Moussa Dadis, du fond de son exil…
Par Issa FAKABA SISSOKO - 05/03/2012
Son quotidien dans la capitale burkinabé, les évènements du 26 septembre, son regard sur la présidence Condé... L’ex-chef de la junte guinéenne livre ses confidences à un confrère. Morceaux choisis.
Longtemps resté en marge du débat politique, depuis la tentative d’assassinat perpétrée contre lui par son ex aide de camp, Tomba Diakité, l’ancien homme fort de la Guinée Conakry a enfin décidé de sortir du silence. Dans une interview accordée en fin de semaine au confrère burkinabé « L’Observateur Palga », Moussa Dadis Camara aborde plusieurs questions.
Ce qui s’est passé après la mort de Lassana Condé
Venu au pouvoir le 22 décembre 2008, Moussa Dadis Camara dit ne jamais avoir penser à être chef de l’Etat. A la question de savoir s’il était préparé à cette charge, l’ex chef de la junte répond par la négative. « En toute sincérité, je n’avais jamais pensé à être au pouvoir. Depuis l’université jusqu’à mon incorporation dans l’armée, cette idée ne m’avait jamais effleuré l’esprit. Je faisais partie de ces contingents que feu le président Lansana Conté avait décidé de recruter pour préparer la relève dans l’armée guinéenne. En fait, à l’époque j’avais fait aussi des tests dans des banques telles la BICIGI, la Société générale, et je devais travailler dans l’une de ces institutions… Mais le destin en a décidé autrement », explique le capitaine de l’armée guinéenne.
Lors qu’il s’agit de rappeler les évènements survenus au camp Alpha Yaya dès la mort du président Lassana Condé, Moussa Dadis est bref : « Je suis allé au camp, et face aux hommes, j’ai ordonné qu’on fasse un communiqué. Tout le monde a adhéré à cette idée. A ce moment, le général Sékouba Konaté n’était pas présent ». Le capitaine de préciser que c’était lui qui dirigeait les opérations. « Il faut que les gens sachent que si vous n’êtes pas souvent devant une opération militaire, vous ne pouvez pas vous imposer. A l’époque, le général Sékouba Konaté ne voulait pas, idem pour le général Toto Camara. C’est mon audace qui a prévalu », dévoile l’ancien homme fort de la Guinée. Qui explique par ailleurs qu’il n’a jamais ordonné la perquisition entreprise au domicile de l’opposant Cellou Dalein Diallo de l’UFDG (Union des forces démocratiques de la Guinée). « Si vous lui posez la question aujourd’hui, il vous le confirmera. Dalein a compris après. Il est toujours vivant, il peut en témoigner. Je le protégeais au contraire, mais dans une situation comme la nôtre, il y a des brebis galeuses. L’indiscipline battait son plein dans l’armée, et même à présent, cela n’a pas totalement disparu ».
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© nerrati.net
Moussa Dadis Camara, le 02 Octobre 2009 à Conakry
« Je ne suis responsable de la tragédie au stade de Conakry »
Parlant des évènements du 26 septembre 2009 à Conakry, l’ex chef de la junte réfute toute accusation après la mort de plus de 150 personnes lors d’une manifestation contre sa candidature. « Je sais que les gens m’accusent de cette tragédie, parce que j’étais le président de la République et commandant en chef des forces armées. Sur le plan moral, cela se comprend. Imaginez que dans une famille, certains enfants sortent et vont agresser une autre famille. Est-ce le père de famille qui a ordonné d’aller commettre de tels actes ? Je fais cette comparaison, car, effectivement, en tant que chef de l’Etat, j’étais le patron de ces forces armées, je n’ai jamais ordonné d’aller massacrer des citoyens », se justifie l’ancien patron du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement). « Très sincèrement, entre Dieu et moi, lorsque j’ai appris ces massacres, je suis rentré chez moi, effondré, ajoute-t-il. Je voulais même aller au stade du 28 Septembre, mais des collaborateurs m’en ont dissuadé. Je suis resté cloîtré dans ma maison, et j’ai versé des larmes. J’ai compris que la situation était grave. J’étais bouleversé ».
Retraité de la politique ?
« Des partis politiques se réclament toujours de vous en Guinée et espèrent votre retour…» déclare notre confrère. Moussa Dadis Camara ne dément pas. Cependant, précise le capitaine, « il y a une différence entre les leaders politiques et moi. Eux, c’est la conquête du pouvoir qui les intéresse. Moi, je ne peux pas jouer le même rôle qu’eux. Nous n’avons pas les mêmes centres d’intérêt. Moi, je n’ai pas l’ambition aujourd’hui d’être président de l’Assemblée nationale ni d’être ministre. Non ! Mais eux, c’est leur droit d’aspirer à tout cela. Moi, je ne cherche plus le pouvoir, je soutiens le pouvoir pour qu’il pose des actes. C’est deux objectifs différents ». Et d’ajouter : « Je reçois ici à Ouaga de nombreux leaders politiques à commencer par mon frère Cellou Dalein, et tout récemment, le jeune Moctar Diallo (ndlr : un des leaders des Forces vives de Guinée) est passé me rendre visite et me présenter ses condoléances pour le décès de mon garçon ».
L’ancien patron du CNDD, qui dit garder de bons rapports avec les leaders politiques, pense qu’il est tôt de tirer un bilan du mandat du président Alpha Condé. « J’ai été président, j’ai l’expérience du pouvoir d’Etat. L’exercice n’est pas facile comme on le pense. Je sais les souffrances que j’ai enduré, donc je suis à même de comprendre le président Alpha Condé. Je laisse d’autres faire ce jugement. Dans 2 ou 3 ans, on pourra valablement le juger » a déclaré le capitaine Dadis. Qui pense que la priorité en Guinée doit être le retour de la paix. L’ex chef de la junte militaire dit se sentir « bien » à Ouaga. A la question de savoir ses activités de loisirs, Moussa Daidis se montre peu bavard. « Ça, c’est ma vie privée. Mais avant tout, je suis un être humain et j’ai ma vie de citoyen. Aller à la chasse ou aller danser (rires), si cela est vrai, font partie de la vie d’un homme » dira-t-il pour conclure l’interview.
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