Notre dollar à l’ère des droits de douane, votre problème

En 2025, l’indice du dollar, qui mesure la force du billet vert par rapport à un panier de devises majeures, a chuté d’environ 9,4 %. Au cours de la même période, le taux tarifaire effectif moyen des États-Unis a augmenté d’environ 14,4 points de pourcentage, passant de 2,4 % à 16,8 %, selon le Yale Budget Lab. Pris ensemble, ces changements impliquent que, dans le domaine du commerce des importations, les États-Unis ont connu une dépréciation effective du taux de change d’environ 24 %.

Un tel scénario est politiquement intéressant pour les États-Unis, car il protège la compétitivité du secteur manufacturier et génère des recettes tarifaires supplémentaires, tandis que le dollar reste relativement stable. Cette stabilité contribue à son tour à soutenir les prix des bons du Trésor américain et d’autres actifs en dollars, réduisant ainsi le risque d’un cercle vicieux de dépréciation généralisée, d’inflation incontrôlée, de sorties de capitaux et de tensions sur les marchés financiers.

Mais le « miroir » de la balance des paiements demeure. Tant que le dollar restera la monnaie de réserve mondiale de choix, les entrées nettes persistantes de capitaux aux États-Unis – qui correspondent nécessairement au déficit courant américain – ne sont pas près de disparaître, rendant les déséquilibres structurels difficiles à résoudre. En fait, cette dynamique pourrait générer des coûts supplémentaires, qui pèseront probablement de manière disproportionnée sur les économies non américaines, en particulier les marchés émergents.

Historiquement, le dollar s’est affaibli lorsque la Réserve fédérale américaine a assoupli sa politique monétaire, que les rendements à long terme américains ont baissé et que l’appétit pour le risque des investisseurs mondiaux s’est amélioré – des conditions qui assouplissent les contraintes de financement international et augmentent la liquidité offshore du dollar. Mais cette fois-ci, les dividendes d’un dollar faible pourraient être fortement réduits, car les droits de douane agissent comme un levier qui « préajuste » les prix relatifs dans le commerce international, réduisant ainsi la dépréciation nominale du taux de change nécessaire au rééquilibrage externe.

Ce changement a trois conséquences pour le reste du monde. Premièrement, le commerce et les investissements ralentissent simultanément, affaiblissant les microfondements des retombées de la liquidité en dollars. Les droits de douane réciproques imposés par le président américain Donald Trump ont freiné la croissance du commerce mondial des marchandises. Et lorsque les flux commerciaux se contractent, la demande des entreprises en matière de financement commercial libellé en dollars et de crédit pour la chaîne d’approvisionnement diminue, et la création transfrontalière de dollars ralentit en conséquence.

De plus, en octobre 2025, la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a noté que les investissements directs étrangers mondiaux sont restés faibles – en baisse de 3 % au premier semestre 2025 – et que l’incertitude persistante en matière de droits de douane a incité les investisseurs à adopter une attitude attentiste. Cela signifie que même si le billet vert s’affaiblit en termes nominaux, la périphérie pourrait recevoir moins de liquidités en dollars effectives qu’au cours d’un cycle de dépréciation classique.

Deuxièmement, les pressions sur les prix induites par les droits de douane font grimper les anticipations d’inflation et amplifient l’incertitude politique aux États-Unis, ce qui peut entraver la baisse des rendements à long terme et de la prime de terme, limitant ainsi la baisse des taux d’intérêt mondiaux pour les actifs sans risque. L’incertitude accrue peut également faire grimper les primes de risque dans le monde entier, atténuant les effets d’entraînement d’un dollar plus faible, notamment l’appétit pour le risque et le regain d’afflux de capitaux vers les marchés émergents.

Pour être clair, la dépréciation effective du taux de change d’environ 24 % reflète la distorsion relative des prix du côté des échanges commerciaux ; elle ne suggère pas que les prix à l’importation augmentent mécaniquement d’autant. Même ainsi, ses effets sur l’inflation et la politique monétaire pourraient apparaître avec un certain décalage et devenir plus visibles en 2026. Le Fonds monétaire international a constaté que la répercussion des droits de douane sur les prix a été jusqu’à présent relativement modérée, mais que les effets pourraient être retardés. Dans le même temps, il a souligné que la hausse des droits de douane et l’incertitude compliquent les compromis auxquels sont confrontés les banquiers centraux.

Troisièmement, les marchés émergents seront confrontés à des chocs asymétriques et à une réduction de leur marge de manœuvre politique. Comme je l’ai déjà souligné, les droits de douane « réciproques » creuseront le fossé entre le Nord et le Sud, car les pays à faible revenu sont souvent frappés par des taux plus élevés.  Dans cette situation, la faiblesse des exportations et la baisse des entrées de capitaux conduisent plus facilement à un ralentissement de la croissance et à une dépréciation de la monnaie, un piège dont les décideurs politiques ont du mal à se sortir.

La dépréciation monétaire peut à elle seule déclencher une inflation importée ou alourdir le fardeau de la dette libellée en dollars, plaçant les banquiers centraux dans la position difficile de devoir trouver un équilibre entre les écarts de taux d’intérêt, la stabilité des taux de change et les interventions sur le marché des changes. Cela signifie que les conditions financières pourraient ne pas s’améliorer autant que prévu dans un contexte de faiblesse du dollar.

En bref, il ne s’agit pas simplement d’une nouvelle vague de protectionnisme. Au contraire, les pressions d’ajustement ont été rééquilibrées : pour l’économie américaine, le commerce bénéficie d’une dépréciation « effective » grâce à l’écart tarifaire, tandis que le secteur financier recherche la stabilité. La pérennité d’un tel arrangement dépend toutefois de quatre conditions.

Premièrement, les avantages liés aux droits de douane doivent se traduire par des gains réels en termes de capacité et de productivité, plutôt que de rester une redistribution temporaire des rentes. Deuxièmement, l’inflation doit être maîtrisée. Si les droits de douane renforcent l’inflation sous-jacente au fil du temps, la Fed aura beaucoup moins de marge de manœuvre et les primes de terme pourraient augmenter, compromettant la stabilité financière que la stratégie vise à préserver.

Troisièmement, les économies non américaines doivent continuer à se conformer ; sinon, une augmentation des mesures de rétorsion éroderait les gains commerciaux des États-Unis et créerait davantage d’incertitude. Quatrièmement, le monde doit continuer à croire que la dette américaine est un actif sûr. Si les primes de terme continuent d’augmenter dans un contexte d’inquiétudes croissantes quant à la viabilité budgétaire des États-Unis, la « stabilité relative » du secteur financier s’affaiblira et pourrait se répercuter sur l’économie réelle.

Si l’une de ces conditions n’est pas remplie – si la relocalisation échoue, si l’inflation s’avère persistante ou si les représailles extérieures s’intensifient –, la dépréciation effective du dollar sur le plan commercial et sa stabilité continue sur le plan financier pourraient commencer à se neutraliser mutuellement, contraignant l’économie américaine à un rééquilibrage douloureux. Mais jusqu’à ce que ce jour arrive, les économies non américaines ne devraient pas supposer qu’un dollar plus faible apportera le soulagement habituel. Nous entrons peut-être dans une ère tarifaire similaire à celle que John Connally, alors secrétaire au Trésor américain, avait décrite en 1971 par la célèbre phrase « notre monnaie, votre problème ».

Qiyuan Xu, chercheur senior à l’Académie chinoise des sciences sociales, est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Reshaping the Global Industrial Chain: China’s Choices(Remodeler la chaîne industrielle mondiale : les choix de la Chine).

Project Syndicate, 2026.www.project-syndicate.org

Coopération des médias sino-africains : un 6ème forum axé sur la promotion de la modernisation

Le 6ème forum sur la coopération des médias sino-africains et du dialogue de haut niveau des Think tanks de Chine et d’Afrique s’est achevé ce jeudi 22 août à Pékin. « S’associer pour promouvoir la modernisation » était le thème choisi pour ce forum auquel ont pris part durant 3 jours plusieurs délégations africaines dont celle du Mali.

Différents thèmes ont été ont été abordés lors du forum parmi lesquels le partage de contenus, la formation, l’éducation, la technologie, l’innovation, le développement durable, les défis et opportunités.

Christiane Monsour Matondo-Yanrou, représentante du président de la Commission de l’Union africaine, s’est réjoui de la « collaboration existante déjà entre l’Afrique et la Chine dans le domaine de la communication et des médias par l’intermédiaire de plusieurs entités audiovisuelles ».

Pour sa part, Shulei Li, chef du département de publicité du Comité central du parti communiste chinois, a exprimé sa satisfaction de voir se tenir ce sommet qui donnera plus d’occasions aux pays africains d’amorcer leur développement.

Le  Mali a été bien représenté par une délégation du ministère de la Communication et de l’Economie numérique lors de ce forum à Pékin qui a accueilli plusieurs acteurs des médias, autorités politiques et administratives africains. Cette 6ème édition  a été rythmée par des conférences, des ateliers et des tables rondes .

Lors de son intervention, le représentant du ministre de la Communication du Mali, Mohamed Ag Albachar, a évoqué les liens fraternels qui unissent le Mali et la Chine depuis longtemps et a souligné la progression de notre pays notamment dans le domaine des médias et dans la construction des stations de diffusion.

En marge du forum, la délégation malienne a eu une rencontre avec le ministre chinois de l’Administration, de la Télévision et de la Radio. Les échanges  ont tourné autour  des « sujets d’intérêt commun ». Elle a également  participé aux différents panels tels que la promotion de l’autonomisation du numérique, l’avancement vers un nouveau niveau d’échanges entre les civilisations chinoises et africaines, entre autres.

Ce forum de Pékin qui a réuni plusieurs professionnels venus cette année de 45 pays africains et des organes de presse établis à travers toute la Chine a permis de découvrir les avancées technologiques dans le domaine des médias et de renforcer les échanges entre la Chine et l’Afrique.

Fatouma Cissé (Stagiaire)

 

BRICS : plusieurs pays souhaitent rejoindre le groupe

L’Afrique du Sud accueille à partir de ce 22 août le 15ème sommet des BRICS, alors que plusieurs pays souhaitent adhérer au groupe.

Du 22 au 24 août prochains, l’attention d’une grande partie du monde sera tournée vers Johannesburg, en Afrique du Sud, où se tiendra le 15ème sommet des BRICS. Si longtemps, la participation en présentiel du Président russe Vladimir Poutine, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI, a longtemps fait l’actualité, un élargissement sera l’un des principaux enjeux des échanges. Ce groupe d’États (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) représente plus de 40% de la population du globe et près d’un quart du PIB mondial. Les candidats sont nombreux à toquer à la porte. Parmi eux, des pays pétroliers du Golfe comme l’Arabie Saoudite et les Émirats Arabes Unis, ou encore l’Iran, dont le chef de la diplomatie était en déplacement à Pretoria cette semaine pour chercher du soutien. Mais les BRICS attirent aussi sur le continent africain, avec des candidatures notamment de la part de l’Algérie, de l’Égypte, du Nigéria, de l’Éthiopie et du Sénégal. D’un côté, la Chine pousse pour cette extension afin d’amplifier son influence et, de l’autre, l’Inde et le Brésil se montrent pour l’instant plus réticents. Le Président algérien Abdelmadjid Tebboune s’est personnellement rendu en Chine pour pousser son dossier. « L’Afrique du Sud, en tant que Présidente des BRICS, tiendra des pourparlers lors du sommet sur le modèle d’élargissement, ses principes et ses normes », a assuré la ministre sud-africaine des Affaires étrangères, Naledi Pandor. En tout, selon elle, ce sont 23 pays qui ont demandé à intégrer les BRICS. « Nous nous dirigeons progressivement vers un consensus sur les questions de l’expansion des BRICS et nous espérons y parvenir lors du sommet », a-t-elle ajouté. Un rapport spécial sera présenté lors du sommet sur les principes d’expansion et la liste des pays souhaitant  adhérer. Selon la cheffe de la diplomatie sud-africaine, les dirigeants sont ceux qui prendront une décision finale à ce propos. Ils seront tous à Johannesburg, hormis Vladimir Poutine, qui assistera au sommet en visioconférence. Selon des sources proches de la présidence sud-africaine, Cyril Ramphosa a envoyé au total 70 invitations, dont 54 pour les pays africains. Mais ni le Président français Emmanuel Macron, qui souhaitait assister au sommet en tant qu’observateur, ni les dirigeants des États-Unis et du Royaume-Uni n’ont reçu d’invitation.

COMATEX : une relance et des questions

Depuis cMalie mardi 4 avril, la Compagnie Malienne des Textiles (COMATEX) est détenue à 100% par l’État malien, après la passation de services entre la nouvelle Direction générale et l’entreprise chinoise COVEC. Le gouvernement entend désormais œuvrer à sa relance. Mais la société, basée à Ségou, croule sur une dette de plus 8 milliards de francs CFA et est confrontée, entre autres, au vieillissement de ses équipements et à la concurrence des tissus importés.

La volonté avait été annoncée le 23 novembre 2022. Réunies en Conseil des ministres, les autorités de la Transition avaient adopté un plan « qui nécessite un apport financier de l’État d’environ 6 milliards de francs CFA » pour la relance des activités de la Compagnie Malienne des Textiles. Dans cette perspective, le 10 mars 2023 le gouvernement a doté la COMATEX d’un nouveau Conseil d’administration et d’un nouveau Directeur général. En outre, le ministre de l’Industrie et du commerce, Mahmoud Ould Mohamed, a rencontré fin mars dans la Cité des Balanzans les travailleurs de la société. Un chronogramme de redémarrage de l’usine a été établi. Le 4 avril, l’entreprise chinoise COVEC, qui en détenait 80%, a cédé ses parts pour le franc symbolique à l’État. Le 17 avril prochain se tiendra le premier Conseil d’administration pour dynamiser le processus.

« Les autorités font preuve de beaucoup de volonté et on espère qu’elles réussiront à relancer la COMATEX. C’est un désir du Président de la Transition, nous a dit le ministre lors de sa visite. Il faudra cependant que l’État fournisse beaucoup d’efforts, car la compagnie est confrontée actuellement à diverses difficultés », tient à préciser le Secrétaire général du Comité syndical UNTM de la COMATEX, Abdoulaye Diakité.

Au nombre de ces difficultés, des dettes à outrance. Selon les estimations du syndicat des travailleurs, l’entreprise croule sous une dette de plus de 8 milliards de FCFA. « 200 millions comme arriérés de salaires aux employés, plus de 2 milliards aux fournisseurs de carburant et 600 millions à EDM. En plus, elle doit aussi de l’argent à la BDM et à la SOTELMA », énumère le syndicaliste. Autant de dettes à payer, tout comme une validation du plan à obtenir du Tribunal de Commerce pour aboutir à la relance. Depuis deux ans, la juridiction tarde à statuer sur le redressement judiciaire de la compagnie.