et directeur du Centre médical de La Hulpe en Belgique. Actif sur les questions de gouvernance des systèmes de soins, de formation et d’innovation, il a contribué aux échanges portant sur la place du capital humain et du numérique dans la construction de politiques sanitaires durables en Afrique.
Le financement des systèmes de santé constitue un autre chantier central mis en avant. Les discussions ont souligné la nécessité de renforcer les mécanismes nationaux, d’améliorer la gouvernance budgétaire et d’articuler les appuis extérieurs avec des priorités définies localement, afin de garantir la pérennité des politiques publiques de santé.
La formation et la rétention des compétences apparaissent également comme des leviers déterminants. Le déficit de personnels qualifiés reste un obstacle majeur à l’accès équitable aux soins. Les participants ont plaidé pour des investissements accrus dans la formation médicale, la recherche appliquée et la valorisation des compétences africaines, tant sur le continent qu’au sein de la diaspora.
Le développement de la recherche et de l’innovation locales a enfin été identifié comme un axe structurant. Les échanges ont insisté sur la production de données adaptées aux réalités africaines et sur l’intégration des outils numériques pour améliorer la prévention, le diagnostic et la gestion des systèmes de santé.
Au-delà du sommet, l’enjeu réside désormais dans la traduction concrète de ces orientations, avec un horizon de travail fixé à 2030. Les chantiers ouverts à Dakhla posent les bases d’une réflexion de long terme, où experts, institutions et réseaux professionnels sont appelés à jouer un rôle d’appui aux politiques nationales et régionales de santé.
Mali : Saintfiet dévoile une liste de 28 joueurs pour la CAN au Maroc
La liste des Aigles du Mali dévoilée jeudi 11 décembre par le sélectionneur Tom Saintfiet confirme une orientation claire à l’approche de la Coupe d’Afrique des Nations, prévue du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026 au Maroc. Le technicien belge a opté pour un groupe de 28 joueurs mêlant cadres expérimentés, profils en pleine progression et éléments capables d’apporter des solutions spécifiques dans une compétition qui s’annonce exigeante.
Dans les buts, le trio composé de Djigui Diarra, Ismaël Diawara et Mamadou Samassa offre des garanties en matière d’expérience et de connaissance du football africain. Djigui Diarra, longtemps titulaire lors des précédentes campagnes, conserve un statut de référence, tandis que Diawara et Samassa constituent des alternatives habituées aux contextes de pression.
La défense apparaît comme l’un des secteurs les plus fournis de la sélection. Autour du capitaine Hamari Traoré, Tom Saintfiet s’appuie sur des profils polyvalents tels que Sikou Niakaté, Abdoulaye Diaby, Fodé Doucouré ou encore Mamadou Fofana. Cette densité traduit une volonté de solidité et d’adaptabilité, un paramètre clé dans une compétition où la rigueur défensive condition souvent la longévité dans le tournoi.
Le milieu de terrain s’impose comme le véritable socle du groupe. Amadou Haidara, Lassana Coulibaly, Mohamed Camara, Aliou Dieng et Mahamadou Doumbia apportent impact, volume de jeu et discipline tactique. La présence d’Yves Bissouma, malgré une période récente marquée par une indisponibilité en club, illustre le poids accordé à l’expérience internationale et à la capacité à gérer les temps forts d’un match. Ce secteur constitue l’un des atouts majeurs du Mali dans la perspective de la CAN.
En attaque, la sélection privilégie la complémentarité plutôt que l’éclat individuel. El Bilal Touré demeure l’une des principales références offensives, tandis que Néné Dorgeles, Kamory Doumbia, Gaoussou Diakité ou Lassine Sinayoko apportent mobilité, pressing et variété dans les options. Ces profils offrent au sélectionneur plusieurs schémas possibles selon les adversaires.
Placés dans un groupe comprenant la Zambie, le Maroc, pays hôte, et les Comores, les Aigles entreront en lice le 22 décembre. Cette phase de groupes exigera une montée en régime rapide, notamment face au Maroc, dans un contexte marqué par la pression du public et l’enjeu symbolique du statut de favori à domicile.
Sur le plan des chances, le Mali aborde la CAN 2025 avec une ambition particulière. Malgré plusieurs campagnes solides et des parcours réguliers dans le dernier carré continental, la sélection nationale court toujours après un premier sacre en Coupe d’Afrique des Nations. Cette quête constitue un fil conducteur pour cette génération, qui dispose aujourd’hui d’un effectif équilibré, expérimenté et plus profond que lors de certaines éditions précédentes.
La capacité du groupe à transformer cette stabilité en efficacité offensive, à gérer les moments clés des rencontres et à maintenir une concentration défensive constante sera déterminante. Sans statut officiel de favori, le Mali se présente comme un candidat crédible, décidé à jouer pleinement sa chance dans un tournoi où l’objectif reste clair : enfin inscrire son nom au palmarès continental.
Festival international Chant des Linguère : Bamako au rythme de l’engagement féminin
Du 10 au 12 décembre 2025, le Centre international de conférences de Bamako (CICB) accueille la 2ème édition du Festival international Chant des Linguère. L’événement, devenu un rendez-vous majeur pour la valorisation du leadership féminin en Afrique, met cette année en lumière la culture comme moteur essentiel du développement.
Porté par la chanteuse sénégalaise Coumba Gawlo, la « Diva à la voix d’or », le festival international Chant des Linguère revient avec l’ambition de créer un espace d’échange, de solidarité et de promotion des femmes dont l’engagement transforme la société, après une première édition réussie en 2024. « Notre objectif est de passer par la musique, qui est un excellent vecteur de communication, pour véhiculer des messages forts », souligne l’artiste.
Sur le thème « La culture, levier et facteur de développement », cette 2ème édition aborde une série de sous-thèmes qui renvoient aux défis majeurs auxquels sont confrontées les femmes et les jeunes filles au Sahel. Les échanges s’articuleront autour de l’autonomisation féminine, du leadership, de l’entrepreneuriat, de la santé maternelle et infantile, de la prévention des violences basées sur le genre, de la scolarisation et du maintien des filles à l’école, de la migration, de la cohésion sociale, de la lutte contre les mariages précoces et les mutilations génitales féminines, ainsi que de la prévention de la transmission mère-enfant du VIH.
Un programme engagé
Le festival s’est ouvert le 10 décembre par une conférence de presse au CICB, au cours de laquelle l’équipe d’organisation a dévoilé la vision globale de l’édition et rappelé les actions majeures prévues durant les trois jours.
Pour la suite, un forum prévu le 11 décembre offrira un cadre de réflexion où artistes, penseuses, militantes et actrices du changement uniront leurs voix pour mettre en avant la paix, la dignité humaine, l’éducation et la place centrale des femmes dans le développement des sociétés africaines.
Côté artistique, plusieurs grandes voix féminines du continent sont attendues, parmi lesquelles Mariam Ba Lagaré, Djeneba Seck et Delphine Mounkoro du Mali, ainsi que Kalam, la Reine du Kundé, venue du Burkina Faso.
La clôture du festival, le 12 décembre, prendra la forme d’un dîner de gala qui rassemblera artistes invitées, personnalités culturelles et partenaires engagés. Cette soirée sera marquée par la mise en valeur des « Linguère du développement », des femmes considérées comme sources d’inspiration pour leurs communautés et récompensées pour leur courage, leur engagement et la portée de leurs actions.
Mohamed Kenouvi
Inégalités mondiales : L’avantage discret des pays riches documenté
Ces dernières semaines, un rapport remis au G20 et une étude du World Inequality Lab ont ravivé le débat sur la concentration de la richesse au sommet. Ils montrent comment une partie de la valeur produite dans les pays pauvres continue de remonter vers les économies les plus riches.
Le World Inequality Lab a publié le 9 décembre un nouveau bilan sur la répartition de la richesse entre pays à hauts revenus et pays pauvres. Ce centre de recherche, basé à la Paris School of Economics, coordonne un large réseau de chercheurs. Il gère aussi la principale base de données mondiale sur les inégalités de revenus et de patrimoine, la World Inequality Database. Ses travaux décrivent un mécanisme discret mais puissant : les pays dont la monnaie est jugée sûre peuvent s’endetter à faible coût et attirer l’épargne internationale dans des proportions que les pays du Sud ne peuvent pas égaler.
Selon les calculs du laboratoire, l’équivalent d’environ 1% du produit intérieur brut mondial quitte chaque année les pays les plus pauvres pour les pays les plus riches. Ce flux passe par les intérêts de la dette, les revenus d’investissements et les réserves de change placées en dollars ou en euros. Autant de ressources qui ne financent ni écoles, ni hôpitaux, ni infrastructures dans les pays du Sud, mais qui renforcent la position financière des économies déjà dominantes. Ce mouvement prolonge sous des formes nouvelles des rapports de force anciens dans l’économie mondiale.
Ces déséquilibres entre pays ont aussi leur pendant au niveau des personnes. Le rapport global sur les inégalités dirigé par l’économiste Joseph Stiglitz et fondé sur les séries du World Inequality Lab apporte cet éclairage. Il montre qu’entre 2000 et 2024 le 1% le plus riche de la population mondiale a capté 41% de la richesse nouvelle créée, contre 1% pour la moitié la plus pauvre. En moyenne, une personne membre de ce 1% a vu son patrimoine augmenter d’environ 1,3 million de dollars sur la période, contre 585 dollars pour une personne parmi les 50% les plus modestes.
Face à ce constat, les auteurs proposent la création d’un panel international permanent sur les inégalités, sur le modèle du GIEC, pour suivre les données et guider les décisions publiques. Ils prônent aussi une fiscalité plus exigeante sur les très grands patrimoines et des transferts mieux ciblés. Selon eux, le 1% de la production annuelle des pays riches suffirait à doubler les budgets des États les plus pauvres.
Mauritanie : l’Espagne accorde deux millions d’euros pour soutenir les réfugiés à M’Berra
Le Conseil des ministres espagnol a approuvé, mardi 9 décembre 2025, une contribution de deux millions d’euros au Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), destinée à soutenir les réfugiés dans le camp de M’Berra, situé dans la région du Hodh Ech Chargui, en Mauritanie.
Cette enveloppe doit financer les programmes du HCR en matière de protection, de services essentiels et de développement local au profit des populations réfugiées et des communautés hôtes, selon le communiqué publié à l’issue de la réunion gouvernementale.
Le Conseil a souligné que la stabilité de la Mauritanie, voisine directe de l’Espagne et de l’Union européenne, est désormais menacée par la détérioration de la situation politique et sécuritaire au Sahel. Il a indiqué que la position géographique du pays en a fait un pays de transit, et de plus en plus un pays de destination, ce qui a provoqué un afflux important de réfugiés vers le Hodh Ech Chargui.
Selon les données du HCR, la Mauritanie accueille des centaines de milliers de réfugiés et demandeurs d’asile, majoritairement originaires du Mali. À la mi-2025, environ 309 000 réfugiés et demandeurs d’asile étaient présents sur le territoire mauritanien, dont près de 177 000 enregistrés par l’agence onusienne, la grande majorité en provenance du Mali.
Dans la région du Hodh Ech Chargui, d’importantes populations réfugiées sont installées dans et autour du camp de M’Berra, dont plus de 110 000 personnes dans le camp même selon les estimations disponibles, tandis que d’autres vivent dans des localités voisines sous diverses formes d’hébergement.
Ce contexte humanitaire est le résultat de plusieurs années d’instabilité au Sahel, qui ont conduit à des déplacements massifs de populations fuyant les conflits armés, l’insécurité et les violences prolongées. Le HCR signalait déjà, en septembre 2024, que la région du Hodh Ech Chargui hébergeait plus de 242 000 réfugiés maliens, dont une grande part autour de M’Berra.
La situation a généré une pression considérable sur les ressources locales, aggravée par les conditions climatiques difficiles et l’insuffisance des infrastructures de base. Dans ce contexte, de nombreux réfugiés vivent dans des conditions précaires, tandis que les populations hôtes font face à une demande accrue de services essentiels.
La contribution espagnole s’inscrit dans une logique de soutien renforcé à la réponse humanitaire dans la région, en s’ajoutant aux efforts d’autres partenaires internationaux engagés auprès du HCR et des autorités mauritaniennes. Elle intervient alors que les besoins en financement restent élevés pour garantir l’accès à l’eau, à l’alimentation, à la santé et à l’éducation pour les populations réfugiées et leurs communautés d’accueil.
CEDEAO : des mesures adoptées pour réduire le coût des billets d’avion à partir de 2026
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a arrêté une réforme destinée à alléger le coût du transport aérien dans l’espace communautaire. Adoptée par les chefs d’État et de gouvernement lors du sommet tenu à Abuja en décembre 2024, la décision entrera en application à compter du 1er janvier 2026.
La réforme prévoit l’abolition des taxes appliquées au transport aérien ainsi qu’une réduction de 25 % des redevances passagers et de sécurité. Ces dispositions sont encadrées par un Acte additionnel relatif aux redevances, taxes et frais aéronautiques, adopté au niveau communautaire. À l’approche de l’entrée en vigueur des mesures, la CEDEAO a procédé, en décembre 2025, à des communications et rappels institutionnels portant sur les modalités de mise en œuvre de la réforme.
Les charges concernées relèvent du cadre fiscal et parafiscal appliqué aux billets d’avion et aux services aéroportuaires. Elles se distinguent des tarifs commerciaux fixés par les compagnies aériennes, qui demeurent de leur ressort. La réforme vise à agir sur les composantes réglementaires du prix du billet, identifiées par les institutions communautaires comme un facteur de renchérissement des déplacements aériens dans la région.
La décision concerne les États membres de la CEDEAO au moment de l’entrée en vigueur de la réforme. Les pays ayant formellement quitté l’organisation, dont le Mali, le Burkina Faso et le Niger, ne sont pas concernés par l’application de ces mesures.
La Commission de la CEDEAO est chargée du suivi de la mise en œuvre à travers un mécanisme régional de surveillance économique du transport aérien. Ce dispositif a pour mission de vérifier l’application effective des mesures par les États concernés et d’en évaluer les effets sur le secteur aérien régional.
Les autorités communautaires indiquent que l’allègement des taxes et redevances devrait contribuer à une baisse des tarifs aériens, à une augmentation du trafic passagers et à un renforcement des compagnies opérant dans l’espace communautaire. La réforme s’inscrit dans les objectifs de facilitation de la mobilité et des échanges entre les États membres.
Ces mesures sont l’aboutissement de plusieurs années de travaux menés au sein des institutions de la CEDEAO, notamment au niveau des commissions techniques et du Parlement communautaire, qui avaient relevé le poids des charges fiscales dans le coût des billets d’avion. Leur entrée en vigueur en 2026 constituera une étape importante dans l’évolution du cadre réglementaire du transport aérien ouest-africain.
Mali/Niger : le Premier ministre nigérien à Bamako pour les préparatifs du sommet de l’AES
Le Premier ministre du Niger s’est rendu à Bamako le 11 décembre dans le cadre des préparatifs du deuxième sommet de l’Alliance des États du Sahel. La visite a porté sur les dossiers institutionnels de la Confédération, dont l’état d’avancement de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement.
Reçu à l’aéroport Modibo Keïta-Sénou par le général Abdoulaye Maïga, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a rejoint Bamako.
Il a pris part à des échanges de travail avec les responsables économiques de l’Alliance des États du Sahel..
Ce déplacement ne constitue pas une première pour le chef du gouvernement nigérien à Bamako. Depuis la création de l’Alliance, Ali Mahaman Lamine Zeine a déjà effectué plusieurs visites de travail dans la capitale malienne. La séquence d’hier intervient toutefois à un moment particulier, à l’approche du deuxième sommet des chefs d’État de l’AES prévu les 22 et 23 décembre, et s’inscrit dans une phase de consolidation des dossiers appelés à être examinés à ce niveau.
Les discussions ont principalement porté sur la Banque confédérale pour l’investissement et le développement, conçue comme l’instrument financier commun de la Confédération. Selon les informations communiquées à l’issue des échanges, les statuts de la banque ont été validés et signés, ouvrant la voie à la mise en place des organes de gouvernance et à la désignation des responsables chargés de conduire l’institution. Ces avancées s’inscrivent dans la continuité des travaux menés ces derniers mois par les ministres des Finances de l’AES.
La question du capital de la banque demeure toutefois peu détaillée dans les communications officielles. Lors de l’annonce de sa création, un capital initial de 500 milliards de francs CFA avait été évoqué, ce qui a parfois nourri des interprétations divergentes. À ce stade, les autorités indiquent qu’un capital est validé et partiellement libéré, sans précision publique sur les montants effectivement mobilisés ni sur le calendrier exact de démarrage des activités opérationnelles.
La visite s’inscrit enfin dans un agenda institutionnel plus large, marqué par une série de réunions techniques et ministérielles organisées en amont du sommet. Ces rencontres visent à examiner les textes confédéraux, les mécanismes de coordination et les projets communs appelés à être consolidés avant leur présentation aux chefs d’État.
Ali Mahaman Lamine Zeine a quitté Bamako à l’issue de cette mission de travail. Cette étape s’ajoute aux consultations engagées par les États membres de l’Alliance dans la phase préparatoire du sommet, appelé à marquer une nouvelle étape dans la structuration institutionnelle et économique de la Confédération des États du Sahel.
Période de fraîcheur et d’harmattan : Prévenir les maladies respiratoires
Avec l’installation de la fraîcheur depuis le mois de novembre, plusieurs maladies respiratoires typiques de la saison réapparaissent. Connaître ces affections courantes et adopter de bons gestes sont essentiels pour réduire les risques durant cette période.
Chaque année, la période de froid au Mali s’accompagne d’une série de maladies courantes touchant aussi bien les enfants que les adultes. Les pathologies les plus fréquentes sont les infections respiratoires, comme la grippe, la toux sèche, la bronchite, la rhinite, les angines et les crises d’asthme.
Depuis quelques semaines, plusieurs centres de santé à travers le pays signalent déjà une augmentation des cas de ces maladies, favorisées par la fraîcheur et la poussière, qui irritent les voies respiratoires et fragilisent les défenses naturelles.
Selon le Dr Abdoul Karim Traoré, médecin généraliste, ces maladies s’expliquent en partie par les variations de température. « Les matinées sont très fraîches, les journées un peu plus chaudes, puis les nuits redescendent en température. Ce choc thermique perturbe l’organisme et expose à des irritations des voies respiratoires et à des infections saisonnières », explique-t-il.
Il rappelle également que la poussière, souvent plus présente en cette saison, accentue les symptômes chez les asthmatiques et les personnes allergiques. « Le froid rétrécit les bronches et la poussière les irrite davantage. Cette combinaison provoque beaucoup de toux et de difficultés respiratoires chez les personnes sensibles », ajoute-t-il.
Adopter les bons gestes
Pour traverser cette période sans trop de désagréments, le Dr Traoré recommande plusieurs mesures simples et accessibles. La première consiste à bien se protéger du froid. « Il faut couvrir la poitrine, le cou et la tête, surtout le matin et le soir. Pour les enfants, un pull léger ou un bonnet peut faire une réelle différence », souligne-t-il.
Il insiste également sur l’importance d’aérer les pièces en journée, même si l’air est frais, afin de renouveler l’air intérieur souvent chargé de poussière et de microbes. Il rappelle aussi la nécessité de boire suffisamment d’eau, car l’air sec peut déshydrater et irriter la gorge.
Le médecin met par ailleurs en garde contre l’automédication. « Les sirops, antibiotiques ou anti-inflammatoires pris sans avis médical peuvent masquer les symptômes ou entraîner des complications », prévient-il. En cas de fièvre persistante, de toux prolongée ou de difficultés respiratoires, il conseille de consulter rapidement un professionnel de santé.
Enfin, le Dr Traoré recommande d’adopter de bonnes pratiques d’hygiène, notamment le lavage fréquent des mains au savon, un réflexe essentiel pour limiter la transmission des virus saisonniers.
Mohamed Kenouvi
Biennale de Tombouctou : Entre enthousiasme et défis
À l’image de Tombouctou, la ville qui l’accueille, l’édition 2025 de la Biennale Artistique et Culturelle (BAC) se veut historique. Après Mopti en 2023, c’est la Cité des 333 saints qui recevra le Mali culturel du 18 au 28 décembre 2025. Malgré les multiples défis, cet événement, qui clôture l’année dédiée à la Culture, vise à ancrer des valeurs pour construire le Mali de demain.
C’est le 4 août 2024 que la région de Mopti, hôte de la Biennale 2023, a officiellement remis le flambeau à la ville de Tombouctou pour l’organisation de la Biennale artistique et culturelle (BAC) 2025. Placée sous le thème « La culture, pilier pour bâtir le Mali nouveau », l’édition 2025 s’inscrit dans la dynamique de l’année de la Culture.
« Tombouctou a déjà illuminé le monde et nous pensons qu’elle peut encore le faire. » C’est la conviction profonde du ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme, lors d’une visite de terrain dans la Cité des 333 saints le 1er décembre 2025. À l’issue de sa visite des différentes infrastructures devant accueillir l’événement, le ministre en charge de la Culture s’est dit « satisfait » des avancées, avant d’exhorter les équipes à peaufiner les derniers réglages pour une organisation réussie.
Enthousiasme
Le rendez-vous majeur doit, au-delà de la culture, être un facteur d’unité nationale et célébrer la paix, tant au Mali que dans le monde, espèrent les autorités. L’événement sera le point de départ d’une « renaissance culturelle » qui s’inscrit dans la dynamique de l’année de la Culture, censée redonner vitalité aux territoires culturels.
Dans le cadre de cette année, décrétée par le Président de la Transition, et des activités de la Biennale artistique et culturelle Tombouctou 2025, le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme organise les 19 et 20 décembre 2025 le premier Forum Mondial des Civilisations, sur le thème : « Dialogue, paix et prospérité partagée ».
Le Forum Mondial des Civilisations, une rencontre de haut niveau, sera un espace international de dialogue, d’échanges, de partage d’idées et de bonnes pratiques entre les différentes civilisations autour des valeurs de paix et de prospérité partagée. Il réunira des universitaires, des décideurs politiques, des acteurs culturels, des chercheurs, des artistes, des leaders communautaires et des organisations internationales venus d’Afrique et du monde.
De la salle Ali Farka, qui doit accueillir le Forum Mondial des Civilisations, au stade, en passant par l’Institut Ahmed Baba ou encore la Place de la Mascotte, le ministre s’est réjoui de l’avancée des travaux. Cependant, avec des défis encore importants, les acteurs restent partagés entre leur désir de voir la ville rayonner de nouveau et les contraintes réelles qui empêcheraient la tenue d’une biennale sereine.
Attentes non comblées
Sane Chirfi Alpha est historien et membre de la société civile. Face aux défis de l’organisation de la Biennale à Tombouctou, il a tenu à « tirer la sonnette d’alarme au vu de la tournure prise par les choses ». Lorsque Tombouctou a demandé et obtenu d’accueillir la Biennale de Mopti, le Président de la Transition a offert un stade de 7 000 places, rappelle-t-il. La Biennale, présentée comme un projet de développement, promettait aussi un nouveau pôle d’attraction, avec une cité Assimi de 40 villas, une cité Alfarouk de 40 villas, une mosquée, une église, un centre culturel, des goudrons, etc. Malheureusement, à ce jour, ces projets n’ont pas vu le jour. Le stade ne serait plus lié à la Biennale et ce n’est pas un projet de développement, déplore M. Chirfi Alpha.
L’organisation, entre Bamako et Tombouctou, manquerait de coordination, estime un autre acteur. « Ne me demandez pas d’être enthousiaste pour la tenue d’une Biennale qui n’aura aucune retombée », se désole M. Chirfi Alpha. « L’après Biennale sera comme l’avant Biennale et je ne me réjouis pas parce que la tenue d’une Biennale n’est pas une fin en soi. » Il déplore aussi le déplacement de la chorégraphie, qui se prépare à Bamako avec des chorégraphes sélectionnés dans la capitale. Probablement, quelques-uns de Tombouctou « prendront le train en marche ». Or, il est d’usage que ces derniers soient recrutés sur place, là où se déroule la Biennale.
Parce que la localité ne manque pas de talents et de « jeunes capables d’apprendre ». Dénonçant « une vaste scène où des acteurs viennent se produire », dans l’indifférence, il souhaite que cela ne soit plus le cas. Les exemples précédents, où les acteurs locaux se sentaient exclus, doivent servir de leçon et permettre que la ville profite de l’organisation de tels événements.
C’est pourtant le vœu des organisateurs, pour lesquels le choix de cette ville représente plusieurs symboles. Tombouctou est la première région du nord à abriter l’événement après sa relance. C’est une ville berceau de plusieurs monuments et sites historiques inscrits au Patrimoine mondial de l’Humanité. Le retour, en août 2024, des manuscrits restaurés, soustraits à la destruction lors de la crise, et la célébration des 700 ans de la mosquée de Djingareyber, sont autant d’illustrations de la grandeur et de la valeur de la ville. « Tombouctou est une référence spirituelle, intellectuelle et culturelle, elle doit le demeurer », plaide M. Chirfi Alpha.
Objectifs compromis ?
Monsieur Sane Chirfi n’est pas le seul à avoir des réticences concernant la tenue de la Biennale. Souleymane A. Cissé est également un ressortissant de la ville de Tombouctou. Il ne voit simplement pas d’intérêt à la tenue de la Biennale. « Je ne vois pas ce que la Biennale va servir. Pourquoi continue-t-on à harceler les gens pour organiser une Biennale que l’État n’a pas les moyens de financer ? », se plaint-il. L’impact de cette Biennale serait nul pour une ville qui a besoin de beaucoup de choses. « Je ne suis pas dans une logique de spectacle pour la ville de Tombouctou. »
Même sur le plan de la culture, il estime que l’annulation de certains numéros est regrettable, surtout dans le contexte d’une année de la Culture. Outre la salle promise, qui ne sera pas à l’ordre du jour, il estime que si les projets promis ne sont pas réalisés maintenant, ils ne le seront probablement jamais. Il y a beaucoup de priorités.
Malgré ce contexte d’incertitude, les troupes se préparent et celle de Dioïla, qui est à l’internat depuis un mois, n’entend pas rester en marge. Plutôt dans un bon état d’esprit avant le départ pour Tombouctou, la troupe de Dioïla ne vise pas moins que la première place pour faire mieux que sa troisième place lors de la précédente édition. Malgré les défis et les « difficultés inhérentes à ce genre de regroupement », le Directeur régional de la Culture de Dioïla espère pouvoir atteindre ses objectifs.
Impliqué dans l’organisation, Monsieur Traoré est assistant au ministère de la Culture. En personne-ressource, il reste extérieur mais donne son avis. Interrogé sur les délais, il estime que l’organisation se met en place doucement, « une organisation un peu cloisonnée, où les différentes commissions ne collaborent pas ». Or, il faut mettre ensemble les énergies. Pour sa part, il a donné des consignes pour attirer l’attention sur tout ce qui pourrait constituer un frein.
Albakaye Bolo est un acteur culturel et journaliste. Il estime que, pour sa part, les « préparatifs vont bon train, les quartiers s’apprêtent à accueillir les différentes délégations. » Les jeunes, à travers le Conseil régional de la Jeunesse, ainsi que la presse locale, se mobilisent également. Les travaux de réhabilitation se poursuivent. L’enthousiasme est réel, car après tout ce que Tombouctou a vécu elle veut renaître. C’est un honneur pour la ville. Mais il comprend les réticences, car Tombouctou est une ville sous couvre-feu depuis trois ans, ce qui suscite le doute chez certains. Les rédactions se mobilisent avec ferveur et la presse collabore afin de planifier et peaufiner la manière dont elle va couvrir cet événement.
De son côté, la société civile continue également de s’activer. Malgré « un blocage » à Bamako en raison de l’absence de vols, Fatouma Founé Adiawiakoye, assistante à l’organisation de « Vivre ensemble », coordonne le village artisanal, où environ 90 stands sur la centaine prévue ont déjà été réservés. Des produits agricoles transformés aux objets artisanaux, c’est une exposition de produits qui mettra en valeur les productions de Tombouctou et d’autres régions du Mali. « Nous attendons un moment fort de valorisation de nos cultures. Un espace de dialogue, de créativité et de rencontre qui contribuera à renforcer la paix et l’unité nationale. Cela permettra surtout une expression artistique et une opportunité de révéler les talents locaux ».
Mais, ce 10 décembre, le décès de l’Imam de la grande mosquée Djingareyber de Tombouctou a créé une nouvelle donne, dont on ignore encore les retombées sur la tenue de la Biennale.
Élan de solidarité : Corsair offre 600 kits aux centres de dialyse de Bamako
La compagnie aérienne française Corsair, en collaboration avec le ministère de la Santé et du Développement social, a remis, le 9 décembre 2025, un lot de 600 kits de dialyse destinés aux centres de dialyse de Bamako.
Réconciliation nationale : deux membres du CNT suspendus
Le ministère de la Réconciliation a annoncé, ce 10 décembre, la suspension de sa collaboration avec deux membres du CNT après des échanges jugés contraires à la Charte nationale pour la paix. Cette décision intervient alors que la Transition met officiellement en avant le rôle des chefferies et légitimités traditionnelles dans la mise en œuvre de cette Charte.
Ségou : couvre-feu reconduit sur fond d’insécurité persistante
Décidée le 8 décembre 2025, l’autorité régionale de Ségou a prorogé pour trente jours le couvre-feu instauré en juin dernier. La mesure s’applique chaque nuit de 23 h à 5 h du matin sur l’ensemble de la région.
Par la décision n° 2025-505/GRS-CAB en date du 8 décembre 2025, le gouverneur de la région de Ségou a prorogé le couvre-feu institué par la décision n° 2025-233/GRS-CAB du 4 juin 2025. Le texte prévoit une nouvelle période de trente jours, reconductible, allant du lundi 8 décembre 2025 au mardi 6 janvier 2026, de 23 h à 5 h, sur tout le territoire régional.
La décision rappelle que, pendant la durée du couvre-feu, la liberté de circulation des personnes et de tous les engins de transport est restreinte. Seuls les véhicules et autres engins des forces de défense et de sécurité, ainsi que les ambulances bénéficiant d’un ordre de mission, ne sont pas concernés par la mesure. Le document précise que le couvre-feu prend effet à compter de sa date de signature et qu’il doit être publié et communiqué partout où le besoin se fait sentir.
L’acte énumère les autorités chargées de l’application de la mesure : le commandant de la zone de Défense n° 2, le commandant de la région de Gendarmerie n° 5, le commandant de la quatrième région de la Garde nationale, ainsi que les directeurs régionaux de la Police nationale et de la Protection civile. Chacun est mandaté, dans son domaine de compétence, pour veiller à l’exécution du couvre-feu. La décision est signée au nom du gouverneur par le directeur de cabinet, membre du corps préfectoral.
Cette prorogation intervient après plusieurs mois de restrictions nocturnes. Une première décision de couvre-feu avait été prise début juin 2025, pour une durée initiale de trente jours, renouvelable, avec des limitations de circulation visant les personnes, les motos et les véhicules sur l’ensemble de la région. Les reconductions successives traduisent la volonté des autorités d’encadrer les déplacements nocturnes dans un contexte que les services de sécurité décrivent comme marqué par la multiplication d’incidents dans plusieurs zones de la région.
Les données collectées sur le premier semestre 2025 illustrent ce climat sous tension. Une note du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) consacrée aux restrictions sécuritaires et de mouvement au Mali, arrêtée au 30 juin 2025, indique que la région de Ségou a enregistré 323 incidents sécuritaires et 736 victimes civiles entre le 1ᵉʳ janvier et le 30 juin 2025. Le même document précise qu’un couvre-feu y a été instauré à partir du 4 juin 2025, avec des restrictions de circulation pour les personnes, les motos et les véhicules, assorties d’exceptions pour les forces de défense et de sécurité et les ambulances, et la possibilité d’autorisations spéciales.
En reconduisant le couvre-feu jusqu’au début du mois de janvier 2026, les autorités régionales de Ségou maintiennent ainsi un dispositif qui combine limitation des mouvements nocturnes et mobilisation des forces de défense et de sécurité, dans une région où les indicateurs de sécurité du premier semestre ont mis en évidence un nombre élevé d’incidents et de victimes civiles.
Visite du Premier ministre en Guinée : économie, rail et transhumance au menu des échanges
En visite d’amitié et de travail à Conakry le 9 décembre 2025, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a rencontré son homologue guinéen Amadou Oury Bah. Les discussions ont porté sur l’interconnexion ferroviaire, les corridors de transit et la transhumance entre les deux pays.
Arrivé dans la matinée à Conakry à la tête d’une délégation gouvernementale, le Premier ministre, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le général de division Abdoulaye Maïga, a pris part à une séance de travail avec le chef du gouvernement guinéen, Amadou Oury Bah. La délégation malienne comprend notamment le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, le ministre de l’Économie et des Finances, la ministre des Transports et des Infrastructures et le ministre de l’Élevage et de la Pêche.
Au cours de la réunion, les deux parties ont examiné plusieurs dossiers jugés prioritaires pour la coopération bilatérale. Les échanges ont porté sur le projet d’interconnexion ferroviaire entre les deux pays, destiné à faciliter l’acheminement des marchandises vers l’hinterland malien, sur l’opérationnalisation de nouveaux corridors de transit et sur la gestion de la transhumance du bétail à la frontière. À l’issue de la séance de travail, le gouvernement guinéen a réaffirmé sa disponibilité à accompagner le gouvernement malien sur ces différents volets et un point de presse conjoint a été animé par les deux Premiers ministres.
Le volet des corridors s’inscrit dans la continuité des efforts engagés autour de l’axe Conakry–Bamako. Ces dernières années, les administrations douanières des deux pays ont renforcé leur coopération pour améliorer la fluidité du transit et sécuriser les recettes, notamment à travers l’installation d’une représentation permanente des Douanes maliennes dans les entrepôts maliens au port autonome de Conakry. Ce dispositif vise à consolider le rôle du port guinéen comme point de passage majeur pour les marchandises à destination du Mali.
Le dossier de la transhumance constitue un autre aspect structurant des discussions. En 2025, des décisions prises au niveau local en Guinée avaient entraîné le départ de troupeaux maliens de la région de Kankan et limité l’accès des éleveurs aux pâturages guinéens, avant la conclusion d’un accord bilatéral encadrant la circulation du bétail et la gestion des flux pastoraux le long de la frontière. La présence du ministre de l’Élevage et de la Pêche au sein de la délégation malienne s’inscrit dans ce contexte de recherche de mécanismes stabilisés pour la transhumance.
La visite du Premier ministre en Guinée et la séance de travail tenue à Conakry s’insèrent ainsi dans une série d’initiatives destinées à renforcer la coopération économique et commerciale entre les deux pays. Les autorités des deux côtés mettent en avant la volonté d’accélérer les projets d’infrastructures, de consolider les corridors de transit et de sécuriser la gestion de la transhumance, sur la base des accords déjà conclus et des engagements pris au niveau bilatéral.
CPI : Une session décisive face aux critiques et aux attentes de réforme
Du 1ᵉʳ au 6 décembre 2025, l’Assemblée des États parties au Statut de Rome tient sa 24ème session à La Haye pour discuter de l’avenir de la Cour pénale internationale. Dans un contexte de fortes contestations, les délégations doivent défendre la Cour, répondre aux critiques et améliorer son fonctionnement.
Créée pour juger les crimes les plus graves, la CPI arrive à cette session avec un bilan fortement scruté. Depuis 2023, elle a franchi un seuil politique en émettant un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine pour la déportation d’enfants ukrainiens, une première visant un dirigeant d’un membre permanent du Conseil de sécurité. En 2024, elle a aussi visé Benjamin Netanyahu, Yoav Gallant et Mohammed Deif pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité liés à la guerre de Gaza et aux attaques du 7 octobre.
Ces décisions ont ravivé les critiques contre la CPI. La Russie, Israël et les États-Unis l’accusent de dérives politiques, tandis que plusieurs pays africains maintiennent leurs reproches de « justice sélective ». En septembre 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé leur retrait du Statut de Rome, qu’ils qualifient d’instrument « néocolonial », même si ce retrait ne sera effectif qu’au bout d’un an et ne suspend pas les enquêtes en cours, notamment celles visant les crimes commis au Mali depuis 2012.
À La Haye, les États parties examineront le budget 2026, renouvelleront plusieurs organes techniques et passeront en revue les chantiers de réforme déjà engagés. Les discussions porteront aussi sur la coopération des États, la protection des témoins et l’avenir du Fonds au profit des victimes. Plusieurs délégations et ONG réclament une Cour plus visible sur le terrain, mieux comprise des communautés affectées et capable de rendre effectives les réparations ordonnées.
Dans le même temps, les États parties doivent gérer des pressions croissantes. Les sanctions américaines visant des juges impliqués dans les mandats contre les dirigeants israéliens rappellent la fragilité d’une Cour théoriquement indépendante mais toujours tributaire de la coopération de ses membres pour appliquer ses décisions.
Cette 24ème session constitue une double épreuve. Les États parties doivent défendre un outil essentiel contre l’impunité dans un contexte international fragmenté, tandis que la Cour cherche à démontrer sa capacité à se réformer, à élargir réellement le champ de ses poursuites au-delà des États les plus exposés et à rester une instance crédible pour les victimes lorsque les juridictions nationales échouent.
Enseignement : Des retards de salaires qui fragilisent tout le système
L’arrêt de travail déclenché par les syndicats de la région de Dioïla le 26 novembre a pris fin ce 1er décembre 2025, mais la crise révèle un malaise bien plus profond. Le retard récurrent dans le paiement des salaires des enseignants des collectivités, à l’origine de la paralysie dans cette région, touche en réalité plusieurs localités du pays et menace une année scolaire déjà marquée par des perturbations.
Le mouvement spontané des enseignants fonctionnaires de Dioïla, qui a mis toutes les écoles à l’arrêt pendant plusieurs jours, repose sur un point de rupture bien connu. Il s’agit de l’application de la décision de 2011 du ministère des Finances qui prévoit le paiement des salaires des enseignants des collectivités au plus tard le 25 du mois. Lorsque cette date n’est pas respectée, les syndicats observent traditionnellement un arrêt de travail. Les organisations locales affirment que, malgré la patience observée ces derniers mois en raison des difficultés liées au SIGRH et à la pénurie de carburant qui a perturbé la rentrée, les retards persistent.
Selon M. Famoussa Keita, Secrétaire général du SYNEM et Porte-parole de la Synergie régionale, la situation n’est plus tenable. Il estime que les efforts consentis jusque-là n’ont pas permis de corriger les dysfonctionnements dans la chaîne de traitement des salaires.
Casse-tête
À peine la crise de Dioïla suspendue, une autre localité est entrée en mouvement. Les enseignants de Koutiala ont entamé le 1er décembre un arrêt de travail similaire, pour les mêmes motifs. Cette simultanéité illustre que les perturbations liées au paiement des salaires ne relèvent pas d’un simple incident administratif régional, mais d’un problème structurel.
Des rapports syndicaux consultés récemment évoquent des retards répétitifs dans plusieurs cercles, notamment dans certaines communes de Sikasso, Koulikoro et Ségou. Les mêmes griefs reviennent, à savoir lenteurs administratives, circuits de validation trop longs, absence de remontées systématiques des services déconcentrés, surcharge persistante du Bureau central des soldes.
Les mesures annoncées par l’État – obligation pour les représentants de rendre compte du traitement dans les délais et réflexion sur une recentralisation du paiement des enseignants – ne se sont pas encore traduites par des résultats visibles sur le terrain.
Si l’arrêt de travail à Dioïla n’a duré que trois jours, ces interruptions répétées, cumulées aux retards de rentrée, représentent des heures de cours perdues pour des milliers d’élèves du public. La multiplication de ces mouvements confirme que la question du paiement des enseignants des collectivités est désormais un enjeu national, au cœur de la stabilité du calendrier scolaire.
Afrique de l’Ouest : les femmes de plus en plus visibles sur les routes migratoires
Publié début décembre 2025 par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), un nouveau rapport intitulé « Women on the move » analyse les déplacements de 15 360 voyageuses en Afrique de l’Ouest et du Centre en 2024.
Cette étude, fondée sur le dispositif de Flow Monitoring de l’OIM, documente les profils, les itinéraires et les risques auxquels sont exposées les femmes, notamment au Mali et au Niger.
Thé malien à l’ère du numérique : Une startup innove
Au Mali, où le thé est au cœur de la vie sociale, Abdoulaye Farota et Bakary Bengaly, deux jeunes ingénieurs, ont décidé de moderniser un rituel profondément ancré. Avec leur startup Mandé Tech, ils ont créé une machine automatique capable de préparer le thé malien en respectant les préférences de chaque consommateur. Baptisée Mandé Barrada, cette invention compacte et accessible attire déjà une forte attention et pourrait transformer la manière dont les Maliens partagent leur boisson favorite.
Dans un Mali où l’écosystème technologique national se développe rapidement, la Mandé Barrada s’impose comme une innovation à la fois surprenante et cohérente avec les usages locaux. Présentée au Salon des entrepreneurs de la Confédération des États du Sahel, elle a immédiatement suscité la curiosité du public. Les fondateurs expliquent que l’idée leur est venue presque spontanément en observant l’importance du thé dans les « grins », ces espaces de sociabilité où les discussions se prolongent souvent autour de plusieurs services traditionnels.
L’appareil, léger et facile à transporter, reprend le principe des machines à café, mais avec une adaptation au thé malien, dont la préparation exige habituellement du temps, de la précision et un véritable savoir-faire. La Mandé Barrada permet de choisir la force de la préparation – premier, deuxième ou thé plus corsé – ainsi que la quantité de sucre, allant du très sucré au sans sucre, le tout pour un prix fixé à 200 francs CFA, pensé pour rester accessible.
Depuis les premières démonstrations, l’engouement est palpable. Dans les grins de Bamako, les curieux se succèdent pour découvrir cette machine qui allie tradition et modernité sans dénaturer l’esprit convivial du thé malien. Plusieurs consommateurs affirment y voir une manière pratique de gagner du temps tout en retrouvant les saveurs auxquelles ils sont attachés.
Les deux ingénieurs travaillent déjà sur de nouvelles améliorations, notamment une production plus large et des déclinaisons destinées à d’autres boissons locales. À terme, ils espèrent faire de leur invention une référence nationale, voire sous-régionale.
Avec la Mandé Barrada, Mandé Tech démontre qu’innover peut naître de gestes quotidiens. Une belle promesse forte pour la technologie « Made in Mali » et pour l’avenir d’une tradition bien vivante aujourd’hui.
Ibrahim Baby
Stabilité financière : premier rapport commun des banques centrales africaines
À Yaoundé, la 47ᵉ Assemblée des Gouverneurs de l’Association des banques centrales africaines (AACB) a été marquée par la présentation du premier Rapport africain sur la stabilité financière, élaboré à l’échelle du continent.
Karidia Sangaré, Cheffe du projet Citoyenneté 2.0 : « Ma sécurité numérique est mon devoir »
L’explosion des risques en ligne – cyberharcèlement, hameçonnage, désinformation, violation de données – pousse aujourd’hui les acteurs des médias et de la société civile à renforcer leurs pratiques numériques. À Bamako, Women Tech Mali mobilise ces professionnels autour d’une démarche visant à mieux protéger les informations, les sources et les utilisateurs. Propos recueillis par Massiré Diop.
Vous portez aujourd’hui un plaidoyer fort autour de la sécurité numérique. Quel en est l’enjeu principal ?
La sécurité numérique est désormais un devoir pour chacun. Avec le projet Citoyenneté 2.0, financé par les Affaires étrangères du Danemark à travers le Fonds d’appui aux moteurs du changement, nous travaillons à renforcer la capacité des organisations de la société civile et des médias à évoluer dans un environnement numérique qui expose leurs données, leurs communications et leurs sources. L’objectif est d’amener ces acteurs à maîtriser les outils essentiels pour se protéger et protéger les personnes qu’ils représentent.
Qu’est-ce qui rend cette démarche urgente aujourd’hui au Mali ?
La circulation rapide et massive des informations sur les réseaux sociaux a fait émerger de nouveaux risques. Nous observons une multiplication des contenus non vérifiés, des tentatives d’hameçonnage, des cyberescroqueries et des atteintes à la vie privée. Les organisations de la société civile et les professionnels des médias relaient beaucoup d’informations sans toujours disposer des connaissances nécessaires pour vérifier leur authenticité ou détecter les manipulations. Il est indispensable qu’ils puissent identifier les menaces, sécuriser leurs comptes, comprendre les techniques de phishing et mesurer l’impact d’une publication sur la protection des données à caractère personnel.
Quels résultats attendez-vous de cette mobilisation autour du numérique responsable ?
Nous attendons un engagement concret des participants à adopter des pratiques plus sûres et à devenir des relais de prévention dans leurs communautés. Nous voulons que chacun comprenne qu’un simple partage peut exposer une personne, une organisation ou même une communauté entière. La sécurité numérique n’est plus un choix, c’est une responsabilité. Il s’agit d’intégrer les bonnes pratiques de cybersécurité, d’appliquer systématiquement les règles de vérification des sources, de refuser la diffusion de données personnelles sans consentement. L’idée est de créer un environnement où chacun maîtrise les risques et agit en connaissance de cause.
Comment cette initiative s’inscrit-elle dans la vision portée par Women Tech Mali ?
Elle s’inscrit dans notre volonté d’accompagner une société malienne plus informée, plus consciente des enjeux numériques et capable de défendre ses droits en ligne. Protéger les données, lutter contre le cyberharcèlement et freiner les manipulations sont des responsabilités collectives. Nous voulons que cette démarche devienne un réflexe partagé.
Bénin : tentative de coup d’État déjouée
Une tentative de coup d’État menée par un groupe de militaires a été déjouée dimanche au Bénin. Si le président Patrice Talon reste en place, l’épisode révèle la fragilité du climat politique à l’approche de la fin de son mandat.
Axe Bougouni–Bamako : tirs contre un convoi de citernes escorté par les FAMa
Un convoi de camions-citernes escorté par les Forces armées maliennes a été visé ce samedi sur l’axe Bougouni-Bamako.
Projet de loi de finances 2026 : un budget de 3 578 milliards adopté à l’unanimité
Le Conseil national de Transition a adopté ce 4 décembre la première partie du projet de loi de finances 2026, qui porte les dépenses de l’État à 3 578 milliards de FCFA.
Lutte contre le terrorisme : Les violences progressent malgré les initiatives régionales
La région ouest-africaine fait face à une intensification des violences armées qui oblige les organisations sous-régionales à renforcer leurs dispositifs collectifs de sécurité. Les attaques répétées contre les corridors maliens et les données alarmantes publiées par la CEDEAO, l’AES et divers organismes spécialisés témoignent d’une menace désormais pleinement transfrontalière.
La coordination sécuritaire en Afrique de l’Ouest se trouve à un moment charnière. Selon les chiffres présentés en novembre 2025 au Conseil de sécurité de l’ONU par le Président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray, l’espace communautaire a enregistré environ 450 incidents terroristes et plus de 1 900 morts entre janvier et novembre. Le Sahel central concentre à lui seul près de 80% des attaques et plus de 85% des victimes, confirmant les tendances relevées par l’ACLED et l’Index mondial du terrorisme.
Les attaques contre les convois de carburant reliant le Mali à ses ports ont mis en évidence une fragilité logistique qui dépasse les frontières nationales. Cette pression a précipité la mise en place de réponses collectives mieux structurées, fondées sur un renseignement partagé et une coordination opérationnelle renforcée.
Dans ce contexte, l’Alliance des États du Sahel s’affirme comme un acteur central, même si sa force unifiée est en phase de mise en place et loin de son plein potentiel. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger multiplient néanmoins les opérations coordonnées pour sécuriser les corridors vitaux et commencent à mutualiser plus systématiquement leurs capacités de renseignement et de riposte.
Parallèlement, la CEDEAO poursuit ses propres initiatives, malgré les tensions politiques qui l’opposent à certains États sahéliens. Sa Force d’intervention régionale, annoncée en 2023, dispose d’une capacité initiale de 1 650 personnels et pourrait atteindre 5 000 hommes selon les contributions des États membres. Touray a rappelé que le terrorisme constitue désormais une menace existentielle, y compris pour les pays côtiers, où des cellules dormantes ont été détectées. Le mécanisme d’alerte précoce de la CEDEAO demeure un instrument majeur d’anticipation et d’analyse.
Des mécanismes déjà disponibles
La région bénéficie également du Processus de Nouakchott, lancé en 2013 par l’Union africaine pour renforcer la coopération sécuritaire sahélienne. Ce mécanisme facilite la circulation des renseignements et l’harmonisation des stratégies de surveillance frontalière tout en intensifiant les formations spécialisées destinées aux forces des pays membres. Son rôle est devenu plus visible à mesure que les groupes armés étendaient leurs zones d’influence.
Par ailleurs, le CEMOC, basé à Tamanrasset et réunissant l’Algérie, le Mali, le Niger et la Mauritanie, est un cadre de coopération axé sur le partage du renseignement et la surveillance des zones frontalières. Bien que moins visible ces dernières années, il continue d’alimenter les échanges stratégiques entre États sahéliens, en complément des autres dispositifs régionaux.
À ces dispositifs s’ajoutent l’Initiative d’Accra et la Force Multinationale Mixte du Lac Tchad, deux architectures complémentaires dans la lutte contre l’expansion djihadiste. L’Initiative d’Accra, regroupant notamment le Ghana, le Togo, le Bénin et la Côte d’Ivoire, mène des opérations coordonnées pour contenir la progression des groupes armés vers le Golfe de Guinée. Tandis que la Force du lac Tchad, engagée contre Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest, est l’un des cadres opérationnels les plus actifs du continent.
Violences armées
Pourtant, les données d’ACLED montrent que le Sahel central était en 2024 et au premier semestre 2025 l’un des foyers de violences les plus meurtriers hors zones de guerre. Les attaques visent aussi bien les villages que les forces armées et les axes économiques. L’Index mondial du terrorisme classe le Mali, le Burkina Faso et le Niger parmi les pays les plus touchés au monde.
Ces dynamiques mettent en relief à la fois la multiplication des initiatives régionales et les tensions qui subsistent entre certaines organisations. Les divergences institutionnelles ne masquent toutefois pas une réalité largement partagée. En effet, il est évident qu’aucune réponse strictement nationale ne peut enrayer une menace qui ignore les frontières et exploite les vulnérabilités structurelles des États.
Les attaques visant les civils, les services locaux et les infrastructures économiques rappellent l’urgence d’une action régionale réellement coordonnée. La protection des corridors maliens a montré que l’efficacité collective repose avant tout sur la mutualisation des moyens, la rapidité de réaction et le partage du renseignement. Malgré les dispositifs complémentaires qui se renforcent, la réponse reste encore insuffisante face à l’ampleur de la menace.
Massiré Diop
Secteur minier : Un rapport qui rebat les cartes
Le rapport présenté le 1ᵉʳ décembre par la commission de négociation et de renégociation marque une étape décisive dans la refonte de la relation entre l’État et les sociétés minières. Ses conclusions, attendues depuis plusieurs mois, replacent les enjeux du secteur au cœur de l’actualité alors que les discussions autour de Loulo-Gounkoto et l’accord signé avec Barrick ont dominé les derniers jours.
Journalistes enlevés : une inquiétude renouvelée après la preuve de vie de deux agents de l’ORTM
Une vidéo récente attribuée au JNIM a ravivé les inquiétudes autour des journalistes disparus. La situation des professionnels capturés ces dernières années demeure entourée d’incertitudes.
La diffusion d’un enregistrement montrant Daouda Koné, directeur régional de l’ORTM à Douentza, a rappelé la persistance des risques auxquels sont exposés les acteurs des médias dans les zones d’insécurité. Lui et son caméraman Salif Sangaré ont été enlevés le 14 octobre 2025 sur l’axe Sévaré–Konna alors qu’ils rentraient d’une mission. Dans la vidéo, Daouda Koné confirme leur capture et évoque leurs conditions de détention, sans donner d’indication sur l’état de santé de son collègue. Depuis la publication de cette séquence, aucune information officielle n’a été communiquée, laissant leur sort en suspens et maintenant l’incertitude pour leurs familles comme pour leur rédaction.
Ce nouvel épisode survient dans un contexte marqué par plusieurs disparitions non résolues. Hamadoun Nialibouly, journaliste de la radio Dandé à Douentza, est porté disparu depuis le 27 septembre 2020, date à laquelle il avait été enlevé lors d’un déplacement sur l’axe Douentza–Boni. Les recherches menées au fil des années n’ont permis d’établir ni les conditions de sa détention ni l’identité de ses ravisseurs, et aucune revendication n’a été confirmée. Malgré les appels répétés des associations professionnelles, aucune évolution publique n’a été signalée.
Le cas de Moussa M’Bana Dicko, disparu également dans la région de Boni, illustre les mêmes incertitudes. Les informations disponibles sur les circonstances de son enlèvement demeurent limitées et aucune trace de vie n’a été rendue publique depuis sa disparition. Son nom figure régulièrement dans les mobilisations en faveur des journalistes introuvables, mais aucun élément récent n’a permis de relancer les recherches.
La diffusion de cette vidéo a mis en évidence la fragilité persistante des journalistes travaillant dans les régions du centre, où les déplacements restent risqués et les informations difficiles à vérifier. Elle intervient alors que plusieurs d’entre eux manquent toujours à l’appel, sans indication fiable sur leur situation. Les rédactions et les proches poursuivent leurs démarches pour obtenir des nouvelles, mais l’absence de communication officielle et l’accès limité aux zones concernées compliquent toute tentative d’éclaircissement.
